‹ De la pachyméningite cervicale hypertrophique (d'origine spontanée)Chapitre 6 sur 9 · ETIOLOGIE, MARCHE, TERMINAISON, DURÉE, PRONOSTIC · texte numérisé non relu

ETIOLOGIE, MARCHE, TERMINAISON, DURÉE, PRONOSTIC

Il n'est pas passible d'établir actuellement sur des données positives la nature ni la pathogénie de la pachymeningite hypertrophique. Comme c'est la dure-mère, c'est-à-dire une membrane fibreuse, qui

est atteinte, on peut, si l'onveut, invoquer avec M. GuU la diathèse arthritique, mais ce n'est là qu'une hypothèse et fût-elle vérifiée, notre curiosité serait loin d'être satisfaite touchant les causes organiques qui font que c'est la dure-mère qui est atteinte, et que c'est à la région cervicale que cette lésion s'observe le plus souvent.

Dans les quelques observations qui sont rapportées dans ce travail, on rencontre plusieurs fois la mention d'un séjour prolongé dans une habitation froide et humide, et particulièrement dans un cas, il semble qu'il y ait là une relation de cause à effet. Chez une autre malade l'affection a débuté à la suite d'une exposition prolongée à la pluie avec refroidissement. Nous avons observé un fait analogue, pendant notre internat à l'hôpital Lariboisière dans le service de M. Millard, Il s'agissait d'un jeune paysan qui fuyant devant les Prussiens se trouva seul pendant la nuit perdu au milieu de la campagne. Il resta exposé pendant tout ce temps à une pluie violente et il vit se développer, consécutivement à ce long refroidissement une pachyméningite localisée avec propagation de l'inflammation à la moelle, au niveau des dernières vertèbres dorsales. Nous n'en dirons pas davantage sur l'é^zoZo^fie, ne voulant pas répéter la longue liste de prétendues causes auxquelles on attribue continuellement et sans preuve les maladies du système nerveux.

Le nombre de nos observations ne permet pas de dire si l'affection est plus fréquente chez les hommes que chez les femmes.

On remarque que tous les sujets atteints sont peu

âgés. Il semble que ce soit là une maladie de l'âge adulte.

La marche de l'affection se trouve décrite par suite de la division adoptée pour l'exposition des symptômes. Le début est généralement lent, insidieux et semble dû à un processus chronique d'emblée. En. tout cas^ il ne semble pas qu'il s'accompagne jamais de fièvre, ni de réaction générale.

Une fois la maladie établie, la période douloureuse reste complètement isolée, ou bien, ce qui arrive fréquemment, se complique à un certain moment des phénomènes caractéristiques de la seconde période. Selon que l'inflammation se propage ou non à la moelle d'une façon notable, il pourra se développer ou non de la dégénération descendante, et c'est là un des phénomènes les plus importants au point de vue de la terminaison. Lorsqu'en effet les malades sont atteints de paralysie et de contracture des membres inférieurs ils se trouvent confinés au lit et c'est dans ces conditions que se développe la tuberculose pulmo- naire à laquelle succombent souvent les sujets atteints d'inflammation chronique de la moelle. Ils sont en outre exposés, par suite de la myélite, à la production d'eschares, et souvent aussi à des troubles dans les fonctions delà vessie. Dans ces circonstances, la mort peut être le résultat des accidents causés par les eschares ou par l'inflammation chronique de la muqueuse vésicale. Il importe donc chez les malades atteints de pachyméningite hypertrophique cervicale de distinguer ceux qui ont de la paraplégie, parce que c'est là une circonstance aggravante, he pronostic sera encore plus sévère pour ceux qui auront en outre des

troubles dans l'excrétion des selles ou de l'urine. En somme, on voit que ce qui fait surtout la gravité de la pachy.méningite au point de vue du pronostic, c'est l'extension de l'inflammation à la moelle, c'est la paraplégie qui force les malades à vivre dans l'immobilité, et enfin ce sont les accidents de pyohémie produits par les vastes eschares ou par la cystite chronique.

Lorsqu'au contraire les membres supérieurs seront seuls paralysés et atrophiés, le malade ne courra pas de dangers de mort par suite de sa maladie ; et il y aura lieu d'espérer, qu^à un moment donné, les régénérations nerveuses sur lesquelles nous avons précédemment insisté , se réaliseront. Alors arrivera la période de réparation qui rendra au malade l'usage de ses membres supérieurs. On peut espérer une semblable terminaison, même lorsque la paralysie est complète depuis longtemps. Dans le cas que nous avons cité, la paralysie était absolue depuis deux ans, lorsque s'est produit le rétablissement des mouve-r ments et la régénération des muscles atrophiés.

Il est très-difficile de préciser la durée de la maladie ; toutefois, on peut dire que même dans les cas les plus graves, elle ne parcourt ses difi^érentes phases que lentement. La mort ne semble pas en effet arriver plus tôt que la cinquième année et elle peut ne survenir qu'au bout de quinze ou vingt ans.

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