Cic. de BepubL, U. Liv. I. Dionys. HI, IV
•de vouloir deviner, avec trop de cértilude , les époques et les modes de sa formation. Il faut donc l'accepter telle qu'ils l'exposent, comme ébauche historique et en faire notre point de départ.
Le peuple romain fut divisé en trois tribus, les tribus en curies , celles-ci en décuries. A la tête de chacune de ces divisions et subdivisions était un tribun, un curion, un décurion, ayant chacun dans son district l'intendance du culte , de la police et du service miUtaire. Un conseil d'Etat de cent sénateurs, choisis parmi les plus distingués et les plus opulents, entoura le roi, tempéra le gouvernement , maintint l'ordre social pendant les interrègnes jusqu'à l'élection d'un nouveau roi. Après l'adjonction des Sabins, le nombre des sénateurs fut porté à deux cents; il s'accrut d'une troisième centaine sous le premier Tarquin par une promotion de familles plébéiennes, c'est-à-dire de populations adventices. Les chefs de ces familles prirent la qualification de pères de seconde origine, patres minorum gentium; les sénateurs de Romulus et de Ta tins avec leurs descendants étaient les pères de première origine, patres majorum gentium.
On a prétendu que les premiers sénateurs reçurent le nom de pères à cause de leur âge et de
leurs fonctions tutélaires à Tégard du peuple, et que leurs fils et les hommes nés de leur sang furent appelés "en conséquence patriciens , patritii; mais ce titre de patres n'appartenait pas exclusivement aux sénateurs. On voit souvent, dans l'histoire, des patres agir d'accord avec le sénat, ou quelquefois s'en séparer. On voit même dans les patres deux groupes différents , les jeunes et les vieux , juniores , seniores por trum. C'est ce qui fut cause dans la suite que, pour déterminer plus précisément la signification du nom de pères dans son application aux sénateurs, on y ajouta le complément conscripti\ Ce nom de père était un signe de dignité et de puissance dont on honorait les dieux et les hommes , la marque de l'autorité ^
En effet, dans cet âge antique, les Etats se formaient et s'augmentaient, non par des agrégations d'individus, mais par des fédérations de familles , ou plutôt de tribus. Les gentes romaines ressemblaient beaucoup aux clans d'Ecosse, aux tribus arabes. Elles ne se composaient pas seulement de la progéniture directe d'un prenûer auteur et des familles qui en
1. Inscrits sur l'album sénatorial. Liv. H; Isid. Orig,, IX, 4. Festus, V. Patres.
2. Liv. I, 8. Macbob., Satum., I, H. Hor., ScU., II, I, 12. ViBG., Mneid,, IX, 440, pamm.
étaient issues, comme les rameaux diveo» d'un même tronc. Mais autour d'elles, et sous leur dépendance , vivaient des troupes de serviteurs, soit captifs de guerre ou engendrés de captifs et nés dans la maison, soit engagés volontairement sous la loi d'une réciprocité de protection et de services. De l'esclavage sortaient des clients, des membres de la gens, do n^ ils portaient le nom générique joint à leur nom individuel *. Le roi Servius Tullius, au dire de Cicéron, avait*eu pour mère une femme esclave, de Tarquinies, et
pour père un client de Tarquin l'Ancien , puis avait été élevé dans la demeure de ce prince, auprès de sa personne , et servant à sa table ^, comme un varlet du moyen âge. Pline fait allusion à ces habitudes domestiques quand il regrette la simplicité des ancêtres, chez lesquels, au Ueu de ces multitudes d'esclaves étrangers
1. Far un i^ste de cet usag^ les affranchis continuèrent à se nommer du nom du maître, ou de tout autre, quel qu'il fût, qui les faisait citoyens. Le Claudius qui saisit Virginie comme son esclave, était un affranchi d'Appius Claudius. Sylla fit un terrible abus de la coutume, lorsqu'il créa ses dix mille Cornéliens. App., Guerres civ., I, 100.
2. Cic de Rep., II, 21... Quem ferunt ex secva Tarquiniensi natum, quum esset ex quodam régis cliente conceptus. Qui quum famulorum numéro educatus, ad epulas régis adsisteret II faut prendre ce récit moins comme un fait avéré que comme un souvenir et un témoignage de moeurs anciennes dans Topinion des Romains.
qui peuplaient, de son temps, les palais des riches, on ne comptait dans chaque maison qu'un seul domestique, du nom de Lucipor ou Marcipor, né près du foyer de son maître et dans la famille *.
Alors Tétat de citoyen indépendant et isolé , sans patron comme sans client, n'était pas moins rare <[ue le franc-alleu au dixième et au onzième siècle. Il n'y avait rien qui ressemblât à la plèbe des Gracques. Les devoirs mutuels de clientèle et de patronage, tels que Denys d'Halicarnasse les a décrits ^ étaient saintement et rigoureusement observés ; c'était la base de la vie civile.
Les concessions de terres attachaient encore par un autre genre d'obligation le cUent au patron. Les historiens rapportent un exemple remarquable de cette espèce d'association. Sous le règne de Romulus , ou plutôt dans les commencements de la République (il paraît que les annalistes ne s'accordaient pas), lorsque le premier Claudius , originaire de la Sabine , vint s'établir avec sa gens chez les Romains % il fut
i . Aliter apud antiquos singuli Marcipores Luciporesve, do-
HINORUM GENTILES. HÎSt, UOt,, XXXHI, 0.