AVEC CONGESTIONS SANGUINES
Paralysie affectant la langue et les membres pelviens; congestions sanguines vers l'encéphale (i).
Q*** (Victor), négociant de première classe à la Rochelle , est aliéné depuis cinq années ; il a eu des maladies vénériennes, a pris beaucoup de mercure, a bu quelquefois avec excès,, mais ne s'enivrait pas habituellement : nous ignorons s'il a des parents aliénés , et quelle est la teinte de son caractère. En 1818 , il commença à commettre des extravagances , et fut condamné à deux ans de prison. On s'aperçut plus tard que sa raison était réellement dérangée; on ne [ugea pas à propos de le rendre à la liberté, et on le retint encore vingt-six mois; en 1822 seulement, il fut transféré à Charenton. On juge à sa figure qu'il a quarante-deux ans, à peu près; sa constitution paraît forte et sa taille est au-dessus de la mo3'enne ; cheveux et sourcils noirs, barbe brune, pommettes colorées, tempérament bilieux , avec prédominance du système circulatoire. Le malade réclame sa sortie avec instance; il conserve une certaine aptitude à écrire, il régne un certain enchaînement dans ses idées ; mais l'étendue du jugement est restreinte; cet homme ne s'occupe que de choses in-
(1) Serrice de M. Royer-CoUard,
ao4 DE LA PARALYSIE,
signifiantes. Il prétend avoir été recherché en mariage par phisieurs demoiselles des meilleures familles de la Rochelle: « c'est par esprit de vengeance qu'on l'a fait enfermer ; il serait libre encore s'il n'eût porté ses hommages d'un autre côté, etc.» Il n'était point violent, mais souvent ses actes étaient insignifiants.
En 1823, l'aliénation mentale se compliqua de paralysie générale , et h; sujet commença à bégayer; il articulait mal les finales des mots; il prétendait être solide sur ses jambes; mais, lorsqu'il s'avançait au-devant de nous, il chancelait^ et le poids du corps était renvoyé tantôt à droite tantôt à gauche; il se servait des mai-ns sans aucune peine ; toutes les régions conservaient leur sensibilité ; les organes des sens ne participaient pas à la paraî^^sie; les organes thoraçhiques et abdominaux n'éprouvaient aucun dérangement ; la santé physique , en un mot, présentait des apparences satisfaisantes. L'état moral s'aggravait chaque jour davantage : le malade se levait la nuit sans savoir ce qu'il faisait; le jour, il errait d'un lieu dans un autre sans aucun but; sa conversation, en général manquait de suite , annonçait ,une grande disette d'idées ; toutes les opérations de l'entendement semblaient entravées: difficulté à comprendre, pe;i d'aptitude à comparer les impressions, absence de mémoire, etc. (Usage des bains, applications de sangsues, usage prolongé des exuloires,
régime peu nourrissant, boissons délaj^antes, qui ne modiftenl aucunement l'état du sujet. )
A plusieurs reprises différentes , il survint des SN'mptomes qu'on doit rattacher à la formation d'un désordre d'un autre genre et qui se renouvelèrent deux fois de suite dans un délai très court: figure étonnée, regard liébélé , impossibilité de prononcer une seule parole, progression impossible pendant plusieurs heures, pesanteur et engourdissement dans les membres thorachiques, sensibilité générale obtuse , pouls vaste , battant avec force; opérations intellectuelles entièrement suspendues. (On pratiquait de larges saignées; ou appliquait des révulsifs aux pieds; on conseillait les lavements purgatifs.) Tous les accidents disparaissaient aussitôt : il est croyable que ces accidents étaient dus à l'accumulation momentanée du sang vers le cerveau (congestion cérébrale. )
Au commencement de 1S25, nous crûmes que la paralysie générale allait atteindre son plus haut terme, et que le sujet succomberait; l'intestin grêle était enflammé; fièvre, chaleur cà la peau , dévoiement qui n'offre aucun instant de relâche: le malade abandonnasa chambre, et passa à l'infirmerie des paralytiques. Cependant sa santé physique est rétablie , et la gêne des mouvements est restée au même degré. M, Q** se promène encore dans le dortoir , mais il marche lentement et vacille à chaque pas; il est gai, officieux, a l'esprit borné;
il ne prononce jamais les mots d'une manière franche il balbutie, hésite, et fmit par énoncer ce qu'il veut dire. Il n'existe aucun symptôme aigu.