‹ De la névropathie cérébro-cardiaqueChapitre 4 sur 16 · DESCRIPTION · texte numérisé non relu

DESCRIPTION

Les observations que je viens de relater ainsi que les considérations que j'aurai à y rattacher appartiennent presque exclusivement à la forme grave de la maladie que je décris sous le nom de névropathie cérébro-cardiaque; je n'ajouterai que quelques remarques en passant, au sujet de la forme légère dont l'importance est infiniment moindre, et dont l'analogie avec la forme grave est pourtant assez marquée pour qu'il soit inutile d'y insister.

Symï>tomes.

Un individu est pris au milieu d'une occupation quelconque et sans aucun épîphénomène d'une sensation particulière à la tête, « comme une bouffée ou un flot qui monte » ; instantanément il survient de y obnubilation des sens^ des bourdonnements d'oreille^ de la photopsie en même temps qu'une

angoisse à la région du cœur accompagnée de palpttations^ d'un malaise excessif et d'une impressionnabilité générale. Simultanéinenl, ou quelques moments après, apparaissent des vertiges^ de la /?tubaiion et quelquefois de la paraplégie ; le malade tombe alors; mais il arrive aussi qu'au lieu d'être paralysé il éprouve une agitation extrême qui le pousse à marcher malgré lui. Quelquefois il se produit au même moment de la défaillance ou une syncope.

Les premiers phénomènes s'amendent quelque peu, mais ils réapparaissent le même jour ou le lendemain, et en tout cas peu de jours après avec plus de violence et sans que les premiers symptômes aient complètement disparu dans l'intervalle.

Les accès se répètent ensuite à des distances de moins en moins éloignées, et au bout de peu de jours les symptômes deviennent continus.

Pendant toute la durée de la maladie, les accidents du début existent sans jamais laisser place à l'état normal, fût-ce même pendant une heure; mais ces accidents subissent, dès l'origine, de grandes oscillations : le malade, jusqu'à leur cessation complète, est tantôt en proie aux accès les plus foripidables, tantôt, au contraire, dans un état d'apaisement relatif.

Les moments de recrudescence affectent une

forme quasi-périodique, avec frisson suivi de sen* sation de chaleur.

Dès la première apparition des symptômes, le sommeil se trouble; il survient une insomme persistante et même absolue qui dure plusieurs semaines et qui est suivie àHnsomnies relatives^ maia toujours très-prolongées. Lorsque le sommeil se produit, le malade ne dort jamais plus de dix ou vingt minutes consécutives, et quand plus tard il dort plusieurs heures, son sommeil est extrêmement agité de rêvasseries et d'angoisses. Le plua souvent ces trois états différents se rencontrent à des périodes diverses, ou bien se succèdent à intervalles plus ou moins rapprochés.

On conçoit que Tordre de ces alternatives peut variera Tinfîni; ce qu'il importe de constater c'est que le sommeil est profondément troublé pendant au moins quelques mois, quelquefois pendant une ou plusieurs années ; même lorsque tous les troubles s'apaisent, le sommeil ne devient normal que vers la fin de la maladie.

Dans la forme légère de la névropathie cérébrocardiaque, les nuits sont calmes ou peu s'en faut. Les malades accusent quelquefois un sommeil très-lourd, comme s'ils étaient narcotisés; vers le déclin, il survient aussi de la somnolence^ qui est alors si prononcée que le malade s'endort au mi-

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lieu de ses occupations ou d'une conversation. Disons ici que lorsqu'un seul des principaux symptômes, \^ vertige^ par exemple, est très-violent sans que les autres le soient au même point, le sommeil peut être normal ou à peu près.

J'ai remarqué que les insomnies se lient plus particulièrement à certains troubles cérébraux qui ne sont pas le vertige, mais bien plutôt la sensation à'ivresse et de rêve^ et que les cauchemars sont de préférence en relation directe avec l'intensité des symptômes cardiaques. Mais, en thèse générale, la division de la maladie en deux formes me semble justifiée par les faits, et elle a pour base les modifications apportées à cette fonction physiologique importante entre toutes, le sommeil.

Il importe donc d'analyser soigneusement cette grave perturbation fonctionnelle.

Je viens de dire que l'insomnie est souvent absolue et prolongée ; le malade cherche le sommeil dans les positions les plus variées (le plus souvent couché par terre, la tête abaissée, les jambes élevées; j'ai souvent remarqué que le malade ne peut pas rester couché du côté gauche). Si ces tentatives échouent, il s'impatiente, s'agite et devient d'une irritabilité excessive. D'autres fois, il reste pendant des semaines entières couché et

presque immobile, comme engourdi, l'esprit lourd

mais les yeux ouverts, gardant conscience de luimême et se trouvant dans un état intermédiaire entre le sommeil et la veille.

Ce n'est guère au début que cet état se produit, parce que dès les premières nuits d'insomnie on administre des narcotiques; mais plus tard, lorsque la série des somnifères est épuisée, ou lorsque, se sentant troublé par l'effet de ces médicaments, le malade se refuse à les prendre, c'est alors que les insomnies opiniâtres lui font subir le supplice du besoin inassouvi de sommeil. Quand, au bout d'un lemps plus ou moins long, celui-ci reparaît partiellement, les nuits n'en sont point meilleures : le malade a des rêves tellement pénibles qu'il préfère encore l'insomnie complète et fait même tous ses efforts pour éviter le sommeil. D'horribles cauchemars le réveillent plusieurs fois en une heure, et lorsqu'une série de nuits s'est passée de la sorte, il est en proie à de véritables visions^ il perd la notion exacte des choses qui l'entourent et se sent plongé comme dans un rêve perpétuel. Il est dans un état d'ivresse avec tous les caractères qui lui appartiennent : l'hésitation de la parole, la titubation, et quelquefois aussi l'exaltation ou Thébêtement.

La nature des rêves est très-caractéristique ; les impressions tristes dominent. Le malade est ordi-

naîrement obsédé par des apparitions eitrêmement pénibles ; ce sont des monstres ou des serpents qui rétreignent : il rêve de chutes, de strangulations sous toutes les formes, il est assassiné, noyé, enseveli vivant; c'est une succession non interrompue d'illusions effrayantes d'une excessive -vivacité. Il se réveille constamment en sursaut avec des palpitations, des sueurs profuses, de l'anxiété, il recouvre avec peine ses sens; c'est alors que ses rêves le poursuivent dans l'état de veille et se transforment en hallucinations; il profère des paroles incohérentes, des appels au secours, etc., etc.

Ce tableau varie beaucoup, mais il offre toujours l'image de la plus complète torture.

Quelques heures se passent ainsi; les visions s'évanouissent petit à petit, mais le malade reste ahuri, sa tête est vide^ son esprit garde longtemps quelque chose du rêve, un vague indéfinissable; un voile invisible enveloppe tout ce qui l'entoure et ne lui en permet pas l'exacte compréhension. Pour reconnaître un objet quelconque, il est obligé de réfléchir à son usage; les raisonnements les plus simples ne se font que par un effort pénible.

Cet état est suivi quelquefois de surexcitation. Ainsi, après une matinée d'obnubilation intellectuelle, il récupère toute sa lucidité^ sa mémoire devient nette, les idées se présentent avec une grande

précision, et il sent en lui une telle exubérance de vie et de pensées qu'il se croit mieux doué qu'en état de santé, et, en effet, il Test par instants. Cette surexcitation, qui est presque toujours accompagnée de sensation d'ivresse, n'est pas durable, elle fait bientôt place à l'abattement; l'intelligence redevient obtuse, la confiance s'enfuit. Incapable de réfléchir sur quelque sujet que ce soit, le découragement reparaît et le malade retombe dans son état d'hébétement.

Il est très-remarquable que cet état ne conduit jamais au délire^ ni partiel, ni général. Certains symptômes s'amendent même la nuit, tel est le

vertige .

Le vertige est un des symptômes les plus caractéristiques de cette affection. Il est un des premiers à apparaître, mais ordinairement il devient discontinu avant les autres. Il affecte des formes diverses, le plus souvent il est giratoire; les objets tournent autour d'un axe fictif qui traverse le corps du malade, ou bien c'est le sol qui se soulève, qui se creuse ou qui donne la sensation du bateau; d'autres fois les objets oscillent, se lèvent ou se baissent; certains malades comparent ce qu'ils voient à un « tourbillon ».

La marche devient impossible ou très-difficile^ et la perte du sentiment de l'équilibre devient telle

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que le malade ne peut même pas rester assis.

J'en ai vu qui pouvaient courir, mais non marcher (obs. VIII et XXXVIII) : ils s'élançaient, en quelque sorte, à pas précipités vers le but qu'ils voulaient

atteindre.

Plusieurs fois j'ai vu se produire des mouvements involontaires, une tendance à se porter à droite ou à gauche ; mais je n'ai vu ni le mouvement de rotation, ni celui de manège ou de recul.

Quelques malades sont attirés à terre d'une manière irrésistible; certains voient des précipices; d'autres se sentent comme enlevés du sol ; tel individu perd à la fois la notion exacte de la résistance et le sentiment de l'équilibre, il est en proie à de la parésie en même temps qu'à une perversion indéfinissable ; il lui semble que ses jambes ne lui appartiennent pas et que les mouvements se produisent en vertu d'un automatisme auquel sa volonté reste étrangère; l'équilibre est rompu par cette étrange perception .

Quant à la paraplégie^ je l'ai rencontrée un bon nombre de fois ; elle est incomplète en ce sens que, couché, le malade peut remuer ses jambes, mais elles tombent en résolution dès qu'il veut s'en servir pour la marche.

Les parésies sont très-fréquentes, elles sont généralisées et se traduisent par une lassitude excès-

sîve; le malade ne peut soulever le moindre poids ou faire quelques pas sans fatigue.

J'ai observé aussi la contracture des membres inférieurs (obs. IV), elle se produisait au déclin de la maladie, exclusivement aux deux membres inférieurs, mais elle n'était ni permanente ni durable. Une autre fois il y avait rétraction des membres inférieurs (obs. XXII).

Lorsque le vertige cesse d'être continu, il se produit encore sous l'influence des causes extérieures, telle que Tinclinaison de la tête en avant, en arrière ou, ce qui est plus commun, latéralement. Il suffit de fixer le regard sur un objet quelconque, sur un livre ouvert, pour que le vertige apparaisse avant même que la première ligne soit achevée. Le malade n'ose pas s'approcher d'une fenêtre ouverte, il ne peut passer sur un pont ou regarder le ciel lorsque le vent chasse les nuages, etc.

Il serait inutile de multiplier ces exemples, qui sont extrêmement variés.

Les causes d'ordre psychique qui produisent le vertige sont nombreuses, tels sont, un effort intellectuel quelconque, une impression morale un peu vive, l'ennui causé par une conversation désagréable, etc.

Aux moments oîi l'état vertigineux est le plus intense, il survient quelquefois des nausées et des

vomissements, mais ceux-ci ne précèdent jamais le vertjge : il est important de constater que l'estomac est impressionné par l'existence même du vertige, mais que l'inverse n'a pas lieu, au moins chez nos malades.

On verra plus loin que le vertige est intimement lié aux perturbations des sens. De ces perturbations naissent encore les étourdissements .

Pendant Tétourdissement les objets ne tournent pas, le sol n'est pas en mouvement, il se produit plutôt une absence momentanée à la suite d'une impression quelconque ; l'hyperesthésie des sens est telle qu'une parole prononcée à haute voix, un rayon de soleil, le passage d'une voiture font perdre au malade, pendant un instant très-court, la notion des lieux oîi il se trouve et des choses qui l'entourent. Les étourdissements sont moins pénibles que le vertige, et le malade peut, jusqu'à un certain point, surmonter cette sensation par un effort de volonté.

Les étourdissements chez nos malades sont toujours dus à des causes purement physiques ; ils accompagnent les autres phénomènes morbides jusqu'au déclîn de la maladie, et se produisent encore, par conséquent, lorsque le vertige a déjà complètement disparu.

La sensation d'ivresse se produit surtout aux

moments de surexcitation ; le malade devient alors communicatif et sociable , quelquefois jusqu'à l'excès, mais il y a cette différence avec l'ébriété qu'il garde toute son intelligence.

A toutes ces sensations morbides se joint un état particulier qui consiste à se croire séparé de l'univers; il semble au malade que son corps est enveloppé de milieux isolants qui s'interposent entre lui et le monde extérieur.

Quant à la vue^ elle a subi des modifications multiples : tel malade se regarde dans la glace avec étonnement, comme s'il ne pouvait se reconnaître, tel autre a horreur de son image, qui lui représente un être différent de l'idée qu'il a de lui-même, mais il n'est pas dupe de son illusion et sait que rien n'est changé, si ce n'est sa perception. Ce qui se produit pour sa propre personne a lieu aussi pour le monde extérieur : le malade trouve hommes et choses étranges, insolites, il est étonné^ toujours étonné, il lui semble « être transporté sur une autre planète » .

A ces troubles s'ajoutent Vamblyopie et la diplopie ; la vue est affaiblie et les objets se voient doubles. L'amblyopie est constante, la cécité peut même se produire (obs. VII), mais elle est passagère. La diplopie est surtout accusée lorsque le malade veut fixer un objet; ce sont ordinairement

les objets luisants ou très-éclairés qui sont vus doubles. Il survient souvent des mouches lumineuses ou des étificelles, mais quelquefois aussi de véritables hallucinations. Celles-là ne se produisent généralement que dans Tobscurité : ce sont des visages grimaçants, des monstres, des figures chimériques qui s'imposent constamment.

A tous ces troubles s'ajoute \d, photophobie ; lorsqu'elle est très-prononcée, le malade s'enferme pendant des mois dans une obscurité presque complète, et même plus tard, cette sensibilité étant déjà émoussée, il est obligé de porter, quelquefois pendant des années, des lunettes à verres très-foncés, le moindre rayon de lumière produisant des étourdissements et même du vertige.

Vouïe est touchée d'une manière analogue. Les plus légers bruits produisent des impressions pénibles et quelquefois même très-douloureuses ; les sons musicaux même ne peuvent être tolérés; c'est une source constante dirritation^ le bruit faisant naître des accidents apaisés par le silence et l'isolement. Telle personne, qui après quelques heures de repos et de solitude se sent soulagée, sort dans la rue, et à la première voiture qui passe est prise de vertige, de sensation d'ivresse, etc. Mais quelquefois l'hyperesthésie auditive est poussée à ce point que le frôlement d'une, étoffe, le bruit de la

plume sur le papier, le tic-tac d'une montre, retentissent douloureusement dans la tête et provoquent des troubles généraux. L'irritabilité de ces malades ne peut être comparée qu'à celle d'un individu sous le coup d'un empoisonnement strychnique. Les tintements et bourdonnements d'oreille s'ajoutent à ce tourment (bruit de cascade , son d'une cloche , bourdonnement de la guêpe, sifflement, etc). Diverses sensations auditives se produisent dans la tête même^ au front, au sinciput. Au moment de la plus grande intensité de ces bruits, le vertige augmente considérablement, et il se produit instantanément de l'obnubilation. J'ai observé aussi qu'avec des bourdonnements d'oreille très-prononcés à'un seul côté i^eut coïncider l'impulsion du malade à marcher contre son gré dans la direction correspondante (observation IV). Les bruits qui se produisent dans les oreilles et dans la tête le réveillent ou l'empêchent de dormir.

Il est utile de faire remarquer qu'ail ne survient pas (T hallucinations auditives proprement dites, car le malade n'entend jamais des phrases ou des fragments de phrases, mais il éprouve des troubles de l'ouïe d'une autre nature; sa propre voix semble se perdre dans l'espace sans pouvoir atteindre l'oreille de ses interlocuteurs, dont les réponses, à leur

tour, sont difficilement perçues. Les bruits extérieurs augmentent d'intensité, mais en perdant de leur netteté ; ils sont à la fois retentissants et confus.

U odorat et le goût subissent parfois des modifications analogues. Ces deux sens sont moins constamment troublés que la vision ou Taudition, il arrive cependant que le malade ne reconnaît ni le goût des aliments, ni l'odeur des substances odorantes. (Obs. II et XVII.)

J'ai parlé des perturbations du tact et signalé les troubles de la locomotion qui en sont la conséquence; j'ai dit aussi que quelques malades ne

reconnaissent pas au toucher la forme des objets. (Obs. I, II, XIV et XVII.)

Ce sont ces aberrations sensorielles multiples qui conduisent à des conceptions étranges; l'un nous dit qu'il lui semble ne pas être lui-même, l'autre exprime la même sensation par ce terme : « J'ai perdu la conscience de mon être » ; il semble à celui-ci qu'il est double ou qu'il n'existe pas. La phrase qui revient le plus souvent est : « Je ne suis pas moi-même » .

Ces sensations étranges, comme les aberrations

sensorielles qui les produisent, s'imposent constamment à l'esprit; mais ce que je ne saurais trop vivement mettre en relief, c'est que jamais le ma-

lade, quelque troublé qu'il soit, ne croit à la réalité de ses illusions ; jamais il ne s'y rattache une conception délirante; au milieu de toutes ses aberrations, de sa surexcitation et de toutes ses angoisses, au milieu même de ses obnubilations et lorsque son esprit fonctionne péniblement, son jugement reste absolument intact. En proie à la sensation de rêve ou d'ivresse, il sait parfaitement qu'il ne rêve pas, qu'il n'est pas ivre; halluciné, il sait que les apparitions qui l'obsèdent ne sont que le produit de ses sens malades : son intelligence n'est donc jamais fondamentalement touchée.

La mémoire cependant a subi de sérieuses atteintes. Le malade confond les faits passés avec le souvenir de ses rêves; il a aussi perdu, plus ou moins complètement, la notion du temps. Mais c'est surtout la mémoire locale qui est affaiblie : tel individu ne reconnaît souvent pas les lieux qu'il a le plus fréquentés, tel autre ne retrouve pas le chemin de sa maison. Ces troubles durent fort longtemps, et même lorsque le malade peut sortir seul il a soin de se munir de sa carte de visite.

J'ai signalé les hyperesthésies sensorielles; il. me reste cependant quelques faits à ajouter au sujet de la sensibilité générale. Je n'ai jamais observé Tanesthésie, tandis que l hyperesthésie de la peau est presque constante. Quelques malades ne peu-

vent supporter le simple frottement de leurs vêlements, et cette sensibilité exagérée n'est certainement pas étrangère à leur irritabilité, irritabilité qui se manifeste de diverses manières, mais toujours d'une façon persistante et excessive.

Il survient, en outre, des névralgies multiples; les nerfs les plus fréquemment atteints sont les branches du trijumeau, des plexus brachial et sacré. Il se produit aussi des arthr algies ^i ^\\\^ rarement des myosalgies .Les douleurs les plus persistantes, sinon les plus vives, se localisent aux doigts et aux orteils. Plusieurs de mes malades sont restés pendant bien des années dans l'incapacité de conduire une plume ou de tenir entre les doigts un objet de travail de couture ou de broderie ; d'autres n'ont pu se chausser pendaùt un temps fort long. Lorsque dans ces mêmes parties les névralgies disparaissent, elles laissent derrière elles une hyperesthésie très-durable; je l'ai constatée sur des individus déjà complètement guéris de tous les autres accidents nerveux. C'est bien à tort, suivant nous, que ces malades ont été considérés comme atteints de goutte ou de rhumatisme ; il ne s'agissait que de névralgies essentielles.

Une des névralgies les plus fréquentes et les plus vives est celle de V oreille; elle est assez souvent accompagnée de névralgie du maxillaire infé-

rieur, et la mastication devient alors difficile ou même impossible; le plus souvent une seule oreille est atteinte. Lorsque la douleur s'atténue, elle fait place à une sensation de plénitude, comme si les oreilles étaient bouchées; instinctivement, et cent fois dans la journée, le malade y porte la main. Nous dirons ici en passant, pour y revenir plus tard, et afin de caractériser Tintensité et la persistance de cette névralgie, que chez ces malades, qui tous sont vertigineux, elle a conduit au diagnostic erroné du veriigo ab aure lœsa^ de même que la sciatique^ névralgie non moins fréquente et qui même quelquefois est double, associée aux troubles de la locomotion, a fait souvent supposer une maladie organique de la moelle épinière et conduit à un traitement local des plus énergiques, toujours inutile suivant moi, et même souvent nuisible.

A côté des névralgies signalons des troubles sensitifs de tout autre nature et se produisant constamment; j'ai mentionné le sentiment de vide dans là tête, insignifiant lorsqu'il est peu accusé, extrêmement pénible quand il est très-prononcé. Il coïncide souvent avec le vertige, qu'il précède lorsque celui-ci ne se produit que par accès. C'est le matin surtout qu'il se montre, après une nuit d'insomnie ; il prend alors les proportions d'une

douleur des plus vives. Plus raxement le malade sent sa tête lourde ou perçoit une tension particulière dans rintérieup du crâne, qui lui fait dire que sa tête semble sur le point d éclater.

Mais la douleur de beaucoup la plus intense affecte le cœur et prend la forme de Y angine de poitrine. De véritables accès se produisent, depuis le malaise le plus simple jusqu'à la douleur la plus violente. L'accès commence tantôt par une angoisse à la région précordiale, tantôt par une sensation de strangulation^ phénomène constant du début ou de la fin de l'accès ; bientôt les douleurs deviennent excessives, s'irradient le long des épaules et des bras, de préférence sur le bras gauche, et se prolongent dans la main jusqu'au petit doigt, avec ou sans fourmillements. Ces accès, lorsqu'il sont violents, sont accompagnés de suffocations^ ou au moins ^oppressions. Le malade est condamné alors à la plus complète immobilité, le moindre mouvement provoquant la douleur.

Lorsque les accès sont très-atténués, ils se manifestent seulement par une sensation de strangula-- Hon^ de malaise et de lassitude. Cette strangulation se produit aussi tout à fait isolément, et en dehors des accès; elle dure quelquefois une partie de la journée ou de la nuit; puis elle se transforme à mesure qu'elle s'atténue; le malade se plaint alors

d'un sentiment de corps étranger, de déchirure, de cuisson au fond du pharynx. Ces impressions sont si persistantes qu'il se croit atteint d'affections de la gorge qui n'existent pas.

On voit, par l'ensemble de cet exposé, que tous les sens sont frappés : T de perturbations multiples; T" d'hyperestkésie.

On conçoit que l'homme ainsi torturé soit profondément affecté et plongé dans le découragement et le désespoir. En effet nos malades ont des idées de suicide, ou se laissent aller au plus profond abattement, avec désir de mourir.

Les facultés affectives se ressentent de toutes ces impressions, les personnes les plus chères deviennent indifférentes; impossible aussi de s'occuper d'affaires. L'irritabilité du malade rend ses rapports difficiles, même avec sa famille; il s'isole, éprouve des antipathies violentes , non motivées, et devient complètement insociable; et cependant, je ne cesserai de le répéter, au milieu de toutes ses souffrances il garde toujours invariablement intacte l'intégrité de son intelligence ; jamais aucune parole, jamais aucun acte insensé ne viennent justifier Tidée d'une aliénation mentale ; il porte un jugement raisonnable sur la situation dans laquelle il se trouve et apprécie sainement chacune de ses sensations. Certaines aptitudes intel-

lectuelles sont diminuées) il est vrai, pendant les grands accès; tout travail devient alors impossible, ou peu s'en faut, mais dans les moments d'apaisement relatif, même lorsque les accidents sont encore très-prononcés, le malade peut se livrer à des travaux de courte durée pendant lesquels il retrouve ses aptitudes ordinaires ; la fatigue se produit rapidement, mais il est important de constater que le travail lui est matériellement possible. Nous avons vu aussi que dans les moments d'excitation cérébrale, les facultés du malade semblent s'augmenter, et il est alors doué d'une lucidité et d'une facilité qui ne lui étaient pas habituelles. Seul dans l'obscurité et le silence, aucune pensée spontanée ne se présente à son esprit, et cela pendant des journées entières, mais les excitations du dehors font naître par des associations involontaires d'idées, des souvenirs arrivant en masse, jusqu'à la confusion.

Les troubles de la respiration ne sont pas très-accusés; c'est le plus souvent de la dyspnée, survenant presque constamment au moment des accès d'angine de poitrine, mais existant aussi indépendamment d'eux; elle est provoquée surtout par le décubitus dorsal, mais aussi par le fait seul de la digestion, par conséquent après les repas.

J'ai observé plusieurs fois la toux nerveuse.

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V aphonie est moins fréquente, mais Tétat particulier décrit sous le nom àHasynergie vocale survient à plusieurs moments de la journée et se manifeste par des troubles de la voix très-caractéristiques (voy. Krishaber et Peter, Larynx, pathologie médicale, in Dkt, encycL des sciences médicales^ t. I, série II, p. 681).

Les troubles de la circulation ne sont pas moins

constants que ceux des sens ; ce sont des palpitations spontanées ou provoquées par les causes les plus insignifiantes, des lipothymies avec ou sans pâleur, et même des syncopes avec perte complète de connaissance. En général, le nombre des pulsations n'est pas augmenté, mais j*ai déjà signalé dans Texposé du début de ce mémoire les accès qui simulent la fièvre avec pouls large, vibrant et augmentation de température. A l'auscultation on constate très-fréquemment un léger bruit systolique dans les vaisseaux du cou et quelquefois aussi à la base du cœur. Ce signe se rencontre aussi chez les malades d'aspect robuste et même pléthoriques.

Les fonctions digestives sont ordinairement peu troublées après les premiers mois, mais au début de la maladie il y a assez souvent inappétence complète, des constipations prolongées alternant avec de la diarrhée, des nausées et même des vomisse-

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ments. La pâleur et ramaigrissement en sont la suite. Un de mes malades s*est nourri exclusivement de lait d abord, de lait et d'œufs ensuite pendant plusieurs mois; mais les digestions redevenues normales, il a pu ensuite s'alimenter convenablement; les accidents multiples de son affection nerveuse n'en ont pas moins continué exactement comme au moment des troubles digestifs. Mais souvent aussi appétit et digestions ne sont jamais troublés. Quelquefois il survient de la dysphagie; j'ai signalé la névralgie du maxillaire inférieur à laquelle s'ajoute parfois la névralgie linguale; toutes deux sont très-persistantes.

Il arrive assez fréquemment que les accidents nerveux augmentent d'intensité au moment de la digestion, et ce phénomène se produit quelquefois aussi chez ceux qui ne se plaignent point de l'estomac. Ceux-ci gardent, au milieu des plus formidables accidents, l'aspect de la plus parfaite santé.

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