‹ De la paralysie considérée chez les aliénésChapitre 43 sur 63 · N° LV. PARALYSIE CÉNÉRAIE AU TROISIEME DEGRE · texte numérisé non relu

N° LV. PARALYSIE CÉNÉRAIE AU TROISIEME DEGRE

PHÉNOMiÈNES CONVULSIFS.

Bizarreries; excitation. Manie aiguë, actes désordonnés; prononciation obscure; faiblesse des menabres pelviens. La paralysie augmente graduellement, le délire persiste , le sujet tombe dans la démence. Pendant cinq jours, mouvements cloniques dans les quatre membres; le sixième, cessation des accidents : mort au bout de quelques semaines. — Sérosité dans la cavité de l'aracbnoïde ; injecticn et infiltration de la pie-mère et de l'aracbnoïde cérébrale ; quelques adhérences entre la pie-mère et le cerveau; sérosit(i dans les ventricules latéraux (i).

C. , employé dans les contributions directes, d'un caractère léger, étourdi, aimant beaucoup la chas&e et les plaisirs, contracte, à vingt ans, une affection vénérienne , qu'il traite par le mercure et sans aucun ménagement. Sa barbe et ses cheveux tombent; il est rétabli à trente ans , et fait un mariage d'inclination.

A trente-quatre ans , il éprouve des contrariétés dans son intérieur et craint de perdre son emploi : l'étendue de son intelligence diminue sensiblement. Les personnes qui le connaissent de longue date s'aperçoivent qu'il est excité , il ne peut rester un instant en place, court continuellement à cheval et s'abandonne à une gaieté extravagante ; cependant il vaque encore à ses travaux, et s'en acquitte avec la plus grande exactitude. Cet état de choses continue jusqu'à trente-six ans.

A cette époque, l'aliénation n'est plus douteuse;

(0 Service de M. Royer-Collard.

l'individu est incapable de tenir ses livres et on est obligé de rectifier tout ce qu'il fait ; il n'a plus de mémoire ; il passe , dans la même heure , d'une joie excessive à une tristesse profonde ; il ne respecte aucune convenance , et se met en colère dès qu'il est contrarié.

A. trente-sept ans , il s'abandonne à la boisson , se livre à la masturbation, et commence à manquer d'assurance en marchanU II est encore plus difficile à contenir qu'autrefois ; il passe une partie du jour achevai, s'habille d'une manière bizarre, galope sans ménagement au milieu des rues , et fait des gestes qui attirent la multitude autour de lui. (On est forcé de provoquer l'isolement. )

Cet homme entra à Charenton au milieu des forles chaleurs du mois d'août. Depuis quelques jours , il souffrait de l'estomac et vomissait ses aliments. On n'observait cependant ni fièvre , ni chaleur à la peau , ni altération des traits de la face: son médecin l'avait saigné, avait prescrit la diète et l'usage des boissons délayantes. Sa gaieté n'avait point de bornes; il courait seul dans le promenoir, poussait de grands éclats de rire, et s'amusait à la manière des enfants. Aussitôt qu'il m'aperçoit il m'embrasse, me prend pour son frère, et m'engage à partager ses amusements. Après beaucoup de peine je parviens à fixer un instant sa mobilité; mais il lui est impossible de rester en place et il s'échappe. La langue était eeusible-

ment embarrassée, les linales des mots s'entendaient difficilement. Au milieu de ses courses extravagantes, il chancelait d'une manière subite, s'arrêtait pour leprendre Téquilibre , et recommençait à courir. Ses bras décrivaient les mouvements les plus variés et les plus étendus ; la sensibilité était conservée. (Bains, applications réitérées de sangsues au cou, potages, tisanes rafraîchissantes. )

Trois mois d'isolement. — L'excitation persiste, et l'aliéné ne dort presque pas; et il s'échappe dans le promenoir aussitôt qu'il est levé , et emploie toute sa journée à parler, à rire et à courir. Les jambes sont plus faibles qu'autrefois; assez souvent le malade tombe tout-à-coup, et il chancelle beaucoup plus que dans les premiers temps. Sa prononciation est très défectueuse ; il est malpropre: la démence fait des progrès.

Cinq mois d'isolement. — C*** tombe à chaque pas, il urine dans ses vêtements, maigrit de plus en plus et paraît à moitié hébété. Les muscles des bras , et même les muscles du tronc , manquent de force : le pronostic devient de plus en plus fâcheux.

Six mois d'isolement. — La progression est absolument impossible; la sensibilité est émoussée; le malade reste à demeure sur un fauteuil; il peut encore remuer les jambes ; il se sert assez facilement de ses mains ; cependant leur mobilité est

restreinte; il est incapable d'apprécier sa position, et n'a plus qu'un reste de facultés instinctives. Un soir , il tombe dans un état comateux : la figure est rouge, la peau chaude et le pouls fébrile ; les deux bras, les deux jambes , et le tronc luimême , sont le siège de mouvements cloniques qui se renouvellent incessamment ; il est douteux que l'usage des sens soit conservé ; le décubitus a lieu sur le dos; les yeux sont ouverts et fixes ; le malade semble n'avoir aucune connaissance. ( Cataplasmes sinapisés aux mollets , sangsues au cou , lavements purgatifs, eau d'orge, diète. ) Cet état dure cinq jours. Le sixième , les mouvements convulsifs cessent , l'individu parle et parvient à comprendre quelques unes des questions qu'on lui adresse; la figure est encore rouge, et les traits sont entièrement décomposés. Cependant le danger n'est plus aussi imminent; le pouls revient à l'état normal. (On continue la diète et les boissons délayantes. ) Les symptômes aigus disparaissent ; l'aliéné rentre dans les conditions où il était avant ces accidents.

Sept mois d'isolement. — Marasme , eschares profondes sur différents points du corps; mouvements à peu près abolis , tant du côté des bras que du côté des jambes; existence automatique; langue rouge , sèche ; soif vive; selles liquides , fréquentes ; mort.

Autopsie du corps.

Tête. Les os sont épais; la dure-mère ne présente rien de particulier.

La grande cavité de rarachnoïdc contient une quantité notable de sérosité; la méningine et la méningette. réunies, présentent un épaississement considérable qui est dû à l'œdème deleur tissu. En exerçant une certaine pression sur ces membranes la sérosité s'écoule, l'épaississement et l'opacité diminuent; mais les vaisseaux sanguins n'en restent pas moins rouges et foncés en couleur.

Sur la partie moyenne des hémisphères cérébraux, non loin de la scissure interlobaire, la piemère a contracté des adhérences avec la substance grise superficielle , et lorsqu'on enlève la membrane la pulpe reste attachée par plaques à sa surface.

En général la consistance de l'encéphale ne laisse rien à désirer; sa coloration ne donne lieu à aucune remarque.

Il s'écoule plusieurs onces d'un liquide jaunâtre des ventricules latéraux.

Cervelet , protubérance annulaire et moelle alongée exempts d'altérations.

Poitrine. Cœur sain , poumons légèrement en goués , pleurésie légère.

Abdomen. Teinte rouge, dont la nature est incertaine, dans la membrane interne de l'estomac.

— Non loin du caecum, la membrane muqueuse de l'intestin grêle est d'un rouge vif, et le canal intestinal est rempli d'un mucus sanguinolent.

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