N" XVIII. — PARALYSIE GÉNÉRALE AU DEDXIEME DEGRE
Monomanie ; tentatives de suicide; embarras dans la prononciation; faiblesse des membres pelviens; paralysie prédominaate à droite; la paralysie incomplète des jambes devient égali nient forte des deux côtés du corps; délire général très difficilt à contenir ; pneumonie double; mort. — Epanchement de sérosité dans la cavité de l'arachnoïde; œdème de la pie-mère, et accumulation de liquide entre sa lame externe et l'arachnoïde cérébrale ; substance grise adhérente et s'enlevant par larges plaques ; pourtour du cerveau d'un violet bleuâtre; intérieur de la substance grise, comme ardoisé; consistance générale augmentée, ce qui est sensible même dans le prolongement rachidien ; granulations dans les ventricules ; rougeur de leur membrane.
Un homme d'une circulation cérébrale très active , aimant à vivre loin du monde, ayant des mœurs sévères, un caractère ferme et facile à mécontenter; employant son temps , en partie à l'étude , en partie aux travaux de la campagne, perd à quarante-sept ans sa femme et un enfant tout élevé. Il renonce au peu de relations qu'il avait eues jusque là, devient rêveur, soucieux, et cesse de s'occuper d'une fille unique qu'autrefois il aimait beaucoup, pour penser incessamment aux objets qui lui sont ravis ; il sent lui-même qu'il n'agit pas conformément à la raison ; mais toujours , malgré lui , il retombe dans le même cercle d'idées; il cherche à se distraire ; il veut reprendre ses anciennes habitudes; il ne peut y réussir.
Ces prodromes durent une année entière. Enlin le délire éclate ! Le malade s'imagine que ses voisins
l'ont en horreur , qu'ils épient le moment où il sortira pour attenter à ses jours, et il s'obstine à rester enfermé. On lui applique quelques sangsues au cou ; il demeure convaincu que c'est une manière adroite de faire couler son sang , et il croit toucher à sa dernière heure. Souvent il se plaint d'être incommodé par un bruit comparable à celui que font des chevaux en mouvement , et il s'attend à être arraché de sa propre maison par des gendarmes, à être livré à la justice comme s'il eût commis les crimes les plus atroces, etc. Après avoir fait des tentatives de suicide de toutes sortes, il finit par tromper la surveillance de son domestique, et Se donne sept coups de couteau, qui traversent les téguments de la poitrine, sans pénétrer dans l'intérieur de la cavité. On le place dans une maison de santé de lu capitale.
Il prend un grand nombre de bains, on lui fait plusieurs saignées, et on applique des sangsues à différentes reprises ; il prend des aliments légers , et en très petite quantité; la maigreur fait des progrès rapides , et les forces sont menacées d'un épuisement total. (Régime réparateur, médication antiphlogistique suspendue. ) La santé s'améliore , mais on découvre que la prononciation est obscure^ que la langue s'embarrasse en parlant ; on remarque que la progression manque d' assurance ^ et même que le côté droit est beaucoup plus faible que le côté gauche ; on s'imagine qu'il s'est formé
CONSIDÉRÉE CHEZ LES ALIENES. jT)
un épanchement sanguin dans le cerveau , mais dès le lendemain il faut revenir de cette manière de voir. Le sujet recommence à marcher, et se sert des deux jambes ; il est vrai qu'il chancelle en marchant , que le moindre mouvement trop précipité est suivi d'une chute , mais la paralysie est répartie également. La sensibilité est conservée. 'Les bras sont mobiles; ils ont peu de force; il en est de même du système musculaire en général. Les organes thorachiques et abdominaux ne paraissent pas affectés ; le pouls est à l'état normal, ainsi que la chaleur des téguments.
Onze mois d'isolement. L'intelligence est manifestement affaiblie ; les idées fixes ont fait place à un délire vague très bruyant, qui se prolonge très avant dans la nuit; les actes sont incohérents; l'application d'une forte camisole suffit à peine pour réprimer l'agitation. Les discours qu'on adresse au malade n'ont aucune influence sur ses déterminations : c'est toujours la même mobilité ; la même exubérance de paroles. (On n'ose plus le laisser libre ; ne calculant plus rien, ayant les înembres pelviens faibles , il tomberait à chaque pas ; on l'attache sur un fauteuil ). Il suivient une pneumonie double : le sujet entre à Charenton.
En arrivant. — La bouche est sèche, les lèvres sont fuligineuses; la langue est rouge et dépourvue d'humidité; toux continuelle, accompagnée d'une respiration haute et râlante . sans qu'il y ait
d'expectoration sanguinolente; son mal, [Ans sensible à gauche qu'à droite ; impossibilité de faire usage du cylindre, tact le sujet est bruyant et agité ; peau brûlante , pouls fréquent , danger imminent. (Diète, boissons mucilagineuses, saignée de bras. )
Le quatrième jour. — Décubitus sur le dos; respiration stertoreuse , prostration excessive ; fièvre continuelle ; espèce de rêvasserie et de délire vague; altération des traits de la face; déjections involontaires; véritable agonie. ( Vésicatoires aux cuisses. )
Mort le cinquième jour. — L'agitation maniaque n'a pas cessé un moment, les bras pouvaient encore agir, les jambes se déplaçaient, la sensibilité était conservée; mais depuis long-temps l'énergie du système musculaire était affaiblie; l'embarras de la langue était très prononcé.
Jutopsie du corps.
Tête. Les os se brisent avec une facilité extrême ; la dure-mère n'offre rien de particulier.
La grande cavité de l'arachnoïde contient de la sérosité; il s'en est épanché une quantité considérable entre la pie-mère et l'arachnoïde cérébrale ; cette espèce d'œdème , jointe à l'infiltration de la pie-mère elle-même, donne à la méningine et à la méningette réunies une épaisseur de près de deux lignes; cette épaisseur diminue à mesure qu'on
multiplie les ruptures et qu'on permet au liquide de s'écouler.
L'arachnoïde adhère au cerveau sur presque tous les points de sa circonférence; la substance grise reste attachée à la membrane qu'on vient d'enlever, et lui forme une doublure d'un quart de ligne d'épaisseur^
Les circonvolutions , dépouillées de leurs enveloppes , réfléchissent uneteinte d'un violet bleuâtre; le bistouri, en entamant la substance corticale, éprouve de la résistance; la pulpe est endurcie; sa coloration est profondément altérée , elle est comme marbrée de brun et de violet; dans les corps striés, le désordre est plus marqué encore; la substance grise est presque ardoisée.
La substance blanche participe à Vinduration, mais non à la coloration de la substance corticale.
La membrane des ventricules latéraux est d'un rouge très vif; toute sa surface est hérissée de points saillants , raboteux, sensibles à l'œil et au toucher. Dans le quatrième ventricule, la saillie et la rougeur des villosités est , pour le moins , aussi prononcée.
Il n'existe aucune lésion locale , ni dans l'hémisphère droit, ni dans l'hémisphère gauche , ni dans les parties centrales.
Le cervelet ne pèche ni sous le rapport de la consistance ni sous le rapport de la couleur.
La moelle aloDgée est endurcie-, l'induration est sensible dans les faisceaux antérieurs et dans les faisceaux postérieurs ; la moelle épinière offre les mêmes particularités. La substance grise est foncée en couleur.
Poitrine. Les plèvres sont saines ; les poumons ne sont pas perméables : leur parenclijjpie se coupe par tranches semblables à des tranches de foie; ces organes ne sont pas suppures. — Le cœur à l'état normal.
Abdomen. L'intestin grêle seul est malade; son
canal est distendu par un liquide qui ressemble à du
sang pur; ce liquide a communiqué à la membrane
muqueuse une teinte rouge extrêmement vive ,
qui résiste aux lavages auxquels elle est soumise.
Remarque. Il est fâcheux que beaucoup des observations que je cite comme propres à faire connaître l'aspect de la paralysie générale pendant le cours de la première et de la seconde période , soient dépourvues de résultats cadavériques ; ces résultats eussent appris ce qu'on trouve dans le cerveau quand la maladie n'est encore que peu avancée; mais il est rare qu'à cette époque on ait occasion d'ouvrir des sujets : l'existence n'est pas compromise , la santé présente même d'assez heureuses apparences, et les individus ne succombent qu'autant qu'il survient dans un organe ou dans un autre quelque désordre accidentel qui précipite le terme de la vie (u°'x, x[, xvi, xvii, xviii). Quoi
qu'il en soit, les faits que je viens de présenter auront toujours leur degré d'utilité : ils démontreront aux personnes habituées au diagnostic différentiel des affections cérébrales , que la marche de la paralysie générale des aliénés ne ressemble en rien à celle de Vapoplexie^ du ramollissement aigu, de la congestion sanguine ^ etc. ; et ces personnes concluront d'avance à l'existence d'une lésion de tissu d'une nature particulière , lésion que je m'efforcerai d'apprécier par la suite.