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Nous retrouvons, semble-t-il dans la mélancolie. {oute la série des signes physiques, que nous avions signalés chez les neurasthéniques, avec seulement quelques différences de détail; cela tient à ce que ces deux syndromes ont pour origine commune, une cause dépressive, débilitante qui agit sur le système nerveux; dans la sphère physique, elle ge taduira par la déchéance, l’'appauvrissement de l’organisme, mais dans la sphère psychique les réactions seront différentes, comme nous allons essayer de le montrer par une analyse approfondie de Pétat mental des neurasthéniques et des mélancoliques.
Etat mental du neurasthénique. — D'un mot nous pouvons caractériser l’état mental du neurasthénique. C'est la dépression cérébrale, sans altération du jugement ou de la conscience: dépression qui va se manifester du côté intellectuel et du côté affectif.
Du côté intellectuel nous constatons d’abord des troubles de Pactivité cérébrale, une diminution du pouvoir d’attention. Le neurasthénique ne peut coordonner ses idées, réfléchir longuement sur un sujet: il lui arrivera de lire des pages entières sans avoir compris ce qu’il a lu. Si, cependant, il veut faire effort et s’astreindre durant quelques instants à un travail qui exige une attention soutenue, il se sent obnubilé, épuisé: son mal de tête est devenu d’une acuité extrême ses idées se brouillent et il est obligé de cesser. La mémoire parait amoindrie, le malade, distrait, fixe mal ses idées; lévecalion des souvenirs est défectueuse, car le neurasthénique redoute PFeffort nécessaire à la recherche du souvenir perdu; aussi la mémoire, quoique intacte, paraît ralentie, rétrécie en quelque sorte. Dans les quelques cas où une légère amnésie existe, elle est indifférente. les oublis portant sur les sujets les plus divers.
La volonté est très atteinte: les malades sont des indécis, des hésitants. Ils sont incapables de prendre une décision, même dans les cas les plus simples de la vie. Ils manquent totalement d'énergie morale et deviennent la proie trop fa-
cile du découragement: ils luttent, font effort, mais cet effort n’aboutit qu'à provoquer chez eux des angoisses, des palpitations et dans quelque cas du vertige: cette aboulie neurasthénique nous explique les obsessions, phobies que nous verrons se développer secondairement chez ces malades, ainsi que l’angoisse qui les accompagne.
Le jugement reste intact; le neurasthénique se rend parfaitement compte de son état et cette conscience de sa déchéance. de son infériorité morale sera pour lui une cause de douleurs et de tristesse.
Du côté de l'affectivité, nous remarquons un état d'inquiétude, d'insécurité Vague, entretenu par des préoccupations €constantes. Le neurasthénique passe sa vie à faire sa propre observation et cette aulo-analyse de tous les instants va être encore pour lui une source de tristesse et de douleur. Les individus en bonne santé ne perçoivent aucunement le jeu régulier de leurs organes; les neurasthéniques au contraire sont constamment impressionnés par les sensations internes les plus diverses. Les mouvements du cœur, le travail de la digestion. toutes. les fonctions de la vie organique et de relation. sont minutieusement analysés et interprétés dans un sens pessimiste. Ils deviennent pour eux la source d’impressions pénibles: « leur organisme, a dit M. Brochin, est passé à Pétat de fonctionnalité douloureuse. »
Ainsi naît cette tendance à l'hypochondrie, si fréquente chez les neurasthéniques; ils se croient atteints de maladies graves, de maladies du cœur, de l'estomac, du cerveau vers quoi leurs palpitations, leurs malaises digestifs ou les douleurs de tête ont appelé leur attention.
D'une émotivité extrême, is perçoivent plus vivement les sensations que déterminent les émotions: des événements sans importance pour les autres, les frappent vivement; aussi évitent-ils {out ce qui peut être pour eux une cause d’émoi, de chagrin. Leur caractère se modifie aans ce sens: ils deviennent profondément égoistes, leurs occupations, leurs affaires. les intérêts les plus pressants de leurs familles.