OBSERVATION XXI
(Recueillie par le D' Demelin, ex-interne des hôpitaux de Paris et publiée dans les Annales des maladies urinaires, t. VI, p. 438).
Une femme de quarante-deux ans, entre dans le service de M. Lucas Championnière, racontant que, depuis onze ans, elle est sujette à des coliques néphrétiques très violentes, surtout à gauche. Plusieurs fois, elle a rendu dans l’urine, du sang, du pus et des graviers. L'un d’eux, gros comme une noisette, avait dû être extrait de la vessie l’année précédente, par l’urètre dilaté. A son entrée à l'hôpital, elle dit qu’à la suite d’une dernière crise ‘douloureuse, remontant à huit jours, elle a vu les urines se suspendre à peu près complètement : depuis quatre jours notamment, l’anurie est absolue, Douleurs abdominales et lombaires vives et continues, vomissements, fièvre, ventre ballonné, sensible surtout dans la région rénale gauche. À ce niveau, tuméfaction résistante, profonde, douloureuse à la pression, à contours difficiles à délimiter. Pendant trois jours, l’anurie persistant, l’état généra] devienttellement grave que l'intervention est absolument urgente.
Une incision lombaire met à nu la face postérieure du rein gauche qui a sa coloration normale et n’offre rien de spécial à la
palpation. Néanmoins, la substance rénale est incisée au thermocautère, et il s'écoule un flot de pus fétide et une grande quantité d'urine. L’issue de ce liquide est favorisée par quelques pressions sur la tumeur du flanc gauche qui s’aplatit considérablement. Pas de calcul dans la cavité qui vient d'être ouverte. Drainage, lavage et pansement antiseptique.
Amélioration considérable ; chaque jour, le pansement est traversé par l'urine, dont pas une goutte ne tombe dans la vessie. Ce ne fut que vers le vingt-cinquième jour que la .miction normale se rétablit. Entre temps, la fistule rénale s’est tarie peu à peu. Vers le trente-deuxième jour, la malade prétend sentir un gravier dans la vessie ; on en extrait en effet un gravier du volume d’un gros pois. À partir de ce moment, sa santé redevient et se maintient tout à fait bonne.
OBsERVATION XXII
Néphrotomie dans un cas d'anurie chez une malade n'ayant qu'un rein, par Clément Lucas
En juin 1885, une femme âgée de trente-sept ans, entre à l'hôpital pour des hématuries intermittentes ayant débuté dix-sept ans auparavant. Depuis une dizaine d'années elle souffre dans le côté droit de l’abdomen où un médecin a diagnostiqué, paraît-il, un rein flottant. Le 14 juillet on enlève par voie lombaire le rein droit réduit à une simple coque remplie de calculs et pesant plus de 650 grammes. La guérison fut rapide et la malade quittait l'hôpital un mois après l'opération n’ayant plus ni douleurs, ni hématuries, pour reprendre son service de gardienne de prison.
Vers la fin octobre, c’est-à-dire trois mois et demi après, après avoir joui d’une bonne santé pendant quelque temps, cette femme commença à ressentir des douleurs très violentes dans le rein gauche, puis survinrent des vomissements, des maux de tête et une anurie complète qui dura jusqu'au moment de l'opération, c’est à-dire cent-vingt heures. Les diurétiques ayant été essayés sans
rie
succès, M. Lucas fit une incision dans la région lombaire gauche, mit le rein à nu, et parvint à extraire du bassinet un caleul conique mesurant 0,025 sur 0,005. Une grande quantité d'urine s'écoula par la plaie et les vomissements cessèrent. L'opérée progressa d’une façon satisfaisante, et dans une séance de la Socicté de médecine de Londres tenue dans le courant de l'année 1891, c'est-à-dire six ans après l'opération, le D' Lucas la présentait encore en état de santé excellente. Il n’y avait plus de fistule urinaire.
OBsERVATION XXIII
Néphrolithotomie pour anurie, par Israël de Berlin, Deustche medicinische Wochensschrift, 1888. Traduction française de l’auteur.
Le 20 novembre 1886, je fus appelé en consultation par MM. les D'° Posner et Georges Meyer, auprès d’un homme de quaranteneuf ans, ayant souffert avant l'affection actuelle d’attaques de goutte et d'accès de coliques néphrétiques, à droite, accompagnées d’expulsions de graviers. Cinq jours avant ma visite, le 15 novembre, il avait repris de nouvelles coliques néphrétiques, mais cette fois à gauche. Le 16, les douleurs avaient forcé le malade à s'aliter, et, depuis midi de ce jour, il n'avait pas rendu une goutte d'urine.
Je me trouvai en présence d'un homme extraordinairement obèse, au cou très court. Sa respiration était légèrement dyspnéique et sa peau, moite, exhalait une odeur faiblement urineuse. La radiale avait son calibre normal, elle accusait une tension modérée et un pouls rapide battant 96 à la minute. Le cœur, hypertrophié surtout à gauche, offrait à l’auscultation tous les signes d’une insuffisance aortique. Les poumons considérablement augmentés de volume (emphysème ?) présentaient du catarrhe bronchique diffus. Bien que l'énorme pannicule graisseux du sujet rendit dif-
or
ficile une palpation concluante, je pus sentir à gauche, entre le rebord des côtes et la crête iliaque une résistance anormale. De plus, en ect endroit, il existait une sensibilité exagérée à la pression. Par l’interrogatoire combiné à la pression, je parvins aussi à délimiter un point douloureux circonscrit, large de deux travers de doigt et situé en haut ct en dedans de l’épine iliaque antérosupérieure gauche.
Malgré cette netteté d'impressions, le malade avait un facies léthargique, un regard assoupi et vitreux. Ne ressentant aucune douleur spontanée, il présentait l’anurie comme unique symptôme. Il avait l'air indifférent, peu inquiet, quelquefois cependant il articulait quelques rares paroles ayant trait à son lamentable état.
Après une nuit agitée, le 21 novembre au matin, son état était devenu plus grave. Le visage paraissait bouffi, violacé, il y avait réplétion des veines de la tête et du cou, de l’injection conjonctivale. Le regard avait une expression encore plus assoupie. La respiration était devenue pénible, suspirieuse, la tension radiale, depuis le jour précédent était devenue d’une très grande dureté.
Le pouls, fréquent, battait 96 à la minute. Léger œdème du dos des pieds et des malléoles.
En présence de ce qui venait d'arriver, le doute n’était pas possible; il s'agissait de l’oblitération de l'uretère gauche par un calcul rénal. A droite on pouvait hésiter entre une lésion analogue, et une suppression fonctionnelle du rein pour une cause quelconque. Comme de juste, il était certain que le malade, de par la rapide aggravation de son état et l'impuissance des moyens thérapeutiques médicaux prcalablement employés, marchait vers une fin certaine, à moins qu'on intervint chirurgicalement pour le débarrasser de son calcul. Le 21, à midi, le patient fut apporté à ma clinique privée, à une heure et demie l'opération entreprise.
Le malade fut placé dans le décubitus latéral droit, un épais coussin sous lui. Incision cutanée partant de l'intersection de la douzième côte avec le bord des muscles des gouttières, allant obliquement en bas et en avant jusqu’à la crête iliaque. Cette incision aboutit précisément sur le bord externe du carré des