‹ De la neutralité de l'Autriche dans la guerre d'OrientChapitre 2 sur 6 · Il n'est pas inutile de rappeler ici par quelle mar · texte numérisé non relu

Il n'est pas inutile de rappeler ici par quelle mar

Enfin n'y aurait-il point dans l'occupation par l'Autriche d'une autre province de la

che lente et sûre le cabinet de Saint-Pétersbourg est parvenu à établir peu à peu sur la Moldavie et la Valachie le protectorat de la Russie :

L'article 16 du traité de Kaïnardji, en 1774, lui conféra d'abord un droit d'intercession ;

Le traité d'Ackerman, en 1826, un droit de représentation ;

Le traité d'Andrinople, un droit d'occupation temporaire et de surveillance ;

Le règlement organique de 1834, un droit de protectorat ;

Le sened de Balta-Liman en 1849, un droit d'occupation éventuelle.

De tous ces traités , celui d'Andrinople me semble le plus dur, qui stipula :

1° Que la Porte ne conserverait dans les principautés aucun point fortifié ;•

2" Qu'elle ne s'immiscerait en rien dans leur administration intérieure ;

S^ Qu'elle n'en exigerait à l'avenir ni redevance , ni fourniture , 7ii cadeau;

4^ Qu'aucun musulman ne pourrait y être domicilié ;

5^ Que tout musulman propriétaire de biens-fonds

serait tenu de les vendre dans le laps de dix-buit mois ;

6*^ Qu'enfin la Porte, pour compenser le préjudice de

Turquie^ une première mesure militaire, suffisante pour rétablir l'équilibre et servir de base à de nouvelles propositions? Questions litigieuses, que je pose sans les résoudre, mais que chacun voudrait trancher à sa façon. La formule de ce premier casus offre donc aux puissances allemandes une occasion de conflit intérieur, plutôt qu'un motif précis d'action au dehors.

2® Attaque ou passage de la ligne des Balkans, Le premier casus de l'annexe est avantageux aux puissances occidentales , en ce sens qu'elles peuvent espérer de voir l'occupation sans terme fixé asshnilée à une

cette exclusion civile, politique et militaire , se bornerait à recevoir un tribut annuel dont elle n'aurait même pas le droit de fixer le chiffre. — C'était , comme on voit , la substitution pure et simple d'un droit de créance viagère au droit de souveraineté. Il eût été fort utile à cette époque de venir au secours de la Turquie pour sauvegarder son intégrité , et du Grand Seigneur pour protéger sa souveraineté. On conviendra que, s'il est encore louable de le faire aujourd'hui, il est du moins un peu tard.

incorporation, et compter en définitive sur un concours actif de la part de l'Autriche. Mais le deuxième casus a cela de particulier qu'il remet tout aux mains de la Russie et la rend maîtresse de l'action ou de l'inaction de l'Allemagne. Que veut l'empereur Nicolas.^ Il veut se fortifier dans les principautés et tenir vigoureusement ce gage pour négocier avec plus d'avantages et d'autorité. Ou je me trompe fort , ou les principautés ne sont pour lui qu'un moyen terme, un instrument de négociation. En l'y confinant on l'oblige donc à faire ce que son intérêt lui dicte d'ailleurs assez clairement. Tandis que l'attaque de la ligne des Balkans et son passage seraient aujourd'hui une opération bien autrement difficile qu'elle ne l'a été en 1829 pour le général Diebitsch ; que le passage de cette ligne , en supposant qu'il pût s'effectuer après une victoire chèrement achetée , exposerait un corps d'armée isolé à venir se faire battre à Andrinople ou à Philippopoli par l'armée des alliés , on oblige

prëcisénient les troupes françaises et anglaises à prendre l'offensive pour déloger les Russes d'une position naturellement forte et que les travaux de l'art ont encore fortifiée ; on les oblige , soit à des transports maritimes trèsdangereux sur la mer Noire , soit à des marches difficiles dans des contrées dépourvues de routes stratégiques , et où la déplorable incurie d'un gouvernement qui attend tout de la divine providence a laissé détruire ces voies romaines dont on n'aperçoit plus maintenant que les respectables vestiges.

En résumé, le deuxième casus a cela de fâcheux pour l'Occident , qu'il rend le tzar maître, jusqu'à un certain point, des événements ; qu'il lui permet de savoir sur quoi compter et l'oblige à la prudence qui surtout à la guerre est mère de la sûreté.

On a donc pu regretter que l'Allemagne, tout en s'affirmant elle-même et en s'isolant si utilement d'une part de la Russie et d'autre part des puissances occidentales , ne se soit pas du même coup réservé toute la liberté

de ses mouvements. Mais cette faute , si c'en est une, peut se réparer. C'est la nature d'une annexe qu'elle doit être suivie , selon l'occurrence, d'autres annexes qui l'annulent ou la modifient. Ainsi les cours de Vienne et de Berlin pourront retrouver dans une certaine mesure, par de nouvelles conventions additionnelles, l'indépendance qu'elles ont aliénée en partie au profit du tzar et de l'Occident.

Si l'annexe présente des inconvénients , le traité du moins a des avantages considérables. Il pose en principe la neutralité qui , on doit le reconnaître , peut , selon les événements , durer longtemps ou s'évanouir demain. C'est au temps qu'il appartient de déduire de ce grand acte tout ce qu'il renferme. Pour nous, qui voyons surtout dans la neutralité de l'Allemagne un organe de médiation et l'instrument précieux d'une prochaine pacification, nous espérons qu'elle durera autant que la guerre à laquelle elle fera mettre un terme. Toutefois , dans l'état

présent des choses, cette neutralité subsiste, et depuis le 20 avril elle a reçu sa consécration. Nous pourrions donc intituler ce travail : Histoire des causes de la ?ieutralité de r Autriche dans la guerre d' Orient.

7 juin 1854.

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