‹ De la pacification religieuse (volume 2)Chapitre 26 sur 30 · LES ULTRAMONTAINS ET LES GALLICANS · texte numérisé non relu

LES ULTRAMONTAINS ET LES GALLICANS

Dans leurs attaques contre l'Eglise , les ennemis de ses droits ont toujours commencé par semer la division et le trouble, soit en inspirant aux gouvernemensdes méfiances injustes, soit en répandant parmi les Catholiques de vaines alarmes. C'est par de tels moyens qu'aujourd'hui, comme aux époques où les passions sont plus vivement excitées, nos adversaires s'efforcent d'enlever au clergé l'uni téde son enseignement, la confiance et le respect dûs à son ministère,

(') Cet écrit, qui a été publié séparément, n'est pas nécessairement lié à celui des Appels comme d'Abus; mais nous avons cru utile (le le placer à la suite.

il riiilhieiui' morali- (jiii est la seule force qui puisse convenir ù un pouvoir purement spirituel.

En présence de ces tentatives plus ou moins déguisées, mais qui n'échappent jamais à un clergé vigilant, dévoue à ses devoirs et à sa foi, nous nous bornerons à rappeler des maximes et des principes, qui, dans tous les temps, ont servi de règle à TEgiise catholique.

Nous passerons sous silence des droits contestés. De tels droits ne reposent que sur des opinions librement professées par certains Catholiques, librement rejetées par les autres.

Nous ne dirons pas qu'il faut proclamer les opinions ultramontaines, parce qu'il n'y a obligation pour personne de se déclarer en leur faveur. Nous n'aurons garde de les imposer aux pieux fidèles ; parce que l'esprit de l'Eglise, clairement manifesté au Concile de Trente, a toujours été de ne point convertir arbitrairement en dogmes de pures opinions. Nous ne les imposerons pas davantage aux ennemis de l'Eglise ; parce qu'on ne ramène point à la foi ceux qui l'ont abandonnée, en leur refusant la légitime liberté de discuter de simples opinions.

Nous ne proclamerons pas les opinions ultramontaines, parce que leur vérité ne nous paioit pas démontrée. Le plus fort argument en leur faveur est loin de former une démonstration. L'opinion contraire a été, dit-on, condamnée par plusieurs Papes. Les Papes, a-t-on répondu cent fois, ont condamné non pas l'opinion des Gallicans, mais la Déclaration

(jui rcxprimoit ^ cl cet acle méiitoit cii elïet d'être censure. Une réunion de magistrats pourroit dire des choses fort sensées, fort exactes, sur les limites des pouvoirs publics placés au-dessus d'eux; mais ces magistrats tomberoient dans une erreur grave s'ils vouloient faire une Déclaration solennelle de leur doctrine, et lui conférer un caractère d'autorité dont elle ne seroit pas susceptible. Telle fut aussi l'erreur des Evéques de 1682 : leur acte, cassé par le saint - siège , fut abandonné par les Evèques qui l'avoient adopté, par Louis XIV qui en avoit été le promoteur, par Bossuet qui en fut le lédacteur. Mais en s'en débarrassant fort lestement par ce mot si connu : Qu'elle devienne ce qu'on voudra , aheat quo lihuerit , l'Evêque de Meaux, loin de renoncer à l'opinion qui y est exprimée, composa un savant ouvrage pour la défendre.

Nous ne proclamerons pas les opinions ultramonfaines, parce que nous les croyons d'une part moins probables, et de l'autre moins propres à retenir les peuples catholiques dans le sein de l'Eglise, ou à les y faire rentrer quand ils l'ont abandonné.

L'Angleterre et l'Allemagne, si dévouées à ces opinions, abandonnèrent les premières l'unité de l'Eglise et la primauté du saint-siége. L'Angleterre et l'Allemagne prolestantes se sont servies pendan l trois siècles de ces mêmes opinions pour opprimer les Catholiques, pour les rendre odieux, tout en leur enlevant la libre profession de leur croyance et le

lihrt- exercice de leur culte. Un exemple semblable lut donné, il y a cinquante ans, par les Congrégations religieuses, qui, sous notre ancien régime, avoient été très-portées à exagérer la puissance des Papes \ un grand nombre de leurs membres donnèrent pendant le xviii" siècle dans les erreurs les plus hostiles au saint-siége. Après avoir été d'abord très- Ultramonlalns, ensuite tiès-Gallicans, ils finirent par embrasser la Constitution civile du clergé. C'est le cas de dire : Les extrêmes se touchent. On vit au contraire des Congrégations qui avoient toujours soutenu la doctrine des Evèques français, ne pas fournir un seul adhérent à 1 Eglise constitutionnelle. Si IXltramontanisme n'a pas préservé du schisme et de l'hérésie ses partisans les plus déclarés, il n'a pas été non plus un préservatif suffisant contre d'autres abus. Il a servi quelquefois de prétexte à ses partisans outrés, pour se rendre trop indépendansdes lois et du pouvoir civil, trop indépendans de l'autorité des Evèques, non moins légitime, non moins nécessaire que celle du Pape.

Mais si nous n'adoptons pas, nous ne condamnerons pas les opinions ultramonlaines, parce que l'abus que l'on fait d'une opinion n'est pas une preuve suffisante qu'elle est erronée. Cet abus sullit pour s'abstenir de la professer, si d'ailleurs on a des raisons de la regarder comme moins probable.

Nous n'i m prouverons pas ces opinions, parce que nous n'avons pas le droit d'improuver ce que 1 Eglise n'improuve pas. Il sullit d'ailleurs qu'elle louchent à la puissance du Père commun des fidèles, pour qu'il ne convienne pas à des en fans soumis d'assigner dans quelles limites sera renfermée l'autorité de ce Père vénéré. Dans la société religieuse comme dans la société civile, on ne travaille publiquement et avec ardeur à combattre les opinions, même exagérées, en faveur de l'autorité suprême, que lorsqu'on a envie de la renverser. Ceux qui désirent seulement un exercice plus modéré de cette autorité, aiment mieux tout soufTrir que de l'énerver, et à plus forte raison que de la détruire. Ils tremblent à la pensée de ce péril, à l'ombre même d'une division.

Nous ne condamnerons pas les opinions ultramontaines, parce que ceux qui se déchaînent contre elles pensent bien plus à anéantir les prérogatives les plus incontestables du saint-siége, qu'à rendre plus modéré le pouvoir le plus juste et le plus sage qui soit sur la terre.

Les Parlemens nous ont laissé des monumens irrécusables de cette tendance, ou plutôt de cette volonté très-arrêtée, très-persévérante. Après avoir essayé de détruire les droits du Pape, ils n'ont pas ménagé davantage ceux des Evêques. Les canonistes gallicans les moins supects Id r en ont fait souvent le reproche bien mérité.

Nous ne condamnerons pas les opinions ultramon-

laines, parce que nous ne voulons pas nous unir aux Gallicans de notre époque, qui ne sont pas Catholiques, qui ne sont peut-être pas chrétiens. Les uns ne tendent à rien moins qu'à investir le pouvoir civil d'une suprématie spirituelle, en évitant, s'ils le peuvent, les inconvéniens et les dangers inhérens à la transformation d'une partie de l'Eglise catholique en une église schismatique qui deviendroit promplement une église impie. Les autres, sans avoir un plan quelconque, sans savoir s'ils pourroient s'arrêter à tel ou tel symbole, à telle ou telle constitution civile, s'ils n'iroient pas jusqu'au déisme ou même plus loin, ont le désir vague d'un changement ou d'une destruction complète, radicale, qu'ils commenceroient par appeler modesteiiionl une réforme ecclésiastique.

Nous ne dirons pas qu'il faut être Gallican, parce que les divers gouvernemens qui se sont succédé depuis quarante-quatre ans, ont été plus Ultramontains que le chef de l'Eglise, quand ils ont eu quelque intérêt à exagérer cette opinion, et plus Gallicans que Bossuet et les Evêques de 1682, quand ce Gallicanisme leur a paru insuflisant.

Rien de plus certain d'abord que l'Ultramontanisme outré, imposé au Pape à l'époque et dans la rédaction du Concordai de 1801. Le Pape croyoit sans doute qu'un grand acte d'autorité lui étoit né-

cessalrc pour snuvcr TEglisc de France, après la tempête qui venoltdela renverser ; mais le Pape ne croyoit pas que cette tempête si désastreuse, et qui avoit amoncelé tant de ruines, l'autorisât à déposer des Kvêques qui avoient bien mérité de l'Église, ni à détruire certains droits, certaines libertés canoniques, utiles, et compatibles d'ailleurs avec la nouvelle situation de la France. Qui lui créa cette nécessité, plus impérieuse qu'elle ne devoit l'être naturellement ? Quel pouvoir vint rendre plus dures les exigences déjà si terribles créées par des événemens inouis ? L'auteur de cette nécessité fut le gouvernement consulaire : c'est lui qui contraignit le Pape à déployer un pouvoir plus grand qu'il n'auroit voulu l'exercer, et qui le justifia en le rendant nécessaire. C'est lui qui, menaçant de jeter la France dans le Protestantisme ou dans le schisme, exigea que le pouvoir pontifical fût plus ultramonlain qu'il ne Tavoit jamais été depuis dix-huit siècles : c'est ce même gouvernement qui demanda impérieusement au Pape de sacrifier toutes nos libertés, et de s'élever au-dessus de tous les canons; qui ne se contenta pas de faire enregislrer la Bulle qui consommoit ce sacrifice, qui appliquoit ce pouvoir sans limites, mais qui voulut encore convertir en loi de l'Etat cette Bulle à jamais mémorable.

Le pouvoir consulaire ne se contenta pas d'aban-

(ioniKT les droits spiiilucls, les liberlés canoniques, tels que les consacrent les trois derniers articles de la Déclaration de 1682; il porta à Tindépendancc du temporel une atteinte sérieuse.

Dans tous les temps le Pape avoit été consulté et appelé à donner son consentement avant d'aliéner les biens appartenant aux établissemens ecclésiastiques et religieux-, mais il n'avoit pas été consulté seul, il n'avoit pas consenti seul à l'aliénation : cet acteétoit toujours fait par les établissemens propriétaires. A défaut des établissemens eux-mêmes, leurs Supérieurs et les Evéques encore existans auroient pu consentir à une mesure que l'on croyoit utile ou nécessaire à la paix de la France. Non-seulement on ne les appela point à donner leur consentement, mais on ne fit pas même mention des dillicultés qu'il pouvoit y avoir à le réclamer. Le Pape, contrairement à nos libertés, fut considéré comme ayant un droit exclusif sur ces biens (1).

Un droit indirect sur la couronne lui fut également reconnu.

Napoléon n'invita pas le souverain Pontife à

1) Après que le C()iicoi'<l;it avoit atlriLiié an Pape seul le droit de consentir à l'aliénation, anjourd'liui on prétend qne le Pape n'avoit aucun droit. (Voyci le Manuel de M. Dupin, p. W.) Ce sont toujours les deux opinions «xtrèmes rjne l'on professe. selon les intérêts et les eirronstanees.

liiire pour lui ce que laisoient les Archevêques do Reims pour les anciens rois de France. Il ne voulut pas avoir seulement une belle, une imposante cérémonie; il voulut un acte, une démarche solennelle qui pûl être considérée par les Catholiques comme une reconnoissance, une approbation iftdirecte de son droit à porter la couronne impériale. Les plus liabiles Gallicans trouveroientdilHcilement une différence sérieuse entre la signification qu'avoit le sacre de Napoléon par Pie Yll, et celle que les Ultramontains attachent au pouvoir indirect du chef de l'Eglise sur les couronnes. Ce pouvoir consiste, non à conférer l'autorité suprême, mais à déclarer que tel souverain peut l'exercer plus utilement dans l'intérêt temporel et religieux d'un pays. Or, le sacre éloit une déclaration aussi éclatante que la Bulle la plus claire et la plus explicite sur ce grand intérêt de la France et de son empereur.

En même temps que le gouvernement faisoit ces diverses manifestations en faveur de l'Ultramontanisme, il consacroit en partie, non pas les doctrines gallicanes de Bossuet et de l'ancien épiscopat, mais les opinions gallicanes des anciens jurisconsultes et des anciens Parlemens, c'est-à-dire qu'il se jetoit dans l'extrême opposé, dans les doctrines contre k'stpielles le clergé n'avoil cessé de réclamer comme

— -loi — ibrniani un (jiillicanisme exagéré; dans les doctrines qui cunduisirenl ù la Conslitiuion civile du clergé. Nous disons cjn il les (ronsucroii. en partie. Nous ne demandons pas la réforme de tous les Articles organiques. Le plus grand nombre sont utiles, parce qu ils donnent force de loi à certaines règles canoniques qui ont besoin de cette protection. Nous ne blâmerions pas non plus les dispositions législatives qui auroient pour objet de prévenir ou de réprimer les empiètemens probables du clergé sur la juridiction civile. Mais nous gémissons sur des dispositions qui exposent le pouvoir civil à empiéter lûi-méme sur la juridiction ecclésiastique ; et nous désirons que tôt ou tard le gouvernement comprenne que ces dispositions ne lui sont pas moins nuisibles qu'au clergé.

On venoit de demander au Pape de déployer un pouvoir qu'il répugnoit à exercer comme trop étendu, pouvoir tellement extraordinaire qu'il n'en existe pas un autre exemple dans les annales de l'Eglise ; eton promulguoil en même temps des Articles organiques pour entraver son pouvoir ordinaire le plus indispensable. On imposoit au clergé, que l'on avoit contraint d accepter tout un régime ultramontain, un régime ultra-gallican ; on lui demandoit et on exigeoit qu'il signât la Déclaration de 1682 ({), si peu conforme à la constitution que la Bulle (lu Concordai donnoit à 1 Eglise de France.

(I) Loi (Iti iS ^miiiiul an \, ail, 'i\.

Ce n'est pas lout; huit ans plus tard, Napoléon veut contraindre à signer cette Déclaration, qui contient une limitation de la puissance pontificale, ce même Pape qu'il avoit mis dans la nécessité d'exercer une puissance illimitée (1). Ce n'est pas tout encore-, le Pape ne voulant pas faire la guerre aux Anglais, on menace le Pape de faire de l'Eglise Gallicane une espèce d'Eglise Anglicane.

Nous venons d'indiquer commcnl, sous l'Empire, le gouvernement fut tout à la fois très-Ultramontain et plus que Gallican,

Voyez ce que f aisoit le clergé à la même époque : un grand nombre d'anciens Evêques proteste respectueusement, tout en évitant une scission avec le saint-siége ^ un petit nombre de Catholiques refuse de se soumettre , parce qu'il regarde le Concordat comme contraire aux libertés de l'Eglise Gallicane. L'immense majorité se soumet avec joie, par la raison que le Pape peut lout en cas de nécessité, et que la nécessité existoit^ bien qu'elle eût été rendue plus dure, plus ultramontaine, si je puis le dire ainsi, par le seul fait du gouvernement. Passons à la Restaui^ation.

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