L'ALE D
(44) Tbid., t. III, p. 318.
(AS) TPS TILL D. 7922.
(46) Zbid., t. III, p. 321.
(47) Ibid., t. IV, pp. 4, 5, 7, 76, 80, 82, 152, 164, 165, 168. (48) Zbid., t. IV, p. 76.
(49) Zbid., t. IV, p. 165, et RAYNALDI, année 1470, n° 32, 40,
« les mesures prises par les Turcs pour l’assujettissement de la chrétienté ». Mahomet II s’avance en conquérant. Du haut des clochers de Saint-Marc, on aperçoit, au loin, la lueur des incendies allumés par les Turcs. I'épouvante secoue l'Italie : « Siles chrétiens, déclare Sixte IV dans une nouvelle lettre à « la chrétienté, et si les Italiens en particulier veulent défendre « leurs champs, leurs maisons, leurs femmes, leurs enfants, leur « liberté, leur vie, s'ils veulent conserver la foi dans laquelle « nous avons été baptisés et par laquelle nous sommes revenus « à la vie, c’est le moment ou jamais pour eux de se fier à « nos paroles, de prendre les armes, et de partir en guerre (50). » — Innocent VIII (1484-1402), lui aussi, ne cessa « depuis le « premier jour de son pontificat jusqu'à l’heure présente, disait « le cardinal Peraud, de se préoccuper des moyens de détourner « les périls qui menacent la république chrétienne. (51). » — Alexandre VI, comme ses prédécesseurs, a conscience du péril, et il veut lancer la chrétienté contre l’Islam (1500). « L'objectif « des Turcs, dit-il, est la conquête de Rome, prélude de la « vaste entreprise au bout de laquelle ils voient déjà tous les « peuples de la chrétienté réduits sous le joug. C’est pourquoi « la guerre sera déclarée à l’ennemi héréditaire, au nom de « l'Église romaine... (52) »
Nous en avons dit assez pour montrer que les croisades contre les Turcs, qui d’ailleurs furent encore prêchées par Jules II et par Léon X, étaient des guerres essentiellement défensives, c’est-à-dire des guerres justes. Les papes, comme nous l’avons vu, semblent s'être préoccupés d’en faire ressortir la légitimité chaque fois qu'ils exhortaient les princes et les peuples chrétiens à entreprendre ces croisades.
Il y aurait enfin toute une étude à faire sur les guerres entreprises par les papes pour l'indépendance de Rome, pour la défense du patrimoine de saint Pierre, et pour la sauvegarde de la liberté italienne, étude considérable, mais intéressante, parce qu'elle montrerait dans quelle large mesure les papes, en tant que souverains temporels, se sont préoccupés de la
(50) PASTOR, ibid., t. IV, p. 300.
(51) PASTOR, Histoire des papes, t. V, p. 290. (52) Ibid., t. VI, p. 84.
justice de leurs guerres. À une époque où la possession de la terre donnait la puissance, ils ne pouvaient, en vérité, admettre que Rome fut encerclée par l’Empire, par les Normands, et tracassée par le roi de Naples ou par les républiques italiennes.
$ IV. — Interdiction de guerres injustes.
Si les papes suscitèrent ou approuvèrent des guerres justes, ils surent également, — et ce n’est pas un de leurs moindres titres de gloire, — intervenir pour arrêter les guerres 2njusles. Citons quelques exemples.
En 1203, le pape interdit aux croisés de marcher contre Constantinople : « Nous vous interdisons, écrivait-il, sous peine « d’excommunication, d’envahir et de piller les terres des « chrétiens, à moins qu'ils ne vous barrent traîtreusement la « route, ou que quelque autre cause juste et nécessaire ne « vous y oblige à l’improviste (53) ».
La croisade contre Jes Albigeois permit également à Innocent III d'appliquer les règles de la justice (54). Nous avons déjà dit combien cette guerre était justifiée ; mais les excès des croisés, auxquels d’ailleurs les hérétiques ne le cédaient ni en cruauté, ni en perfidie, et les visées ambitieuses de Simon de Montfort obligèrent le pape, dès 1210, à la modération. « Il n’est pas convenable, disait-il, que l’Église s’enri- « chisse des dépouilles d'autrui. » En effet, lorsqu'Innocent III s’aperçut que la croisade « tournait mal », et que Simon de Montfort, avec tous les croisés et tous les aventuriers qui l’accompagnaient, allait définitivement s'emparer du comté de Toulouse et en frustrer même les héritiers de Raymond VI, sa conscience droite se révolta contre une telle imposture, et il eut
(53) « Inhibitionis autem nostræ tenorem, qua vobis, sub excommunicationis interminatione, vetuimus ne terras christianorum invadere vel Iædere tentaretis, nisi vel ipsi vestrum iter nequiter impedirent vel alia justa et necessaria causa forsitan occufreret.. » ( Innocentii III marchioni Montisferrati et aliis, dans MIGNE, Patrologie latine, t. 215, col. 107).
(54) Pour toute cette période de la guerre des Albigeoïis, Cf. LUCHAIRE, Innocent TITI, La croisade contre les Albigeois, Paris, Hachette, 1905; — et GUIRAUD, Histoire partiale, Hilstetre vraie, t. I, p. 264.
le noble courage de dénoncer le crime qui allait se commettre, et d’enrayer la conquête. Les prodigalités dont Simon de Montfort avait comblé l'Église à Pamiers le laissèrent donc indifférent. Les croisés n'avaient plus l'inéenhion droite qui légitimait la guerre (55). C’est pourquoi Innocent III écouta favorablement les observations du roi de France et du roi d'Aragon. Dès l'été de 1212, il écrivait à l’évêque d'Uzès et à son légat Arnaud-Amalric que si le comte de Toulouse avait gravement péché, il n'avait point pourtant été convaincu d'hérésie, et il ajoutait : « Nous ne voyons pas par quel « moyen nous pourrions transférer son fief à un autre. » Le comte de Toulouse peut donc encore se justifier. En attendant, le pape se plaint des renseignements faux qu'il a reçus ; ïl veut, écrit-il, que ses légats lui fassent connaître désormais toute la vérité, et rien que la vérité. À l’évêque de Riez et à Thédix, autres légats, il déclare : « Agissez de façon à ne plus montrer « dans l'exécution de nos ordres, la tiédeur et la lenteur que « vous y avez mises, nous a-t-on dit, jusqu'à présent. » Le 15 janvier, il engage Simon de Montfort à s'acquitter fidèlement de ses devoirs de vassal du roi d'Aragon pour les vicomtés de Béziers et de Carcassonne. « Certes, nous t’aimons beaucoup en « Dieu, mais nous ne devons ni ne voulons te favoriser au « détriment du roi. »
Le même jour, Innocent expédiait à l’autre directeur de la guerre sainte, à l’archevêque de Narbonne, une lettre qui déclarait la guerre close : « Des renards détruisaient dans le « Languedoc la vigne du Seigneur : on les a capturés. Par la « grâce de Dieu et la vertu des opérations de guerre, l'affaire
*“« de la foi a pris fin en ces pays, avec un succès très suffisant... « Nous engageons ta fraternité à s'entendre avec notre très « cher fils dans le Christ l’illustre roi d'Aragon et avec les comtes, « barons, et autres personnes avisées dont l’aide te paraîtra « nécessaire, pour arrêter des conventions de trêve et de paix. « Applique-toi avec zèle à pacifier tout le Languedoc ; cesse « de provoquer le peuple chrétien à la guerre contre l’hérésie,
(55) Cf. Saint Thomas d'Aquin, Secunda secunde, quest. XI,, art. 1 : « Tertio requiritur ut sit intentio bellantium recta; qua scilicet intenditur, vel ut bonum promeveatur, vel ut malum vitetur. »
«et ne le fatigue plus par la prédication d’indulgences que le « siège apostolique a promises autrefois pour cet objet. »
Puis, le 17 janvier, Innocent III réprimande Simon de Montfort : « Les forces de la croisade t'ont servi à répandre le « sang du juste et à léser les innocents. Tu t'es emparé au « détriment du roi [d'Aragon] des terres de ses vassaux, le « comte de Comminges et le vicomte Gaston de Béarn. Or, il «n’y a pas d’hérétiques sur leurs domaines. Nous invitons « ta noblesse à restituer ces terres au roi d'Aragon et à ses « vassaux. Il ne faut pas qu'en détenant illégalement ce qui « leur appartient, tu paraisses avoir servi tes intérêts particuliers, «et non la cause générale de l’Église et de la religion. »
À ses trois légats, Arnaud-Amalric, l’évêque de Riez, et Thédix, le pape écrit encore : « Il est nécessaire sans ‘doute « que la main du chirurgien enlève les parties gangrenées pour « que l’inflammation ne se communique pas au reste du corps ; « mais il doit agir avec précaution, et de manière à ne pas « entamer les parties saines ; » — et s'adressant à Arnaud- Amalric : — « Toi, mon frère l'archevêque, avec le concours du « noble homme Simon de Montiort, tu as lancé les croisés sur « la terre du comte de Toulouse. Non seulement vous vous êtes « saisis des domaines où habitaient les hérétiques ; mais vous « avez porté vos mains avides sur les terres où l’hérésie n'existait « pas. Vous avez poussé l’usurpation contre toute justice jusqu’à «ne laisser au comte Raymond que la cité de Toulouse et le « château de Montauban. Il est coupable, soit! mais la justice « exige qu’on ne soit puni que pour les fautes qu’on a commises « et que le châtiment ne dépasse pas le délit. »
Pour trancher le conflit, Innocent III, tout en se réservant la décision suprême, fit convoquer à Lavaur une assemblée générale des notables du pays ; mais l’assemblée de Lavaur, par suite des menées de Simon de Montiort et des évêques croisés, n'eut point les effets qu’en attendait le pape. « Contre la raison « et contre la justice, dit Luchaire, les faits donnèrent tort à « Innocent III. » | Si Innocent III, sous la pression des évêques du Midi, parut momentanément revenir sur sa décision, il devait pourtant, dans la suite, employer toutes les ressources de sa diplomatie et de son autorité pour faire triompher la justice. Ne se réservait-il
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pas le droit de recevoir les plaintes des vaincus ? Puis, quand Simon de Montfort eut battu Raymond VI à Muret, ne chercha-t-il pas à atténuer les effets de sa victoire et à sauvegarder les droits des seigneurs du Midi. Cesser la guerre, obliger Simon de Montfort à n'être que l'administrateur provisoire du domaine conquis, placer sous la sauvegarde de l’Église les terres non encore annexées : telles sont ses instructions. De nouveau, le pape, malgré le vainqueur, malgré le nonce, malgré le concile de Montpellier, devient, par son légat Pierre de Bénévent, l'arbitre de la situation. « Ses représentants, dit « Luchaïire, multiplient les actes de réconciliation, et négocient « partout en vue de la paix. » Ni la venue du fils du roi, Louis, ni les menées louches de Pierre de Bénévent ne purent changer l'opinion d’Innocent III, qui refusait toujours à Simon de Montfort de lui reconnaître la possession définitive du Languedoc. Le pape comptait sur le prochain concile de Latran pour appuyer ses vues et pour terminer la croisade.
Au concile se rendirent vainqueurs et vaincus. Sur le parvis du palais, le comte de Foix crie au pape : « Seigneur pape, qui « devez maintenir la paix et la justice, écoutez mes paroles, « et rendez moi ce qui m'est dû. » — Puis, c'est Raimond de Roquefeuille, représentant du fils du vicomte de Béziers, disparu dans les prisons après la chute de Carcassonne, qui crie justice, lui aussi : « Ami, répond le pape, justice sera faite. » Or les évêques étaient étonnés de ce langage. « En cette affaire, « répond Innocent, je ne suis pas d'accord avec vous. Contre « droit et raison, comment aurai-je l'injustice de déshériter le « comte de Toulouse ? » Maïs l’opinion du concile était faite. Innocent dut céder. Comme le comte de Toulouse se plaignait au pape d'être « réduit à quêter et à mendier à travers le monde », le pontife lui répondit : « Garde-toi de désespérer. « Si Dieu me laisse assez vivre pour que je puisse gouverner « selon la justice, je ferai monter ton droit si haut que tu « n'auras plus cause de te plaindre, ni à Dieu, ni à moi. Tu « me laisseras ton fils, car je veux chercher par quel moyen je « pourrai lui donner ton héritage. »
Le pape partagea alors les anciennes possessions du comté de Toulouse. Simon de Montfort recevait les terres auxquelles il prétendait par droit de conquête, sous réserve qu'il en fera
hommage au roi de France, « dont il devient légalement le vassal, » et « sauf en toutes choses le droit des hommes et des femmes catholiques, ainsi que celui de l’Église ». Le fils de Raymond VI reçoit la Provence et tous les domaines non annexés. Enfin, il était décidé qu’une enquête serait faite sur la façon dont le comté de Foix avait été annexé aux terres conquises. « À n’en pas douter, dit Luchaiïre, le promoteur de la « guerre des Albigeois, malgré Muret et malgré le concile, « essayait encore une fois de défaire son œuvre qu'on avait « dénaturée, et d’enrayer la conquête. N'ayant pu maintenir « à la croisade son caractère religieux, il voulait empêcher « qu’elle aboutit, dans l’ordre temporel, à ses conséquences « extrêmes et à son dénouement logique. A plusieurs reprises, « 11 avait défendu contre les violences la cause de la modération « et de la justice, sans avoir jamais eu, il est vrai, l'énergie de « la faire triompher. Et ne faut-il pas que l’histoire impartiale « tienne compte de l’insurmontable difficulté, pour un pape du « moyen âge, à endiguer le fanatisme. » En sauvant la dynastie des comtes de Toulouse, Innocent III avait engagé l'avenir, qui déjà s’annonçait meilleur quand, à Toulouse, révoltée contre les Français, une pierre « alla droit où il fallait et frappa Simon de Montfort, qui, la. tête fracassée, tomba à terre, sanglant et noir ».
Rappelons aussi que Martin IV, après les vépres siciliennes (1282), excommunia Pierre d'Aragon, qui pourtant avait été poussé par le pape Nicolas III à recouvrer la Sicile. Certes Martin IV était sympathique aux comtes d'Anjou, et on ne saurait prétendre que ce fût à contre-cœur qu'il lança l’excommunication contre Pierre d'Aragon et qu'il le déposa ; mais, dit-il dans sa bulle, « il s’est constitué le chef et le meneur « des rebelles, sa malice est apparue avec plus d’évidence, et la « justice de l’Église Romaine se dresse avec plus de force contre LA. Il a fomenté la guerre en pleine paix. (56) »
(56) « De insurgentis in Regno Siciliæ fremitu tempestatis, quam execranda Panormitanæ rebellionis audacia inchoavit et reliquorum Siculorum malitia Panormitanam imitata prosequitur, ad sedem apostolicam, infausto rumore perlato, nos post processum in hac Urbevetana civitate in festo Ascensionis Domini transacto novissime habitum ad compescendam tempestatem eamdem, quia procellarum illius spiritus non cessabat, sed per insidias Petri Aragonum, quem stilo circa Reges solito non describi subscripto ejus demerita meruerunt, invalescere potius vide-
Ces exemples suffiront, croyons-nous, à montrer comment les papes, qui seuls pouvaient commander aux rois, surent user de leur autorité pour rappeler aux puissants, en termes énergiques, les droits de la justice outragée dans leurs guerres, et pour condamner au besoin les plus coupables. Mais les papes ne se bornaient pas à condamner les guerres injustes. Ils intervenaient souvent entre les princes pour les forcer à la paix. Ils pouvaient le faire de deux façons, soit par voie d'autorité, en leur qualité de chef religieux de chrétiens manquant, sinon à la justice, au moins à la charité, soit par voie arbitrale, en proposant et faisant accepter leur médiation par les belligérants. Les exemples abondent. Nous en donnerons quelques-uns dans les deux chapitres suivants, de façon à mettre en relief l’action personnelle de la papauté, dont on soupçonne bien l'importance, mais qu’aucun travail n’a encore pleinement exposée, malgré son caractère si profondément social.
batur, ut ejusdem Regis, qui regiæ dignitati non deferens et generis sui claritati non parcens dictorum rebellium se ducem constituit et aurigam, nequitia revelaretur apertius, et ecclesiæ Romanæ justitia contra eum evidentius appareret.… »; et plus loin : « Propter quod contra ipsum suosque fautores per recolendæ memoriæ Clementem papam prædecessorem nostrum varii habiti sunt processus, sua sorte successio, nobis et quietis serenitas arrideret in subitas tempestates acta est æstiva tranquillitas, bellum in media pace surrexit, facti sunt hostes ex subditis et qui memorato regi Siciliæ ad fidelitatis debitum tenebantur, rebellionis spiritum infideliter assumentes, non solum hostilia, sed et tirannica patraverunt » (dans COQUELINES, Bullartum, t. III, p. 371 et 32.)
CHA PITREMNE