N° XLVIII. PARALYSIE GÉNÉRALE AU DERNIER DEGRE
AVEC RAMOLLISSEMENT CÉrÉBRAL.
Monomanie; plus tard, commencement de démence; paralysie de la langue ; progression mal assurée; démence complète et alternatives d'agitation ; sensibilité obtuse ; force des bras diminuée ; mouvements des jambes tout-à-fait abolis : quatre ans de durée; symptômes aigus cinq jours avant la mort. — Sérosité dans la cavité de l'arachnoïde ; inflitration de la pie-mère; substance corticale soudée à cette membrane; peu de consistance dans la pulpe adhérentecoloration violacée; altération locale de nature inconnue dans l'hé* misphère droit, ramollissement (i).
Madame T***, âgée de trente-six ans, mère de plusieurs enfants, et ayant reçu de l'éducation, s'était livrée secrètement à la galanterie; il n'existait point d'aliénés dans sa famille ; sa menstruation n'avait jamais éprouvé de dérangements ; sa constitution était forte ; ligure pleine d'expression , coloration brune de la peau , sourcils et
(i) Service de M «Royer*Collard.
cheveux noirs, tempérament bilieux très prononcé; caractère léger, goût décidé pour les plaisirs et la toilette. Elle avait fait trois couches qui avaient été heureuses ; dix mois s'étaient écoulés depuis la dernière ; la raison se dérangea d'une manière subite. Le caractère du délire dénote une monomanie. La malade est poursuivie par le regret d'avoir trahi la confiance de son mari ; les remords ne lui laissent plus de repos : « elle a mérité les «supplices les plus sévères; on doit l'enlever de »sa maison, et la conduire à l'échafaud; la seule «ressource qui lui reste pour éviter le déshonneur » qui la menace, est de se punir de sa propre main ; » elle fait plusieurs tentatives de suicide.
Il n'y avait pas plus de six mois que l'aliénation s'était manifestée ; on n'avait négligé aucun des moyens thérapeutiques conseillés en pareil cas; cependant la maladie , tout en conservant quelques uns de ses caractères primitifs , commençait à prendre l'aspect le plus fâcheux ; jusque là , la malade avait joui de la faculté de comparer des idées, d'en tirer des conséquences; elle perdait chaque jour quelque chose de cette faculté, et marchait à grands pas vers la démence. Elle pleurait encore quelquefois, parlait encore des prétendus dangers qu'elle avait à redouter ; mais son imagination éteinte ne faisait plus de retour sur le passé, n'anticipait plus sur l'avenir; quelquesidéesfutilesavaient remplacétoutes les autres:
«moi j'avais des cachemires, j'avais des livres de «botanique... on m'a prismes bijouXj etc. «Tous ces mots étaient prononcés en bégayant; il existait un commencement de paralysie vers la langue. La santé physique était bonne ; point de symptômes aigus.
Dès le commencement de la troisième année à partir du début de la folie , l'intelligence parut frappée d'une affreuse nullité; cette dame était incapable d'exécuter les travaux de l'aiguille pour lesquels elle avait eu le plus d'adresse; n'avait conservé qu'un souvenir confus des usages du monde, et avait oublié ce qu'elle avait appris dans le dessin, la musique et la littérature; elle restait oisive sur sa chaise , et riait quelquefois aux éclats en prononçant les mots schal!,... belle robe,... bijoux,... etc. Dans certains moments, il survenait de l'excitation; la malade poussait des cris, se livrait au désespoir , cessait de dormir la nuit, repoussait loin d'elle ses habits et ses couvertures; mais le plus souvent elle était tranquille. La paralysie générale avait fait des progrès ; la prononciation était fortement embarrassée ; les jambes pliaient au moindre, mouvement et les chutes devenaient de plus en plus fre'quentes; les bras paraissaient encore libres ; la tête se tenait en équilibre sur les épaules; les organes des sens exerçaient régulièrement leurs fonctions.
La figure était pleine, l'appétit très actif; les
S46 DE l'A PARALYSIE,
digestions se faisaient bien et rapidement. On ne remarquait aucun indice de maladie du côté de la poitrine ou de l'abdomen ; le pouls donnait cinquante-huit pulsations par minute ; la santé physique paraissait bonne.
Dans le cours de la quatrième année , les accidents prirent un accroissement considérable, et il fut facile de prévoir la mort prochaine de la malade. Absence de mémoire et de jugement, vie végétative, à part quelques passions affectives; déjections involontaires ; paralysie complète des membres abdominaux ; faiblesse des muscles du cou et des muscles du tronc; mobilité des bras, qui du reste conservent peu de forces; appétit diminué; maigreur générale; presque pas d'agitation; la malade passe sa journée sur un fauteuil.
Laonort arriva vers la lin de cette même année ; l'aliénée gardait le lit depuis un mois; le sacrum était couvert d'eschares ; les jambes étaient immobiles , fléchies et rétractées , et sentaient à peine ; les bras agissaient encore faiblement; la malade avalait avec beaucoup de peine de la soupe et du bouillon.
Il survint des symptômes d'irritation les cinq derniers jours , une ophthalmie aiguë s'était emparée des yeux, qui étaient rouges et remplis de mucus; la face, auparavant immobile et abattue, est continuellement en mouvement; une coloration vive l'anime ; la malade est très agitée; son délire est
CONSIoéRÉE CHEZ LES ALIÉNÉS. 247
aigu; elle n'articule aucun mot, mais elle pousse des cris qui troublent le repos des personnes qui l'entourent; ses bras n'exécutent pas des mouvements d'tine grande étendue, mais ils se déplacent incessamment, et sont le siège d'une espèce de tremblement qui se propage à la face : sensibilité des mains difficile à mettre en Jeu. langue sèche et fuligineuse, pouls très fréquent, odeur de souris.
Autopsie du corps.
Crâne. La voûte du crâne s'enlève sans difficulté; les os ont offert l'épaisseur normale.
Aussitôt que la dure-mère est incisée, il s'écoule cinq onces , à peu près, de sérosité limpide delà grande cavité de l'arachnoïde.
Les enveloppes du cerveau (feuillet cérébral de l'arachnoïde et pie -mère) sont infiltrées de sérosité; on aperçoit le liquide au fond des circonvolutions, dans l'espace qui règne entre les deux membranes.
Les vaisseaux sanguins qui rampent à la surface de l'arachnoïde, sont gorgés de sang , augmentés de volume et dessinés d'une manière frappante ; l'injection pénètre les rameaux les plus ténus.
On saisit les méninges avec des pinces, et on cherche à les enlever; chaque déchirure donne lieu à un écoulement de sérosité ; mais l'épaisseur des méninges n'en reste pas moins plus qu'ordi-
naire: ce n'est qu'après qu'on a exprimé tout le liquide qui est filtré dans le tissu lamelleux qu'elles reviennent à leur état naturel.
La pie-mère se détache difficilement de la surface cérébrale : on réussit à l'enlever ; mais elle est tellement soudée aux circonvolutions, qu'elle emporte des plaques de substance corticale de plus d'une ligne d'épaisseur. Les adhérences n'existent pas seulement dans un espace circonscrit ; on les rencontre dans toute l'étendue de la surface encéphalique , elles ne sont nulle part aussi sensibles que surles côtés de la scissure interlobaire, en avant, en arrière , au milieu des hémisphères. A la base du cerveau , on voit sur la pie-mère des portions entières de circonvolutions.
La pulpe adhérente est mollasse , et sa coloration est fortement prononcée sur les hémisphères ; la substance corticale est imprégnée de sang qui paraît fondu avec ses molécules , et lui donne un aspect violacé , une teinte lie-de-vin ; en raclant les circonvolutions , à leur superficie , on emporte une couche de substance grise comparable à une bouillie rouge et peu épaisse ; un peu plus profondément la substance grise est plus ferme , mais l'injection violacée n'en existe pas moins.
La substance blanche ne pèche pas sous le rapport de la consistance ; elle paraît saine et à l'état normal, à part un peu d'injection: elle est loin d'être sablée; cependant on voit suinter, sous
la lame du bistouri, quelques gouttelettes de sang; on ne découvre aucune altération locale dans les corps striés , dans les couches optiques , dans les parties centrales du cerveau ( voûte à trois piliers, corps calleux, septumlucidum,pontdeYarole,etc.); mais , à deux pouces environ de la partie antérieure de l'hémisphère droit , sur le trajet de la scissure de Sylvius, et non loin de l'extrémité antérieure du ventricule moyen , on rencontre un noyau de la grosseur d'une aveline, inégal à son pourtour , d'une consistance de caséum durci , qui est niché dans l'épaisseur de la pulpe , et ressemble , lorsqu'on l'écrase , à de la viande mâchée : j'ignore quelle est sa nature ; je n'ai jamais rencontré de dégénérescence semblable : mais les petits vaisseaux qui le traversent sont solides comme des tubes de verre , et peuvent être comparés à de gros crins percés au centre ; la substance cérébrale environnante est ramollie ; sa couleur est foncée , et on voit qu'il a existé un travail inflammatoire récent dans la pulpe.
La pie-mère qui recouvre la masse cérébelleuse adhère sur plusieurs points; la pulpe superficielle se détache avec la membrane ; la coloration intérieure ressemble à celle du cerveau (violacée ). Le quatrième ventricule est hérissé de granulations qui sont foncées en couleur.
La moelle alongée paraît saine ; ses faisceaux n'offrent pas d'injection bien tranchée.
Le prolongement racliidien a offert la consistance et la couleur propres à l'état sain.
Les organes contenus dans les cavités abdominale et tlîorachique n'ont présenté aucune altération notable.
jS" XLIX. — PARiXYSIE GÉNÉRALE AV DEIXIEME DEGfiÉ^ AVEC RAMOLLISSEMENT I>E LA MOELLE ÉPINIÈRE.
Coup sur la tête; perte de substance des os. Long -temps après, i'rayeur subite , épilepsie. Plus tard , démence profonde , embarras dans la langue, faibles^e des membres abdominaux. Au bout de six mois, symptômes aigus pendant quarante-huit heures; mort. — Solution de continuité sur le pariétal gauche ; adhérences de la duremère au pourtour de l'ouverture ; huit onces de sérosité dans la grande cavité de l'arachnoïde ; injection vasculaire des méninges; infillration séreuse de la méningine et de la méningette; adhérences partielles de la pie-mère au cerveau ; substance grise dure, molle, colorée, suivant les places oii on l'examine; substance blanche endurcie ; granulations et sérosité dans les veniriculcs ; ramollissement de la moelle vertébrale, s'étendant depuis la quatrième vertèbre cervicale jusqu'à la première vertèbre dorsale (i).
Un charpentier , âgé de cinquante-deux ans , d'une taille élevée et d'une bonne constitution , reçut dans son enfance un coup violent sur le pariétal gauche : il y eut fracture et porte de substance de l'os ; la guérison ne laissa pas de s'opérer sans accidents fâcheux ; mais l'os ne se régénéra pas , et le cerveau resta protégé par les seules parties molles.
L'inlelligence se développa comme de coutume ;
(i) Service de M. Esquirol.
les fonctions cérébrales et les autres fonctions s'exécutèrent avec une parfaite régularité ; l'individu arriva à l'adolescence , prit un état , et bientôt après devint militaire. Une nuit , on l'éveille en tirant des coups de pistolet à ses oreilles , et en criant que l'ennemi approche... La frayeur le saisit; il a un premier accès d'épilepsie ; plus tard les accès se renouvellent, et il ne reste aucun doute sur leur nature ; le malade est réformé et rentre au sein de sa famille. La santé physique est bonne , l'intelligence ne présente rien de désavantageux ; les attaques convulsives sont rares ; l'on ne conçoit aucune inquiétude sur le sort du sujet : tout-à-coup il présente les symptômes les plus alarmants : il parle seul , à demi-voix; fait des gestes bizarres et insignifiants ; veut porter des pantalons en bois , acheter des domaines d'un grand prix, bâtir des maisons magnifiques , etc. ; si l'on contrarie ses desseins, il s'irrite, s'emporte, et n'écoute aucune espèce de raisonnement ; son intelligence est devenue faible ; il paraît à peine comprendre ce qu'on lui dit; il n'a plus que des idées puériles; l'aspect de sa physionomie est changé ; ses traits ont perdu toute leur expression ; la bouche à demi ouverte, l'œil fixe , cet homme écoute d'un air stupide les paroles qu'on lui adresse et ne répond que des mots au hasard... On remarque encore que, par moments, sa langue s'embarrasse , il fait de vains efforts pour articuler les sons...
(Bains, saignées répétées, potion calmante,) La maladie marche, on provoque l'isolement.
P L'aliénation avait débuté dans les plus fortes chaleurs de l'été , le sujet entre à Charenton au commencement de l'hiver. La santé physique n'a subi aucune altération; la figure est maigre, sans être défaite ; les membres ne sont pas dépourvus d'embonpoint; le pouls est régulier, nullement fébrile; la peau offre le degré de chaleur normal; la respiration s'exécute librement; l'appétit est naturel , les digestions sont faciles et promptes. La démence est profonde; le malade reste une partie du jour assis , dans une inaction complète, sans parler à personne , et ne paraissant s'occuper et s'inquiéter de rien ; il répond quelques mots insignifiants aux questions qu'on lui fait ; il mange lorsqu'on lui présente des aliments , vient se coucher quand on l'en prie, et ne trouble en aucune façon le repos de ceux qui l'entourent; il peut marcher , et quelquefois même il se promène pendant des heures entières dans le corridor ou dans le promenoir, mais il n'est pas ferme sur ses jambes ; pour peu qu'on le touche , on le renverse, et souvent, lorsqu'il est seul, on le voit chanceler et chercher un banc pour s'asseoir. Il remue librement ses bras ; il conserve de la sensibilité sur tous les points du corps : la prononciation est défectueuse; il n'articule dislmctement aucun mot , et fatigue à entendre.
(Sangsues au cou, à plusieurs reprises; tisanes rafraîchissantes. )
. Un matin (six mois à partir du début), on observe une altération profonde dans la physionomie ; le teint est livide , l'individu est cramponné au grillage du poêle, et refuse de manger; la chaleur générale est diminuée , le pouls est fréquent, mais difficile à suivre; agitation commençante , mais qui est encore peu vive; l'étroitesse des pupilles est excessive; l'embarras de la langue est redoublé; la faiblesse des jambes a fait des progrès tels que la progression est presque impossible. (On s'attend à voir survenir quelques symptômes aigus, ce qui est très fréquent chez les aliénés paralytiques ; on diminue la quantité des aliments. )
Le lendemain, l'agitation est extrême; l'aliéné a passé la nuit sans dormir ; il imprime à ses bras , à ses jambes, à tout son corps, des mouvements continuels , et glisserait hors du lit , si on ne prenait soin de prévenir les accidents par l'application d'une forte camisole; le malade ne peut soulever les membres abdominaux et les traîne sur le drap du lit. Il peut déplacer les bras et même les porter jusqu'à la tête; les mains sont presque insensibles, ainsi que les jambes et les cuisses; la respiration est haute , le râle commence à se faire entendre. Fièvre vive, chaleur à la peau, danger imminent. Les symptômes cérébraux absorbent toute l'attention , et on néglige d'explorer les or-
a54 I^E lA PARALYSIE ,
gancs thorachiques : à plusieurs reprises, j'exerce une compression sur l'hémisphère gauche , en appKquant la main un peu fortement sur la partie du crâne privée d'os ; L'agitation et le délire cessent aussitôt; le sujet ne parle plus ; auparavant il entendait et répondait aux questions que je lui adressais , maintenant il est comme stupide et sans mouvement; je retire ma main , le délire et l'agitation reparaissent. Pendant plusieurs minutes , mes doigts suivent sans interruption les mouvements d'élévation et d'abaissement du cerveau. (Vingt sangsues aux tempes, lavement purgatif, cataplasmes sinapisésaux pieds. ) Je suis porté à croire qu'une cérébrile aiguë complique la maladie ancienne. La mort a lieu dans la soirée.
Ouverture du cadavre.
Sur la partie moyenne du pariétal gauche , on aperçoit une vaste dépression; on dissèque attentivement le cuir chevelu , on trouve que l'os a éprouvé une perle considérable de substance; le crâne est troué dans une étendue de deux pouces transversalement , et d'un pouce d'avant en arrière; la dure-mère est exactement appliquée sur l'ouverture , et lui forme un tampon membraneux ; on enlève la voûte du crâne , en brisant les os beaucoup au-dessous de l'altération qui a été indiquée; dans toute l'étendue de la solution de continuité , le tissu fibreux a acquis de l'épaisseur,
mais ce tissu ne paraît pas autrement altéré ; au pourtour de l'ouverture , on distingue des lamelles osseuses qui sont entièrement spongieuses; si ces lamelles eussent pris de l'accroissement, elles eussent formé une table solide en remplacement de l'os détruit, mais elles n'avaient que quelques lignes d'étendue, et donnaient attache aux brides cellulaires qui fixaient la dure-mère à la face interne du pariétal ; car il fallut disséquer ces brides pour mettre le cerveau à découvert.
Vis-à-vis de la solution de continuité, le feuillet arachnoïdien qui recouvre la membrane fibreuse adhère intim.ement avec le feuillet arachnoïdien qui tapisse la pie-mère , et celle-ci est unie au cerveau : il résulte de là qu'en déjetant de chaque côté les lambeaux de la dure-mère sur l'hémisphère gauche , on enlève une portion de circonvolution : nous reviendrons sur cette particularité.
La grande cavité de l'arachnoïde contient au moins huit onces de sérosité verdàtre qui s'accumule à la base du crâne , et se mêle à la sérosité qui s'échappe du canal vertébral.
On procède à l'examen de la méningine et de la méningette : les gros vaisseaux de l'arachnoïde sont gorgés de sang ; ils se dessinent de toutes parts , et sont doublés de volume ; l'injection s'étend aux vaisseaux d'un moindre calibre, et cette membrane est généralement injectée.
Une quantité remarquable de sérosité distend
256 DE tA PARALYSIE,
les mailles de la pie-mère, l'espace qui sépare cette membrane de l'arachnoïde est distendu par du liquide qui s'écoule en partie, à mesure qu'on déchire les membranes ; mais les méninges n'en conservent pas moins une épaisseur de près de deux lignes ; la pie-mère abandonne les circonvolutions sans emporter de substance grise sur toute la partie postérieure des deux hémisphères, et sur toute leur partie latérale , excepté vis-à-vis de l'altération de l'os; mais, en arrivant à la partie antérieure de la scissure interlobaire , on trouve de l'adhérence entre les deux hémisphères ; on cherche à enlever la pie-mère , elle est soudée à la pulpe corticale , et en enlève une couche mince et rosée. Les adhérences se renouvellent sur la partie inférieure et antérieure des hémisphères', tout le long des gouttières qui logent les nerfs olfactifs ; là , la pie-mère se sépare difficilement de l'encéphale , et ne s'en détache qu'en endommageant sa substance grise.
La portion de circonvolution qui était soudée à la pie-mère vis-à-vis de l'endroit de la fracture n'était pas ramollie; bien loin de là, son tissu était ferme et résistant ; on trouva même , en enfonçant le bistouri dans l'épaisseur de cette circonvolution, une plaque d'une dureté très prononcée. Les autres circonvolutions semblent avoir une consistance normale. Quand on arriva à la cannelure du nerf olfactif du même côté, on trouva une différence de
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consistance bien sensible , sans qu'il existât de ramollissement proprement dit. La couleur, qui n'avait pas paru augmentée ailleurs, fut jugée là très foncée. On observe quelque chose d'analogue le long de la cannelure des olfactifs de l'hémisphère opposé et dans leurs parties adjacentes; les circonvolutions de tout le reste de l'hémisphère parurent à l'état sain.
Je coupe la substance blanche par couches, et je m'avance vers la voûte des ventricules ; je m'aperçois aussitôt que cette substance est très endurcie : on peut la tirer sans la rompre , comme du caoutchouc; ce qui est surtout bien sensible le long du plancher ventriculairc. Du reste, il n'existe point de lésion locale dans les corps striés , dans les couches optiques , dans les parties centrales du cerveau. La substance blanche n'est pas injectée.
Les ventricules latéraux contiennent quatre onces de sérosité, à peu près; les villosités sont très développées. Dans toute la largeur de la membrane ventriculairc on distingue des milliers de petites iêles, d'une couleur rouge, et qui donnent à la cavité un aspect rugueux et chagriné.
Dans le quatrième ventricule , comme cela arrive habituellement , le gonflement des villosités est beaucoup plus prononcé encore ; elles ressemblent à des bourgeons d'une couleur vive et animée.
Le cervelet n'offre rien autre chose de particu-
lier; le pont de Varole est jugé sain. La moelle alongéc et ses éminences paraissent saines.
On ouvre le canal rachidien : les enveloppes fibreuses et les enveloppes séreuses n'offrent rien d'extraordinaire; on remarque, à partir de la quatrième vertèbre cervicale , un défaut de consistance dans les faisceaux postérieurs de la moelle. JXous craignons d'abord que ce ne soit une altération produite par l'application maladroite du racbitome, nous examinons de plus près : il existe réellement un ramollissement bien fondu avec les molécules intimes de la moelle; qui pénètre jusqu'aux faisceaux antérieurs , et les intéresse légèrement. La pulpe médullaire n'est point diffluente comme du pus, mais elle n'a pas sa consistance habituelle; le désordre diminue graduellement, et ne dépasse pas la huitième vertèbre.
Le reste du prolongement rachidien n'est altéré que sous le rapport de la coloration ; la substance grise est violacée.
Poitrine. Epanchement de sérosité dans la cavité des plèvres, à droite comme à gauche ; fausses membranes non organisées qui recouvrent les parties latérales des côtes , le diaphragme et les poumons ; ces concrétions couenneuses se détachent avec facilité, par plaques larges comme la main, et épaisses de plus d'une hgne.
Le parenchyme pulmonaire a subi de graves modifications ; partout, excepté dans quelques points
CONSIDÉRÉE CHEZ lES A-UÉnÉS. sSg
très peu étendus , on aperçoit de Vhépatisation et un ccmmenceaient de suppuration grise.
Le cœur est volumineux , et offre un épaississement qui est limité au ventricule gauche ; ses cavités ont conservé la largeur qui leur est propre.
abdomen. Rien de particulier dans les premières portions du canal alimentaire, nous apercevons dans les intestins grêles quelques plaques assez fortement injectées, mais l'injection correspond aux anses intestinales les plus déclives et probable-; ment elle constitue un phénomène cadavérique.
F. léROSION DU CERVEAU.
Un malade que j'avais long-temps observé et qui plus tard fut ouvert par M. le docteur Leuret , dont l'exactitude ne peut être soupçonnée, a offert sur le lobe moyen du côté droit une cavité dont la formation s'explique difficilement. La substance grise et la substance blanche, dans une légère profondeur, avaient disparu , comme si on les eût enlevées molécule par molécule , sans rien gâter et sans rien défigurer dans les parties voisines. Quelle est la nature de cette espèce d'ulcération? Que sont devenues les particules qui occupaient la place de la cavité? Je l'ignore, et je n'ai jamais trouvé de désordre semblable depuis que j'ouvre des cadavres.
No L. — PARALYSIE GÉNÉRALE AU DERNIER DEGRÉ » AVEC ÉROSION DANS LE CtRVEAtl.
Premier accès de inonomanie; guérison. Deuxième accès, guérison mai assurée; rechute. Idées de grandeur, embarras dans la prononciation, failjlcsse des jambes, épilepsie. Démence, augmentation de la paralj'fie; mort. — Sérosité sanguinolente entre les lames de l'arachnoïde ; épaississement des méninges; adhérence de la piemère au cerveau; coloration de la substance grise; destruction de la pulpe cérébrale dans une assez grande étendue (i).
P*** , d'une constitution brune très prononcée, d'une taille grêle et haute , d'un caractère actif , mais un peu sombre , s'engage à vingt ans. A vingt-deux ans il est fait prisonnier , et on le transporte sur des pontons anglais, où il souffre des privations de toute espèce. 11 ne tarde pas à devenir nostalgique , et a un véritable accès de lypémanie, qui se termine au moment où il recouvre sa liberté. Rentré au sein de sa famille, il se marie, obtient un emploi qui est en rapport avec son genre d'éducation , et semble n'avoir plus rien à désirer. Six années s'écoulent au milieu d'occupations toujours renaissantes; des épreuves sans nombre parlent en faveur de son intelligence : tout-àcoup, sans causes appréciables, il tombe de nouveau dans la tristesse la plus profonde. Il cesse de manger et prétend qu'on glisse du poison dans ses aliments ; il n'est pas ému par les larmes de sa femme et refuse de reconnaître ses enfants. Il n'i-
fi) Service de M. Royer-Collard,
CONSIDÉRÉE CHEZ LES ALIÉNÉS. nQl
gnore pas qu'il n'a d'autres ressources pour vivre que sa place ; cependant il néglige ses travaux et passe les journées dans les méditations les plus sinistres; il attente à ses jours : on l'isole, et il est soumis à un traitement régulier.
Trois mois de réclusion et de soins assidus produisent un changement total. Le malade entre en convalescence, s'obstine à reprendre ses occupations , et s'y livre sans aucun ménagement. Il a une rechute au bout de cinq semaines : on l'isole une seconde fois , mais le traitement n'a pas le même succès.
P*** fut conduit à Charenton au commencement de l'hiver. Il avait alors trente-huit ans , était aliéné depuis onze mois (sauf la courte intermittence mentionnée), et ses parents espéraient le voir guérir au printemps. Je l'examinai soigneusement quekjues heures après son arrivée. Il portait la tête haute , et offrait dans l'ensemble de la physionomie une expression de dédain remarquable; il n'était plus triste, parlait peu, et se croyait de beaucoup au-dessus des autres hommes. Je l'engageai à marcher; il me dit avec humeur . qu'on ne donnait pas d'ordre à un maréchal de France et au plus riche propriétaire d'Europe. Je jugeai au son de la voix que la langue était paralysée. Le lendemain je suivis le malade à la promenade : je vis qu'il chancelait en marchant, les jambes avaient de la peine à soutenir le poids
du corps. Personne ne contesta l'existence de la paralysie générale , et M. Pioyer-Collard déclara la maladie au-dessus de toute espèce de ressource.
Au bout de vingt jours , P*** a un accès d epilepsie. Etant assis auprès d'une table , il est renversé sur le carreau, sans connaissance, a quelques secousses convulsives et reste huit minutes dans la stupeur. Appelé pour lui porter secours , je le trouve étendu sur le dos , ayant les yeux renversés , la face immobile , le pouls presque naturel : le soir, il se portait comme de coutume.
Au commencement de l'été , le physique commença à se dégrader. Cet aliéné n'avait eu ses accès d'épilepsie que de loin en loin ; depuis longtemps l'intelligence était d'une extrême faiblesse , et les jambes ne pouvaient plus , pour ainsi dire, servir à la locomotion. Le sujet marchait un peu ; mais ses genoux fléchissaient , et une prévoyance instinctive l'engageait à rester assis. Il parlait rarement, et considérait d'un regard indifférent tout ce qui se passait autour de lui , sans y prendre part. 11 mangeait bien, se salissait souvent avec ses déjections et offrait tous les caractères propres à la démence. Les bras agissaient encore; mais ieur force était singulièrement diminuée : la sensibilité existait sur tous les points du corps ; la paralysie était également répartie à droite et à gauche.
Au mois d'août, la progression devint absolument impossible : le malade commença à rester à demeure sur un fauteuil, et il fut facile de prévoir sa fm prochaine. Ses forces étaient presque totalement épuisées ; il ne prenait plus qiie des liquides, et rendait cinq à six selles en vingt-quatre heures : ses déjections alvines manquaient de consistance. 11 mourut vers le milieu de septembre, et n'oiîrit aucun symptôme cérébral particulier pendant l'agonie.
Autopsie du corps.
Le crâne est sain. En enlevant sa voûte osseuse, on s'aperçoit que les hémisphères cérébraux vis-àvis de l'os frontal , ne remplissent pas la cavité de la dure-mère: cette membrane, au lieu d'être tendue, forme des rides et paraît affaissée.
En pénétrant dans la grande cavité de l'arachnoïde , on donne issue à de la sérusilé sanguinolente dont la quantité s'élève à trois onces à peu près. L'arachnoïde cérébrale et la pie-mère sont épaissies, et d'une couleur bleuâtre sur la face supérieure des hémisphères cérébraux principalement. La pie-mère est soudée aux circonvolutions dans un grand nombre de points , ia substance grise est légèrement teinte en rouge.
A la partie supérieure du lobe moyen du côté droit , on découvre une altération locale. Cette altération consiste en une excavation superficielle
d'un ponce de long sur six lignes de large, dirigée suivant la longueur d'une circonvolution : la nnéningineetla méningette la recouvrent sans adhérer à ses parois. En enlevant les membranes on voit qu'il s'est effectué une perte de substance ; la substance grise a disparu entièrement; la substance blanche est même usée dans la profondeur d'une ligne environ. La cavité est exempte de coloration et d'humidité, elle n'est enduite d'aucune matière particulière.
La substance blanche, examinée dans les différents points du cerveau, paraît saine; le cervelet et la moelle alongée sont jugés sains.
Poitrine. Rien de particulier du côté du cœur et du côté des poumons.
Abdomen. Les villosités de l'estomac , ainsi que les villosités de l'iléon présentent une coloration noire.
APPENDICE AU CHAPITRE DES COMPLICATIONS. Pb<;nomèncs convulsifs.
C'est à dessein, et dans la vue de fixer davantage l'attention, que je traite des phénomènes convulsifs séparément et sous forme d'appendice. Ce ne sont que des symptômes ; il serait important de déterminer ce qui se passe dans le cerveau au moment où ils se manifestent. J'espérais, en muU tipliant les autopsies , arriver à quelque résultat positif à cet égard ; mais jusqu'ici je n'ai trouvé
aucune différence essentielle entre les cerveaux des paralytiques morts au milieu des convulsions et les cerveaux des paralytiques qui n'ont pas eu de convulsions: d'autres serontpeut-êtreplusheureux; mais en attendant qu'on connaisse l'altération matérielle qui cauee les phénomènes convulsifs , je m'attacherai à les décrire.
Les phénomènes convulsifs sont rares pendant les deux premières périodes de la paralysie géné^ raie ; ils sont très fréquents vers la fin de la troisième période. Quelquefois ils ont , jusqu'à un certain point, l'aspect propre c\ l'épilepsie ; presque toujours ils se présentent sous la forme que nous allons décrire.
Le paralytique est tranquille , assis sur son fauteuil ; ses fondions se font comme de coutume : on le quitte sans avoir d'inquiétude sur son état. Quelques heures après , on apprend que sa vie est menacée. En arrivant auprès du lit , on trouve le malade étendu sur le dos , sans connaissance , et on remarque que ses lèvres , ses joues et ses paupières se contractent incessamment. D'un autre côté, tout le système musculaire est dans un état convulsif. Les membres d'une moitié du corps, ou tous les membres à la fois, sont contractés et secoués d'une manière brusque : la commotion est tellement forte qu'elle imprime au tronc même un déplacement qu'on aperçoit malgré l'épaisseur des couvertures. On pourrait comparer ces mouve-
ments à ceux que présentent les animaux qui sont sous l'influence des préparations de noix Yomique. Dans quelques cas, ces accidents se calment avant la mort ; dans d'autres , ils continuent jusqu'à la dernière heure. Il est assez commun de voir leur succéder des contractures des avant-bras , des doigts, des jambes, des cuisses, etc. Tantôt ces contractures se bornent à un seul membre , tantôt elles affectent tout un côté du corps , tantôt enfin elles existent dans les quatre membres à la fois. Les phénomènes convulsifs dont nous parlons s'accompagnent ordinairement de chaleur à la peau , de fréquence du pouls , de rougeur de la face , de sj'^mptômes inflammatoires en un mot (i).
(i) On a avancé, dans beaucoup délivres, que les convulsions sont un des signes les plus certains des phlegmasies aiguës de l'arachnoïde, c'est-à-dire qu'on a remarqué des convulsions dans des cas où l'arachnoïde était enflammée , et où le pourtour du cerveau l'était aussi , ou tout au moins était violemment irrité. Mais de ce qu'on observe des convulsions chez un individu, on ne peut pas conclure que la phlegtnasie réside au pourtour du cerveau. En effet, en lisant attentivement les auteurs, et en suivant ce qui se passe au lit du malade, on voit que les convulsions générales se manifestent quelquefois dans les phlegmasies des deux hémisphères, dans celles du mcsolobe, du scptum médian, de la voûte à trois piliers, etc.; donc les phénomènes convulsifs généraux ne peuvent servir à localiser l'altération de l'encéphale , seulement ils laissent beaucoup de probabilité en faveur d'une phlegmasie.
Mais, diia-t-on, quand les convulsions se trouvent bornées à une moitié du corps , il est permis de conclure qu'il y a un travail /7ar<(c«lier dans le côté opposé du cerveau. La chose est vraie, mais il ne faudrait pas affirmer que l'autre hémisphère est sain. J'ai vu des sujets