DÉBUT, MARCHE, DURÉE, TERMINAISON
Brusque dans la forme grave, l'invasion est lente et progressive dans la forme légère; permanents d'abord, les symptômes plus tard ne se présentent que par accès. Le vertige cesse d'abord la nuit, devient ensuite discontinu même dans la journée, mais il reparaît encore très-souvent et
pendant bien des années, soit spontanément, soit provoqué par la plus légère cause extérieure. Il en est de même de la sensation de vide, de rêve et d'ivresse. Le plus souvent ces deux phénomènes alternent, le premier succédant à la nuit et se propageant vers le milieu de la journée, tandis que la sensation d'ivresse survient plutôt vers le soir. Les bourdonnements d'oreille accompagnent souvent les autres symptômes jusqu'à la fin.
Lorsque la sensation de vide a cessé , les malades qui cherchaient la situation déclive la tête baissée, les pieds élevés, se contentent d'abord de la position horizontale, puis peuvent rester assis ou se tenir debout. Les troubles de la locomotion dus au vertige et aux étourdissements diminuent et cessent avec les phénomènes dont ils sont les corollaires. Les troubles de locomotion dus à la paralysie ou bien à l'affaiblissement du sentiment d'équilibre cessent ordinairement avant ceux qui sont causés par le vertige.
Les hyperesthésies sensorielles perdent de leur acuité avant la cessation des autres accidents. Toutefois l'hyperesthésie cutanée et les névralgies s'éteignent ordinairement beaucoup plus tard; les accès d'angine de poitrine ont une durée très-variable; lorsqu'ils cessent, ils sont remplacés par une sensation d'angoisse et de strangulation rêve-
nant souvent dans la journée et qui ne s'éteint complètement qu'avec tous les autres symptômes ; les névralgies trîfaciales disparaissent ordinairement beaucoup plus tôt, mais il en est tout autrement de la sciatique, des pleurodynies et des arthralgies et de quelques hyperesthésies localisées qui durent beaucoup plus longtemps et quelquefois même persistent après la cessation de tous les autres symptômes.
La sensation d'isolement disparaît dès les premiers mois, mais la perturbation particulière, en vertu de laquelle le malade perd jusqu'à un certain point le sentiment de sa propre personne, est intimement liée aux troubles sensoriels et ne disparait que lorsque ceux-ci sont corrigés.
La diplopie et Tamblyopie sont extrêmement persistantes. La perturbation auditive, qui fait que le malade n'a pas la notion exacte de la distance et du lieu d'origine des sons, survit de beaucoup à l'hyperesthésie auditive, tes palpitations spontanées n'appartiennent qu'à la première période de la maladie, mais pendant très-longtemps encore elles sont provoquées facilement.
Les troubles du sommeil sont si importants que leur existence et leur degré d'intensité et de persistance nous ont conduit à diviser la névropathie cérébro-cardiaque en deux formes, avec ou sans
troubles sérieux du sommeil. De la durée des insommies dépendent les rapprochements et les transitions entre ces deux formes.
On peut dire qu'en somme, les phénomènes ne durent dans leur intensité que pendant deux ans, quelquefois beaucoup moins, mais jamais plus de quatre ans. Des symptômes isolés et atténués persistent ensuite et durent très-souvent bien des années. Ce sont ces mêmes phénomènes qui quelquefois ont précédé Tapparition brusque des troubles graves.
Disons encore qu'il y a parfois des rechutes. (Obs. VII et XVIII.)
11 serait inutile d'insister sur la forme légère, qui, à l'intensité et à la constance des symptômes près, n'est pas différente de la forme grave; mais elle débute insensiblement et disparaît de même.
Malgré l'excessive intensité des troubles et leur multiplicité, la névropathie cérébro-cardiaque suit une marche constante vers la guérison, quelque lenteur qu'elle y mette. J'ai pourtant recueilli l'observation d'un malade qui a succombé, mais, n'ayant pas vu moi-même la mort se produire, faute de renseignements suffisamment détaillés, je me suis abstenu de publier cette observation. Il est cependant admissible que la névropathie cérébro-cardiaque puisse se terminer par la mort,
mais, d'après ce que j'ai vu jusqu'ici, ce sont Tintensité et la durée de la maladie, les souffrances multiples et excessives, Tincapacité absolue qui s'y rattachent, qui en constituent toute la gravité.