‹ De la paralysie considérée chez les aliénésChapitre 42 sur 63 · N° LI · texte numérisé non relu

N° LI

Un homme atteint d'une paralysie générale , très avancée , bien portant du reste , fut couché à six heures du soir. A minuit je le trouvai sans connaissance : les yeux étaient fermés , les mâchoires rapprochées 5 les lèvres continuellement en mouvement. Ces espèces de spasmes se propageaient aux muscles delà face et aux sourcils. Les deux bras étaient maintenus par une camisole , on voyait malgré cela qu'ils étaient agités par des convulsions légères et permanentes. Les jambes et les cuisses ne restaient pas une seconde en repos ; les muscles se contractaient involontairement et imprimaient au lit des mouvements sensibles aune grande distance. (Saignée, lavement purgatif , cataplasmes sinapisés aux mollets. ) A sept heures du matin , mêmes symptômes : pouls faible , fréquent ; respiration embarrassée ; penu chaude; visage coloré, très altéré. (Sangsues au cou.) Le troisième jour, les convulsions cessent, le sujet n'a plus l'air dé souffrir, et son état est

qui n'ont eu des convulsions que d'un côté du corps , et qui portaient une altération encéphalique double ; bien mieux, les convulsions des quatre membres peuvent coïncider avec une lésion cérébrale ttès circonscrite, et n'intéressant qu'an point d'un lobe; c'est une exception aux règles connues. Il faut croire que , dans ce dernier cas , les accidents convulsifs sont frour ainsi dire symptomatiques de la lésion locale; elle réagit sur toute la niasse du cerveau, la modifie, et les convulsions sont la conséquence de cette modification , qui nous échappe à l'ouverture du corps.

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tel qu'il a coutume d et e depuis long-temps. Il commence de nouveau à se lever et végétera jusqu'à ce que de nouveaux accidents viennent l'assaillir.

N» LU. — PABALYSIE GÊNÉ XALE Ar DECXIEME DEGBÉ, PHÉNOMÈNES GONVCLSIFS.

MonomaDÏe; idées de luxe et de ricîiesses ; embarras dans la langue; faiblesse des membres abdominaux; par intervalles, symptômes de congestion sanguine vers la tête; au bout de six mois, démence; augmentation de la paralysie; dans le cours du septième mois, secousses convulsives dans tous les points da système musculaire locomoteur (i).

M. Julien T***, âgé de trente-deux ans , est marié depuis cinq années , et occupait autrefois un emploi de préposé aux douanes. Une constitution brune , des proportions régulières , un heureux développement des cavités splanchniques , une véritable vigueur de jeunesse, semblaient promettre une vie longue et une santé exempte de troubles. Il n'a point de parents aliénés , a reçu de l'éducation, a des mœurs douces et un caractère toujours égal. Étant jeune, il a abusé des femmes , et a été soumis par deux fois à des traitements anti vénériens ; il a dévoré beaucoup de chagrins , et pendant plus de quinze mois a versé des pleurs à l'insu de sa f jmiile.

En 1824, après unlongséjour au lit, occasioné par une phlegmasie intestinale , cet homme perd la

(i) Service de M, Royer-CoUard.

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raison dans un court dé'ai, et l'on commence à apercevoir des sigjj^es de paralysie générale vers la langue et du côté des membres abdominaux. Le délire ne s'annonce point par du bruit et des éclats; le malade éprouve une joie paisible et a la ferme persuasion que la fortune l'a tout-à-coup comblé de faveurs. Il affiche une grande générosité, s'imagine que ses richesses sont immenses et promet à tout le monde de Vor , des rubis et des pertes. Les applications de sangsues , l'emploi des révulsifs établis derrière le cou n'ayant procuré aucun changement avantageux , on provoqua la réclusion.

Au moment de la première investigation (août 1824)» M. T*** présenta d'abord les apparences de la plus brillante santé; la figure était pleine, convenablement colorée , et le système musculaire fortement dessiné sous la peau, les digestions étaient rapides; appétit vif, respiration facile. L'espérance se dissipe sans retour aussitôt qu'on arrive à l'examen des fonctions cérébrales. Le sujet n'a pas l'intelligence abolie, mais elle ne conserve pas, à beaucoup près, sa vij^ueur première. Il n'est pas agité , mais aussitôt qu'on lui prête un peu d'attention , il s'étend ave c plaisir sur l'éclat de sa fortune, et se perd dan? les rêveries du luxe le plus extravagant. Il mar ;he presque tout le jour et remue facilement les jr mbes ; cependant sa démarche a quelque chose < e cadencé , dans certains

moments les i>\eds s'ernbarrasseniVun dans l'autre. Il prononce difficilement les finales des mots , se reprend deux, trois fois, et emploie beaucoup de temps à s'exprimer. Ses bras n'offrent aucun indice de faiblesse ; les organes des sens exécutent librementleurs fonctions. (Bains, tisanes délayantes, saignées locales , régime peu réparateur ; plus tard , exutoire à la nuque. )

Cinq mois s'écoulèrent sans changements notables seulement à différentes reprises; la faiblesse des extrémités inférieures , l'embarras de la langue parurent instantanément redoublés ; espèce d'étonnement , de stupidité; air hébété, progression moins solide, mots inintelligibles, absolument comme s'il se fût formé vers la tête un comment cément de congestion sanguine. Cependant les autres fonctions se maintenaient dans un juste équilibre , et il ne survenait aucun symptôme aigu. Quarante-huit heures plus tard, on ne trouvait pour l'ordinaire aucune trace des accidents en question.

Dans le cours de janvier 1825 (six mois de sé-r jour à Charenton ) , le cerveau s'affecta plus profondément que jamais. Le sujet versait beaucoup de larmes, s'agitait le jour et la nuit; il se salissait avec ses déjections , perdait ses bas , ses souliers , et ne se rappelait même pas les avoir pris; la démence augmentait d'une manière effrayante ; d'une semaine à l'autre ses progrès devenaient plus

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sensibles. D'un autre côté la paralysie générale menaçait d'atteindre son plus haut degré. Le malade écartait les bras en marchant ; l'équilibre du tronc était mal assuré , et tout en parcourant un long corridor avec assez de vitesse , l'aliéné laissait traîner ses pieds, ce qui donnait à la progression un aspect tout particulier. Les membres thorachiques servaient encore à tous les usages qui leur sont propres : les sens ne présentaient rien de particulier. (Cet homme abandonne sa chambre, et passe à l'infirmerie. )

Le mois suivant (sept mois de réclusion) , la maladie se complique de nouveaux symptômes :1a figure est colorée, l'œil brillant; le délire est signalé par des cris , des mouvements d'impatience; on observe des secousses convulsives dans les bras et dans les jambes ; la tête et le tronc ne restent pas un instant en repos , les muscles de chaque région se contractent sans cesse et tout le corps s'ébranle à la fois. La peau est brûlante, couverte de sueur; la langue est rouge et sèche , le pouls fréquent , la soif difficile à éteindre ; en vain on adresse la parole au malade , il ne paraît pas avoir conscience de ce qui se passe autour de lui. (Sangsues derrière les oreilles, applications froides sur la tête, lavements laxatifs, tisanes délayantes.) Les symptômes aigus diminuent (la fièvre, la soif, la chaleur , etc. ); mais , pendant trois jours, les mouvements cloniques continuent

sans interruption; le quatrième, ils disparaissent, et le malade se plaint d'une excessive fatigue.

T*** vivait encore vingt jours plus tard : des eschares gangreneuses profondes commençaient à se former sur différents points du corps ; la maigreur était excessive; l'intelligence était rigoureusement effacée ; le malade fut soustrait à notre observation , et mourut probablement peu de temps après.

N" LUI. — PARALTSIE GÉNÉRALE JlV DEUXIEME DEGRE, PHÉNOMÈNES CONYULSIFS.

MonomaDÏc des richesses ; embarras dans la prononciation ; jambes faibles ; démence. La paralysie générale fait des progrès; état comateux ; convulsions de la face et de la moitié droite du corps ; sensibilité abolie de ce côté ; mort. — Sérosité rougeâtre dans la grande cavité de l'arachnoïde ; oedème et épaississement de la méningine et de la méningette ; adhérence de la pie-mère au cerveau ; substance grise qui s'enlève par plaques; défaut de rorisislance dans la pulpe; couleur lilas. Substance blanche, sablée; substance grise du cervelet , bleuâtre (i).

En 1820 l'aliénation mentale débuta tout-àcoup chez un père de famille qui, plus tard, vint terminer ses jours dans l'établissement, et dont nous traçons ici l'observation. Cet homme , âgé de trente-sept ans , avait reçu de l'éducation , possédait de la fortune, et avait fait des excès d'abord avec des maîtresses , ensuite avec une épouse d'une constitution éminemment ardente. 11 n'avait jamais abusé du vin, du café, des liqueurs alcoo-

(1) Service de M. Royer-CoUard.

liques et on ne lui connaissait aucun parent aliéné. La maladie paraissait avoir été déterminée par l'action d'un soleil brûlant que le sujet avait reçu à plomb sur la tête, et qui avait produit une espèce de rubéfaction de la figure. Pendant long-temps , il avait éprouvé des chagrins domestiques auxquels la famille attachait peu d'importance, mais qui l'avaient vivement affecté; quelques jours avant le début des accidents , le malade avait fait des opérations de commerce qui lui avaient rapporté beaucoup d'argent et s'était abandonné à une joie déraisonnable.

Les premiers symptômes s'étaient annoncés sous les apparences les plus fâcheuses; le sujet, sims se livrer à aucun désordre d'action, et tout en conservant sa douceur et sa tranquilhté habituelles, écrivait une foule de choses propres à caractériser Valiénaiion. 11 voulait faire bâtir un bazar , et prétendait pouvoir rivaliser de luxe avec les cours les plus puissantes; il n'entendait plus rien aux affaires^ et dissipait sa fortune, pensant réellement posséder des trésors inépuisables. ( On provoque la réclusion , on applique un traitement méthodique. ) La maladie cérébrale prend très promptement un accroissement qui ne laisse aucune espérance : la mémoire se perd , le jugement s'affaiblit; l'indifférence est extrême, la malpropreté excessive; cet aliéné conserve à peine le

souvenir de sa femme et de ses enfants , et dit

tout ce qui lui vient à l'esprit ; ses discours sont dénués de sens, et ses propos incohérents; on observe en un mot les principaux signes de la démence.

Deux ans plus tard (trois ans après l'invasion de la maladie), la paralysie générale commença à faire sentir son influence : la langue et les lèvres avaient perdu en grande partie leur mobilité; le malade se reprenait plusieurs fois en parlant et ne pouvait prononcer distinctement les mots. En le suivant de l'œil à la promenade, on s'apercevait dans certains instants que les jambes manquaient de force, la progression était pénible ; du reste la santé physique paraissait fort bonne.

Au commencement delà quatrième année, dans l'hiver, l'état du sujet s'aggrava d'une manière sensible : il passait la journée dans le voisinage du poêle, la tète penchée tantôt sur une épaule, tantôt sur l'autre. Sa physionomie était stupide; il mangeait d'une manière qui inspirait le dégoût ; il paraissait étranger à toute espèce de sensation agréable; ses idées étaient insignifiantes, détachées , et devenaient on ne peut plus rares. La prononciation nécessitait des efforts qu'on apercevait en suivant avec attention les mouvements des lèvres, des joues et même du gosier; la plupart des mots étaient inintelligibles. L'aliéné avait pour habitude de se tenir debout une partie de la journée, sans que cette attitude parût le fatiguer : par un contraste biznrrc, dès qu'il essayait de marcher,

les jambes ne pouvaient plus supporter le poids du corps , et, pour prévenir une chute , le nriulade se hâtait de prendre un point d'appui contre la muraille ou contre tout autre objet résistant. Les mains conservaient manifestement un degré de mobilité plus étendu , mais leurs efforts de contraction se bornaient cà peu de chose. Les impressions douloureuses étaient vivement senties ; les organes des sens exécutaient régulièrement leurs fonctions ; la figure s'altérait; la maigreur gagnait toutes les parties du corps; cependant on n'observait pas de symptômes fébriles, et il n'existait aucun signe qui pût faire soupçonner un dérangement dans Je ventre ou dans la poitrine.

Dix mois plus tard , les accidents étaient encore dans le même état. L'infirmier qui , le soir, avait couché le malade le trouva , le matin suivant , étendu sur le dos et sans connaissance ; la bouche était tirée à droite et les lèvres étaient agitées de mouvements convulsifs.Lebras et la jambe du côté droit paraissaient à peu près frappés de résolution , mais ils ne restaient pas une seconde en repos , et laissaient voir une succession non interrompue de secousses involontaires, dont le sujet n'avait pas même conscience : ces parties ne sentaient plus ; la chaleur y était diminuée. Dans toute la partie gauche du tronc, on n'apercevait rien de semblable; le bras, la main, le pied, la jambe, conservaient la mobilité restreinte dont ils jouissaient auparar

vant : leur sensibilité n'avait point disparu ; le pouls était fréquent et battait avec force : carus, déjections involontaires. ( Craintes d'une mort prochaine. ) Saignée du bras, sangsues à la base de la mâchoire , vésicatoire aux deux jambes , deux demi-lavements purgatifs.

Le lendemain , même liberté d'action dans le côté gauche , mêmes phénomènes dans le côté droit. La figure est rouge , la peau brûlante et la langue très sèche ; fréquence extrême du pouls : connaissance, nulle.

Mort le troisième jour. Les symptômes convulsifs et les symptômes généraux persistent jusqu'au moment où la vie cesse.

Autopsie du corps.

Tête. La boîte osseuse n'a rien offert de remarquable : la dure-mère n'a pas contracté d'adhérences avec la voûte du crâne.

J'incise la poche fibreuse : le cerveau , recouvert de ses enveloppes, paraît d'un petit volume ; mais toute la grande cavité de l'arachnoïde est distendue par une énorme quantité de sérosité rougeâtre, qui s'écoule en nappe , et laisse à nu la masse encéphalique ; on retire le cerveau du crâne , et l'attention est fixée sur l'arachnoïde cérébrale et sur la pie-mère. Ces deux membranes , examinées à droite, à gauche, sur les côtés des lobes , à la

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base du cerveau, etc. , présentent un épaissîssement notable et un tispect opalin; on fait des efforts pour les séparer du pourtour du cerveau, en commençant par riiémisplière droit; on trouve, presque partout , la substance corticale soudée avec la pie-mère, et lorsqu'on enlève cette membrane, la pulpe cérébrale la suit. La substance grise qui a été enlevée avec la pie-mère est ramollie^ offre la teinte violacée, lie-de-vin. En examinant l'hémisphère qu'on vient de dépouiller de ses membranes, on le trouve raboteux^ inégal, comme écorc/ié; avant de l'entamer avec l'instrument tranchant, nous examinons si les méninges du côté gauche ont également contracté des adhérences avec la substance corticale, et si cette substance a subi les altérations mentionnées tout à l'heure : d'abord l'enveloppe membraneuse semble n'offrir qu'une faible résistance et se détache facilement, mais bientôt nous rencontrons des adhérences multipliées, et la substance grise paraît profondément malade.

On promène la lame du scalpel à la superficie des circonvolutions de l'un et de l'autre hémisphère , et , en pressant légèrement , on racle la substance corticale dont on enlève une demiligne à peu près, sous forme d'une pulpe molle et de couleur lilas; on coupe par tranches le reste de la substance grise , et cela dans toute son étendue ; partout la couleur grise a été remplacée par la teinte

^jS I>E LA PARALYSIE,

violacée qui a été mentionnée dès le principe.

La substance blanche est examinée à son tour : sa consistance n'est pas altérée ; sa coloration est naturelle; cependant, dans quelques points, elle offre une foule de petites gouttelettes sanguinolentes , qui lui donnent l'aspect sablé.

Les ventricules latéraux sont distendus par de la sérosité , dont la quantité est évaluée a deux onces de chaque côté.

Les enveloppes du cervelet s'enlèvent sans difficulté; la substance grise est très boursouflée, et sa coloration est vraiment bleuâtre. Les cornes d'Ammon et les coips striés avaient offert quelque chose d'analogue.

Le prolongement rachidien, entouré de ses enveloppes, est retiré avec précaution du canal osseux qui lui sert d'étui : la sérosité a pénétré jusqu'à sa partie la plus déclive , et s'écoule au moment où l'on incise la dure-mère. Les membranes n'adhèrent point à la moelle, qui^ne présente aucune des altérations notées dans le cerveau.

Poitrine. A droite et à gauche, les poumons adhèrent aux plèvres costales. L'adhérence paraît ancienne; à droite, le fond delà cavité pectorale contient six onces de sérosité trDuble. Les deux poumons sont tuberculeux; les tubercules sont gros comme des pois ; il n'y en a pas en suppuration. — Le cœur paraît à l'état normal.

Abdomen. L'estomac est fendu, suivant la di-

rectioiî de sa grande courbure : sa membrane interne est enduite d'un mucus blafard , qui finit par se détacher à force de lavages. La membrane restée à nu est pointillée en rouge; dans quelques points il existe des plaques en forme d'ecchymoses, et le tissu muqueux semble usé. Je ne sais si celte usure est le résultat d'une phlegmasie. Dans le duodénum on ne trouve plus ni stries rouges, ni ecchymoses, mais les villosités sont toutes noirâtres ; au contraire les villosités de l'intestin grêle sont grisâtres.

Il n'existait rien de notable (l?n5 les autres organes abdominaux.

IS"^ LIV. Mélancolie; guérison; rechute; démence; prononciation diiBcile , progression incertaine, tremblements généraux. Plus tard, paralysie générale au dernier degré, mouvements cloniques, mort. — Sérosité dans la grande cavité de l'arachnoïde, altération générale de la substance grise ; substance blanche consislante (i).

D**', âgé de quarante-deux ans, célibataire, d'une taille peu élevée, d'une constitution bilieuse bien prononcée , a eu un premier accès de monomanie au commencement de 1809; d'abord cet accès parut céder à un traitement méthodique qui fut appliqué dans un établissement spécial, mais il récidiva au bout d'un délai fort court, attendu que l'isolement avait cessé beaucoup trop tôt. Conduit à Charenton en 1810, cet homme laissa voir

(1) Service de M. Royer<Collard.

les signes qui caractérisent ]a monomanie : morosité sombre, tendance à l'isolement, interprétations sinistres, penchant au suicide, etc. Les tentatives qu'on fit pour le rappeler à la raison furent moins heureuses que la première fois. Au bout de quelques années l'intelligence s'affaiblit, et le délire devint beaucoup plus général qu'auparavant. Les idées fixes avaient fait place à une agitation vive; on remarquait surtout une loquacité intarissable et un besoin irrésistible de marcher : ce violent exercice épuisait les forces. À la longue, l'agitation se calma , mais la démence survint aussitôt , et la vie du malade fut tout-à-fait végétative.

L'isolement durait depuis treize années, quand on s'aperçut que la prononciation n'était plus nette comme autrefois; la voix était tremblotante ^ et les sons étaient difficilement articulés. De son propre aveu le sujet devenait chaque jour moins fort^ et souvent, en marchant, il sentait ses jambes plier sous le poids du corps. Ces s)'^mptômes avaient été précédés d'un tremblement qui avait commencé par les bras j, et qui s'était ensuite propagé à la tête et au tronc. La santé physique n'éprouvait aucun dérangement sensible ; la température de la peau , l'état du pouls , n'offraient aucune indication particulière. Le malade répugnait à se soumettre à un traitement; on attendit tout en observant la marche des accidents.

La paralj'-sie générale augmenta graduellement pendant toute la lin de 1820 ; au commencement de l'hiver de 1824, l'aliéné tombait à chaque pas ; il abandonna sa chambre et se rendit à l'infirmerie. Nous avions rarement vu la paralysie générale se compliquer de tremblements aussi marqués et aussi étendus. La tête ne restait pas une seconde dans la même position ; les lèvres, les bras , les cuisses, les jambes, étaient le siège de frémissements qui imprimaient à tout le système musculaire une espèce de mouvement ondulatoire continuel et qui persistait , soit que le sujet se tînt debout, soit qu'il fût assis ou couché. La voix était presque convulsive ; la progression commençait à être difficile ; le malade perdait l'appétit ; sa figure était rouge ; il était excité, parlait plus qu'à l'ordinaire, riait souvent aux éclats, et ne sentait pas sa fâcheuse situation. (Sangsues au cou à plusieurs reprises, pédiluves irritants, boissons délayantes en abondance. )

Au commencement d'avril , D*** cessa de se lever ; les tremblements s'étaient changés en véritables secousses convulsives et permanentes, qui, par leur aspect, avaient une frappante analogie avec les convulsions que provoque l'administration de la noix vomique. Le sujet conservait encore sa connaissance , et souriait en voyant le mouvement que son corps imprimait à ses couvertures; l'intelligence était presque abolie; les pupilles étaient très larges,

aSa DE LA PARALYSIE,

à peu près immobiles ; la sensibilité était conservée dans toutes les parties du corps ; les organes de la vue , de l'ouïe , de l'odorat , étaient encore légèrement impressionnables; le pouls était fébrile, l'estomac ne supportait plus que le bouillon, tout annonçait une mort prompte. L'individu résista jusqu'au mois de mai ; les mouvements convulsifs des quatre membres et du tronc ne cessèrent qu'avec la vie. Dans les derniers instants , le malade ''n'avait plus de connaissance, mais il sentait encore vivement la douleur. Il avait de la fièvre; la peau était couverte de sueur; la langue était desséchée ; les déjections coulaient involontairement.

Autopsie du corps.

Tête. La voûte du crâne est fort mince , et on l'isole facilement de la dure-mère. Cette membrane n'est pas injectée.

Je pénètre dans la grande cavité de l'arachnoïde ; cette cavité est remplie par delà sérosité limpide dont la quantité est évaluée à six onces.

L'enveloppe qui résulte de la réunion de l'arachnoïde cérébrale avec la pie-mère, est mince, transparente , dépourvue d'injection et d infiltration , et son aspect diffère totalement de celui que présentent ordinairement les méninges des paralytiques.

La pie-mère n'adhère pas à la superficie du cer-

veau ; elle s'enlève facilement et sans endommager la substance corticale.

Aussitôt que le cerveau est dépouillé de ses membranes , nous l'examinons avant de pratiquer aucune coupure, dans toute sa périphérie : cet organe présente une rougeur érysipélateuse ; à l'intérieur la substance grise est comme boursouflée , comme tuméfiée ; on dirait qu'elle a été mélangée avec une matière colorante violacée ; son aspect est comparable à celui de la lie-de-vin : la consistance n'est cependant pas altérée.

La substance blanche, et principalement dans le voisinage des ventricules , est très consistante : elle est comme imprégnée de sang liquide qui suinte de toutes parts , sous forme de gouttelettes.

Il n'y a pas de sérosité dans les ventricules latéraux ; les parties qui concourent à leur formation se trouvent fermes et résistantes.

Il n'existe pas d'altérations locales dans les corps striés, dans les couches optiques, la voûte à trois piliers , le septum lucidum , le corps calleux, les commissures , les pédoncules du cerveau dans la protubérance , etc.

Le cervelet se sépare facilement de ses membranes , il a le degré de consistance normal , mais la couleur de sa substance grise ressemble à celle de la substance grise du cerveau.

Le canal rachidien est ouvert avec précaution : il ne s'écoule pas de liquide de l'étui membraneux

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qui protège la moelle ; la consistance paraît naturelle , sa substance grise est couleur lilas.

Thorax. Les poumons sont parfaitement crépitants ; le cœur et les gros vaisseaux paraissent sains.

Abdomen. Foie à l'état normal. Il n'existe aucun désordre dans la rate, le pancréas, la vessie , les reins.

La surface interne de l'estomac est décolorée. — La membrane muqueuse du duodénum présente une bîancbeur parfaite. — Les intestins grêles sont singulièrement rétrécis; en aucun point ils ne peuvent loger le bout du petit doigt; ils n'offrent aucune trace de rougeur. — Le caîcum est rempli de matières dures et comme calculeuses ; sa circonférence est appliquée sur ces espèces de pelotes stercorales , et les vaisseaux capillaires de la membrane muqueuse sont notablement injectés. — Dans le rectum et dans toutes les portions du colon on rencontre des matières fécales endurcies et une vive injection.

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