‹ De la paralysie considérée chez les aliénésChapitre 44 sur 63 · N" LVI, PARALYSIE GÛ>ÉRALE XV DEUXIEME DEGRÉ · texte numérisé non relu

N" LVI, PARALYSIE GÛ>ÉRALE XV DEUXIEME DEGRÉ

PHÉXOMÈSES CONVCLSIFS.

Perle de mémoire; dcsordrc dans les idées; embarras dans 2a prononciation. Toul-à-coiip, congestion sanguine vers la tête. Le délire augmente, ftireur aveugle; progression mal assurée. Phénomènes convuisirti pendant vingt-quatre heures: au bout d'un mois , mort. — Diire-mère injectée, sérosité dans la grande cavité de l'araclinoïde, œdème et injection de la méningine et de la méningette ; adhérences partielles : substance grise superficielle colorée ; substance blanche sablée , granulations dans les ventricules (i).

Marie-Marguerite B***, âgée de quarante-neuf ans, demeurant à Paris , mariée en secondes noces, a été réglée vers sa quatorzième année et a offert pendant toute sa jeunesse une susceptibilité nerveuse tellement prononcée que la plus légère contrariété suffisait pour provoquer de violentes attaques de nerfs. Elle n'avait point de parents aliénés; son caractère était doux, et exempt de bizarreries ; ses passions étaient modérées; elle avait fait plusieurs fausses coucbes , et avait fait usage du mercure , après avoir supporté pendant plusieurs années les ravages d'une affection syphilitique dont la nature avait été méconnue.

Vers la quarante-septième année, la menstruation se dérangea; un peu plus tard , les règles se

(i) Service de M. Royer-CoUard.

supprimèrent en totalité , et madame B*** resta sujette à un écoulement blanc ; déjà on remarquai: un défaut de mémoire qui s'accompagnait de faiblesse dans les idées; la malade s'adonnait à l'usage du vin, mais principalement des liqueurs alcooliques. L'aliénation mentale , proprement dite , n'existait pas encore , mais le caractère devenait ombrageux, jaloux; la famille redoublait de soin pour cacher au public l'étrange révolution qui s'opérait dans le moral. La prononciation était embarrassée ^ les extrémités inférieures manquaient de solidité , la progression était pénible. Ces premiers symptômes restèrent deux ans stationnaires: la malade atteignit sa quarante-neuvième année.

A cette époque , une circonstance funeste vint causer les plus grandes alarmes. Le sujet fut renversé par un coup de sang , perdit à peu près complètement connaissance , et resta dans l'impossibilité de prononcer un seul mot; quand la stupeur disparut, les membres étaient à moitié engourdis, semblaient d'une extrême pesanteur, et agissaient difficilement. Bains de pieds sinapisés, applications de sangsues au cou, diète sévère , etc. La congestion cérébrale se dissipa dans un court délai, mais la prononciation devint encore plus difficile qu'auparavant. La progression était mal assurée, chaque jour la malade faisait des chutes; cependant l'exaltation faisait des progrès mani-' festes ; cette femme prétendait que les Tuileries

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lui appartenaient et qu'elle était reine de France, etc. Cette idée n'était pas l'idée la plus dominante. Tourmentée par une foule dlmllucinations, l'aliénée soutenait que tout le genre humain conspirait contre son repos, qu'on attentait à ses jours , qu'on cherchait à l'empoisonner , etc. Étante disait-elle, bien décidée à se défendre jusqu'à la fin, elle s'agitait , menaçait , poussait des cris, et se livrait au plus grand désordre d'action : on ne pouvait plus la contenir ; elle entra à Charenton par les fortes chaleurs de l'été.

Le sujet est d'une taille moyenne, sans défaut de conformation; l'œil est brillant et la figure animée , les traits de la face sont profondément altérés. Le tempérament sanguin prédomine. Le pronostic est grave; on craint que la paralysie générale et la violence du délire ne déterminent promptement la mort. De suite on a recours à l'application de la camisole, et on maintient la malade sur un fauteuil ; la nuit, elle couche en loge, dort peu et pousse des cris horribles; le matin, si on lui laisse quelques moments de liberté, elle court comme une furieuse, continuant à vociférer, et traînant partout le désordre à sa suite. La faiblesse des extrémités pelviennes devenait de plus en plus sensible : la fréquence des chutes rendait toute espèce d'exercice dangereux. Cependant les membres thorachiques exécutaient des mouvements d'une grande étendue ; la langue

n'articulait distinctement aucun mot. (Bains, nombreuses applications de sangsues aux tempes.) Pas de mieux.

Du nj août au 9 septembre, il ne survint aucun accident ; l'excitation cérébrale ne portait point atteinte à la santé pbysique ; les organes thorathiques et abdominaux exécutaient librement leurs fonctions. Le 10 septembre, l'existence fut compromise : la malade fut trouvée étendue sur le dos vsans connaissance; la respiration était stcrtorcuse , et se faisait entendre aune grande distance ; la figure était vultueuse ; les jambes , les bras, les mains, s'agitaient con\'uUi\emenl ; les artères battaient avec force; les selles coulaient involontairement ; tout faisait croire à une mort prochaine. (Lavement laxatif, cataplasmes sinapisés aux pieds, sangsues au cou , diète.) Dès le lendemain, absence de mouvements convulsifs ; madame B*** a toute sa connaissance , mais il lui est impossible d'articuler un seul mot; les opérations intellectuelles étaient encore suspendues. Au bout de deux jours la fureur reparaît et on éprouve la plus grande peine à contenir la malade.

Les symptômes généraux , tels que la perte de l'appétit, la fièvre, la chaleur à la peau, l'altération du visage, n'avaient point disparu. La malade était condamnée à rester au lit, où on était obligé de la fixer étroitement avec une camisole. La maigreur, la continuité de la pression , tout

faisait craindre l'apparition des escliares;il s'en forma bientôt d'une étendue alarnaante, aux lombes, au sacrum, sur les tubérosités sciatiques, et la suppuration attaqua jusqu'aux os. Cette aliénée fmit par succomber le 4 d'octobre, et délira jusqu'au dernier moment. La paralysie de la langue et la paralysie des membres abdominaux étaient à peu près complètes , les bras étaient moins profondément affectés, cependant leur mobilité était restreinte.

Autopsie du corps.

Extérieur. Maigreur excessive , pommettes saillantes, colorées; yeux bleus, cheveux châtains , tempérament sanguin. Indépendamment des esehares mentionnées , le corps est couvert de vastes ecchymoses ^ et qui ressemblent à celles que détermine quelquefois le scorbut ; elles sont très nombreuses sur les bras , sur les cuisses et sur les seins, etc.; leur pourtour est d'un jaune livide qui va en se perdant dans les tissus voisins ; leur partie moyenne est violacée : ces ecchymoses ont été produites par les coups que le sujet s'est donnés, et parles chutes multipliées qu'occasionait la paralysie.

On dissèque quelques unes des places ecchymosées , on trouve les mailles du tissu cellulaire sous-cutané remplies d'un sang noirâtre; la peau

elle-même contient une certaine quantité de sang en tout semblable.

Tête. L'os frontal a acquis une épaisseur considérable ; les autres os du crâne ne présentent pas d'épaisseur notable. La dure-mère est fortement injectée; de nombreuses gouttelettes de sang suintent à sa surface externe.

La grande cavité de l'arachnoïde contient au moins six onces de sérosité; le liquide s'écoule; on examine la partie convexe du cerveau , tandis qu'il est encore en place.

Sur une infinité de points, l'arachnoïde cérébrale est rouge; la rougeur est distribuée par plaques, et pénètre les plus petits vaisseaux.

Le feuillet cérébral de l'arachnoïde est séparé de la pie-mère par une couche épaisse de sérosité limpide , ce qui n'est nulle part aussi apparent que dans l'intervalle des circonvolutions, qui sont largement écartées les unes des autres. Au fond de chacune d'elles, on aperçoit un liquide qui tremble comme une gelée. La pie-mère et l'arachnoïde réunies présentent une épaisseur qui est loin d'être naturelle. On enlève le cerveau , on le renverse , on voit que les altérations que nous venons de décrire existent dans toute l'étendue de sa circonférence.

On rompt l'arachnoïde et la pie-mère, et l'on cherche à les séparer d'avec le cerveau; une partie de la sérosité iDÛltrée dans leur épaisseur s'écoule

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le long des hémisphères , et ces membranes reprennent leur aspect naturel.

Il est impossible d'enlever la pie-mère sans intéresser le cerveau : la substance corticale ne reste pas généralement attachée , comme une pulpe, à la membrane, mais la pie-mère abandonne les circonvolutions avec peine , et les hémisphères, dépouillés de h'urs enveloppes, paraissent raboteux , granulés ^ comme saignants.

A la base du cerveau , à sa partie antérieure (à droite comme à gauche) , la substance corticale est plus ahérée que partout ailleurs : elle se sépare par plaques, et paraît violacée et ramollie.

En pénétrant dans l'épaisseur du cerveau , on ne rencontre pas autant de coloration dans la substance corticale qu'on l'avait soupçonné, à en juger par la superfuie. La teinte lilas n'est bien prononcée que dans les endroits où les adhérences avaient été poussées très loin.

La substance blanche n'offre aucune trace d'altération loca'e. Elle est un peu sablée , et des gouttelettes de sang sortent par les orifices de ses petits vaisseaux , à mesure que le biétouri les intéresse.

Il existe à peine de la sérosité dans les ventricules latéraux : on aperçoit un grand nombre de granulations sur la membrane qui recouvre leur surface.

Les plexus choroïdes sont d'un rouge vif; la

CONSIDÉRÉE CHEÏ LES ALIÉNÉS. 2Cj')

glande pincale est injectée; les couches des nerfs optiques, les corps striés, le septum médian , le mésolobe , le trigone cérébral , les pédoncules du cerveau , sont jugés exempts d'altérations.

L'arachnoïde cérébelleuse ne participe pas aux désordres qui existaient dans l'arachnoiMe du ccryeau. Le cervelet ne manque pas de consistance. ^ Poitrine. La caviié des plèvres ne contient pas de sérosité ; les poumons crépitent et n'ont subi aucune modification appréciable. Cœur sain.

Abdomen. La membrane muqueuse gastrique est rosée. — La membrane muqueuse du duodénum est contractée, couverte d'un mucus visqueux. — Les intestins grêles sont rétrécis , leur coloration n'a rien offert de particulier.

Foie sain. Pancréas sain ; la rate , les reins , la vessie sont à l'état naturel.

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