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La Céphalée manque rarement, ; elle affecte des degrés variables et chaque neurasthénique a une expression particulière pour la désigner, la caractériser; c’est un! cercle de fer une calotte de plomb; la sensation d’une scie passant audessus des sourcils, la sensation douloureuse d’un pavé tombant sur la nuque, le plus souvent elle affecte la forme en casque (galeati de Charcot) Rarement continue, ordinairement diurne, elle est très violente le matin au réveil, pour diminuer après les repas, mais la moindre émotion, le moindre travail Paugmentent singulièrement. Elle est parfois accompagnée d’une hyperesthésie du cuir chevelu.
Ressemblant à la céphalalgie, nous trouvons la rachialgie qui peut occuper des sièges variables (plaque cervicale, plaque sacrée), et s'accompagner de douleurs vives provoquées par la pression des apophyses épineuses des vertèbres (points apophysaires d’Armaingaud).
L'insomnie est aussi fréquente, si on interroge les neurasthéniques sur leur sommeil, la plupart répondent aussitôt qu'ils en sont complètement privés et qu'ils n’ont pas fermé les yeux depuis des mois. Il y a là une exagération commise involontairement par les neurasthéniques.
Les troubles du sommeil peuvent affecter plusieurs formes: tantôt le, malade s'endort dès qu'il est au lit, mais au bout de deux où trois heures se réveille et ne peut plus retrouver le sommeil: tantôt il se couche, attend le sommeil pendant des heures entières, et finit par s'endormir sur le matin. Dans d’autres cas, tourmenté par la crainte de ne pas dormir; le neurasthénique se couche avec cette idée: elle s’ancre tellement dans son esprit que malgré tous ses efforts il ne peut parvenir à l’en chasser et passe la plus grande partie de la nuit sans sommeil. Il tourne ainsi dans un cercle vicieux: il ne dort pas parce qu’il est neurasthénique et il est d'autant plus neurasthénique, qu’il dort plus mal.
Les rêves sont peu fréquents; pas de cauchemars dans la généralité des cas: quelques rêves ont trait à leurs occupations journalières, la plupart se rapportent à leur état maladif.
Un fait intéressant à signaler est le suivant: le sommeil du neurasthénique est un sommeil incomplet, qui ne repose pas; l'esprit continue à travailler, une malade observée par M. Régis, disait d’une façon très imagée « je dors du corps, mais pas de pensées, de derrière la tête, pas de devant. » Ce sommeil incomplet favorise un fonctionnement cérébral continuel dans lequel les facultés inférieures prédominent; le contrôle du centre supérieur est diminué ou manque totalement. « Les plans et les projets les plus bizarres sont souvent conçus pendant ce travail acharné effectué la nuit et souvent pendant les moments de calme, on pourra voir jaillir une idée qui aura été créée de toutes pièces pendant une nuit d’insomnie: l’esprit la repousse, mais elle revient quand même avec obstination, causant au malade une souffrance par la conscience où elle le met de l’impuissance de sa volonté. » Aussi l’insomnie nous paraît constituer un symptôme très grave. Ce sommeil léger, fugace, ne repose pas le malade, et ce travail cérébral inconscient auquel il se livre, augmente encore son épuisement, et peut arriver dans certains cas à diminuer le contrôle cérébral, à exagérer l’automatisme et partant la suggestibilité.
L'asthénie musculaire forme avec la céphalée et l’insomnie, ce qu'on pourrait appeler le trépied neurasthénique. Elle fait son apparition dès le début; d’abord intermittente elle devient rapidement continue et le malade obligé de se livrer à un travail manuel est mis à bref délai, dans l'impossibilité de gagner sa vie: bientôt même cette fatigue qu’il accusait après un travail léger, se montre au début de tout acte: tout mouvement lui est prétexte à fatigue « il est toujours en imminence de fatigue musculaire ». La simple station debout lui est pénible; chez certaines femmes Weir-Mitchell a décrit une forme particulière de cette asthénie; les malades refusent de sortir, de marcher, de se lever même, et passent leur journée sur des chaises longues, absolument comme des paraplégiques. « C'était certes un neurasthénique, cet arabe qui nous a laissé le proverbe célèbre: « Mieux vaut
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être assis que debout, couché qu’assis, mort que couché. » Rien ne saurait mieux peindre la lassitude des névropathes et le pessimisme qui en découle. (De Fleury)
Ici, encore, comme pour l’'insommnie, nous nous trouvons en présence d’une exagéralion évidente de cette asthénie. En examinant les malades, on note une contradiction entre leurs déclarations et les faits. Ils se disent parfois incapables du moindre mouvement, et cependant ils se livrent à des actes, des gestes leur donnant un démenti formel. Mosso a pris des tracés indiquant la force musculaire et la faligue et a démontré que les muscles ont conservé leur contractilité normale. « L’impuissance de l’homme jure avec l'intégrité de la bête ». Dubois (de Berne), cite le cas d’une malade qui se déclarait absolument incapable de soulever les bras, de les remuer, et qui cependant se coiffait seule, parce qu’elle avait une hyperesthésie du cuir chevelu et ne voulait pas se laisser coiffer à cause de la douleur qu’elle éprouvait. Il est aussi d'observation courante qu'une grande joie, une émotion, un fort chagrin, l’idée même du devoir à accomplir, décuplent pour un instant leurs forces physiques et permettent à ces neurasthéniques d'accomplir des travaux, des actes dont ils paraissaient totalement incapables. Sandras, après avoir cité des cas montrant de quelle énergie sont parfois capables les neurasthéniques, conclut: « Rien n’est plus admirable que cet état nerveux lorsqu'il est mis au service d’une bonne tête et d'un bon cœur. »
Pour certains auteurs. cette asthénie musculaire atteindrait aussi les muscles de la vie de relation: les muscles lisses, le myocarde, les fibres lisses de l'estomac. de l'intestin, occasionnant ainsi secondairement des dilatations, des ptoses.
Les troubles gastro-intestinaux sont la règle chez les neurasthéniques, el prédominent parfois, à tel point, que certains auteurs, les ont invoqués pour expliquer la pathogénie de la neurasthénie.
On peut en observer de plusieurs ordres: chimiques, consislant en dyspepsie, hypochlorhydrie, quelquefois mais plus
rarement, hyperchlorhydrie: mécaniques. dilatation d'estomac avec ballonnement. pesanteur après les repas. ptose des viscères abdominaux, hépatoptse, enteroptose. Ils sont d’intensité très variable et on a pu distinguer des formes légères, dans lesquelles les malades conservent encore l'apparence d’une bonne santé, des formes graves dans lesquelles on observe de l’anorexie. des vomissements, de la diarrhée et un amaigrissement considérable.
Tels sont, avec l’état mental caractéristique, que nous décrirons dans un instant, les symptômes rencontrés d’une facon à peu près constante chez tous les neurasthéniques, les stigmates de Charcot. A côté, nous trouvons une foule de symptômes accessoires, secondaires, variables avec les malades, prenant une importance d'autant plus grande que le malade s’est livré à une analyse plus approfondie. « Imaginez tout ce qu’il est possible d'éprouver comme sensations subjectives se rapportant aux diverses fonctions ou: régions et vous aurez une idée approximative des troubles accusés par les neurasthéniques (Pitres).
À mesure que le médecin par son interrogatoire, attire Pattention du malade sur tel ou tel appareil, il est rare que le neurasthénique, mis en éveil par les questions du pralicien, ne découvre pas quelque nouveau trouble, qui avait jusque là échappé à son analyse; nous ne nous attarderons pas à leur description, ne faisant que citer. les plus fréquents, avec les particularités qu'ils nous ont paru présenter.
Du côté des organes des sens. Vision. — Congestion des conjonclives avec sensation de picotement et de cuisson surtout le matin. Sensation de mouches volantes, d'images flottantes qui ne donnent rien à l'examen ophlalmoscopique de Pœil. Asthénopie accommodative, ou fatigue rapide à la lecture; parail être de Pasthénie musculaire portant sur les muscles de accommodation: elle ne peut se corriger par des verres.
Ouie. — Bruits subjectifs, bourdonnements, battements dans les oreilles paraissant prédominer dans l'oreille gauche (Ré-
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gis), €t sc rencontrant chez les neurasthéniques gentachés d'arlériosclérose.
Goût et odorat. — Léger degré d'hypérexcitabilité et susceplibilités idiosyncrasiques pour certaines substances ou odeurs.
Sens génital. — On note généralement de la diminution des appétits sexuels, parfois de l'impuissance avec la spermatorrhée, des pollutions nocturnes. Chez la femme troubles de la menstruation. Ces troubles génitaux peuvent prédominer dans quelques cas et donner naissance à une variété de neurasthénie: la neurasthénie génitale.
Sensibilité générale. — On trouve les hyperesthésies assez fréquentes du cuir chevelu, de la colonne vertébrale, des sensations douloureuses disséminées (névralgie générale de Valleix), en se localisant en des points fixes (topoalgies de Blocq). Très rarement on a trouvé de l’anesthésie. Les neurasthéniques sont très sensibles à l'influence des agents extérieurs; appelés parfois des « baromètres vivants. »
Motilité. — Outre l’asthénie musculaire, il faut signaler par ordre de fréquence des vertiges, avec sensation de déplacement des objets « mais ne provoquant jamais la chute ou le vomissement » (Charcot), des tremblements, des secousses musculaires, des crampes.
Si nous passons en revue tous les grands appareils de léconomie, nous pouvons noter encore:
Des troubles de la circulation. — Palpitations, tachvcardie, fausse angine de poitrine (névropathie cérébrocardiaque de Krishaber), des troubles de la circulation périphérique. extrémités froides.
Des troubles de la respiration. — Oppression, dyspnée dûe le plus souvent aux palpitations.
Des troubles sécrétoires. — Sécheresse de la peau, de véritables démangeaisons ou prurits, qui affectent beaucoup les neurasthéniques, qui se croient alors atteints de maladies cutanées (dermatophobie).
Du côté des urines, modification indiquant une nutrition ralentie; excès d'acide urique par rapport à l’urée.
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Phosphaturie.
Déperdition des chlorures.
Albuminuries passagères liées à l’état général.
En terminant, signalons ce passage de Beard, qui note Comme trouble de la nutrition générale la carie des dents, et s’en sert pour montrer que la neurasthénie est une maladie due à la civilisation et particulièrement aux mœurs américaines. « Il est indéniable que cette carie rapide des dents est un résultat de la civilisation: les dents sont rarement bonnes chez ceux dont la constitution est affaiblie et elles ne doivent leur salut qu'à l’habileté des dentistes modernes; les dentistes sont les baromètres de la civilisation: leur succès et leur prospérité est un des faits les plus instructifs de la sociologie moderne; les dentistes américains sont les meilleurs du monde parce que les dents américaines sont les plus mauvaises du monde. »
Mélancolie. — Quel est le début de la mélancolie, et une fois établie, quels en sont les principaux symptômes ?
Après la cause qui est à l’origine de la maladie, chagrin, émotion... le mélancolique est dans la généralité des cas, plus abattu que le neurasthénique: dès le début, il est triste. sa pensée se renferme dans un certain nombre d'idées limitées el de nature pénible. Il continue cependant ses occupations, ne se plaignant pas de cette fatigue que signalait en premier lieu lPépuisé décrit par Beard; il ne cherche pas non plus, comme ce dernier. un ami à qui confier ses peines, il dissimule, ne $e livre pas: c’est sa famille, son entourage qui remarque qu'il y a quelque chose de changé en lui, qu'il n’est plus le même, et souvent, alors que rien ne le faisait prévoir et pour un motif des plus futiles, le mélancolique entre dans la période d'état par une automutilation ou une tentative de suicide. C’est alors que le médecin a l’occasion de l’examiner: il se présente avec une allure toute spéciale; triste, abattu, 1e visage contracté par la souffrance, il ne répond que lentement ou pas du tout aux questions posées, ou au contraire, agité, inquiet, parle tout seul, d’une voix dolente, el si on peut saisir le sens de ses paroles, on remarque qu’elles
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ont toujours trait à un même ordre d'idées tristes, pénibles. Pas de petits papiers, ni les détails si prolixes du neurasthénique; il faut que le médecin lui arrache ses réponses; il peut alors constater les symptômes suivants:
La céphalée est fréquente, mais le mélancolique ne sen plaint pas, ne l'analyse pas et ne la décrit pas avec cette insistance caractéristique du neurasthénique.
L'asthénie musculaire se rencontre aussi et est même, dans certaines formes, poussée à l'extrême: sans parler de cette loque délabrée, inerte qui caractérise le mélancolique stupide, nous observons dans les formes dépressives, de l’immobilité, de la prostration et parfois une véritable manie lectuaire en tous points semblable à celle des neurasthéniques de Weir- Mitchell. Cette asthénie musculaire est susceptible de réveils subits, et pendant ces moments d’exaltation, ces raptus mélancoliques, les malades réussissent souvent dans leurs tentatives de suicide.
L'insomnie est constante: les malades dorment mal, en proie à des hallucinations terriliantes: leur sommeil est entrecoupé de rêves pénibles, de cauchemars.
Les troubles gastro-intestinaux, sont la règle. Ils rappellent de tous points ceux des neurasthéniques et créent souvent un état d’auto-intoxication qui domine la scène et dans lequel certains auteurs ont voulu voir le point de départ de la mélancolie. Le plus souvent nous constatons de l’enduit saburral de la langue, de la fétidité de l’haleine, de la dyspepsie gastro-intestinale. de l’intérite muco-membraneuse, de la constipation.
Parmi les symptômes que nous avons appelés secondaires, les mélancoliques nous présentent encore des troubles des sens spéciaux, qui fonctionnent avec paresse, avec lenteur; des hallucinations de la vue, de l’ouie, des illusions du goût, de lPodorat.
Les troubles génitaux existent à un degré plus avancé, consistant en dysménorrhée, parfois aménorrhée complète chez les femmes. avec dans la plupart des cas, le silence complet de l'instinct sexuel.
La sensibilité générale est obtuse, quefquefois même abolie: Cette analgésie des mélancoliques, de nature psychique. nous permet d'expliquer ces automutilations atroces auxquelles se livrent volontiers les malades. On se demande comment, sans cette analgésie de nature particulière, ils pourraient supporter des douleurs si vives pendant le temps parfois très long que durent leurs actes et continuer leur mutilation; tels ce mélancolique que nous avons pu observer dans le service de M. le professeur Lanelongue, qui armé d'un mauvais couteau de cuisine avait passé un quart d'heure à scier, littéralement les bourses et la verge à leur base; et cet autre qui, chez M. le professeur Badal s'était crevé les deux yeux, en enfonçant successivement son pouce dans les deux orbites.
La motililé est aussi atteinte; outre l’asthénie, nous observons très souvent un tremblement fibrillaire des extrémités, se produisant au repos et s’exagérant avec les émotions et dans les paroxysmes d’angoisse: du côté de la langue, Parant a décrit une sorte de tremblement, qu’il appelle «tremblement gélatineux. » k
Les troubles circulatoires sont fréquents: le cœur bat plus lentement et avec moins d'énergie: le pouls est ordinairement petit et de fréquence variable suivant les périodes de dépression où d’agiltation: du côté périphérique, on observe un ralenüissement de la circulation, des œdèmes malléolaires, parfois du refroidissement, de la cyanose et de l’asphyxie locale (main mélancolique de Ball).
La respiration est ralentie, superficielle dans les formes dépressives. exagérée.. irrégulière dans les formes anxieuses. L'hématose est insuffisante et détermine des troubles des diverses sécrétions et de la nutrition générale. La peau est sèche; les urines rares et chargées, plus toxiques que Îles urines normales; au point de vue chimique: phosphaturie et excès d'acide urique. La nutrition générale se ressent de ce manque ®dactivité, d'énergie; la température baisse, le malade maigrit et devient ainsi la proie facile des maladies infectieuses, de la tuberculose surtout, que nous voyons sou-
vent venir compliquer la maladie.