CONSIDERATIONS THÉRAPEUTIQUES
Il ne nous semble pas nécessaire d'insister sur ce point, que le traitement aura d'autant plus de chances d'amener la guérison ou l'amélioration du malade, que l'on se trouvera à une époque plus rapprochée du début. Mais il ne faudrait pas croire que la thérapeutique devienne impuissante, dès que les accidents revêtent une certaine gravité ou bien lorsqu'ils durent depuis longtemps déjà. On a vu dans une observation précédente, que spontanément il s'était produit chez une malade une amélioration notable; depuis deux ans déjà les deux membres supérieurs étaient complètement paralysés, et beaucoup] de leurs muscles avaient disparu, quand la motilité reparut dans la main et l'avant bras droits-. Il semble rationnel de pen ser que cette amélioration se serait produite plus tôt sous l'influence d'un traitement approprié. C'est cette conclusion que l'on est conduit en poursuivan l'étude de ce cas. Le membre supérieur droit recouvr d'abord sa motilité, pendant que le membre gauche reste paralysé. Au bout d'un certain temps et dans l'espoir de rétablir les mouvements de ce membre, on employa systématiquement les courants continus et en moins de trois mois la malade se servait de sa main gauche presque aussi facilement que de sa main droite. La motilité ayant commencé à reparaître peu de temps après l'application des courants électriques, il semble probable qu'il y a là autre chose qu'une simple coïncidence.
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On n'insistera pas dans ce chapitre sur les moyens généraux qu'il convient de mettre en usage dans les cas où les membres inférieurs sont affectés. On sait par exemple que le confinement au lit favorise la tuberculose. On lèvera donc les malades pour les placer sur un fauteuil et les exposer en plein air autant que cela sera possible. On sait également que des troubles trophiques peuvent se développer sous l'influence de pressions même légères, au sacrum, au niveau des grands trochanters, des talons, etc. Il sera bon alors d'employer les matelas d'eau ou d'air. Lorsqu'il y aura des troubles dans l'excrétion de l'urine, principalement de la rétention, on devra veiller avec le plus grand soin à ce que la vessie soit vidée plusieurs fois par jour. Dans tous ces cas l'urine est alcaline et se décompose avec une grande rapidité, c'est là une cause fréquente de cystite, accident redoutable chez ces malades.
Ces indications ne diffèrent pas de celles>qui sont indiquées pour toutes les paraplégies par myélite.
Cela dit, nous diviserons les moyens spéciaux que nous croyons propres à combattre la pachyméningite cervicale hypertrophique en différentes classes que nous passerons successivement en revue,
1° Sédatifs. — Dans la période douloureuse, la médication aura pour but principal de supprimer ou de diminuer la douleur. L'administration du chloral répondra à cette indication et ce médicament devra être préféré à l'opium. Cependant, comme il en peut résulter pour les malades des troubles digestifs, on devra souvent recourir à d'autres moyens, tels que les
" —102 — applications locales de chloroforme, les injections sous-cutanées de chlorhydrate de morphine ou de sulfate d'atropine. On pourra tenter également dès cette époque l'emploi des pointes de feu dont il va être question.
2" Révulsifs. — Il y a une grande analogie entre les altérations méningitiques et médullaires qui se produisent dans la pachyméningite externe déterminée par la lésion osseuse du mal de Pott et l'affection que nous étudions. Il est donc probable que les révulsifs agiront de la même manière dans les deux cas. En conséquence, il ne faudra pas espérer tirer beaucoup de profit des vésicatoires, des moxas, des cautères ni du séton. Delà sorte, on entretient de longues suppurations, qui affaiblissent le patient, mais on n'en obtient aucune amélioration.
Nous n'en dirons pas autant du fer rouge. M. Char- Cot a depuis longtemps appliqué ce mode de traitement à la paraplégie causée par le mal de Pott. Et il a obtenu un nombre déjà assez grand de guérisons. Nous avons été nous-même témoin, pendant notre internat à la Salpêtrière, du retour de la motilité, dans les membres inférieurs complètement paralysés depuis longtemps, chez des malades atteintes du mal vertébral. Il serait difficile • de préciser le mode d'action d'un semblable traitement et d'en donner une explication. Mais il y a lieu de penser que peut-être il pourrait donner de bons résultats dans la pachyméningite hypertrophique. Voici comment opère M. Charcot. Il place généralement six pointes de feu, au niveau du
segment de moelle, où il soupçonne l'existence de la pachyméningite externe, cause si fréquente dans ces cas de la paraplégie. Chacune d'elles est placée à une faible distance de la ligne médiane.
. La cautérisation faite sur un espace grand comme une pièce de cinquante centimes est assez profonde pour que l'eschare intéresse à peu près toute l'épaisseur du derme. Dès que la cicatrisation des eschares est terminée, il fait une nouvelle application de six pointes de feu à côté des premières et il répète ces cautérisations aussi fréquemment que possible pendant deux, trois oa quatre mois.
La cautérisation ponctuée se fait aussi plus superficiellement de façon à n'intéresser que les couches les plus supérieures du derme, mais alors son influence paraît bien diminuée.- On devra lui préférer la cautérisation profonde.
3° Hydrothérapie. — L'hydrothérapie est un des plus puissants moyens que l'on puisse diriger contre les affections chroniques de la moelle et des méninges. Les bains généraux, et surtout les douches devront être ordonnés à une certaine période. Cependant il ne conviendrait nullement d'avoir recours à cette médication lorsque l'on peut craindre que la période irritative ne dure encore, et peu de stations thermales peuvent alors être recommandées. Saint-Sauveur, Néris^ et en première ligne La Malou sont à peu près les seules auxquelles il convient d'avoir recours pendant la période active de la maladie. Au contraire, si les phénomènes inflammatoires sont complètement éteints,
— lOi — on pourra dans le but de favoriser la période de réparation envoyer les malades dans un grand nombre de stations, on peut citer principalement Bourbonne-les- Bains, le Mont-Dore, Balaruc, Bagnères-de-Bigorre, Aix-les-Bains, etc.
4** Electrothérapie. — On aura à employer dans ces cas l'électrisation, principalement dans les muscles paralysés ou en voie d'atrophie. L'excitation électrique sera alors locale et faite avec les courants farad iques à secousses peu fréquentes. Il ne faudra pas suspendre trop facilement l'emploi de ces moyens dans des muscles qui ne répondraient plus que faiblement à ces excitations, parce qu'on peut ainsi empêcher une destruction totale du muscle qui ne permettrait probablement pas à la régénération musculaire de se faire, et c'est là une éventualité qu'il ne faut pas oublier.
Dès que la période douloureuse sera passée, on devra également employer les courants continus que l'on appliquera en mettant le pôle positif à la partie supérieure de la région cervicale et le pôle négatif à la partie inférieure, de façon que le sens du courant se fasse de haut en bas. On sait, en effet, que les courants descendants sont réputés être des tempérants de la moelle, tandis que les courants ascendants seraient au contraire des excitants, et, tant que l'on ne sera pas certain que le travail inflammatoire est éteint, on devra recourir aux courants descendants. Les ascendants pourront être appliqués dans la période de réparation.
On emploiera également le galvanisme en agissant sur les nerfs du membre supérieur, et, en appliquant le pôle positif au niveau des vertèbres cervicales, et le le pôle négatif sur le trajet des nerfs moteurs du membre supérieur. Il sera souvent préférable de placer le pôle négatif dans le creux axillaire, on agit ainsi énergiquement sur le plexus brachial et, par conséquent, sur tous les nerfs qui en partent.
5" Médication interne. — L'iodure de potassium peut être donné comme résolutif, mais il ne faudi-a pas s'attendre à obtenir des effets rapides. Il est indiqué dès que l'on pense que la dure -mère est épaissie, par conséquent dès la première période. On devra insister sur son emploi.
Le bromure de potassium, la belladone, le seigle ergoté, seront plus utilement employés dans la période où l'on supposera que l'inflammation s'étend à la moelle.
Nous ne pouvons terminer cette longue énumération de moyens thérapeutiques sans insister de nouveau sur une particularité importante, c'est que spontanément une amélioration considérable peut se produire. C'est là une circonstance qu'il faut avoir bien présente à l'esprit, afin de ne pas attribuer à tort à la médication employée ce qui est le seul fait des forces de la nature.
Nous croyons devoir donner maintenant les quelques observations qui n'ont pas trouvé place dans le cours de ce travail.
Joffroy. 8'