‹ De la noblesse et des récompenses d'honneur chez les RomainsChapitre 19 sur 147 · Bell. GalL, VII · texte numérisé non relu

Bell. GalL, VII

3. Ibid, I, 42. Au début de la guerre civile, les centurions de chaque légion offrirent à César un cavalier sur leur solde de guerre. Suet., Cœs,, 68.

même, car tout ce qui n'était pas sénateur ou famille sénatoriale était peuple, devait néanmoins, nous l'avons déjà dit, faire cause commune avec la noblesse et lui servir d'auxiliaire*. Les Gracques, par une habile ruse de guerre, rompirent cette alliance et tournèrent contre le sénat son armée de réserve; ils érigèrent l'ordre équestre en pouvoir judiciaire, et par la division des intérêts l'armèrent contre le pouvoir politique.

Jusqu'à Tan 631, c'était le sénat qui avait donné les présidents et les juges des tribunaux criminels, toutes les fois que le peuple romain n'avait pas jugé lui-même en comices de ceaturies, ou par des commissions élues. Il y avait eu d'énormes abus, des prévarications scandaleuses. Les coupables de concussions, de péculat, de brigues corruptrices étaient jugés par leurs pairs, qui pouvaient être à leur tour, ou avaient été déjà leurs justiciables. Caius Gracchus, mettant à exécution le projet de aon frère, fit passer par un plébiscite les jugements du .sénat au peuple, plebi ^ ; non pas à tous les

i. La noblesse avait d*abord combattu les projets des^ Gracques avec le secours des chevaliers. Sall., Jug'.y 42. Cf. Cic, pro Bom. 28, in Verr, 111, 79. Liv., Epit., LX.

2. App., Bell, ctv., 1, 3, 22; FYob., III, 12,9; AscoN.,tn Divin., p. 102, 103, édit. d*0relli.

plébéiens indistinctement, mais à ceux qui par leur fortune semblaient offrir une garantie suffisante, ayant le cens équestre*. Il pouvait ainsi se flatter d'avoir coupé les nerfs du sénat, sans se faire le bas flatteur de la multitude. Par là les Gracques avaient réussi à s'attacher une grande partie de la classe riche et influente. Ils firent comme tous les hommes de parti, qui sacrifient l'avenir au présent, en ne considérant que le succès pour eux. J'aime à croire toutefois qu'ils manquèrent de prévoyance plutôt que de bonnes intentions, et qu'emportés par l'ardeur de la lutte et par l'indignation des injustices commises, ils ne pressentirent pas celles que leur loi allait faire commettre. A un mal très-grand elles en substituaient un pire; car elles arrachaient les sujets et les soi-disant alliés du peuple romain à la tyrannie des préteurs et des proconsuls pour les jeter en proie à la rapacité des traitants. Désormais, les gens de finance, maîtres du sort des magistrats de Rome et des provinces par les tribunaux criminels, les forcèrent de payer la rançon de leurs iniquités par toutes sortes de concessions et de connivences, le tout aux dépens de la république et des peu-

i. « Car dans un juge, dit Cicéron {Phil 1, 8), on doit consi dérer la fortune et la dignité. »

pies tributaires ^ Il n'y eut alors de magistrats condamnés que ceux qui s'opposaient aux yols et aux cruautés des agents de la ferme générale : témoin l'exil de l'intègre et trop incorruptible Rutilius ^

Tite Liye a, je crois, fait un anachronisme de langage en quelques'endroits de ses récits, lorsqu'il nommait l'ordre équestre, dans les temps où cet ordre n'avait pas encore reçu son institution ^ Mais il me semble que Pline tombe dans une erreur contraire en la retardant jusqu'au règne d'Auguste. Il affirme qu'ayant ce prince, n'étaient réputés et dits chevaliers que ceux à qui le censeur avait donné le cheval militaire *. Le témoignage de Cicéron est formellement opposé à cette opinion. Pour lui, l'ordre équestre, le second ordre de l'Etat, existe \ C'est un ordre duquel on tire les juges ". Juge et chevalier ne

i. Voyez rinveclive de l*oraleur Crassus contre ces intolérables iniquités, Cic,,de Orat.y l, 52.

2. Vkll. Paterc, II, 42. Voyez ce que dit Florus, III, 17/3 : « Les chevaliers, forts d'une si grande puissance et tenant en leurs mains l'existence et la fortune des princes de la cité, pillaient de plein droit la république. Le sénats abattu par la condamnation de Rutilius et de Mételius, etc. »

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