N" IX. — PARALYSIE GÉNÉRALE SIMPLE AU PREMIER DEGRE
Prononciation difficile; progression mal assurée; délire général, avec retour fréquent des idées de grandeur et de richesses (i).
Un commerçant de la capitale , âgé de quarantehuit ans, d'une constitution primitivement forte, ayant la chevelure blanche ,et paraissant au-dessus de son âge, avait eu en partage une intelligence très développée, et avait fait des affaires d'une grande importance. Il n'existait pas d'aliénés dans sa famille; il avait eu des maladies vénériennes traitées par le mercure, avait abusé du coït, et bu volontiers , sans cependant s'enivrer habituellement ; depuis quelque temps surtout, il avait eu des causes de chagrins se rîi.ttachant à des pertes de fortune ; et à partir de ce moment , son caractère avait pris une teinte beaucoup plus sombre.
Lorsque nous l'observâmes , depuis six mois la raison était perdue, et depuis lors on le regardait comme définitivement aliéné. Dans le principe , il n'y avait point eu d'agitation; le malade parlait peu, semblait manquer d'idées, et pleurait souvent; déjà on s'apercevait qu'en conservant toutes les apparences de la santé, il chancelait en marchant , et que , sans a\wir bu, il articulait les mots à la manière-des^ens ivres. On l'avait envoyé à la
(i) Service de M. Esquiiol.
CONSIDÉRÉE CHEÎ LES ALIÉNÉS. 3l
campagne, et alors l'agitation avait succédé à l'affaissement moral. Le délire n'était point limité à un petit nombre d'idées; et cet homme, auparavant si triste, voyait tous les objets sous un jour favorable: il se croyait pape, empereur , se plaisait à distribuer des pouvoirs et des places, etc.
Après un examen attentif, nous trouvâmes que le malade ne manquait ni de mémoire ni d'imagination, qu'il jouissait d'une certaine facilité à émettre ses pensées, mais il ne germait dans sa tête que des idées bizarres. Il n'observait plus les usages et les convenances, et faisait tout ce qu'il lui prenait fantaisie de faire. Il se couvrait d'ordures, et déchirait ses habits, etc. ; il n'était cependant ni violent ni agité. On ne pouvait se méprendre sur les signes de la paralysie générale dont les parents avaient signalé l'existence : l'individu narliculait certains mots qu'en se reprenant plusieurs fois, ce qui donnait à la prononciation quelque chose tenant de l'hésitation , du bégaiement. Il marchait encore, mais la force des membres abdominaux était diminuée , et la progression s'exécutait avec lenteur; le soir , les jambes enflaient , l'individu sentait lui-même qu'il n'était plus apte à prendre de l'exercice. Les bras se mouvaient sans difficulté apparente : les organes des sens n'étaient point sous l'influence de la paralysie; l'appétit se conservait; la respiration ne paraissait pas gênée; le pouls était naturel; l'em-
bonpoint contrastait avec le désordre des fonctions cérébrales.
Depuis huit mois , les symptômes sont rigoureusement les mêmes, et la paralysie générale n'a pas augmenté.