‹ De la paralysie considérée chez les aliénésChapitre 38 sur 63 · N*» XLII. PARALYSIE GÉNÉRALE AVEC CONGESTIONS SANGUINES · texte numérisé non relu

N*» XLII. PARALYSIE GÉNÉRALE AVEC CONGESTIONS SANGUINES

Paralysie incomplète de la langue et des extrémités inférieures. Congestions sanguines vers le cerveau (i).

B**, fabricant de tulles, âgé de quarante-sept ans, d'une taille élevée , d'un embonpoint considérable, et d'une circulation cérébrale très active , n'ayant point d'aliénés dans sa famille , ayant essuyé des chagrins dans son intérieur , et ayant fini par donner dans les excès , n'avait offert aucun signe d'aliénation avant sa quarante-cinquième année. A cette époque, il prétendit être empereur, s'imagina posséder des trésors immenses , et maltraita quiconque fit des efforts pour combattre ses idées chimériques. La nuit , il ne dormait plus , se levait à chaque instant , et parlait haut ; le jour , il errait comme un vagabond , et volait sur les boutiques les objets qui flattaient son goût, disant que tout ce qui couvrait la surface du globe était sa propriété. La police , craignant que ce ne fût une manière adroite d'escroquer impunément , le fit conduire en prison ; trois mois plus tard on reconnaît qu'il est réellement malade et il est transféré à Charenton.

(0 Service de M. Esquirol.

Dès la première visite, cet homme fat jugé de la manière la plus défavorable : les capillaires de la face étaient d'un rouge violet; l'expression du visage avait quelque chose qui annonçait Vabrutisietnent; la parole était lente, embarrassée ; la langue était dépourvue de sa mobilité habituelle, et n'articulait distinctement aucun mot. Le délire roulait principalement sur ce point : que sa femme n'était pas digne du trône; il voulait la répudier, et épouser une princesse du sang, etc. Nous examinâmes s'il n'y avait rien dans la progression qui augmentât la gravité du pronostic de la paralysie incomplète de la langue ; nous trouvâmes que les jambes fléchissaient légèrement sous le poids du corps; l'individu marchait à la manière des gens ivres s chancelant , et biaisant, tantôt à droite, tantôt à gauche : il n'y avait point un côté plus fair ble que l'autre ; les mains agissaient avec la plus grande facilité ; la sensibilité paraissait conservée partout; les organes des sens n'avaient rien perdu de leur énergie; les organes de la poitrine, de l'abdomen , ne paraissaient participer en aucune façon à l'état maladif du cerveau. Point de fièvre, point de chaleur à la peau, point de rougeur de la langue, nul dérangement, en un mot, dans la santé phy si" que. ( Régime atténuant , boissons délayantes , bains , saignées et applications de sangsues souvent répétées. )

Un mois plus tard, au milieu des chaleurs dô

' l'été , cet homme présente tout-à-coup une série de symptômes qui disparaissent promptement et qui dénotent un raptus de sang vers la tête (congestion cérébrale). Le décubiius a lieu sur le dos ; les pupilles sont dilatées; la face est rouge et tuméfiée ; le malade ouvre les yeux , regarde ceux qui l'entourent, mais il ne paraît pas entendre les paroles qu'on lui adresse; il a de la peine à soulever les bras ; il remue difficilement les jambes ; il sent lorsqu'on le pince , quel que soit le lieu où l'on explore la sensibilité; il veut se plaindre, et ne fait entendre que des sons confus ; le pouls bat avec force, et soulève dans une large étendue la pulpe du doigt qui le presse. ( Saignée, pédiluves, lavements purgatifs. ) Au bout de vingt- quatre heures, cet aliéné commence à parler, remue les bras, se tient sur les jambes ; mais il est comme hébété, et ne trouve pas d'idées pour s'exprimer. (On continue la diète, les tisanes délayantes.) Les jours suivants, il ne reste aucune trace de l'accident.

Deux ans se sont écoulés depuis l'invasion de la paralysie générale ; plusieurs fois on a observé des signes de congestion semblables à ceux que j'ai présentés tout à l'heure , mais un peu moins violents, cependant la paralysie générale n'a pas encore franchi les limites que nous assignons au premier degré. A certaines époques le mal a paru augmenter, sans qu'on ait pu en pénétrer la cause ;

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ment SCS muscles, pour montrer qu'il mnrcliait arec agilité; mais ses efforts n'ctaicnt suivis d'aucun résultat et Vexlrcmc difficullé qu'éprouvaient les membres inférieurs à soutenir le poids du corps frappa tous les assistanis. Du reste, la paralysie éîait également repartie à droite et à gauche: les bras ne paraissaient pas prendre part au désordre ; les organes des sens continuaient l'exercice de leurs fonctions; la santé physique n'était pas dérangée, seulement le pouls était large et frappait fortement le doigt qui l'explorait. (Bains, saignées, tisanes rafraichissantes.)

Pendant long-temps, on n'obtint aucun changement avantageux ; à différentes reprises même, les symptômes de la paralysie générale redoublèrent ; on eût dit qu'il s'opérait du côté de l'encéphale des congestions réiUrces; pendant deux jours, ^ro/s y^A^rs , les carotides battaient avec force; le langige cessait d'être intelligible; les jambes paraissaient on ne peut plus pesantes , et le malade tombait comme s'il eût été ivre. Tout portait à croire que la marche des accidents serait; rapide, et qu'incessamment B*** ne quitterait plus son fauteuil. Cependant les symptômes ont pris une marche rétrograde : le bégaiement ne laisse pas d'être sensible, mais cet homme parle avec une certriine facilité; les membres abdominaux ont en apparence retrouvé toute leur force et leur mobilité première ; du matin au soir, le malade se pro-

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mène dans un vaste jardin , et si on n'était prévenu, on ne devinerait pas qu'il a été naguère sur le point de cesser toute espèce d'exercice. L'état moral s'est également amélioré : B*** ne se livre à aucun désordre d'action, ne présente aucune trace de délire; mais l'intelligence manque d'étendue, la mémoire et le jugement sont affaiblis, tout indique une démence moyenne, qui ne laisse aucun espoir de guérison. De même l'espèce de rémittence de la paralysie générale ne doit inspirer aucune confiance, et nous regardons le sujet comme condamné sans retour.

B. HÉMORRHAGIE DANS LA PULPE CliRliBRALE.

L'hémorrhagie cérébrale ^ proprement dite , ne complique pas la paralysie générale des aliénés aussi fréquemment qu'on pourrait le croire au premier abord : ce qui est d'autant plus élonnant , qu'il existe un travail permanent vers la tête, que les congestions sanguines sont très communes , et que de la pléthore à la rupture des vaisseaux il semble n'y avoir qu'une faible distance. L'exemple suivant d'hémorrliagie cérébrale est le seul que je possède.

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mais, en dclinitive, M. B*** peut encore se promener, et jouit d'un embonpoint considérable.

N° XLIII. PAnALYSIE GÉNÉfiALE, AVEC COKGESTIOS CÉrÉbRALE.

Paralysie iacomplète de la langue et des membres abdominaux ; congestions sanguines vers i'encéplmle ; rénaittence momentanée (1).

M. B*** , ex-employé à la cour des comptes , âgé de trente-cinq ans , et paraissant au-dessous de son âge, n'ayant fait d'excès en aucun genre, d'une taille courte et d'une circulation très active , n'a jamais, dans le cours de sa vie, donné des signes d'aliénation mentale ; son frère et sa sœur ont éprouvé des accès de manie. Il est exempt de passions orageuses, et a des mœurs très douces; son caractère est très irritable, il n'a jamais travaillé de manière à se fatiguer, et coulait des jours sans inquiétude. Vers la fin de sa trente-troisième année , il a commencé à délirer. Sa famille ne conçut d'abord que de faibles craintes; mais, au bout de quelques semaines , le malade rentrant fort tard, sanss'occuperde l'heure, s'égarant parfois jusque dans son quartier, et di'/aguant généralement sur toute sorte de sujets, on prit des mesures pour lui appliquer un traitement régulier. Il paraît que les médecins appelés aperçurent de suite un symptôme fâcheux , l'embarras dans la prononciation ; ils observèrent même que, par moments, cet cm-

(t) Servico de M. Esquirol.

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barras était pousscau point de suspendre l'cxcrcicô de la parole. Ils pratiquèrent des saignées, appliquèrent des sangsues à différentes reprises, eonseillèrent un régime atténuant , prescrivirent des bains tous les jours, et firent mettre des topiques réfrigérants sur la têlc. Ils obtinrent un mieux marqué. Au bout de buit mois , le ealme était presque rétabli , et le bégaiement était moins sensible. On crut bâter la convalcsecnee en conseillant un léger exercice et une babitation prolongée à la campagne : le printemps commençait; au bout de soixante jours , les accidents, qui n'étaient que suspendus, revinrent avec une nouvelle intensité. B*** entra à Charenton.

Les yeux étaient égarés , la figure était rouge et tuméfiée; le malade parlait beaucoup, la nuit comme le jour; il paraissait dominé par des idées sinistres ; il répétait les mots enfer, Dieu, religion ; voulait se confesser, et manifestait le désir d'attenter à ses jours. 11 ne jouissait pas, comme la plupart des monomanlaques, de la faculté de raisonner sur les sujets étrangers à celui qui le préoccupait; ses idées étaient incobérentes et ses discours mal encbaînés; il semblait avoir fait un premier pas vers la démence.

Le langage était à peine inlelUgible ; la langue se remuait difficilement dans la cavité buccale; d'un autre côté, la progression n'était lien moins ç^u assurée; cetbomme cberchait à contracter vive-

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que , et put imprimer quelques mouvements aux membres du côlé hémiplégique; mais la faiblesse y resta à un taux plus élevé encore que dans les extrémités du côté opposé. Le malade put reprendre son rcgim-; alimentaire; on commença à le lever de nouveau, et il continua à rester pendant le jour sur son fauteuil , comme avant l'accident.

Au milieu de l'été de la même année ( 1824) , examinant chaque jour le malade , nous suivions de l'œil, pour ainsi dire, les progrès de la paralysie générale: sa marche était lente , graduée ^ et n'avait rien de la précipilallon de l'hémorrhagic cérc brale; le désordre du cerveau, en s'clendant peu à peu, ajoutait chaque jour à la faiblesse du système musculaire ; la progression était devenue impossible; la prononciation s'entendait à peine; le coté gauche, plus faible que l'autic , approchait de l'immobilité; la peau continuait à sentir; les organes de l'ouïe, de l'odorat , de la vue , étaient affectés et avaient perdu la plus grande partie de leur énergie; la santé physique commençait à languir, des escarres se formaient au siège : tout annonçait cette es^TÎîce à^agorde lente qui est fréquente chez les aliénés frappés de paralysie générale , et qui se prolonge quelquefois pendant plusieurs mois.

La mort ne s'effectua qu'à l'arrivée desprcmicri5 froids. 11 n'était point survenu de mouvements cloniques , de secousses convulsives dans les mem-

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bres ; l'œdème avait gagné ceux du côté gauche qui étaient profondément /^arfl/js^'s et même rétractés; la jambe droite agissait encore dans une étendue bornée, mais l'aliéné ne pouvait la soulever, quelque effort qu'il fit pour cela ; il se servait encore de la main droite, mais les doigts se contractaient avec peine; les molf> oui , non , étaient seuls intel" ligibles. Le dcvoiement était intense et rien n avait pu l'arrêter : enfm la vie cessa par la double influence de la phlegmasie intestinale et de l'état maladif du cerveau.

Autopsie du corps.

Tête. Le crâne a acquis une épaisseur considérable, et se brise avec une extrême difficulté. La dure-mère est exempte d'adhérences.

On pénètre dans la grande cavité de l'arachnoïde et l'on aperçoit le cerveau qui est baigné dans une masse énorme de sérosité (une demi-livre au moins). On procède à l'extraction de l'organe ; le liquide s'écoule en nappe, et on peut étudier les membranes qui recouvrent imn^édiatement l'encéphale.

L'arachnoïde cérébrale ne présente rien de particulier à la base : elle n'est pas rouge , elle n'est pas séparée de la pie-mère par du liquide infiltré, et n'est pas plus épaisse que dans l'état naturel; elle présente les mêmes apparences sur les parties

N" XLIV. — PARALYSIE GÉNÉRALE AXJ DERNIER DEGRE ,] AVEC HÉMORBHAGIE CÉrÉBRALE.

Démence ; paralysie générale qui fait sentir son influence sur la langue, sur les jambes et sur les bras; tout-à-coup hémiplégie à gauche; résolution assez prompte. Plus tard, augmentation graduelle de la paralysie générale; mort, liait onces de sjrosité dans la grande cavité de l'arachnoïde ; adhérences entre la pie-mère et le cerveau; coloration intense de la substance grise au dehors; kyste apoplectique dans le corps strié droit ; épanchement sanguin léger dans la cavité de l'arachnoïde rachidienne (i).

J***, capitaine de première classe, âgé de quarante-cinq ans à peu près , d'une taille courte, ramassée , d'une force moyenne , aj^ant la peau basanée , les traits grands et les cheveux noirs , présentait , au moment où l'attention fut fixée sur lui , tous les signes qui caractérisent la démence avec complication de paralysie générale. Il ne put rendre compte des antécédents par lui-même, il fallut se borner à la description des symptômes qui tombèrent sous les sens.

Le malade était assis sur un fauteuil; quand on lui tendait la main , il avançait indistinctement aussitôt la main droite ou la main gauche , et répondait par un sourire à la marque de bienveillance qu'on lui donnait. Le déplacement des mains se faisait lentement^ comme si les bras eussent été chargés d'un poids extraordinaire, ou comme s'ils eussent été engourdis. Invitait-on M. J*** à faire

(i) Service de M. Roycr-Collard,

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un tour dans la salle ; après beaucoup d'efforts , il scsoulevaùjSe cramponnait au bras qu'on lui oiîiair, et parcourait quelques toises, ayant le corps à n->(utié en double, et marchant avec une peine excessive. Si on eût cessé de le soutenir, il n'eut [)u conserver l'équilibre, et fut tombé à la renverse. La faiblesse paraissait également répartie d'un côté et de l'autre; la sensibilité était conservée , mais les sens paraissaient difficiles à exciter, et les perceptions restaient imparfaites. Le langage était confus , les mots s'entendaient à peine: rm eût dit quula langue était sous l'influence de l'ivresse. L'œil conservait de la vivacité , et les traits avaient l'expression de la douceur. Absence de mémoire, jugement aboli, ■véritable démence. L'appétit manquait rarement , les digestions étaient faciles; le corps et la figure surtout offraient de l'embonpoint.

Au commencement de 1824, dans un moment où la paralysie générale semblait stationnaire depuis près d'une année , le côté gauche fut tout-ii-coup frappé àlicmiplègie. La bouche était déviée et lournét^ à droite, le bras pendait immobile, la janjbe traînait sur le sol , la respiration était embarrassée, et l'intelligence rigoureusement effacée: cet é'at pouvait être comparé au carus. (On se hâte de mettre le malade au lit, on praticpie une saignée, ou prescrit une diète continu*. ) Au bout de dix jours de soins assidu.^, ce capilaine retrouva la faible lueur d'intelligence qui lui restait avant l'atta-

remplis de pus, traverses par des brides vasculaires ; dans quelques endroits , une partie seulement delà niasse tuberculeuse a commencé à se fondre ; le reste est dur, et crie sous l'instrument.

abdomen. La membrane villeuse de l'estomac est d'un blanc mat; ses rides sont saillantes.

Kn observant de très près les villosités du duodénum, on s'aperçoit que leur couleur est d'un beau noir; elles forment un plan continu, brun, immédiatement au-dessous de l'anneau pylorique; la couleur noire des villosités diminue à mesura qu'on s'avance du coté des gros intestins.

Les reins , la vesoie , le pancréas , le foie, la rate, sont à l'état physiologique.

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