‹ De la paix de Dieu à la paix de fer 1923Chapitre 8 sur 21 · AN · texte numérisé non relu

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Branda, légat du pape, voyait en effet dans cette croisade « l'honneur de Dieu, le bien de la Foi, et le salut de la société humaine », et il expliquait ainsi sa pensée : « Une grande « partie des hérétiques prétend qu'il faut mettre tout en commun, « et quon ne doit aux autorités supérieures ni impôt, ni obéis- « sance ; ces principes renferment en eux la ruine de la civili- « sation, la mort de l’art et de ia science du gouvernement des « hommes. Les hérétiques ne tendent à rien moins qu’à « l'écrasement de tout droit divin et humain par la force « brutale, et, si on les laisse faire, on en viendra à ce point « que ni les rois dans leurs palais, ni Îes princes dans leurs « demeures, ni les bourgeois dans leurs villes, ni les citoyens « dans leurs maisons ne seront à l’abri de leur insolence ; « cette horrible hérésie n’attaque pas seulement la foi et l’Église: « elle se met en guerre avec l’humanité tout entière, dont elle « mine et ruine les droits ; et c’est à ce signe qu’on reconnaît « son caractère diabolique (27) ».

« La: guerre hussite, dit Janssen, se chargea promptement d'apprendre au monde, et cela d’une effroyable manière, les résultats qu’on pouvait attendre de ces notions dangereuses, « qui, renversant toutes les bases de la propriété et du droit, « flattaient les plus mauvais instincts de la classe pauvre (28) ». — « Nous sommes décidés à poursuivre les impies, déclare « Ziska, chef des Hussites (1423) ; nous les flagellerons, nous les « assommerons, décapiterons, pendrons, noierons, brülerons,… « sans pitié pour le rang ou le sexe... (29) » Et, de fait, comme. nous le disions plus haut, ce furent les excès sanguinaires des Hussites qui motivèrent la croisade, Le pape, qui, lors du concile de Constance où furent examinées les propositions de Jean Huss, avait ordonné au clergé et aux autorités civiles de procéder par les voies légales, fut obligé de renoncer à la « manière douce » quand les hérétiques se mirent ouvertement en état dé rébellion, construisant une forteresse « le Tabor », poursuivant et massacrant les prêtres et les religieux, prenant d'assaut l'Hôtel de Ville de Prague, jetant par les fenêtres

(27) Cité par PASTOR, Histoire des papes, À. I, p. 175. (28) JANSSEN, L'Allemagne et la Réforme, t. XI, p. 418, (29) Cité par JANSSEN, fbf4, t. IT, p. 419.

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sept membres du conseil, organisant une armée, battant le roi Sigismond (1419), et déferlant sur l'Allemagne (30).

$ III. — Les croisades contre les Turcs.

Enfin, il nous reste à dire un mot des croisades contre les Turcs qui furent plus justifiées encore que les précédentes. C'est vraiment un spectacle admirable que de voir les papes se dresser, seuls, contre ces nouveaux barbares et appeler sans cesse aux armes, sans se lasser, pour la défense de la chrétienté menacée, les peuples et les princes chrétiens qui ne comprenaient plus.

L'invasion turque pouvait submerger l’Europe. Déjà, les Turcs avaient ravagé la basse Hongrie jusqu'à la Theiss, l’Esclavonie, et tout le territoire situé entre la Save et la Drave. L'Europe, divisée, était une proie facile. La Papauté eut conscience du danger et la sauva. Ce fut la plus dure des guerres défensives que le monde chrétien eut à entreprendre. Les papes ne l’envisageaient pas autrement ; c’est pourquoi ils ne doutaient jamais de la justice de leur cause. « Il s’agit du salut commun », s’écrie dès 1442 Eugène IV (31). « Le danger est imminent », déclare Nicolas V en 1450 (32). Quelque temps après, Constantinople tombait. Les Turcs avancent ; ils sillonnent ia Méditerranée ; ils ont le pied en Hongrie, en Serbie, en Grèce, à Rhodes, à Trébizonde. Le vieux Cailixte III veut, à lui seul, défendre le monde chrétien : « Moi, Callixte III, « pape, je promets et je jure de faire dans la mesure de « mes forces et avec le concours de mes vénérables frères, tout

(30) « Ces misérables bandes de soldats bohêmes qui, dans la seconde moitié du « quinzième siècle, avaient trouvé du service dans presque toutes les guerres, et « maintenant devenus soudain les « défenseurs du droit divin » volaient et assas- « sinaient impunément quiconque s’opposait à eux » (JANSSEN, L'Allemagne et la Réjorme, t. III, p. 423.) — Voir plus loin les efforts d'Eugène IV et du concile de Bâle pour faire cesser la guerre hussite; #nfra, Ch. V.

(31) PASTOR, Histoire des papes, ibid., t. I, pp. 334 et suiv. (32), TEA. Et, LE, p. 227.

« ce qui sera possible pour reconquérir Constantinople... » Il supplie Dieu de « détourner de la chrétienté les maux dont elle est menacée par les Turcs (33) ». Sur ses ordres (1456), les prêtres, à la messe, demandent « au Seigneur tout puissant et éternel, entre les mains de qui sont toutes les puissances et les droits de tous Îles empires, de protéger la chrétienté... (34) » La victoire du héros hongrois à Belgrade (1456) Suscite de grandes espérances. «Le jour du salut, s’écrie Capistran, s’est levé pour la chrétienté (35) ».

Pas encore. I/'Islam avance quand même ; il déferle de Constantinople sur le Danube, d'Afrique sur l’Espagne. « La « chrétienté, déclare Pie II en 1458, n’a jamais été réduite « à une situation aussi critique (36) ». Il veut l’unir contre les hordes innombrables qui la menacent de toutes parts ; et il convoque les princes chrétiens à Mantoue. Appesanti par les ans, brisé par la douleur, il va au-devant d'eux ; maïs il ne trouve personne au rendez-vous, et n'entend autour de lui que le croassement des grenouilles et les rires moqueurs de ses cardinaux (37). Désolé, il écrit à Frédéric III : « Si le Turc « passe, ce serait un désastre pour le monde entier (38). » Rien ne le rebute : « Jour et nuit, sans nous lasser, nous « prêcherons aux princes et aux puissances de la chrétienté de «s'unir pour le salut commun (39) ». Et lorsque le congrès enfin s’ouvrit, le vertueux Pie II déclarait : « En vérité tous « les chrétiens de nos jours se sont désolés, tous sont devenus « des serviteurs inutiles. Mahomet marchera de victoire en « victoire jusqu'à ce qu'il ait dompté tous les rois de l’Occident, « renversé l'Évangile du Christ, et réduit le monde entier sous « le joug de la loi de son faux prophète (40) ». Et aux Vénitiens, qui, plusieurs années après, opposaient encore des raisons dilatoires, le pape disait que, dans Îles circonstances, leur intérêt

(33) Zbtd., t. II, p. 321.

(34) Zbid., t. II, p. 371.

5} 1614., t. II, D. 375. ;

36) PASTOR, Histoire des papes, t. III, p. 22. 37) Ibid., t. III, p. 58.

(38) Tbid., p. 60.

(39) Zbid., t. III, p. 63.

(40) Zbid., t, IT, pp. 72, 73, 74.

« concordait avec celui de la chrétienté. Pour le moment (1460), « il s'agissait. d'aller au plus pressé pour sauvegarder la « liberté de l’Europe (41), et la république chrétienne », disait Bessarion à la diète de Nuremberg (42).

Dans le consistoire public, où fut ordonnée la croisade, Pie II insiste de nouveau sur son caractère défensif : « Aïe « pitié de tes frères..….; si tu ne prends pas fait et cause pour « ceux qui demeurent en avant de toi, ceux qui demeurent « en arrière de toi pourraient bien t’abandonner à leur tour... Il « vous sera fait comme vous avez fait aux autres. Mahomet, « maître de l'Orient, veut maintenant étendre sa domination « sur l'Occident... (43) »

Le Pontife, assure Pastor, « parlait à la fois comme chef » de la religion chrétienne et comme défenseur de l’humanité, « de la liberté, et de la civilisation (44) ». Pie II disait encore à l’ambassadeur de Sienne : « Si nous permettons aux Turcs « de faire des progrès semblables à ceux qu’ils ont faits les « années passées, nous tomberons à bref délai sous leur « domination (45) ». C’est ce qui faisait dire à cet ambassadeur : « En vérité, Dieu a envoyé ce pape pour le salut de son peuple, « que les princes abandonnent sans défense aux attaques des « Turcs. Si le pape n'avait pas pris toutes ces mesures, il « nous artiverait pis encore qu'autrefois, au temps des « Goths... (46) » — Tes appels aux armes de Paul II (47) s'appuient exactement sur les mêmes raisons : « Le chemin de « l'Italie sera ouvert par terre et par mer à l'ennemi du nom « chrétien (48) ». Le danger d’ailleurs est plus pressant ; car la prise de Nègrepont a rempli Venise de stupeur. Aussi le pape convie les puissances italiennes à défendre leur liberté (1470) (49).

À son tour, Sixte IV dénonce, dans une bulle solennelle (1480),

(41) Zbid., €. III, p. 308.

(42) Z01d., € HI, pp; 151,

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