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peut pas dire dans quelle position on place ses jambes, ni même quelle est la jambe que l’on déplace.
On ne trouve pas de troubles subjectifs de la sensibilité; la malade ne souffre pas. Mais on note une anesthésie complète des membres inférieurs et du tronc remontant jusqu'à trois où quatre centimètres au-dessous du mamelon. L'anesthésie existe à la fois pour les sensations thermiques, tactiles et douloureuses. On ne trouve pas de zone d’hyperesthésie à Ja limite de la zone d’anesthésie.
L'eschare sacrée que présente la malade est large comme la paume de la main, et on note aussi des ulcérations sur tout le pourtour de l'anus ; les grandes lèvres sont œdématiées.
Rien du côté des membres supérieurs et de la face.
Rien au poumon ni au cœur.
Les urines sont troubles, mais ne présentent pas d'albumine.
Traitement : injection d'huile grise, potion avec iodure de potassium, 4 grammes, cathétérisme toutes les sept heures.
31 octobre. — Exploration électrique avec la pile Chardin. On n’oblient aucune contraction avec la bobine à gros fil; on a une contraction des muscles de la cuisse avec la bobine à fil fin à la division de 5 1/2. Les muscles de la jambe restent inexcitables,
7 novembre. — L'eschare est constituée par une ulcération centrale profonde, de la dimension d’une pièce de 2 francs, de deux ulcérations superficielles plus vastes s'étendant de chaque côté de l’ulcéralion centrale, en ailerons.
Depuis l'entrée, elle a subi une amélioration considérable sous l'influence des pansements secs répétés, et surtout des cathétérismes répétés toutes les sept heures qui ont mis fin à l’incontinence. :
L'urine, à la suite de lavages vésicaux, est devenue parfailement claire et limpide.
18 novembre. — La température se maintient élevée. OEdème des membres inférieurs prédominant du côté gauche.
22 novembre. — Depuis trois jours la vue s'est modifiée ; la malade a commencé à voir des brouillards, des nuages; puis la vue à baissé progressivement et rapidement : l’œil gauche
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n'y voit plus rien du tout, l'œil droit encore un peu, mais « comme à travers un brouillard ». Les pupilles sont dilatées et réagissent peu à la lumière, la gauche moins que la droite.
24 novembre. —L'amaurose est complète pour les deux yeux.
7 décembre. — Examen ophtalmoscopique pratiqué par M. Jacqueau.
« La papille optique présente, au niveau des deux yeux, une coloration rouge anormale avec, sur les bords, un aspect lavassé très flou. Ni hémorrhagie, ni exsudations rétiniennes ; le calibre des vaisseaux ne paraît pas altéré. Il s'agirait donc d'une névrite optique pure (névrite optique active et non pas névrite par stase), autant qu'on peut encore parler de cette vieille distinction. Au moment de l’examen, pupilles très dilatées et sans réaction à la lumière ».
49 décembre, — Depuis hier, l'incontinence, qui était évitée par des cathétérismes répétés toutes les sept heures, ne l’est plus que par des cathétérismes répétés toutesles deux heures, et encore pas toujours.
Eschare des dimensions d’une pièce de deux francs au niveau du talon gauche.
29 décembre, — L'incontinence signalée le 42 décembre n'a guère duré que trois ou quatre jours. Mais, depuis, il faut, pour l’éviter, sonder la malade toutes les quatre ou cinq heures. L’eschare fessière continue à creuser. L'eschare, noire et fétide du talon gauche augmente.
L'amaurose, presque absolue vers le milieu du mois (la petite malade avait la sensation d'un épais brouillard), s'est considérablement améliorée. Le brouillard s’est dissipé peu à peu; la petite malade a commencé à s’apercevoir de la présence d'une malade à côté de son lit; maintenant, elle distingue quelle est celte personne et peut même, à une distance d’un mètre, compter le nombre de doigts qu'on lui présente.
La température oscille entre 370 5 et 380 5; mais, de temps à autre, on note des poussées fébriles de trois ou quatre jours qui donnent à la courbe thermique quelque ressemblance avec celle d’une broncho-pneumonie,
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15 janvier. — Depuis quelques jours la température s'est élevée, dépasse 390. Point de côté à la base droite avec râles sans souffle. Depuis la reprise de la fièvre, la vision a un peu baissé. De plus, il faut la sonder toutes les trois ou quatre heures pour éviter l'incontinence. On a d’ailleurs remarqué que ce temps est d'autant plus court que la température est plus éievée.
La petite malade est un peu plus forte; elle s'aide un peu pour se retourner dans son lit,
L'eschare sacrée va mieux.
Elle urine plus facilement quand elle est couchée sur le côté; il faut alors la sonder toutes les deux heures.
La paraplégie est toujours flasque; il s’est produit un amaigrissement notable des membres inférieurs. Pas de reflexe roiulien, ni de trépidation plantaire. Anesthésie"toujours complète.
3 février. — Les deux poumons sontremplis de râles de hauten bas. Toux fréquente, expectoration muco-purulente. La paralysie des membres inférieurs est toujours totale, flasque. Abolition complète des réflexes. Ni réflexe plantaire, ni réflexe abdominal.
L'eschare sacrée s'améliore un peu, néanmoins l’incontinence des matières fécales est continue depuis hier. L'anesthésie s’arrêle circulairement un peu au-dessus de la base du thorax. Dans la zone d’anesthésie, la sensibililé, sous tous ses modes, est absolument abolie.
Les membres inférieurs sont très amaigris.
Les muscles du tronc qui, à l'entrée, étaient pris, ont recouvré un peu de leur force. La malade peut s'asseoir et se tenir assise.
L'encombrement pulmonaire augmente : dyspnée vive, cœur rapide (130). L
Aujourd'hui la malade distingue une montre à environ 30 centimètres. Les pupilles sont toujours dilatées et égales; ellés réagissent très légèrement à la lumière.
11 février 1902. — La malade est morte ce matin, à 9 heures.
AUTOPSIE (26 heures après la mort),
VISCÈRES. — Au niveau des pournons on constate de la bronchite purulente généralisée et des lésions typiques de bronchopneumonie. Rien de spécial à noter au niveau du cœur. Péricarde intact. Le foie n’est pas altéré ; la rate est assez volumineuse, violacée, un peu molle comme une rate infectieuse. Les reins sont un peu tuméfiés ; substance corticale un peu congestionnée. La vessie apparait comme une masse dense, du volume moyen d'une poire, donnant au toucher la sensation d’un utérus un peu gros. Les parois, épaissies, sont fortement contractées sur une cavité très rétrécie. Quand on essaye de faire pénétrer du liquide dans cette cavité, on voit, après injection de 60 ce., le liquide ressortir par les uretères.
SYSTÈME NERVEUX. — Le cerveau et le mésencéphale ne présentent, macroscopiquement, absolument rien d’anormal. Les méninges sont intactes, ne semblent même pas congestionnées. Pas d'hydropisie ventriculaire.
La #noelle présente, à la partie inférieure de la portion dorsale, immédiatement au-dessus du renflement lombaire, sur une longueur de 6 à 8 centimètres, un aplalissement extrêmement net ; elle est réduite,à ce niveau, à un cordon grêle de couleur un peu jaunâlre, contrastant fortement avec la moelle de la région dorsale supérieure, qui a conservé son aspect normal. Les vaisseaux, à Ce niveau, sont, eux aussi, grêles et atrophiés.
On prélève et on conserve dans un liquide approprié, pour être soumis à l'examen microscopique, la moelle, des fragments d’écorce cérébrale de chaque hémisphère, des fragments des nerfs sciatiques poplités externes droit et gauche, le nerf optique droit.
Après séjour de six jours de la moelle dans des alcools progressivement concentrés, on pratique des sections transversales. On se rend compte alors du degré considérable des lésions médullaires. Au niveau de la région dorsale inférieure, où les lésions sont maxima, la moelle apparaît grêle comme une plume de corbeau. A la coupe, l'intérieur apparaît entièrement ramolli et comme tunellisé. Il n’y à guère plus que l'enveloppe pie-mérienne et une bouillie centrale jaunâtre, plus où moins rétractée. Ces allérations s'étendent bien, au moins, sur trois ou quatre centimètres. A leur limite supé-
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reure et inférieure, on distingue encore la zone d'extension des foyers myélitiques qui pénètrent le renflement lombaire sous forme d'flots jaunâtres en voie d’effritement et de ramollissement.
EXAMEN MICROSCOPIQUE. — L'examen microscopique a porté Sur le segment dorsal inférieur et le renflement lombaire de la moelle, sur l'écorce cérébrale, les nerfs optiques et le sciatique poplité externe.
MOELLE. — Résumé. — Lésions de myélite aiguë diffuse avec maximum au niveau des cordons postérieurs et formation d'une cavité centrale. |
Présence, au niveau des cordons postérieurs, dans l’intérieur de la cavité ou de ses parois, de très nombreuses cellules à aspect épithélioïde. Ces cellules sont très volumineuses, polyédriques par pression réciproque ou arrondies ; leur protoplasma est clair, translucide, ou très légèrement granuleux ; le noyau, souvent double, est très petit, arrondi. Ces cellules paraissent, tout d'abord, s’accumuler dans la gaine des vaisseaux, puis infiltrent d'une façon diffuse le tissu nerveux et, enfin, tombent dans la cavité centrale.
L'examen histologique porte sur les segments de la région dorsale inférieure ou de la région lombaire, soit au niveau même de la cavité produite par le ramollissement médullaire, soit au-dessous, dans les points où l’on voyait macroscopiquement une zone jaunâtre, infiltrant les segments médullaires, surtout au niveau des cordons postérieurs; les fragments ont été fixés à l'alcool, inclus dans la celloïdine, colorés au carmin et au bleu de Unna.
Les lésions médullaires sont essentiellement diffuses; les cornes antérieures, les cordons antérieurs et laléraux sont, en effet, le siège d’une infiltration très accusée de petites cellules, dont les noyaux, fortement teintés et rapprochés, ponctuent les préparations colorées par la méthode de Nissl. Les racines antérieures et postérieures sont également infiltrées de cellules inflammatoires; les méninges sont un peu épaissies, mais contiennent, cependant, assez peu d'éléments cellulaires ; quant aux gros vaisseaux périmédullaires, ils sont peu lésés.