SUITE
INTERVENTIONS ARBITRALES.
À côté des actes d'autorité, il faut placer maïntenant les interventions amiables ou arbitrages des papes, soit qu'ils interviennent à la demande des belligérants, soit qu'ils s'offrent spontanément comme médiateurs. Le nombre de ces arbitrages est extrêmement considérable. Nous n’en pouvons indiquer ici que les principaux, en nous en tenant à la période qui va du xXI® au xvi® siècle, c’est-à-dire à la période où la puissance du Saint Siège fut à son apogée.
$S I. — Arbitrages pontificaux de Léon IX à Grégoire XI.
Nous voyons d’abord Léon IX rétablir l’ordre et la tranquillité dans l'Italie méridionale dévastée par les Normands. Le pape, selon M. Chalandon (1), n'eut pas d’abord d’autre but. Il paraît, dit-il, que l’on puisse appliquer à toutes les autres villes ce que le chroniqueur Aimé dit du voyage du
(1) CHALANDON, Essai sur le règne d’ Alexis I Comnèêne (1080-1118), Paris, 1900 : « 11 me semble que le pape n’a pas eu d’autre but que celui de rétablir un peu d'ordre et de tranquillité, et a surtout cherché à obtenir des Normands la restitution des biens de l’Église et des monastères qu’ils avaient indûment occupés. »
A LA PAIX DE FER 7à
pape à Melfi : « Et puis il s’en alla à Melfi pour s'opposer « aux menées des terribles Normands, et il les pria de se « départir de leurs cruautés et de ne plus molester les pauvres. « Il leur montra comment Dieu est molesté quand les pauvres « sont molestés, et comment Dieu est content quand on fait tdudrbien aux pauvres... » (2) Ce n'est qu'après, et parce qu’il n’obtenait rien, que le pape prêcha la croisade contre les Normands (supra, ch. III, $ 2).
En 1113, Paschal II rétablit la paix dans l’Aragon agité par la mésintelligence du roi Alphonse Ier et de la reine Urraca, héritière de la Castille (3), et ordonna à l’évêque de Compostelle de continuer ses efforts pour pacifier sa région : « Comme « tu l’as déjà fait, très cher frère, agis avec énergie et travaille « de toutes tes forces à restaurer la paix. Dans vos pays la « guerre est beaucoup plus préjudiciable à l'Église, tant à « cause de la férocité des gens qu’à cause du voisinage des « infidèles (4). » — Nous avons dit plus haut les principales interventions d'autorité de Grégoire VII. Il en est d’autres qui ont un caractère amiable et qui témoignent d’un même amour de la justice. Telles sont notamment son intervention auprès de Philippe Ier pour l'empêcher d'entrer en lutte avec Guillaume le Conquérant, et son intervention dans les affaires de Bohême. Urbain II joua de même le rôle de médiateur entre l’Empereur et le roi de Sicile. — Cette même préoccupation se retrouve dans la médiation d’un légat d'Innocent II
(2) « Et puiz s’en ala à Melfñi opponere contre le fait de ci fortissime Normant, « et lor pria qu’il se deussent partir de la crudélité et laïssier la moleste de le « povre. Et lor mostra come Dieu est persécuté quant li povre sont persecutez et « coment Dieu est content quant est bien fait à li povre; et lor comment que fidè- « lement doient guarder le prestor et les choses de l’Églize. Et les conforta en faire « bien et offerte à Dieu, et qu’il soient continent et caste envers lor voizins et lor « proxime, et en toute vertu les conferma. » (Chronique d’ Aimé, cité par CHALANDON, dbid., t. I, D. 127.)
(3) « Episcopos Hispaniæ ad synodum proxima beatæ Mariæ festivitate (2 feb. 1113) agendam vocat « ut de Aragonensis regis et Urracæ reginæ negotio et de pacis atque concordiæ colloquio in presentia sua tractent » (Analyse dans MIGNE, Pat. lat., t. CLXIII, col. 305).
(4) « Tu vero charissime, sicut cœpisti, viriliter age, et ad pacem restituendam modis omnibus labora; vestrarum nempe partium bellum Ecclesiæ periculosius est tum propter gentium ferocitatem, tum propter infidelium vicinitatem, quibus christiana fides propter hujus modi facinora ludibrio est » (dans MIGNE, Patrologie latine, t. CLXIII, p. 356).
(1130-1143) entre l'Angleterre et l'Écosse. Une guerre terrible avait éclaté entre ces deux nations. Les Écossais avaient envahi l'Angleterre et se livraient à toutes sortes d'excès. Ils furent battus à Allerton le 22 août 1138. Le légat eut le mois suivant une entrevue avec leur roi, ses évêques et ses barons, pour amener les belligérants à faire la paix. Un armistice fut conclu, et il fut décidé, en outre, que les femmes prisonnières seraient rendues à la liberté, et qu'à l'avenir on épargnerait les églises, et on ne maltraiterait plus les enfants, les vieillards, et les femmes.
A la même époque vivait saint Bernard. Ce moine exerça sur la chrétienté une si grande influence qu'il parut un instant plus puissant que le pape lui-même. Pour cette raison, nous nous arrêterons un instant aux efforts pacifiques du grand abbé de Clervaux. Saint Bernard aimait la paix, qu’il appelait la « tranquillité de l'ordre » (5) ; il s’efforça de la maintenir partout où il le put. C’est lui qui réconcilia Pise et Gênes par le traité de Corneto (mars 1132) : « O les heureux jours, « écrit-il, mais trop courts, hélas, et trop tôt écoulés! Jamais «je ne t’oublierai, ê peuple pieux, noble nation, cité illustre! « Matin, midi, et soir, comme le prophète, je prenais la parole, «et l’avidité de mes auditeurs était aussi grande que leur « charité. Nous apportions une parole de paix, et comme nous « avons rencontré des enfants pacifiques, notre paix s’est reposée « sur eux. Avec quelle rapidité cette merveille s’est accomplie. « Le même jour, pour ainsi dire, j'ai semé, moissonné, et « chargé sur mes épaules les gerbes de la paix. » (6) Mais comme peu de temps après son œuvre était compromise, saint Bernard écrit aux Génois : « O Génois, conservez la paix avec « vos frères de Pise, la foi du Seigneur Pape, la fidélité à « l’empereur, et l'honneur envers vous-même... » Puis il leur recommande de traiter avec rigueur celui qui murmure dans le peuple, qui sème la discorde et cherche à troubler la paix « S'il vous plaît de guerroyer, si vous avez à cœur de montrer « votre courage dans les combats, ne tournez pas vos armes
(5) Sermones : De multtplici pace, dans MIGNE, Pat. lat., t. CLXX XIII, col. 740 : « Pax hominum otdinata concordia..… Pax omnium rerum tranquillitas ordinis. ,
(6) « Una pene die et serens et metens et reportans cum exsultatione manipulos pacis » (Epist. 129, dans MIGNE, ibid., t. CLXXXII, col. 283).
« contre des voisins et des amis, mais attaquez plutôt les « ennemis de l'Église, et défendez votre république contre « l'ambition des Siciliens. » (7). Saint Bernard intervient encore dans d’autres circonstances en faveur de la paix ; par exemple : entre Lothaire, Frédéric, et Conrad (8). C’est aussi par l'influence qu'il exerça sur les esprits que se fonda à Milan le Tiers Ordre pacifique des Humiliés (9). C’est également à lui que le pape Eugène III s’adressa pour amener le roi de France à des sentiments pacifiques, pour résoudre des conflits locaux et particuliers (10) ; et c’est encore saint Bernard qui rappelait, en termes énergiques, à Louis le Jeune, qu’il avait violé les droits de la justice en attaquant le comte Thibaut IV de Champagne (1143), malgré le traité de paix qu'il avait précédemment signé avec lui (11).« Quel démon peut vous inspirer « d'ajouter les incendies aux incendies, les meurtres aux meurtres, « pour que les cris des pauvres, le gémissement des captifs, la « voix du sang des morts se fassent entendre encore une fois « aux oreilles du père des orphelins et du juge des veuves ? « Ne prenez pas prétexte de la conduite du comte Thibaut « pour excuser votre péché ; car il est prêt à remplir les « conventions arrêtées entre vous ; quand la paix a été conclue, « il demande instamment que le traité soit exécuté, et pour « sa part il offre de l’exécuter selon l'interprétation de vos « amis, je veux dire des arbitres qui ont signé la paix. Mais
(7) « Non equidem id præsumendum adversus vicinos et amicos, cum magis Ecclesiæ inimicos expugnare deceret, sed regni vestri invasam a Siculis defensare coronam. Super illos sane et honestius acquiretis et justius possidebitis acquisita. Deus pacis et dilectionis maneat semper cum omnibus vobis. » (SAINT BERNARD, Epistolæ, dans MIGNE, 1bid., col. 285).
(8) Cf. VACANDARD, Saint Bernard, op. cit., t. I, p. 365. (9) VACANDARD, ébid., &. I, p. 377.
(1x0) « Charitatem itaque vestram, qua multum in Domino confidimus, commonemus quoniam tam quod chatissimum filium nostrum Ludovicum Francorum tegem, quam apud alios quos expedire cognoveritis, pro pace ipsius laborare studeatis, atque vestræ bonitatis consilio et auxilio secundum Dominum juves et manuteneas, ne cujuslibet prava suggestio cor Christianissimi regis super hoc valeat depravare. Nos autem in hoc facto nullam ipsius regis diminutionem intendimus; imo ad honorem Dei et regni sui incrementum in causam istam processisse nos credimus. » (Eugenit IIT papæ epistola ad Bernardum Clarævallensem abbatem, dans MIGNE, {bid., t. CLXXX, col. 1125).
(11) Saint BERNARD, Epistolæ, dans MIGNE, Patrologie latine, lettres 221-222-224, citées et commentées par VACANDARD, Saint Bernard, t. II, p. 189.
« c'est vous qui refusez d'accepter des paroles de paix, qui « violez vos engagements, qui rejetez les conseils de la « sagesse... (12) »
Après ceux de saint Bernard, citons les arbitrages d'Alexandre III (1159-1181) (13) ; de Clément III (1187-1191), qui veut contraindre l'Angleterre et la France à se réconcilier (14) ; de Célestin III (1191-1198), qui s'emploie. inutilement au même objet. — D'Innocent III, dont nous avons longuement parlé à propos de son intervention d'autorité dans le conflit qui avait mis aux prises Philippe-Auguste et Jean sans Terre (15), nous ne mentionnerons ici que ses interventions dans les affaires d'Italie, de Portugal, de Pologne, de Serbie, d'Arménie, et de Buigarie (16). Ajoutons qu’en 1201, alors que l'Allemagne était divisée entre trois prétendants à l'empire : Frédéric, roi de Sicile, Philippe, duc de Souabe, et Othon, duc de Saxe, Innocent III, sollicité comme arbitre par les trois prétendants, par les seigneurs de leur parti, et par les rois de France et d'Angleterre, se déclara pour Othon : « Le pape « affirmait-il, est le souverain médiateur sur terre (17). »
Honorius III (1216-1227) et Grégoire IX (1227-1241) (18)
(12) Fodem tempore XVIII kalendas septembris, in ecclesia sancti Marci apud Venetias, Alexandet papa cum archiepiscopis et aliis Ecclesiarum prælatis de Italia et Alamannia synodum celebravit, in qua justa eum ipse imperator resedit. Jbi pacem inter Ecclesiam et imperium et pacem Siciliæ regis atque trengas Lombardorum, sicut superius est ordinatum, communi assertione roborata fuit et firmata. Sed ad majorem ipsius soliditatem, pontifex in huncmodum excommunicationis sententiam promulgavit ut quicumque pacem ipsam vel trengas impingeret nisi requisitus infra quadragintes dies et commonitus satisfaceret, eamdem sententiam seposita excusatione incurreret » (Vita Alexandri III papæ, dans MIGNE, Patrologie latine, t. 200, col. 54. Voyez aussi 1bid., col. 45, 51, 272, 637, 1243).
(13) « Appartient-il à Rome, déclarait le roi, de menacer ou de troubler mes États, lorsque je juge à propos de mettre à la raison les vassaux rebelles? » (Cité par Dumas, Les sanctions de l'arbitrage, p. 85).
(14) Voyez plus haut, ch. V.
(15) LAVISSE et RAMBAUD, Histoire générale, t. IX, p. 182. k
(16) Registri de negocio imperii, epistola CLXXXV; et Reg. d'Innocent III, epist. 32, éd. BALUZE, Paris, 1682, t. I, p. 702. :
(17) DE FLASSAN, Histoire générale et raisonnée de la Diplomatie française, 2° édition, t. I, pp. 113 et suiv. 3
(18) Grégoire IX écrit par exemple au roi de France et au roi d'Angleterre, le 25 avril 1231, pout les exhorter à la paix : « Sane, licet guerrarum strepitus omni tempore multiplici subsit discrimini rerum, corporum, et quod est gravius, animarum, quia tamen eo nunc Deo et hominibus gravius quo in dispendium terræ sanctæ ac pet consequens in confusionem verteret totius populi christiani... » (AUVRAY, Registres de Grégoire IX, t. I, col. 397.
s’entremirent également entre les princes. Vers le même temps (1235), dans un traité d’alliance conclu entre Gênes et Venise, on trouve un article ainsi conçu : « S'il surgissait « entre les dites cités un différend qui ne püût être facilement « aplani par elles, il devra être tranché par l'arbitrage du « Souvetain Pontife, et si l’une des parties contrevient au « traité, nous consentons à ce que le Seigneur excommunie la « cité contrevenante (19). » — Citons également Innocent IV (1243-1254) (20), Alexandre IV (1254-1261) (21), Boniface VIII, qui s’interpose entre les Écossais et Édouard Ier, puis rétablit la paix entre la: France et l'Angleterre en 1295 et 1298 (22). Après les trêves de Vyre Saint-Baron, le pape en effet intervint encore comme arbitre, et le 27 juin 1298, il établit un modus vivendi provisoire entre les deux nations ennemies (23). Le 20 mai 1303, à Paris, la paix était définitivement signée. Le pape confirma aussi le traité de paix signé entre Charles de France, comte d'Alençon, et Robert, fils du roi de Sicile (24).
Citons encore — Benoît XT qui en 1304 rétablit la paix à Florence (25) ; Clément V (1305-1314), dont les bons offices facilitèrent la paix conclue entre la France et l'Angleterre
(19) Pandectes françaises, v°9 Arbitrage international, n° 24.
(20) HERGENROTHER, Hist. de l'Église, Ibid. (t. III, p. 681). Voyez aussi : Élie BERGER, Les registres d'Innocent IV, Paris, 1884-1897, 4 vol.
(21) HERGENROTHER, Lbid., t. III, p. 691.
(22) HERGENROTHER, Jbid., t. III, PP. 710, 712, 714.
(23) Il est à remarquer toutefois que Philippe-le-Bel et Édouard IT prennent pour arbitre de leurs différends, non le pape Boniface VIII en tant que tel, car les rois comtmençaient à sentir ce qu'avait de redoutable la théorie des deux glaives, mais bien Benoît Gaëtan, lequel Benoît Gaëtan devait prononcer, non en qualité de juge, mais comme personne privée : « Carissimis in Christo filiis Philippo Franciæ et Edouardo Anglie regibus illustribus. Pronumptiationem quandam super reformanda inter vos pace et concordia et super hiis que ad pacem pertinent, ac super aliis, super quibus per numtios et procuratores vestros in nos, tanquam fn privatam personam et Benedictum Gaitanum, nomine vestro et pro nobis extitit compromissum, atbitrando, laudando, diffissendo, arbitraliter sententiando, mandando, ordinando, disponendo et pronuntiando ea vice nuper duximus faciendam pro ut in instrumento publico inde confecto plenius continetur, quam pronumptiationem et que in ea continentur auctoritate apostolica valere volumus et plenam habere decernimus roboris firmitatem »..… (dans DiGARD, Registre de Bontface VIII, t. II, n° 2826). <
(24) POTTHAST, Regesta pontificum romanorum, t. II, n°8 25195, 25245.
(25) HERGENROTHER, Jbid., t. IV, p. 408; texte dans GRANDJEAN, Registre de Benoît XI : « In pace namque dies videntur boni pacemque jubemur inquitrere et persequi eam » (col. 8or).
en 1307 (26) ; — Jean XXII, qui fut arbitre dans les Flandres (27), et fut aussi choisi comme arbitre par Louis de Bavière et par Frédéric d'Autriche, qui se croyaient tous deux iégalement élus et couronnés empereurs. Mais invités par le pape à vider en paix leur dispute et à lui exposer leurs titres réciproques, ils préférèrent s’en rapporter au hasard des combats plutôt qu'à la justice du pape (27 bis) En 1340, Benoît XII (1334-1342), rétablit la paix entre la France et. l'Angleterre (28) — et c’est à regret qu'il se trouve aux prises avec l’Empire (20). Clément VI (1342-1352) fit cesser la guerre dans plusieurs nations, particulièrement entre la France et l'Angleterre (30). Innocent VI (1352-1362) négocia la paix de Brétigny entre Français et Anglais (31). Urbain V (1362-1370), lui aussi, s'employa à d’heureuses médiations (32). — Les légats et les nonces de Grégoire XI, le dernier pape d'Avignon (1370-1388), parcourent l’Europe pour négocier des trêves et des traités de paix entre les princes : — intervention entre les rois de France
et d'Angleterre (1375) (33) ; — puis en 1373-1376, trêve et
(26) HERGENROTHER, Lbid., t. IV, p. 412.
(27) Sur l’arbitrage dans les Flandres, voit KERVYN de LETTENHOVE, Hist. de Flandre, t. III, p. 85.
(27 bis) HERGENROTHER, Tbid., p. 432; MOLLAT (G), Jean XXII, Lettres communes, Paris, 1904-1905; et COULON, Lettres secrètes de Jean XXIT, Paris, 1900.
(28) HERGENROTHER, Îbid., p. 453.
(29) LAVISSE et RAMBAUD, Hist. générale, t. III, p. 315.
(30) HERGENROTHER, 1 bid., t. IV, p. 458. C’est encore au pape Clément XI, mais à la personne privée, qu’Édouard III, en 1343, remet le soin de déterminer, comme médiateur, son différend avec le roi de France (RYMER, Fœdera, t. II, pars II, P. 1224. — C’est aussi sur l’intervention des légats du pape qu’une trêve est conclue entre ces deux nations; Cf. DENIFLE (H.), La désolation des Églises, monastères et hôpilaux de France pendant la guerre de cent ans, t. II, p. 49, Paris, 1899; et RYMER, Fadera, XII, pars I*, pp. 20-22-34-48-53-73.
(31) Innocent VI écrit au roi Édouard III «... Ceterum de tua et tui regni prosperitate solliciti reddimur, et pro ea apostolici partes officii, favente Deo, interponere proponimus diligenter, sicut ab eodem milite Robert de Lorraine cui super expositis per eum nobis verbo respondimus, et super aliis aperuinus mentem nostram, audies seriose » (Reg. vat. 235 f. 18 v°, d’après G. MOLLAT, Innocent VI et les tentatives de paix entre la France et l'Angleterre (1353-1355), dans la Revue d'Histoire ecclésiastique, année 1909, t. X, n° 4.
(32) HERGENROTHER, Histoire de l’Église, t. LV, p. 463.
(33) Cf. Léon MiroT, La politique pontificale et le retour du Saint-Siège à Rome en 1376, Paris, 1899, pp. 64 et suiv., qui donne des détails d’après RYMER, Fædera, et les Registres des Arch. vaticanes, etc. Cf. aussi Ch. BENOIST, La politique du roi Charles V, pp. 110, 111, 115, 164, 169, 202, 204, 218.
paix entre les comtes de Foix et d’Armagnac (34) : — paix rétablie à deux reprises, en 1371-1373, entre la Castille et le Portugal (35) ; — entre Henri de Transtamare et Charles de Navarre (36) — entre la reine Jeanne et Frédéric d'Aragon (37); — entre l’empereur Charles IV et Louis de Hongrie (38) ; — entre le duc de Bavière et le comte de Savoie (39).
DU Martin V et la guerre de Cent Ans.
51 de Grégoire XI nous passons à Martin V, nous voyons la même politique de paix continuer. Martin V (1417-1435), lui aussi, s’eflorça d'amener une pacification générale entre la France, l'Angleterre, et le duc de Bourgogne. Nous trouvons dans la savante histoire de Charles VII, par le marquis de Beaucourt, des détails intéressants sur son intervention (40). Arrêtons-nous y un instant pour montrer par cet exemple combien était grand chez les papes le désir de la paix, et combien furent persévérants leurs efforts : Martin V ne fit ni plus ni moins que bien d’autres papes dont l’action pacifique mériterait d’être mise davantage en lumière.
La paix était, en effet, un des vœux les plus ardents de Martin V. Il envoie successivement à cet effet, en France, le cardinal de Saluces, et le cardinal de Bar ; il écrit au duc de
(34) Dom VAISSETTE, Hist. du Languedoc, éd. Privat, t. IX, pp. 836, 848, 854, 856, 880.
(35) RINALDI, VII, 199; — et Arch. Vat., reg. Vat. 263, f9 61, d’après L,. MIRoT, Ibid.
(36) RINALDI, Tbid., 242.
(37) Ibid., 208, 214, 256-250.
(38) A?ch. Vat., reg. Vat. 278, f9 68, d’après I,. MIROT, Zbid.
(39) THEINER, Codex dominit temporalis diplomaticus, II, n° 553. — Sur les interventions pacifiques des papes d'Avignon : Jean XXII, Benoît XII, Clément VI, Innocent VI, Urbain V, Grégoire XI, on trouvera de plus amples détails dans G. MOLLAT, Les papes d'Avignon, Paris, 1912, in-12.
(40) BEAUCOURT (Ch. de), Histoire de Charles VII, Paris, 1891, Picard. Ch. de Beaucourt a surtout puisé ses renseignements dont il fournit les sources aux Arch. Nal., aux Mns de la Bibl. Nat., dans RAYNALDI, RYMER, les REGESTES, etc,
Bretagne pour l’exhorter à se porter comme médiateur, et envoie, dans ce sens, des instructions spéciales à Jacques Gellé, archevêque de Tours (41). Sur ses ordres encore, les cardinaux de Saint-Marc et des Ursins arrivent en France, comme légats du pape, pour restaurer la paix. Ils parviennent, aux conférences de la Tombe à mettre d'accord les ambassadeurs de Bourgogne et les ambassadeurs de France. Sur ces entrefaites, le cardinal Saint-Marc assiste à Paris à une réunion du conseil du roi où il expose sa mission, « faisant ressortir par plusieurs raisons et exemples notables » les avantages de la paix : « Pax huic domui…. » (42). Quand au cardinal des Ursins, il se rendit à Pont de l’Arche pour offrir sa médiation entre les ambassadeurs d'Henri V et ceux du roi de France.
L'année suivante, le 4 décembre 1419, l'ambassade du Dauphin est reçue à Rome dans un consistoire secret pour y parler de la paix. Peu après, des pourparlers s’entament à Florence entre l’ambassade anglaise et l'ambassade française. Voici comment le cardinal de Saint-Marc, Guill. Fillastre, rend compte au Dauphin de cette intéressante entrevue. « — Et l’évesque de Leon a très solennellement et honorablement, « et sans offense, proposé, en monstrant le non droit des Anglois « en France ne en Normandie, et les causes des traictiez non « parfaiz ; et tellement que notre saint Père et les oyans en « ont esté bien contens. Si ont les Anglois répliqué, quant aux « convenances rompues, ung pou aigrement, car ils sont de « aigre nature. Et l’évesque leur a tiercement respondu. Mais, « quant au non droit au Royaume, les Anglois n’ont aucunement « tespondu. Et quant à Normandie, laquelle les Anglois dient « tousjours avoir eue, je ay dit que mais les ducs de Normandie « ont eue l’Angleterre et l'ont acquise et estoit honneur au roy « de France avoir le roy d'Angleterre et le duc de Normandie « son vassal, comme les autres vassauilx de son Royaume. « Finalement, les deux proposants ont dit que plus en ceste « matière ne vouloient parler et ainsi fut. » (43)
Peu de temps après, le pape est de nouveau sollicité par le dauphin d'offrir sa médiation, et, comme l'ambassadeur du due
(41) BEAUCOURT, {bid., p. 287.
(42) BEAUCOURT, 1bid., t. I, pp. 81, 87.
(43) Cité par BEAUCOURT, {bid., p. 330.
de Bourgogne sollicitait Martin V de déclarer le futur Charles VII coupable de violation du traité de Pouilly, le pape s’y refusa (44). Ce dernier fait ne prouve-t-il pas que le pape était encore la clef de voûte du droit public international ? Ce qui le prouve aussi, c’est que, après la signature du traité de Troyes, Martin V, malgré ses sympathies pour l'Angleterre, refusa de le sanctionner (45). |
Après la mort d'Henri V, le pape, qui n’avait rien abandonné de ses projets de conciliation, écrit au conseil d'Angleterre pour l’exhorter à conclure la paix avec le Dauphin, au duc de Bedford pour le rendre favorable à la mission du duc de Bologne, au duc de Savoie pour le presser de s’employer, de concert avec le légat à une pacification « qui était l’un des plus ardents désirs de son cœur », à Charles VII, au duc de Bourgogne, au duc de Bretagne. Un nouveau légat est envoyé en France. Les négociations du duc de Savoie aboutissent aux traités de Nantes et de Chambéry. (46)
A la même époque, grâce sans doute aux bons offices de Martin V, le roi de France entre en relations avec l’empereur Sigismond ; il est intéressant de voir comment Charles VII défend la justice de sa cause : « Nous faisons la guerre, non « pour accroître notre domaine, mais pour le défendre contre « une injuste usurpation, et Dieu sait que nous n'y avons « provoqué personne. » ; et l'ambassadeur du roi, Alain Chartier, disait à l’empereur : « Souvenez-vous... ; vous le devez « à la fois au sang, à l'amitié, à la justice. » (47)
Sur ces entrefaites, et à la demande de Charles VII, le pape intervint de nouveau pour la paix. Il adresse aux ducs de Bourgogne et de Bedford des lettres pressantes : « Nous avons « appris, déclare-t-il au duc de Bourgogne (22 mai 1425), par « des gens dignes de foi, que vos adversaires inspirés par le « Seigneur, sont disposés à conclure une paix raisonnable et « honorable telle que, sans encourir le reproche d’une cruauté « coupable, il est impossible de Îa repousser. » L'opposition que
(44) Zbid., p. 330.
(45) RYMER, Fœdera, p. 169; — DE BEAUCOURT, {bid., p. 325.
(46) DE BEAUCOURT, 1bid., pp. 316, 318, 351.
(47) Bibliot. Nat. ms fr, n. acq., 10017, f° 14 (d’après DE BEAUGOURT, {bid,, t, IT,
le duc pouvait rencontrer chez ses alliés ne devait point l'arrêter ; car, par ses dispositions pacifiques, il les obligerait à conclure une paix qui serait d'autant meilleure et plus utile qu'elle aurait un caractère universel. Que si d’ailleurs, ils s’obstinaient dans cette passion belliqueuse qui faisait la ruine de tant de provinces et la désolation de tant de peuples, — outre qu'elle était une exécrable offense envers Dieu et la destruction de la république chrétienne, le duc ne consultant que son honneur et sa conscience, devait considérer ce qu'il lui convenait de faire pour sauver son âme, et pour ne point être regardé, au jugement de Dieu et des hommes, comme l’auteur de tant de maux. Les promesses faites, les alliances contractées ne pouvaient être alléguées par le duc comme un obstacle
« À supposer qu’elles n’offensent point Dieu qu’on doit craindre « d’offenser plutôt que les hommes », disait le pape en terminant « est-ce que l’amour de la patrie, est-ce que la restauration du « royaume de vos ancêtres, est-ce que les liens du sang ne « doivent pas vous toucher davantage ? Le désir de cette paix «est si grand et si universel, l'utilité en est si évidente pour « le peuple chrétien que, si vous en êtes l’auteur, votre nom sera « désormais entouré d’une gloire sans tache, rendu illustre en «tout lieu, et célèbre à l’égal de celui des plus grands « princes (48) ».
En 1430, Martin V de nouveau écrit au duc de Bourgogne en faveur de la paix, et il lui fait un devoir de conscience d'abandonner les Anglais s'ils s’obstinaient à vouloir poursuivre les hostilités. En même temps, le cardinal Nicolas Aïlbergati reçoit l’ordre de se rendre en France pour travailler à la paix. Enfin le 31 décembre, le pape écrivait à Henri VI pour le disposer favorablement en faveur de son légat... (49). Les Anglais cependant ne cédaient pas. Mais Dieu lui-même allait seconder les efforts de son vicaire : l’année précédente, Jeanne d’Arc avait fait sacrer le Dauphin à Reims.
(48) Lettre au duc de Bourgogne, dans Hist. de Bourgogne, IV, preuves, p. L ; — et DE BEAUCOURT, {bid., t. II, p. 365.
La Lettre au duc de Bedford se trouve dans RAYNALDI, année 1425.
(49 DE BEAUCOURT, ibid., p. 438.
S III. — Arbitrages pontificaux du XVe siècle.
Après avoir retracé en détail l’activité pacifique de Martin V, il nous reste à mentionner les autres arbitrages du XVE® siècle dont peut encore s’honorer l’Église.
Ce fut sous le pontificat d’Eugène IV que le concile de Bâle se donna pour tâche « d’extirper l’hérésie hussite et de pacifier l’Europe » (50). Les troupes croisées avaient été battues, et l’armée des Hussites était menaçante. Si le pape, contre qui le concile s'était révolté, parut — mouvement bien compréhensible — revenir sur l'autorisation qu'il avait donnée aux « Bâlois » de discuter avec les Tchèques, il favorisa cependant par la suite (51) l’action pacifique du concile, dont les efforts furent en partie couronnés de succès, puisqu'ils aboutirent au compactaia de Prague qui constituait un véritable traité de paix. Les pourparlers furent longs; mais lorsqu'ils parurent en bonne voie, comme à l'assemblée d’Eger, par exemple, les membres du concile en versèrent des larmes de joie : « Il n’y avait personne, « disaient-ils, qui ne pleurât des yeux ou du cœur... » Comme la paix leur semblait imminente (1432), ils disaient encore « Levons nos mains vers le ciel et glorifions Notre Seigneur « Jésus-Christ, parce que nous voyons que la paix va venir... « Les temps approchent où tous ceux qui sont revêtus du signe « du Christ, vont, après avoir déposé toute discorde, être « pénétrés du même esprit de charité et d'unité. » (52). Et lorsque les Hussites dissendents eurent compromis la paix, le concile envoya un légat « pour qu’il rassemblât les amis de « la paix, et qu'il levât une armée pour réprimer les perturbateurs « du repos public » (53). En 1430, il intervenait encore pour faire conclure une trève entre les partis dissidents (54).
(50) Noël VALOIS, Le pape ei le concile, Paris, t. I, p. 182. (51) Noël VALOIS, Zbid., t. I, p. 213, et t. II, p. 110.
(52) Cf. MANSr, Concilia, t. XXIX, p. 30. Exposé sommaire des faits dans HEFÉLÉ, Hist. des conciles (édit. Ieclercq), op. cit., p. 288.
(53) HEFÉLÉ, Ibid., p. 288.
(54) Noël VALOIS, Zbid,
88 ù DE LA PAIX DE DIEU
C'est le même Eugène IV (1431-1447) qui envoya le cardinal Cesarini en Hongrie pour rétablir la paix dans le royaume. Sa « parole ardente », dit Pastor, entraîna les Hongrois qui jurèrent de respecter la paix politique (55). Christophe de Corona, sur l’ordre du même pape, prêchait la paix aux princes, aux seigneurs et aux villes de Moldavie, de Lithuanie et d’Albanie (56). Enfin, ce pontife fut arbitre entre Alphonse d'Aragon et René, frère de Louis III d'Anjou, tous deux candidats au trône de Naples (57). |
Nicolas V, un peu avant la chute de Constantinople, veut faire cesser les dissensions des peuples pour les lancer contre les Turcs : « Il faut, avait écrit un auteur contemporain, que « les rois, les princes chrétiens et surtout les prélats et les « princes ecclésiastiques s'unissent « pro Dei laude, profide catho- « lica, pro christiana religione ». Conseil sage qui ne fut point suivi; pourtant Nicolas V cherche à pacifier l'Italie. Le cardinal Capranica est envoyé à Naples, le cardinal Carvajal à Florence, à Venise, et au camp du duc de Milan. Bien plus, le souverain pontife, dans une bulle adressée à toute la chrétienté (58), l’adjure de se liguer contre le croissant. Mais la voix du pape frappait dans la vide : « On ne rend plus au pape ce qui est au pape », dit Æneas Sylvius. « Les princes, ajoute un chroniqueur italien, s’entredéchiraient comme des chiens » (59). Un congrès de paix eut lieu en Italie pour apaiser les guerres de la péninsule ; il échoua ; maïs un humble moine, Fra Simonetto de Camerino, envoyé de Venise, s’abouche avec François Sforza et Cosme de Médicis, et fait signer la paix de Lodi (9 avril 1454). Quelques mois plus tard, les puissances italiennes, par le traité de Venise, jurent une paix de 25 ans (30 août). Le roi de Naples, sur les instances du pape qui avait délégué vers lui le cardinal Capranica, consent enfin à adhérer, le jour des Rois, à la paix : «Le jour de l’Épiphanie où se célèbre la fête des Rois,
(55) PASTOR, Histoire des papes, t. I, Pp. 332 et suiv.
(56) Zbid.
(57) Fugène IV se prononça en faveur du premier qui dut avoir recours aux armes pour vaincre son rival d'après Dumas (Jacq.), Les sanctions de l'arbitrage international, Paris, 1905).
(58) PAsTOR, Zbid., t. II, pp. 255 et suiv, Cf. supra Cl. V, În fine.
(59) Zbé4., t. IX, p. 265.
« dit-il, le Roi veut, à l’exemple des trois Rois qui apportèrent « en offrande l'or, l’encens et la myrrhe, apporter à son tour « à Dieu, comme offrande, en premier lieu la paix pour toute « l'Italie, en deuxième lieu la ligue destinée à garantir son « repos et sa sécurité ; en troisième lieu, la ligue contre l'ennemi « de Jésus-Christ pour la protection de notre sainte religion... » — Cette ligue fut ratifiée par le pape le 25 février 1I451; et la « paix sacréé » solennellement publiée à Rome Îe 2 mars. Sur l’ordre de Nicolas V, des réjouissances publiques eurent lieu dans toute l'Italie, — Ie même pape enfin, usa de tout son pouvoir pour pacifier l'Angleterre en proie aux discordes civiles, et pour rétablir la paix entre elle et la France (1451). Le duc de Bourgogne avait fini par appeler l'attention du pape sur la nécessité de cette paix (60).
Puis ce fut Callixte III (1455-1458), qui hanté par la pensée du danger turc, envoie « des nuées d'agents » à travers tout le monde chrétien pour l'appeler aux armes et faire la paix. Il confirme, en juillet 1455, la paix entre la France et la Bourgogne (61), et s'emploie de toutes ses forces à rétablir la concorde entre la France et l'Angleterre (62), ainsi qu'entre Charles VII et le dauphin : « Il faut, écrit-il au dauphin, « te vaincre toi-même, si tu veux vaincre les autres. Fais en « sorte que nous puissions compter sur toi ; car c’est en grande « partie sur ta paix qu’on devra la victoire contre le Turc. » (63) Mais les princes et même l'Italie résistent aux supplications du Pontife. « L'amour de la fleur maudite », comme Dante appelait le florin d’or de Florence, l’emportait sur l'amour de Dieu...
Le même amour de la paix se retrouve chez Pie II (1458-1464). Fidèle à la tactique de ses prédécesseurs, il veut réunir toutes les forces de la chrétienté contre l’Islam ; et pour cette besogne la paix est nécessaire. Il la faut d’abord en Italie. Il s'accorde avec Ferdinand de Naples, et, comme nous l'avons déjà vu,
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commande à ses sujets de se soumettre (64). — A Pérouse,
(60) Voyez PASTOR, Tbid., t, II, pp. 269 et 278. (61) Ibid., t. II, p. 333.
(62) Zbid., t. II, p. 350.
(63) Zbid., t. II, p. 358.
(64) PASTOR, Histoire des Papes, t. III, p. 23-25.
il apaise en personne les divisions intestines (65); puis, comme l’empereur Frédéric III s'était fait proclamer roi de Hongrie contre Mathias Corvin, le pape lui reproche amèrement de désunir la Hongrie « rempart de la chrétienté », et s'emploie à prévenir « un éclat » entre les deux princes (66). — Au congrès de Mantoue, convoqué par lui, il prêche encore la paix : « Que faisons-nous, s’écrit-il, nous dormons d’un profond « sommeil. Non; je me trompe, nous faisons la guerre entre « nous. Pour les motifs les plus futiles, les chrétiens courent «aux armes et se livrent de sanglantes batailles. » Et ül essaye d’amener à la paix les nations qui s'étaient fait représenter à ce congrès. Aux Français, il déclare que la paix est un devoir et qu'il ne saurait tolérer qu'on ait recours aux armes pour tégler la question napolitaine. Mais Pie II ne réussit pas à leur faire admettre le principe d’un congrès pour aplanir les difficultés de la France avec l'Angleterre. — Quant aux représentants du duc de Calabre, coupable d’avoir entravé la guerre contre le Turc et troublé la paix de l'Italie, il les reçut «avec une figure menaçante et consentit à peine à écouter leur harangue ».
Les Allemands, eux aussi, étaient affaiblis par leurs dissensions intestines ; il fut décidé que deux diètes seraient tenues, l’une en Allemagne, l’autre en Autriche, pour aviser aux moyens d’apaiser les discordes (67). — De fait, l'Allemagne était en proie à la guerre civile. « Vrai Dieu, écrit un contemporain, « l'Empire est si branlant et crevassé de toutes parts qu'il « ne tient plus ensemble. Les villes ne cessent pas d’être en « guerre avec les princes et les princes avec les villes, et il « n’est pas un individu de si basse classe qui ne se permette de « jeter le gant à son voisin. Aussi n’existe-t-il plus un coin « tranquille dans toute l'Allemagne », Wittelsbach d’un côté et Brandebourg de l’autre. Pourtant la médiation du pape Pie II est acceptée, et ses nonces imposent la paix aux princes rivaux... (1459) (68). Malheureusement, quelques mois plus tard, la guerre se rallumait. Survient le cardinal légat, Bessarion,
(65) Zbtd., t. III, p. 46.
(66) Zbid., t. III, pp. 60 et 63.
(67) Ibid., t. III, pp. 72, 73, 74, 76, 86 et suiv. (68) Ibid, t. III, pp. 148 et suiv.
À LÀ PAIX DE FER Oo
et la diète de Nuremberg, destinée à apaiser les conflits, s'ouvre en présence des princes. Louis de Bavière est là, Albert Achille aussi. À tous, Bessarion prêche éloquemment la paix, « ce legs précieux de Notre-Seigneur à ses disciples » : « Faites la paix, « chérissez la paix, nobles princes. C’est à vous la donner, c’est « à vous la rendre que je veux consacrer toute mon énergie, « toute mon activité, tous mes soins, tous mes efforts, tant « pour me conformer aux ordres du souverain pontife que pour « faire une chose agréable à Dieu, utile pour vous, et nécessaire « à la république chrétienne. ». Mais le succès ne répondit point à ces efforts. Alors le pape, sans se décourager, écrivit au roi de Bohême pour l’adjurer de négocier un accord avec l'empereur, afin de l’empêcher d'attaquer la Hongrie ; puis ïl envoie le savant jurisconsulte, François de Tolède à la cour de Frédéric III, pour triompher de son mauvais vouloir et l’amener à la paix. Tout fut inutile. Pendant ce temps, Bessarion, qui avait reçu du pape des « consolations et des encouragements », tournait d’un autre côté son activité et travaillait à la pacification de l'Allemagne (69). Pie II désespérant d'arriver à faire cesser les discordes des princes, déclare qu'il se mettra lui-même à la tête de la croisade contre le Turc. « En dépit de nos cheveux blancs et de notre corps malade, « nous prendrons à notre charge la guerre pour la foi catholique; « nous entrerons personnellement en campagne... Notre intention « est. d’ordonner à tous les chrétiens l'acceptation d’un armistice « de cinq années sous peine d’excommunication... » (70) — Plus tard, le pape, avec l’aide du cardinal Carvajal contribua dans une large mesure à la conclusion du traité de Wiéner- Neustadt (1463), qui garantissait la couronne de Hongrie à Mathias Corvin et, par là, pacifiait son royaume. — Ia même année enfin, grâce aux bons offices du cardinal Bessarion, Venise et Trieste signaient un traité de paix. (71)
Paul II (1464-1471) continue l’œuvre entreprise par ses prédécesseurs en vue de la restauration de la paix dans la république chrétienne (72). Comme la mort de François Sforza
(69) Zbtd., t. III, p. 150-154.
{ro} 1044, t. ILE, D. 254.
(71) Tbtd., t. III, pp. 301, 304, 306, (72) Zbtd., t. IV, p. 164.
pouvait susciter des guerres, le pape réunit sur le champ un consistoire où il fut résolu, sur sa proposition, de tenter l’impossible pour conserver la paix ; puis il annonça aux princes italiens sa ferme volonté de la maintenir. Dans son but et sous son égide, Florence, Naples et Milan signent un traité d'alliance: mais des querelles éclatent cependant. C'est alors que le pape, pour en finir, usera, comme nous l'avons vu (Swprà, ch. V), d'autorité. Pour mieux être écouté, il oublie ses légitimes griefs contre Venise et contre le roi de Naples. Il fait alors déposer
les armes au duc de Milan et cesser les fortifications commencées .
par Venise contre le duc de Mantoue, adjure tous les princes italiens de terminer leurs querelles et,.— secondé encore par Bessarion, — il parvient à leur faire signer une convention renouvelée de la paix de Lodi (73).
Sixte IV (1471-1484), lui aussi, se préoccupa beaucoup de la pacification de l’Europe chrétienne. Ses légats se répandirent dans toutes les cours. Bessarion prêche la paix au roi de France et s’interpose entre lui et Charles le Téméraire (74). Le cardinal Borgia agit en Espagne, et le cardinal Barbo en Allemagne. Le pape s'occupe lui-même de l'Italie (75). Plus tard, le 15 février 1475. Sixte IV charge l’évêque de Forti de travailler, en qualité de légat et comme il l’entendra au rétablissement de la paix (76). Pour prêcher d'exemple, le souverain pontife se réconcilie avec Ylorence, et envoie le cardinal Savelli à Gênes pour se faire l'arbitre des partis (77).
Innocent VIII (1484-1492), le jour de son couronnement, déclara à diverses reprises aux Romains « qu’il y avait trois « choses auxquelles il comptait se consacrer particulièrement, la « paix, la justice, et la prospérité de la Ville ». Ce qu'il fit. Les Colonna et les Orsini par ses soins tentent une réconciliation. — Aux ambassadeurs de Naples, de Florence, et de Milan, réunis pour en finir avec la question de Sarzana, — il déclare qu'il « considère comme un devoir de sa charge apostolique
(73) Zbid., t. IV, pp. 165, 168.
(74) D’ACHERY, Spicilegium, t. III, col. 842; et MIGNE, Patrol. latine, t. CLXI, col. 1690.
(75) PASTOR, Histoire des Papes, t. IV, p. 202-207.
(76) Tbid., t. IV, p. 262.
(77) Ibid, À. IV, p. 310.