‹ De la Neurasthénie et de la Mélancolie: Considérées dans leurs rapports réciproquesChapitre 9 sur 33 · LED RE · texte numérisé non relu

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toute seule lorsqu'on lui commande de manger. Elle n’a pas fait de nouvelles tentatives d'auto-mutilitation ou de suicide,

Troubles physiques. Femme amaigrie au teint pâle; les muqueuses sont décolorées; on ne relève pas de stigmates de dégénérescence,

La sensibilité est conservée intacte soit à la piqûre ou au contact; pas de zones hystérogènes.

Les reflexes cutanés et tendineux sont normaux,

Les reflexes oculopupillaires à la lumière et à l'accommodation sont conservés, mais un peu lents, paresseux.

Pas de douleurs spontanées.

Le sommeil est troublé par des visions tristes: morts, batailles. pas de rêves professionnels ou de zoopsie.

Tremblement fibrillaire de la langue. 4

Appareil digestif. — Langue suburrale; sensation de pesanteur et de bailonnement du ventre après le repas. Constipation. Pas de dilatation marquée de l'estomac: pas de clapotage, pas de ptoses viscérales. >

Appareil circulatoire. — Le cœur bat normalement et l'auscultation n'y révèle pas de bruits de souflle. Le pouls est faible, jun peu mou, mais régulier. Pas d’œdèmes, de ralentissement de Ja circulation; peut-être les extrémités sont-elles un peu froides, cependant elles ne présentent pas de signes d’asphyxie locale.

Appareil respiratoire. — Respiration régulière, plus fréquente dans les moments d’anxiété.

Appareil. génito-urinaire. — La menstruation persiste, quoique très irrégulière; la malade n’a pas eu ses règles au mois de novembre, mais elle a été réglée deux fois pendant le mois de décembre. Pas de troubles fonctionnels de l'appareil urinaire.

Examen des urines. — Sont claires, limpides. Augmentation de l’urée, des phosphates et du chlorure de sodium.

Pas d'éléments anormaux.

Examen le 25 janvier. — Depuis son entrée à l'Hôpital, l'état de la malade n'a guère varié; elle à successivement passé par des phases de dépression et d’anxiété, mais ne paraît nullement améliorée. Les idées délirantes persistent toujours. Pas de tentatives d'auto-mutila-

tion qu de suicide. Depuis deux jours cependant, la malade parait

plus agitée, plus anxieuse, elle ne peut tenir en place, se promène dans la salle, monologuant, et faisant toujours de la tête, des gestes

de négation.

Elle est dirigée sur Picon, dans le courant du mois de février.

Avec ces observations prises pour types et nous servant aussi des descriptions que nous trouvons dans les auteurs, nous allons essayer de tracer ‘un tableau général dé ces deux syndromes. Nous suivrons le plan des observations et commencerons donc par lPétude des antécédents héréditaires et personnels des neurasthéniques et des mélancoliques, c’est à-dire l’histoire de leur famille et de leur vie jusqu'à l’apparition de la maladie.

Hérédité. — 19 Neurasthéniques. — Ce qui nous frappe, c’est que dans la généralité des cas, nous sommes en présence d’un terrain prédisposé hérédilairement. Parmi les ascendants des malades frappés d’épuisement nerveux, figurent le plus souvent des émotifs, des nerveux, des migraineux, des arthritiques. rarement des sujets atteints de psychoses. Dans quelques cas. plus rares, l’hérédité paraît manquer complètement: ce fait a été signalé par les auteurs: Beard, le premier, Charcot, Levillain, Bouveret, Dejerine qui écrit -« Ce qui fait l'intérêt de cette forme d'affection particulière du système nerveux, c’est que différant en cela complètement de toutes les autres, elle peut être créée de toutes pièces, chez un individu robuste, sans tare nerveuse héréditaire, et cela dans certaines circonstances données. » Nous croyons que ces cas-là sont l’exception et nous nous rangeons à l’opinion de Monsieur lle Professeur Régis, lorsqu'il dit: «dans certains cas, le rôle de l’hérédité paraît nul, néanmoins contrairement à l'opinion de Beard et de Charcot, la neurasthénie constitutionnelle est la variété la plus importante: on nait neurasthénique plus souvent qu’on ne le devient: ce qui paraît être une neurasthénie acquise, n’est le plus souvent qu'une poussée de neurasthénie plus forte surajoutée à un fond de neurasthénie constitutionnelle. »’— Cependant il semble que dans ces cas, lin-

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fluence de ce facteur étiologique hérédité, ait été inférieure à celles des causes provocatrices, occasionnelles; l’hérédité est intervenue à titre de simple cause prédisposante, mettant le système nerveux du sujet dans un état de moins grande résistance: elle n’a pas imprimé un caractère propre, une physionomie particulière à la maladie.

20 Mélancoliques. — Chez les mélancoliques lhérédité est généralement plus lourde: nous retrouvons dans la plupart des cas des arthritiques, des nerveux, quelques psychoses à base le plus souvent dépressive, quelques cas d’hystérie: dans les antécédents du malade lui-même, nous notons l’apparition de troubles mentaux traduisant cette influence héréditaire: émotivité excessive, idées de scrupule, timidité, caractère taciturne, peurs irraisonnées et maladives. C’est ainsi que chez le malade de l'observation HI, Léon Y..….. nous relevons: le père, une sorte d’exalté. tombé dans la dépression sur la fin de ses jours; un oncle atteint d’un trouble mental de nature mélancolique ou tout au moins dépressive, et dans son enfance Y... a présenté une grande émotivité, une peur innée de la mort, des enterrements.

Donc chez les neurasthéniques, pas d'hérédité ou hérédité neuro-arthritique, intervenant à litre de simple cause prédisposante, chez les mélancoliques, hérédité similaire ou dissemblable, qui a occasionné d’une façon à peu près constante des troubles mentaux dans le jeune âge ou à la puberté.

Etiologie.s — Quelles sont les causes que nous trouvons le plus souvent à l’origine de la neurasthénie ou de la mélancolie?

Neurasthénie. — C'est d’abord, le surmenage cérébral, à la fois intellectuel et moral, surtout moral. Mosso a démontré expérimentalement que les émotions exercent une action beaucoup plus manifeste sur la circulation encéphalique que le travail intellectuel d’une grande intensité: « le travail cérébral qui surmène et épuise, est celui qu'accompagnent le souci du lendemain, la préoccupation vive d'un but à atteindre, la crainte d’un insuccès ou d’un échec, qu'il s'agisse d’af-

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faires industrielles où commerciales où est engagée la fortune. d’un examen ou d’un concours d’où dépend Pavenir. Ce qui paraîl être la véritable cause est l'inquiétude et l'anxiété au milieu de laquelle ce labeur a été accompli, les préoccupations morales qui l'ont précédé, accompagné ou suivi. » (Ballet) Les émotions morales, les chagrins, les passions jouent le même rôle: «Toutes les passions, dit Bouchut. surtout celles que lon qualifie de dépressives, le remords, la jalousie, la haine, l'ennui, l’avarice, l'ambition, les chagrins prolongés, les déceptions, altèrent notablement la pensée ». Citons aussi le surmenage génital, le traumalisme, les intoxicalions exogènes, ou du moins l'usage abusif, habituel et prolongé des substances toxiques, les intoxications endogènes. les maladies infectieuses ou organiques diverses. La vie mondaine. par les sources multiples de fatigue qu’elle occasionne, peut aussi créer la neurasthénie. « [1 n’y a pas de gens plus occupés que ceux qui ne font rien » a-t-on dit avec raison, en parlant de ces désœuvrés, de ces oisifs qui mènent la « grande Vie » — « Rien n’est énervant, rien n’est propre à déséquilibrer le système nerveux et à l’affaiblir, comme l'unique préoccupation de la recherche du plaisir et de la satisfaction des désirs les moins nobles et les moins élevés. Le souci du rôle utile que chacun peut remplir dans son milieu, suivant ses aptitudes et ses facultés, n’est pas seulement un élément de moralisation, c’est à certains égards une condition de santé et la neurasthénie est souvent la légitime, mais regrettable rançon de l’inutilité, de la paresse ou de la vanité. » (Ballet).

Chez les mélancoliques Pétiologie est à peu près semblable: nous y retrouvons encore les émotions violentes, les chagrin répétés, les chocs moraux. les intoxications exogènes et plus souvent endogènes, les maladies infectieuses.

En somme chez les neurasthéniques comme chez les mélancoliques nous pouvons résumer ainsi les facteurs étiologiques occasionnels: les causes physiologiques ou pathologiques, morales ou physiques, susceptibles d'amener brusquement ou graduellement l’affaiblissement du système nerveux.

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Symptomatologie. — Nous avons étudié le terrain sur lequel va se développer la maladie, la cause qui lui a donné naissance, voyons comment elle s’installe et quels en sont les symptômes.

19 Neurasthénie. — La neurasthénie apparaît rarement d'emblée affectant une allure aiguë; dans la majorité des cas le début est lent, progressif. Le malade éprouve d’abord quelques légers troubles physiques, des malaises. II se sent fatigué plus rapidement que de coutume; s’il lit, il est bientôt obligé de cesser, il ne peut plus fixer son attention, les lettres dansent devant ses yeux. Il n’a plus la même volonté qu'autrefois, et il hésite longtémps avant de prendre une décision; sa tête est lourde; il dort mal et se trouve fatigué au réveil. Ses digestions sont lentes, pénibles, s’accompagnent de somnolence. L’inquiétude et la tristesse font leur apparition. Il prend peur, analyse toutes ses sensations gt dans toutes il croit découvrir les signes précurseurs de graves maladies. Comme il se plaint en même temps .de sa mémoire, il note par écrit tous les troubles qu’il éprouve. rédige ses « petits papiers » et va consulter le médecin.

Il se présente la plupart du temps, se plaignant d’une grande lassitude, de céphalée, de troubles de la digestion. Il paraît accablé, rompu par la fatigue; il parle d’une voix basse, trainante, monotone; il décrit une foule de sensations, de symptômes, se perd dans des commentaires sans fin sur les troubles qu'il éprouve: il les explique souvent par des gestes appropriés, une mimique expressive, et si le médecin semble Pécouter attentivement, patiemment, il sort bientôt de sa poche le petit papier qu'il a rédigé, ne se fiant plus à sa mémoire. On peut dire que le diagnostic est fait: le malade est un neurasthénique. Le médecin, peut alors, par un interrogatoire en règle, lui faire énumérer une multiplicité inouïe de symptômes et tout d’abord les stigmates décrits par Charcot. On peut dire qu'à ce point de vue tous les neurasthéniques que lon pourrait appeler classiques se ressemblent. Cette variété de neurasthénie est de toutes les névroses, la plus constamment semblable à elle même: le neurasthénique classique est cal-

qué sur son voisin.

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