‹ De la Neurasthénie et de la Mélancolie: Considérées dans leurs rapports réciproquesChapitre 28 sur 33 · OBSERVATION XII · texte numérisé non relu

OBSERVATION XII

La malade qui fait le sujet de cette observation, est une dame âgée de 48 ans, que nous avons eu l’occasion d'examiner, M. Régis et moi, dans le courant de cette année. Son passé névropathique chargé, nous la montre comme une hystérique avérée qui ne présenta jamais de crises délirantes. En revanche, les crises convulsives furent nombreuses.

Dès les premiers jours de l'année 1901, se trouvant à l'étranger, elle fut prise ‘d’un accès de chagrin pour ne pas avoir accompagné son mari dans ses lointains voyages d’affaires. En même temps que cette impression morale, apparaissent des douleurs très vives à localisation un peu vague. Aux grands maux, les grands remèdes; elle n'hésita pas à demander à la morphine l’apaisement de ses douleurs et au bromidia un sommeil calme et réparateur. Prise en quelque sorte de toxicomanie, d'une soif impérieuse de toxiques, elle usa et abusa tant et si bien de°la morphine et du bromidia, qu'elle eut un accès de délire franchement toxique, à forme anxieuse, panophobique, Elle avait des hallucinations terrifiantes, craignant tout, redoutant tout, de sorte qu'un jour, se trouvant au bord de Ia mer, pour échapper à des ennemis imaginaires, elle prit sa course et s'élança dans l’eau. Il fallut le dévouement de quelques amis présents, pour la poursuivre et la sauver malgré elle, Cette crise hallucinatoire délermina son internement dans une maison de santé où elle fut placée pour y accomplir une crise de désintoxication.

Là, le délire et les hallucinations s’atténuèrent, puis disparurent tandis que l'anxiété persistait. Elle éprouvait toutes sortes de sensa-

tions soit physiques soit psychiques de transformation, de dédou-

blement de la personnalité, d’inexistence d'organes. Ces sensations la torturaient.

C'est dans cet état qu'elle rentra chez elle non guérie,

A peine de retour dans son foyer, Mme X..., eut son émotivité soumise à une rude épreuve; son mari, en arrivant à B..., dut s’aliter pris soudain d'une affection grave qui réclamait l'intervention des chirurgiens.

Pendant toute la maladie de son mari, Mme X..., resta à son chevet en proie à une véritable torture intérieure; elle le soignait avec attention, intelligence, dévouement, n’hésitant pas à passer des nuits pour le veiller, Et pendant ce temps, elle « s’étonnait de pouvoir accomplir tout ce qu’elle faisait » et cette simple constatation était le point de départ d’une angoisse indicible.

C'est au moment de la convalescence de son mari, que Mme X..., sentit une angoisse plus nette s'emparer d'elle. Elle raisonnait point par point chacun de ses tourments psychiques; elle étudiait son aboulie, sa « veulerie » disait-elle, sa dépersonnalisation et souffrait de cette anxiété où elle se sentait noyée. Cela constituait la crise d'angoisse elle avait alors la sensation d'une main de fer lui comprimant le cou, et l’étreinte était si pénible, qu'elle criait pour se soulager, Tous les moindres souvenirs de son séjour dans la maison de santé, étaient pour elle le point de départ d'une nouvelle poussée anxieuse.

En dépit de tous les efforts qui furent tentés pour la délivrer de son supplice qu'elle appelait sa « tunique de Nessus », en dépit des conseils donnés pour la sauvegarder contre elle-même, Mme X.., autoritaire, ét ne supportant pas la contradiction, ne voulut pas se soumettre à notre direction. Elle mit à exécution ses projets de suicide et eut l'énergie de s'étrangler avec un mouchoir de fine batiste.

«Tels sont, dit M. de Perry, les traits principaux de cette observation absolument riche en détails intéressants pour montrer les phases successives par lesquelles la malade est passée. D'abord, à la suite d'intoxications médicamenteuses, survient une crise de psychose anxieuse, panophobique, analogue à celle d’un alcoolique délirant. Puis, les phénomènes

DE

consécutifs de la psychose, délire et hallucinations s’étant dissipés, il reste un état de véritable névrose d'angoisse des plus pénibles mais absolument lucide et conscient avec tendance raisonnée et finalement exécutée vers le suicide libérateur. La névrose anxieuse s’est nettement montrée ici comme le reliquat d’une psychose anxieuse, »

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