‹ De la Neuromyélite: Optique aiguëChapitre 8 sur 16 · LAURE · texte numérisé non relu

LAURE

Mais le maximum des lésions se trouve très nettement au niveau des cordons postérieurs. Ces lésions commencent de suite en arrière de la commissure grise et envahissent presque tous les cordons postérieurs qui, même à un faible grossissement, semblent absolument disloqués, avec formalion cavitaire centrale. Cependant, les parties latérales de ces cordons adjacents aux cornes supérieures sont bien moins lésées. Le septum névroglique qui sépare normalement les deux cordons postérieurs a totalement disparu et, à sa place, se trouve une cavité assez vaste, creusée en plein tissu nerveux.

Nous insisterons surtout sur le caractère de ces lésions pos-. térieures et sur la présence, à leur niveau, d'éléments cellulaires spéciaux, volumineux, qui fourmillent dans toute l'étendue de la préparation. Si l’on examine les cordons postérieurs, dans les points où ils sont le moins lésés, c'est-à-dire tout à fait à la périphérie et assez loin de la cavité centrale, on voit que ces grosses cellules sont disposées surtout autour des vaisseaux, et comme dans leur gaine. Au centre, se voit, en effet, l'orifice du vaisseau et, tout autour, sont disposées très régulièrement des cellules formant une ou plusieurs rangées. Ces cellules frappent, tout d'abord, par leur dimension et leur aspect général. Elles sont très volumineuses, polyédriques par pression réciproque, et étroitement serrées les unes contre les autres. Lorsqu'il n'existe qu’une seule rangée de cellules autour du vaisseau, on a absolument l'aspect de la coupe d’un tube contourné du rein. Leur protoplasma, invisible sur les préparations colorées au bleu, apparaît sur les coupes colorées au carmin, Comme assez réfringent, clair, translucide, sans granulations bien nettes ; le noyau est petit, arrondi, non échancré, fortement coloré et très souvent double; il occupe à peine le dixième ou le vingtième de l'élément. En somme, comme aspect, dimension, forme, morphologie générale, on a absolument l’aspect de cellules épithéliales.

Ces cellules sont groupées, comme nous l'avons dit, le plus souvent, autour de vaisseaux leur formant une couronne simple, double ou triple ; mais on peut les voir également groupées sous forme d’ilots en plein tissu nerveux.

A mesure qu'on se rapproche de la cavité centrale creusée dans les cordons postérieurs, ces cellules deviennent de plus

en plus abondantes et infiltrent d’une facon absolument diffuse tout le tissu médullaire. En même temps elles deviennent plus volumineuses encore et forment comme un pavé épithélial presque continu ou traversé et labouré par quelques travées névrogliques qui dissocient les cellules et les groupes en îlots ou en bandes.

Enfin, plus au centre, les cellules sont tombées dans la cavité centrale qu’elles remplissent à peu près totalement. Elles ont alors changé d'aspect et de forme ; elles sont devenues exactement circulaires et leur protoplasma s’est rempli de fines granulations probablement de nature graisseuse. Au reste, on note entre elles de grandes variétés ; certaines sont véritablement géantes et d’autres conservent les dimensions moyennes. Elles forment, à elles seules, presque tout le contenu de la cavité centrale.

Au niveau du cordon postérieur, les lésions se résument presque dans la présence de ces volumineuses cellules épithélioïdes, disposées comme nous venons de le dire; il n’existe ni oblitérations vasculaires, ni petites cellules inflammatoires. Toutefois, en certains points, notamment à la partie postérieure, on aperçoit des nodules assez volumineux formés de nombreuses cellules pressées les unes contre les autres, réduites presque à leur noyau et ressemblant assez aux cellules inflammatoires vulgaires ; et, ce qu'il y a d’assez remarquable, c'est qu'à la périphérie de certains de ces îlots on voit les cellules se grouper, prendre une écorce protoplasmique de plus en plus apparente et, finalement, se rapprocher beaucoup, comme aspect, des cellules épithélioïdes précédemment décrites.

ECORCE CÉRÉBRALE. — L'écorce cérébrale des deux hémisphères, examinée sur des coupes colorées au carmin et à la méthode de Nissl, présente des lésions qui sont extrêmement nettes. Comme topographie, ces lésions intéressent à la fois les diverses couches de la substance grise et la substance blanche, mais elles sont peut-être plus accusées au niveau de cette dernière partie.

Les méninges ont conservé leur aspect normal:les mailles de la pie-mère et ses vaisseaux ne présentent pas d’altérations. Au niveau de la substance blanche, il existe une infiltration

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très abondante de fines cellules à noyau fortement coloré. Cette infiltration, cette ponctuation apparaît surtout nettement si oncompare une des coupes à une préparation de substance centrale saine. Ces fines cellules surajoutées, que l'on voit à la fois dans la substance blanche et la substance grise, ne sont nullement groupées autour des vaisseaux, des fines artérioles ou dans leur gaines ; au contraire, on est frappé de l'intégrité de ces vaisseaux et l’infiltration est véritablement diffuse el interslitielle. Ces cellules affectent l'aspecthabituel; elles paraissent presque réduites à leur noyau, et c'est à peine si on peut distinguer autour de lui une fine écorce protoplasmique ; certaines, cependant, ont quelques tendances à revêtir un aspect vésiculeux. Les cellules nerveuses de l'écorce présentent bien quelques lésions de chromatolyse, mais ces lésions sont relativement peu importantes comparées aux lésions interstitielles. En somme lésions d'encéphalite aiguë diffuse.

NERF OPTIQUE. — Le nerf optique du côté droit a été fixé à l’aide de l’acide osmique et conservé dans l'alcool. Eur de très fines coupes longitudinales on peut se rendre compte qu’il ne reste plus trace de fibres nerveuses à myéline, mais on trouve seulement des cellules granuleuses colorées en noir par l’osmium, infiltrées dans un stroma névrolgique assez dense.

NERF SCIATIQUE POPLITÉ EXTERNE. — La plupart des fibres nerveuses, dissociées après fixation osmique, ont conservéleur aspect normal ; mais on entrouve un très grand nombre qui présentent les lésions classiques et accenluées de la névrite parenchymateuse dégénérative (segmentation de la myéline en boules, multiplication des noyaux, etc).

Par la lecture de cette observation, on voit donc que l'affection a débuté par des troubles du côté de la marche; que, rapidement, à huit jours d'intervalle, les deux jambes successivement se sont paralysées et que, trois semaines après, apparut l'incontinence des urines et des matières fécales. Le diagnostic ne pouvait donc s’égarer: il falluit attribuer les troubles

eronte

observés à une lésion organique du système nerveux central, ce que venait encore confirmer l'apparition d'une eschare fessière survenue vers le dixième jour d’alitement. Quant aux troubles de la sensibilité, ils furent, dès le début, et restèrent jusqu'à la fin presque exclusivement objectifs. Jamais de troubles subjectifs, même pas de fourmillements au niveau des extrémités. Les nerfs périphériques, les masses musculaires ne furent jamais douloureux, ni spontanément, ni à la pression; l’atrophie musculaire des régions paralysées fut à peine dessinée. Jamais de contractures ; les reflexes tendineux, abdominal et plantaire ont toujours été complètement abolis. Aussi, ne pouvait-on pas songer à une paralysie infantile, ni à une névrite périphérique dont les caractères cliniques manquaient. On se rattache à l’idée d’une myélite, et on traite la malade par les injections d'huile grise et l'iodure de potassium à l'intérieur à la dose de quatre grammes. D'autre part, les cathétérismes répétés toutes les sept heures améliorent l’incontinence et contribuent également, avec les pansements secs, à l'amélioration de l’eschare. Il semble donc qu’à ce moment un mieux relatifse soit produit, lorsque, le 10 novembre, trois semaines après l'entrée de la malade à l'hôpital, surviennent des troubles visuels: la malade ne voit plus que comme à travers un brouillard et, en quelques jours,lamaurose devient complète. Cette cécité dure une quinzaine de jours, puis s'améliore assez rapidement. Tout au contraire, les symptômes-de myélite s’'aggravent à partir de cette époque; l’incon-

ROBE tinence augmente,il faut sonderla malade toutes les deux heures, et encore l’incontinence n'est-elle pas toujours évitée. Une eschare de la dimension d’une pièce de deux francs apparaît au niveau du talon gaucheet, ainsi que l’eschare sacrée, augmente de jour en jour, devient de plus en plus noire et fétide.

Quant à la température, elle se tient au voisinage de la normale; parfois elle monte à 38v5, et on remarque alors que l’incontinence suit pour ainsi dire la courbe thermique : plus est élevée la température, plus marquée est l'incontinence vésicale et, par suite, plus fréquemment doit-on sonder la malade.

Finalement, la petite malade fait une complication secondaire au niveau de ses poumons: point de coté, souffle, râles ; en somme, signes sthétoscopiques nets d'une broncho-pneumonie qui emporte la malade. |

En somme, on voit donc que l’affection a débuté par des signes de myélite nets et que, secondairement s’est greffée sur l'affection initiale une névrite optique aiguë qui a parcouru un cycle complet, allant d’un simple trouble de la vue à une amaurose complète, et de l’amaurose à la réintégration de l'acuité visuelle presque normale. Nous ferons tout de suite remarquer la marche singulière de cette myélite qui ne se manifesta jamais par aucun symptôme douloureux : l’anesthésie était presque complète, et cependant les lésions fort peu prononcées. Jamais de mouvements involontaires, ni

MOT — de douleurs spontanées. Pas de rachialgie non plus.

Nous reparlerons plus longuement des lésions microscopiques observées,au chapitre de l'anatomie pathologique où nous nous proposons d'établir une

comparaison entre ces lésions et celles relatées par les auteurs. |

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