‹ De la Neurasthénie et de la Mélancolie: Considérées dans leurs rapports réciproquesChapitre 21 sur 33 · OBSERVATION VII · texte numérisé non relu

OBSERVATION VII

(Clinique psychiâtrique de l'Hôpital Saint-André)

MmerR."41hans.

Antécédents héréditaires. — Mère morte à 66 ans. Elle était nerveuse et atteinte pendant ses dernières années de la phobie de la folie. Elle est morte à la suite d'une seconde attaque de paralysie, Rien à noter dans sa famille.

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Père vivant, 82 ans, bien portant. A toutes ses idées, Rien à noter dans sa famille.

Collatéraux. — La malade a une sœur âgée de 49 ans, mariée et mère de deux enlants bien portants. Pas nerveuse, pas d'idées fixes.

Antécédents personnels. — À noter une fluxion de poitrine à l'âge de 10 ans. Fièvre typhoïde avec délire à 19 ans.

La malade fut réglée à 14 ans. Depuis les règles ont toujours été régulières. Depuis quelque temps seulement, elles apparaissent toutes les 3 semaines et sont moins abondantes.

Elle se maria à 23 ans; à ce moment sa mère était déjà atteinte de sa phobie. Elle eut beaucoup de chagrin à l'annonce du mariage de sa fille et tomba dans un mutisme complet. C'est alors que notre malade, affectée par l’état de sa mère, se demanda si elle ne deviendrait pas bientôt comme elle et dans cette crainte retarda son mariage. Elle consulta alors un médecin qui lui dit de passer outre et de n'attacher aucune importance à ces idées. Le mariage eut lieu.

En 12 ans, la malade eut 5 grossesses. Toutes se passèrent nofmalement furent suivies d'accouchements normaux et de suites régulières. :

Histoire de la maladie. — FÆlle à nourri ses 5 enfants, Cependant 4 où 5 mois après la naissance de son dernier enfant, elle fut obligée de renoncer à le nourrir, n'ayant plus assez de lait. En outre, à ce moment, elle eut beaucoup de tracas, de soucis de ménage et dut se livrer à un travail acharné. L'enfant mis au biberon, devenait superbe, quand ïil fut pris d'accidents méningés et mourut après 3 jours seulement de maladie, Cette mort la bouleversa. Elle devint triste taciturne et bientôt s'aperçut d'un changement qui s’était opéré en elle. Sa souffrance, son chagrin de la perte de l’enfant qu'elle aimait, au lieu de le sentir dans le cœur, elle l'éprouvait seulement dans la tte. Elle sentit qu'elle n'éprouvait pas sa peine comme elle aurait dû la sentir, Sans doute elle songeait à cet enfant chéri, mais elle sentait que son cœur n'était pas atteint et, dit-elle, elle ne pleurait pas comme il aurait fallu Elle se prit ensuite à s’accuser d’avoir mal soigné son enfant, de l'avoir privé de lait, et d'être enfin la cause de sa mort, Et toujours ces idées la tour-

mentaient, elle ne pouvait s’en affranchir,

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Ces craintes prenant la tournure d'idées fixes, elle erut qu’elle alläit perdre la raison, Cette appréhension était basée sur les sensations bizarres qu’elle éprouvait. Jour et nuit elle voyait sa mère et son fils; quand elle dormait la nuit elle en rêvait. De plus, elle s'aperçut qu'elle ne voyait pas les objets clairement comme ils étaient. “Dans son esprit, tout se modifie, les objets changent de forme, et souvent elle se croit dans des lieux qui n'existent pas. Ce qui trouble le plus notre malade, c'est que pendant ses crises aigués, elle éprouve quelque chose de bizarre qui l'empêche de reconnaître son mari et ses enfants que pourtant elle aime beaucoup. Par ses yeux, elle voit que ce sont eux corporellement, mais moralement, elle ne les reconnaît plus. Il y a quelque chose qu'elle ne peut expliquer, et qui l'en empêché malgré tous ses efforts. Bien plus, quelquefois, elle prétend n'avoir plus conscience de ses actes. Elle est poussée à s’élancer sur eux, à leur faire du mal. Ces crises la mettent hors d'elle car il lui semble que « l’œuvre va se joindre à la pensée »; C’est alors que pour s'y soustraire, elle se sent poussée à se donner la mort. 2

« Elle éprouve, dit-elle, dans ses crises, toutes les craintes qu'on puisse imaginer. » Elle croit qu’elle va devenir folle, qu'elle va faire le déshonneur de son mari, de ses enfants. C'est là son idée dominante,, elle a peur et ses craintes sont identiques à celles de sa mère. La nuit même, elle en rêve.

La malade est atteinte généralement d'une constipation opiniâtre, Elle a des céphalées persistantes et violentes et dans ses grandes crises, il lui semble qu’elle éprouve au sommet de Ia tête comme un morceau de marbre, auquel toutes ses idées seraient suspendues.

Son sommeil est mauvais. Le ‘matin elle se lève brisée de fatigue, Elle est triste, constamment, même dans l'intervalle de ses crises; en femps habituel, elle travaille, s'occupe de son ménage.

Pouls: 126; le cœur bat fort, vite, violemment.

Sensibilités cutanée et viscérale: normales.

Reflexes: normaux.

Le besoin d'activité musculaire est. parfois très accentué (crises par= fois violentes); le besoin d'inaction est fréquent et survient en gé-

néral après chaque crise d'activité musculaire.

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