‹ De la pacification religieuse (volume 2)Chapitre 7 sur 30 · II · texte numérisé non relu

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truction religieuse y a déposés. Cette éducation a été la luicnrse; je l'ai reçue dans les conditions les plus favorables. Point de collège qui fût supérieur pour la sagesse de s:i direction, de sa discipline, pour la régularité de l'instruction religieuse protestante, à celui oiî j'ai été élevé. Dans ce colléj^e, aucun élève qui ait conservé avec sa famille des relations plus suivies, plus excellentes, plus propres à le soutenir; aucun qui ait eu plus à se louer des professeurs, des maîtres d'études; aucun qui ait plus constamment obtenu et même mérité (c'est une déclaration que je fais aujourd'hui sans le moindre orgueil, on peut m'en croire,) une réputation de bon sujet.

Or, je me souviens avec terreur de ce que j'étais au sortir de cette éducation nationale. Je me souviens de ce qu'étaient tous ceux de mes camarades avec lesquels j'avais des relations. Étions-nous de bien excellents citoyens? Je l'ignore; mais assurément nous n'étions pas des chrétiens; nous n'avions pas même les plus faibles commencements de la foi et de la vie évangélique.

Peut-on s'étonner que des évèques catholiques aient conçu et exjDrimé des alarmes , quand ou voit celles d'un protestant sincère â\\ç.r jusqu'à la terreur, au souveiiir de l'éducation qu'il a reçue de l'Université ?

L'Université elle-même, dans un rajDport qui fut présenté an Roi et au pays , et qui a gardé toute l'autorité d'une apologie officielle, fait un aveu bien remarquable , et qui suffirait seul à cinvaincre les plus incrédules, et à justifier aussi toutes les réclamations de nos évéques et de.-^ pères de famille.

L'Université déclare :

Qu'il l't'gard de l'éducation, dans les meilleurs collèges, les efforts même les plus éclairés et les plus soutenus n'ont qu'une puissance bornée: que ce n'est pas le collège, mais la famille qui commence l'éducation , que c'est la société qui l'achève.

Malgré ce qu'il a d'habile , certes ce langage trahit un mal profond : car enfin qu'est-ce à dire ? La famille commence l'éducation , la, société l'achèçe : mais cependant où se fait-elle et qui est-ce qui la fait ?

Pendant les dix années oii l'enfant est au collège , où toutes ses facultés morales et religieuses doivent se développer, où la grande œuvre de l'éducation doit se faire (de lo à 20 ans), là, vous l'avouez, même dans vos meilleurs collèges, les efforts les plus éclairés et les plus soutenus n'ont qu'une puissance bornée.

L'effroyable lacinie de ces dix années est ici trop manifestement découverte : il était impossible pourtant de la luieux dissimuler dans luie phrase mieux faite. On voit en effet l' éducation qui commence , puis l'éducation qui s' achète : on la croit faite, elle ne l'a pas été : elle ne pouvait pas l'être, même dans les meilleurs collèges ! Ainsi disparaît dans un jeu de paroles, dans une subtilité de langage, ce qu'il y a de pUis important au monde, l'éducation!

Et qui s'étonnera de tout cela lorsque les professeurs de l'Université sont condamnés à néi>li-

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ger le moyen le plus puissant de IVducation , la Religion ?

Qu'i'st-ce que l'Université? se demande M. Jules Simon, professeur suppléant de M. Cousin à la Sorbonne. C'est l'État enseignant. Nous n'avons pas une religion d'État en France; on peut le regretter, mais c'est un fait; nous n'avons pas non plus la liberté d'enseignement : l'État enseigne seul. Il n'y a pas de religion d'État : les professeurs ne peuvent donc ni enseigner, ni attaquer aucune religion.

Je défie de répondre à cela autre chose qu'un sophisme.

]M. Jidcs Simon a raison : la logique est pour lui , et M. Thiers aussi ; car n'est-ce pas ce qu'il a voulu dire au fond lui-même dans cette phrase si singulière de son rapport :

Dans les collèges royaux... les enfants sont traites comme des hommes capables... de sentir les nobles procédés. Les maîtres respectent dans l'enfant la liberté de conscience comme dans l'homme lui-même.

Ainsi les hommes faits, les maîtres, ont à cet égard une liberté absolue : ils la laissent à leins élèves : ils la respectent profondément dans ces jeunes âmes, c'est-à-dire, qu'ils demeurent à cet égard dans une respectueuse indifférence et dans un silence absolu ; si la conséquence est évidente , il faut reconnaître que l'aveu est étrange:

N'est-ce pas ainsi, demandait un honorable député en 1837, (ju'on arrive à former des hommes engourdis dans cette apathique indifférence à l'égard des convictions religieuses et morales, (jui est le mal de notre époque, que rien n'émeut plus, si ce n'est l'amour du luere;que rien ncTévolte plus, pas même la vénalité des consciences?

Le concert sur ce sujet devait être unanime : les hommes politiques de toutes les opinions, de toutes les nuances, s'accordent avec les maîtres et les disciples de l'Université , pour élever contre elle et contre son monopole une voix sévère et des accusations si graves que je ne me permettrais pas d'en formuler de semblables.

M. Ledru-Rollin s'écrie, à l'extrême gauche de la Chambre :

Y a-t-il une souffrance plus grande pour l'individu que l'oppression de sa conscience, que la déportation de ses fils dans k-s écoles qu'il regarde comme des lieux de perdition (i), que cette conscription de l'enfance traînée violemment dans un (am|) ennemi et pour servir l'ennemi?

M. Janvier, placé aujourd'hui dans les rangs conservateurs, disait il y a longtemps :

L'Université esf. sur notre sol un débris sans étai : en tant que monopole, la Charte du 7 août l'a mise en pièces.

M. Persil , au moment où il venait de poursuivre en sa qualité de procureur général T école libre j devant la cour des Pairs , exprimait en ces termes un souhait semblable :

Nous n'avons pas besoin de dire que quand nous invoquons le monopole universitaire, nous nous appuyons d'une législation expirante, dont nous hâtons de tous nos vœux la prompte abrogation.

M. Dupin aîné, défendant l'Université, s'est

(1) Un peu plus et M. Ledru-Rollin employait ici le mot des saints livres, tant reproché à monseigneur Tévèque de Belley, des chaires de pestilence.

plaint vivenu'iit fiiToii oui osô attaquer une institution londc'o sur les lois. Soutenant ainsi la valeur des actes j>ar lesquels Ttiupereur a «tabli le monopole, .M. Dupin a sans doute oublié la consultation qu'il donna le 3o aviil i83o, et où il prouva si éuergiquenient l'illégalité et l'inconstitutionnalité des décrets de 1808 et de 1811?

Dans cette consultation , M. Dupin , après avoir fait l'examen des divers chefs d'illégalité de ces décrets, termine par ces mots accablants :

Certes on ne craint pas de se tromper, en disant qu'un corps ainsi constitué (le conseil royal), avec des pouvoirs aussi exorbitants , est un tribunal extraordinaire qui eût dû tomber devant la Charte, comme les tribunaux de douane, les cours spéciales, etc

M. Chambolle disait, dans la séance du j 5 juin 1843 :

Il est des vérités morales qu'il est nécessaire de répandre dans les collèges. Qui est-ce qui en est cliaigé ? Je vois bien le texte do la hn, mais un texte stérile. Vous connaissez tous ces élèves de nos eolléi^os : vous les avez interrogés, je les ai interrogés aussi. Eh bien ! quand on leur adresse certaines questions, ils savent a peine ce qu'on veut leur dire.

Quand je me demande qui est chargé de cet enseignement moral et religieux dans ces collèges, je m'inquiète encore, car je ne sais pas i\m est charge de donner cet enseignement, excepté ïauiiiônier qui y fait de temps en temps une apparition, f'

Et sur ce dernier reproche, M. de Gasparin

était d'accord avec M. Charnbolle, lorsqu'il se plaignait :

Que la religion était reléguée à son heure, comme l'une e^ le plus souvent comme la dernière des leçons ;

Lorsqu'il disait :

Que l'Evangile était relégué à une place tellement infime , qu'il peut rarement contre-balancer YinJIuence de ces détestables doctrines si bien adaptées à nos penchants naturels.

Certes, ou je me trompe, ou après de tels témoignages, M. Cousin devra reconnaître que les colléqcs rojaiix sont loin d'être irréprocliables , et M. Thiers avouera que c'est une chose qui n'est ni déraisonnable ni dénuée de preuves qiie d'avancer :

Que la moralité n'est pas suffisamment soignée dans les établissements laïques, publics ou particuliers.

Non cela n'est ni aussi faux, ni aussi incontesté qu'il veut bien le dire : et, je le répète à dessein , ce que je viens de citer, ce ne sont pas les avocats du clergé qui l'ont écrit: ce sont les avocats eux-mêmes de l'Université : ce sont ses maîtres, ses amis, ses disciples.

Et comme dans une matière si importante, je ne veux négliger aucune autorité, j'irai jusqu'à recueillir le témoignage de deux journaux dont je n'aurais pas reproduit les paroles, si l'Université n'avait pas trouvé en eux depuis un an ses plus ardents défenseurs.

Le National, au mois de septembre i84'ij écrivait :

L'éducation que donne l'Université est impie, immorale , incohf^rente.

Nous rcncjnrons à tracer ici le sombre tnbleuii qui est malliciirciisiMnent sous nos n-^ards : mais que nos lecteurs songent un instant à ce que le régime où nous vivons a fait d'une grande partie de la jeunesse française, et ils pourront trop aisément suppléer à ce que nous taisons...

L'éducation première, dont l'Université est responsable, a fait place chez nous à une école d'égoisme et de corruption prématurée.

Est-ce donc là ce qui est parmi nous l'enseignement secondaire? faiit-il le croire, et que deviendraient certaines apologies en présence de ces accusations ?

\j^ Jonrnil des Débats, le 6 novembre 1842 et les jours suivants, ne s'exprimait pas avec moins de force sur la philosophie et sur l'enseignement supérieur de l'Université :

L'école éclectique, pour l'appeler par son nom, est aujourd'hui maîtresse et maîtresse absolue des générations actuelles. Elle occupe toutes les chaires de l'enseignement : elle en a fermé la carrière à toutes les écoles rivales, elle s'est fait la part du lion, elle a tout |)ris pour elle : ce cpii est assez politique, mais ce qui est un peu moins philosophique. Le public a donc le droit de demander compte à celte école du pouvoir absolu qu'elle a pris, et que nous ne lui contestons pas d'ailleurs : elle a beaucoup fait pour elle, nous le savons; mais qu'a-t-elle fait pour le siècle, qu'a-t-elle fait pour la société? Où sont ses œuvres, ses monuments, les vertus qu'elle a semées, les grands caractères qu'elle a formés, les institutions qu'elle anime de son souffle.' Il est malheureusement plus facile de s'adresser ces questions que d'y répondre.

Certes , on voit que ce journal, champion si dévoué (le l'Université, ne ménageait pas alors son enseignement philosophique, et ne craignait pas, dès 1842, de donner à Ui pliUosopliic, ce signe (le méfiance que la Chambre des Pairs lui a donné en r844 et que M. Thiers essaye en vain de lui épargner aujourd'hui.

Quant à l'instruction primaire, dont l'Université est aussi responsable, je me bornerai à une seule citation :

M. Lorain, longtemps professeur de l'Université, récemment proviseur d'un collège de Paris , aujourd'hui Recteur de l'Académie de Lyon , s'exprime ainsi dans son tableau de l'instruction primaire en France, à la fin de i833, ouvrage composé sur les rapports des 190 inspecteurs chargés de visiter, cette année-là, les écoles de France :

Des Pyrénées aux Ardennes, du Calvados aux montagnes de risèie, sans en excepter même la banlieue de la capitale, les inspecteurs n'ont poussé qu'un cri de détresse.

La misère des instituteurs éi^ale leur ignorance, et le mépris public mérité souvent par leur ignominie. C'est un spectacle immonde ! et le cœur se soulève à la lecture de ce chaos de tous les métiers, de ce répertoire de tous les vices, de ce catalogue de toutes les inûrmilés humaines. Depuis l'instituteur qui se fait remplacer par sa femme, pendant qu'il va chasser dans la plaine, jusqu'à l'assassin que l'inspecteur cherche en vain dans son école, parce qu'il vient d'être conduit dans les prisons voisines, combien de degrés dans le crime ! Depuis l'usurier condamné par le conseil

imini(-ii)al jiis(|u'ati forçat libéré, depuis l'inslituteur j)ayc par la commune pour sonner les cloches ponJant l'oraj^e , jusqu'à l'instituteur, prêtre de l'Église française, combien de ministères différents !

M. Lorain rapporte ensuite quelques dialogues entre l'inspecteur et les instituteurs primaires.

Monsi<,'ur, dit un inspecteur, en entrant dans qiu'lques écoles," où en étes-vous de l'instruction morale etreligieuse ? — R. Je n'enseigne pas ces hcùses-là. » — • Ailleurs (département de la Manche), une école mutuelle se promène avec l'instituteur dans la ville, tambour en tète, et chantant la Marseillaise, qu'elle interrompt, en passant devant le presbytère, pour criera tuc-téte : « A bas les jésuites! à bas les calotins ! » S'il en était ainsi par toute la France, et qu'on vînt à nous demander : Le clergé français est-il favorable à l'instruction primaire? nous n'hésiterions pas à répondre qu'il ne faut pas compter sur son aj)pui. Et cependant, sans l'appui du clergé, il faut deses[)érer du sort de l'instruction primaire dans les campagnes.

Et quant à ce qu'il y a de plus délicat et de plus essentiel dans la moralité des enfants, par respect j'aurais voidu me taire. Mais malgré les répugnances profondes quej'éprouve, la confiance incroyable des apologistes de l'Université, et l'étrangeté delein^s assertions, me font violence et me contraii^nent à mettre sous leurs yeux un document que je voudrais laisser enseveli. Peutêtre pourra-t-il troubler un funeste optimisme, et faire au moins excuser les alarmes des évècjues et des pères de famille.

Voici ce que M. Lallemaiid, professeiu" de la faculté de Médecine de Montpellier, et, à ce ti-

( 1^5 ) tre, investi de la confiance de l'Université qui l'a nommé, révèle sur ce point si grave comme le résultat de ses observations les plus attentives :

Si j'en juge par ma propre observation , sur dix jeunes gens adonnés au vice, dont la santé s'est altérée immédiatement ou consécutivement, on peut en compter neuf qui se sont perdus au collège ou dans un pensionnat. L'enfant y trouve en arrivant un foyer de contagion qui s'étend bientôt jusqu'à lui : car le mal y est établi d'une manière endémique , et se transmet sans interruption des anciens aux nouveaux venus. Si quelques individus échappent d'abord à ces insinuations perfides, leur temps vient un peu plus tard. Je n'entrerai dans aucun détail, quoique j'aie reçu des révélations bien multipliées, bien circonstanciées.

Comment pourrais-je reproduire ce que ces malades osaient à peine me confier en téte-à-tête, et pressés par l'intérêt puissant de leur conservation ? D'après tout ce qui m'est revenu des sources les plus directes et les plus variées, je ne crains pas d'affirmer que nulle part on ne se procure aussi facilement de mauvais livres; que nulle part ils ne circulent avec plus d'impudence et de sécurité; que la cause du mal n'est pas seulement dans les élèves, mais encore dans les domestiques et les surveillants; que les abus ne se bornent pas toujours au vice que nous désignions tout à l'heure; qu'ils ne se propagent pas seulement par l'exemple et la séduction, mais qu'ils s'imposent même quelquefois par la menace et la violence.

De la réaction religieuse. — Des dispositions du clergé.

Cependant M. Thiers a dit un jour, en pleine Chambre, avec une ironique et triomphante complaisance :

L'Université a donné la génération actuelle, en grande partie du moins; cette génération est plus religieuse ou du moins plus respectueuse que celle qui l'a précédée : les faits prouvent qu'il y a une amélioration notable, que les devoirs religieux sont beaucoup plus observés (|uc sous l'empire et sous la restauratiou.

A la manière dont raiiteiir dt^ cette l'emiirqiie la présente , il est manifeste qu'il y attache une grande importance : c'est un argument décisif dans sa cause : il doinie à l'Université l'honneur de ce que l'on est convenu d'appeler la réaction religieuse; et il suppose que ce sont les réclamations du clergé qui ont seules arrêté cet heureux Diouveincnt et diminué le zèle religieux.

Je rétablirai simplement la vérité; et je dirai d'abord, ce dont ne nous permettent pas de douter les observations les plus attentives, les plus graves et les plus nombreuses : que le mouvement religieux, loin de s'arrêter, est aujourd'hui plus profond , plus sérieux , plus puissant que jamais ; puis, j'étonnerai peut-être plusieurs de mes lecteurs en disant où je trouve la première origine de la réaction religieuse.

C'est à la révolution de juillet. Oui , sans le vouloir, la révolution de juillet, selon les desseins d'une providence profonde que nous avons toujours respectée, la révolution de juillet nous a servis, en nous délivrant des préventions, des mensonges et des calomnies de la politique : dédaignés et rendus à uous-mémes, nous avons été mieux connus.

Et nous n'avons pas été d'ailleurs les seuls à y gagner : ces grands renversements ne sont pas sans force ponrdésenchanler les esprits. En multipliant les mécomptes, ils mètrent pour tous, pour les vainqueurs comme pour les vaincus, plus de sérieux dans la vie, plus de gravité dans les mœurs, plus de maturité dans les opinions, plus de justice dans les jugements.

Qui ne sait que les révolutions, par les grandes leçons qu'elles donnent à tous, à ceux même qu'elles font triompher, poussent une foule d'âmes à chercher pour l'avenir un appui hors de l'instabilité des choses humaines, et les conduisent ainsi peu à peu à la Religion, c'est-à-dire à la seule chose qui soit stable sur la terre?

Certes aussi, et avant tout j'en reporte la gloire à Dieu : à l'action secrète et toute-puissante de celui qui tient dans sa main tous les cœurs et les incline où il veut; qui commande au mal et fait le bien quand il lui plaît ; qui tient en bride toutes les passions des hommes, et lors même qu'il semble leur permettre de tout décider, les mène, les domine, les arrête et les change.

Mais, quoiqu'en disent M. Thiers et M. Cousin, je ne puis en conscience en faire honneur à l'Université :je cherche en vain les traces de l'influence que l'on voudrait lui attribuer sur cescounnencementsde la régénération religieuse de la France. J'eufais volontiers honneur au caractère français

( 1^8 ) et à l'action providentielle des circonstances sur sagénérosité naturelle et sur ses noblesinslincts.

Soit que la mobilité même d'une grande et héroïque nation, dont la jeunesse est éternelle; qui a peut-être les défauts redoutables de cet âge, mais aussi toutes ses brillantes qualités, et (pli par conséquent ne fait jamais tout craindre sans laisser tout espérer, l'ait ramenée tout à coup à la foi et aux pensées chrétiennes : soit, ce qui nous va si bien, que les malheurs de la religion nous l'aient rendue plus vénérable et plus chère; toujours est-il que le lendemain du jour où plusieurs pensèrent que la religion tombait avec la croix abattue, un jour plus favorable et plus pur se levait pour elle.

Me permettra-t-on d'ajouter que j'en fais honneur au sacerdoce français? J'en fais honneur à sa pacifique attitude, à sa prudence, à son zèle, à son dévouement.

J'en fais honneur à la jeunesse élevée sous les auspices de la religion , dans des familles chrétiennes et dans des établissements où la piété est l'heureux fondement de l'éducation. Oui, c'est surtout la jeiuiesse, et nous le redisons avec le tressaillement d'une joyeuse espérance, c'est surtout la jeunesse qui se livre à ce noble mouvement, avec ces vives et fortes inspirations, avec ce goût sublime et nouveau dont elle s'est éprise pour la vérité et la vertu.

( '^^9 ) C'est lUi lioniinage qu'il nous est doux de lui rendre : lous ceux à qui il est donné de faire entendre leur voix à la jeunesse pour lui parler le langage de la vérité, trouvent tout à coup dans ces jeunes cœurs lui écho profond; ceux même qui descendent aujourd'hui a toutes les bassesses du mensonge pour la corrompre, n'osent plus lui parler d'incrédulité. C'est dans les rangs de la jeunesse que la foi et l'espérance chrétienne ont fait les plus nobles et les plus brillantes conquêtes; et tout Paris, toute la France, savent que les œuvres les plus laborieuses de la charité ont trouvé, dans le zèle qui n'appartient qu'à cet âge, le plus généreux concours.

Mais encore une fois, comment faiie honneur de tout ceci à l'Université et à son éducation?.... Non que je prétende qu'il ne soit pas sorti des écoles de l'Université un grand nombre d'hommes honnêtes et un certain nombre de chrétiens sincères.

Mais l'Université oserait-elle dire que ces hommes pieux, que ces chrétiens sincères soient son ouvrage! Qu'on nous montre des âmes vraiment religieuses qui attribuent leur piété à l'éducation des établissements luiiversitaires, qui j)arlent avec reconnaissance de leur collège connue d'un asile béni qui a protégé leur innocence, et de l'Université avec amour, conjme l'on parle d'une mère à qni l'o!) doit son Ame et ses ver-

{ i3o ) tus; en un mot, qui proclament lui être rederablesdu bonheur de connaître, d'aimer et de servir Dieu. Alors je changerai de hingage. Mais depuis vingt-cinq ans que je suis dévoué à la jeunesse et que je vis avec elle et pour elle, je n'ai pas trouvé une seule bouche de qui j'aie recueilli ce témoignage.

Et quant aux hommes sortis des collèges de l'Université et devenus depuis des chrétiens sincères, interrogez-les : ils vous diront eux-mêmes si ce sont les souvenirs pieux de leur éducation qui les ont ramenés.

J'oserai même l'affirmer : l'Université n'a pas contre elle de témoignage plus terrible que celui de ces hommes qui sont devenus chrétiens comme malgré elle, qui la désavouent hautement , et qui se sont faits ses accusateurs publics devant l'Église et devant l'Etat : tels sont M. de Montalembert, M. de Gasparin et bien d'autres que je pourrais citer. Je sais bien qu'à tant de faits accablants, qu'à tant de raisons décisives, M. Thiers oppose des statistiques certaines , et officiellement dressées, de la foi et de la piété universitaires. Il ne manquait plus que cela à la gloire de l'Université. Pour moi j'en suis peu touché : d'abord parce que ces statistiques si certaines, on ne nous les fait pas connaître, et peut-être avec raison.

J'ajouterai que ces états officiels me répugnent,

( '3' ) et que si j'avais autorité poiu' cela , je les supprimerais.

Les statistiques de piété m'édifient un peu moins encore que les prix de vertu.

J'ajouterai, enfin , qu'il y a des statistiques de la situation morale du pays, parfaitement connues, présentées à l'Académie des sciences, insérées au Moniteur, résultat d'études approfondies et de calculs irrécusables, et qui contre-balancent tristement la valeur des états statistiques de la piété universitaire.

Sans prétendre argumenter plus qu'il ne convient, de ces résultats, contre l'Université et contre l'instruction qu'elle donne, j'affirme que les hommes graves ont certainement à réfléchir sur les faits révélés par M. Fayet, savant professeur de mathématiques au collège de Colmar, et par M. Ch. Dupin lui-même.

Nous sommes forcés d'avouer, dit ce dernier , que la complète ignorance s'allie à la moindre proportion des crimes contre les personnes, et que l'instruction supérieure l'emporte sur toutes les autres par la multiplicité des crimes.

Je conçois qu'un homme qui avait sérieusement pensé à tout cela avant moi; je conçois que M. Guizot en ait exprimé son opinion, en pleine Chambre, avec cette gravité de langage :

De là, Messieurs, cette perturbation souvent déplorée qui jette un grand nombre déjeunes gens hors de leur situation naturelle, exrite leur imajjination sans nourrir fortement

hîiir itUelligt'iice, leur inspire des jj;oùts littéraires sans vraie et sérieuse connaissance des lettres, encombre les profes- .■>ions savantes de prétentions oisives et maladives, et réj)and ainsi dans la société une multitude d'existences déplacées, inquiètes, qui lui pèsent et la troublent, sans en obtenir pour elles-mêmes la fortune ou la réputation à laquelle elles aspirent vainement.

Et pendant que d'un système trop uniforme et trop exclusif sortent ces agitations factices et douloureuses, beaucoup de parents honnêtes et sensés cherchent en vain comment faire donner à leurs enfants une éducation qui les préserve de telles chances, et réponde à la situation et aux occupations qui les attendent.

Je n'insiste pas sur ces faits, Messieurs, ils ont souvent occupé votre pensée ; ils sont directement attestés par de nombreuses et déjà anciennes réclamations publiques et privées; ils se révèlent indirectement dans les efforts tentés depuis vingt ans pour apporter à notre système d'instruction secondaire des modifications qui satisfassent à ce besoin de

notre état social Ils ont tous été, je ne dirai pas vains,

mais insuffisants.

M. Virey parlait comme M. Guizot : à cette époque il n'y avait qu'une voix pour proclamer les immenses périls de l'enseignement et de réel iication universitaire:

Chaque année donc continueront de sortir de l'Université ces légions de jeunes lettrés pour envahir tous les rangs, frappant à toutes les portes, encombrant l'administration et tous les emplois, prêts à renverser n)ême de leurs prétentions ambitieuses les barrières que la société ou les positions acquises leur opposent, déversant partout une acre poU'inuiuc clans les journaux et les l'éimions politiques. De là eeito guerre sourde, ces combats à outrance minant les

entrailles mêmes de notre coips social , qui (iilictifiimiil le feu secret des mécontentements , rardeiir fébrile des révoltes, et peut-être toutes les incertitudes do notre avenir. Ces angoisses. Messieurs, nous les créons, nous les fomentons nous-mêmes... De là tant d'esprits inquiets, sans carrière tracée, souvent égarés parla présomption si naturelle an jeune âge, et, ce qui est pis quelquefois, sans aucune éducation civile ou religieuse capable de lui servir de contre-poids.

Travaillées par un triste scepticisme, maladie dusiècle^ces masses , souvent dépourvues de croyances religieuses, trahissent leur malaise secret; elles ne connaissent guère d'autre droit que la force, d'autres titres que la victoire, d'autre bien que la fortune.

M. Virey appuyait la gravité de son discours des paroles cVun philosophe de Rome , sur le pendianl de sa ruine , qui s'écriait :

Nous périssons par le débordement de la littérature : Litterarum intemperanliâ Inboramus. (Sénèque.)

Certes, ce langage était digne d'être entendu ; il le fut comme il devait l'être : des applaudissements unanimes accueillirent à la Chambre des Députés les discours de M. Giiizot et de M. Virey.

Qti'ou le remarque bien , je ne suis pas venu renouveler ici contre l'Université les plaintes si souvent proclamées ; je n'ai pas attaqué le fond de ses doctrines ; je ne viens pas redire que son enseignement philosophique est sceptique et impie, son enseignement historique anticalholique. Ce sont des sujets sur lesquelsje crois inutile de parler, et sage de se taire.

J'achève enfin ces nond)i"euses, mais im| ar-

tiales citations, en rapportant l'apologie par laquelle lin publiciste dévoué à l'Université croyait pouvoir défendre, contre les plaintes du clergé, l'enseignement philosophique et religieux du corps universitaire. C'est une variété qui reposera le lecteur.

Qu'est-ce que l'Université? Un corps de libres penseurs, courant, chacun selon ses forces, selon ses instincts, selon ses prédilections, l'un après la littérature, l'autre après l'histoire, celui-ci après la philosophie, celui-là après la science. Dans cette Université, ([u'on représente unie et compacte contre les principes du ehrislianisine... vous trouverez partout la division, la lutte, l'individualisme. Non, l'Université n'a pas de doctrines arrêtées contre la religion : savczvous pourquoi? C'est parce^que l'Université n'a pas de doctrine et ne saurait en avoir.

L'Université, répétons-le, n'a pas de doctrine; elle n'en a jamais eu, elle n'en aura jamais; il faudrait, pour en acquérir une, qu'elle adoptât le principe de l'autorité, comme l'Église : or l'Université est fondée sur la liberté de penser, prise dans son sens le plus absolu, sans reconnaître aucune orthodoxie , et par conséquent aucune hérésie. Il est donc inexact de représenter l'Université comme ennemie systématique du christianisme. Par suite de sa liberté d'allure, l'Université actuelle renferme, au contraire, un grand nombre de catholiques parfaitement soumis à l'Eglise. Seulement, l'Université actuelle^est, en notable partie, fdle du dix-huitième siècle; comme telle , elle a ses prétentions, ses préjugés, ses erreurs: elle crie contre les Jésuites et admire Voltaire. Tout cela s'en ira : ce n'est pas dans son essence, c'est dans son âge : il faut savoir la prendre telle qu'elle est.

Ce dernier conseil, tout étrange qu'il parait

( -35) au fond, ne manque pas de bon stMi.s : c'est, en vérité , ce que nous ne demanderions p^is mieux de faire, si l'Université voulait seulement permettre à la liberté d'exister auprès d'elle, si elle consentait à donner aux institutions libres l'existence promise par la Charte , si elle ne faisait pas des efforts vraiment inouïs pour empêcher l'Etat d'accomplir cette grande promesse, si elle ne se montrait pas disposée à tout sacrifier, même la religion, à tout compromettre, même l'État, plutôt que de céder quelque chose d'un monopole dont l'Etat comme la religion, dont la Charte comme la conscience, commandent impérieusement le sacrifice.

Oui, malgré tant de reproches qui s'élevaient contre elle de toutes les bouches , nous aurions été heureux de vivre en paix avec elle, si elle avait voulu se contenter d'être un corps puissant, doté, encouragé de toute manière, honoré des plus grands privilèges.

Nous aurions été heureux de vivre en paix avec elle, si elle ne voulait pas être en même temps un corps despotique et jaloux, dépositaire d'un monopole exclusif, un corps redoutable pour tout ce qui n'est pas lui, un corps qui, selon les expressions de M. Thiers, par sa ténacité et sa cohésion même, réalise exactement la pensée de son fondateur, c'est-à-dire, la pensée d'un despotisme absolu.

Non, non, ce n'est pas à nous qu'il a teiui et qu'il tient encoie (|ue le j^rand œuvre de la pacification religieuse s'accomplisse !

Certes, j'ai maintenant plus que jamais le droit de le dire : si la paix a été troublée, ce n'est pas à nous qu'il faut le reprocher; ce n'est pas nous qui avons déclaré la guerre ; ce n'est pas nous qui l'avons commencée.

La loi de i836, et la discussion de 1837, dont j'ai parlé, sont des faits qu'il n'est au pouvoir de personne d'anéantir aujourd'hui. Qui a renversé de fond en comble cette loi, et le projet d'un ministre intelligent? Qui a méprisé le vole de la Chambre des Députés? Qui a voulu soumettre les petits séminaires à la juridiction de l'Université? Qui a fait imprudemment entendre ces incroyables apologies d'une institution dont toutes les voix demandaient depuis longtemps la réforme? Qui nous a mis à la main les armes de la vérité et de la justice, non -seulement pour défendre la liberté d'enseignement et les promesses de la Charte, mais la liberté religieuse, l'existence et l'honneur de nos petits séminaires? qui, sinon l'Université?

C'est l'imprudence de nos adversaires, c'est la provocation de leurs audacieuses apologies, c'est la violence de leurs attaques, c'est la force des choses qui nous a poussés malgré nous dans la lice.

Il est commode aujourd'hui de nous reprocher quelques excès de zèle, de relever la forme, quelquefois ardente, de notre polémique, dans une cause qui touche à ce qu'il y a pour nous de plus sacré sur la terre; mais dans le fond, comme je crois devoir le faire observer encore, si j'excepte ces vivacités qu'un poëte philosophe attribuait à la faiblesse de la nature, r/uas humana parum cavit natura, et dont Bossuet disait: que nul ne doit s'étonner que des homuies aient des défauts humains, on n'articule contre nous aucun grief, aucune accusation soutenable. On ne sait que nous reprocher d'être sous l'influence des jésuites !

Non, non, la responsabilité des querelles actuelles ne pèse pas sur nous. Sur qui donc pèse cette grave responsabilité? Certes, après tant de témoignages, poser cette question, c'est l'avoir résolue.

Veut-on la paix? Elle est facile à faire.

Que l'Université demeure l'Université de l'Etat , avec tous les plus riches et les plus glorieux privilèges, nous ne nous en plaindrons pas.

Mais que la promesse de la Charte soit enfin sincèrement exécutée, que la liberté soit donnée; et, aux conditions les plus justes et les plus modérées, l'œuvre si désirable pour tous de la pacification religieuse ne tardera pas à s'accomplir.

Je me résume :

C'était le droit du clergé de réclamer.

Il n'a léclamé que des libertés légitimes, universellement demandées.

Il n'a réclamé ni liberté illimitée, ni monopole, ni privilège.

11 n'a point calomnié l'Université : attaqué dans ses droits les plus sacrés, il les a défendus, li a rempli un grand devoir. Il n'a voulu, il ne veut encore, que la paix dans la liberté, dans la justice.

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