‹ De la paralysie considérée chez les aliénésChapitre 46 sur 63 · N° LX. — PARALYSIE GÉNÉRALE AU DEUXIEME CEGRÉ , PHÉNOMÈNES CONVULSIFS · texte numérisé non relu

N° LX. — PARALYSIE GÉNÉRALE AU DEUXIEME CEGRÉ , PHÉNOMÈNES CONVULSIFS

D'abord , manie aiguë; plus tard , gène dans la prononeiatiou , diËGculté à marcher ; tout-à-coup , convulsions suivies de contracture à droite; sensibilité presque éteinte; mêmes symptômes à gauche, à part la contracture ; mort. — Fausse membrane organisée sur les hémisphères; pie-mère adhérente au cerveau ; arrachement de la substauce grise ; coloration liede-vin ; substance blanche à l'état sain (i).

Un officier, sur le compte duquel nous n'avons

(i) Service de M. Royer-CoUard,

obtenu aucun renseignement , passa d'abord une année entière dans un état presque continuel d'agitation ; la nuit il dormait peu , mettait ses couvertures en désordre, se salissait avec ses déjections; le jour, il déchirait ses habits , parcourait le promenoir d'un air égaré, parlait seul et proférait des mots incohérents; son délire était général et appartenait à la manie; le malade était jeune et doué d'un tempérament sanguin bien prononcé; quoiqu'il fut très agité, il ne lui arrivait jamais de se laisser aller à des actes de violence , et il n'était point difficile à contenir.

Vers le commencement de la deuxième année , l'excitation parut se calmer; l'individu continua à être malpropre , mais , au lieu cfe courir dans le promenoir, il se tint habituellement à la même place, et parla beaucoup moins; il ne refusait plus de répondre aux questions qu'on lui adressait, mais il avait beaucoup de peine à trouver quelques idées du reste insignifiantes ; la raison était manifestement affaiblie et la démence avait succédé à la manie. Jusque là il n'avait point manqué d'appétit, et la santé physique s'était maintenue aussi bonne que possible; un peu plus tard on aperçut de l'embarras dans la prononciation ; l'aliéné hésitait en parlant, et le bégaiement devenait surtout sensible lorsque le malade voulait chanter. Une fois qu'on eut l'éveil, on se hâta d'explorer toutes les parties du système musculaire; alors on vit que le

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malade chancelait en marchant ; le soir ses jambes s'enfatent; après s'être assuré un grand nombre de fois de la vérité des faits, on pensa que la langue et les jambes étaient sous l'influence d'une paralysie générale commençante.

Vers la fm de l'année , les intestins s'enflammèrent, le dévoiement résista long-temps aux moyens qu'on employa pour le combattre, le sujet perdit beaucoup de son embonpoint, la somme des forces diminua rapidement. Après différentes alternatives d'un mieux apparent qui était toujours suivi de rechutes . cet officier fut conduit dans une infirmerie où il mourut six mois après. En arrivant dans la salle il marchait encore , mais avec une peine extrême : on comprenait facilement son langage , mais la prononciation était pénible et les progrès de la paralysie étaient évidents; elle ne faisai-t point encore sentir son influence sur les membres thorachiques et sur les muscles du tronc, cependant la tête tombait sur la poitrine, et toute la partie supérieure du corps avait de la tendance à s'incliner en avant ; les organes des sens ne prenaient aucune part au désordre; toutes les facultés mentales étaient anéanties et il ne restait plus, pour ainsi dire, que l'instinct.

Un matin, qu'on venait de placer cet homme sur un fauteuil où il avait l'habitude de passer la journée, on vint nous dire que la paralysie aug-mentait et que le danger semblait pressant:

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nous nous transportâmes sur-le-champ auprès de lui et nous notâmes les symptômes suivants : face très rouge, prononciation impossible, secousses cloniques dans tout le côté droit du corps qui est privé de mouvements volontaires ; tiraillements convulsifs de la bouche, pupilles dilatées , sensibilité peu apparente dans les membres affectés. Il n'existe rien de semblable dans le côté gauche qui conserve sa liberté accoutumée , laquelle est fort restreinte il est vrai ; le pouls est un peu plus fréquent que dans l'état naturel; le malade boit de la tisane avec avidité et a le dévoiement.

Au bout de cinq jours, les mouvements cloniques du bras droit et de la jambe droite se trouvèrent à peine apparents; mais les doigts se courbèrent sur la paume de la main , le bras se rétracta , la jambe devint raide , tout le côté resta perclus.

Pendant une semaine, on n'observa aucune nouvelle particularité ; à cette époque, le côté gauche commença à jjrésenler rigoureusement tous les symptômes qiie nous avons décrits tout à l'heure à l'occasion du côté droit : mouvements brusques du bras, de la jambe, sans que le sujet s'en aperçût et que la volonté y prît la moindre part ; grimaces des lèvres, état comateux , insensibilité profonde de tous les sens ; ces phénomènes ne durent pas plus que les premiers, et en disparaissant laissent le bras presque immobile, mais sans rétraction ; la mort arriva un mois après l'apparition des

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niouvcmcnts cloniqucs et du redoublement de la paralysie générale ù droite, vingt jours après la manifestation des accidents convulsifs dans les membres du côté gauche et leur complète résolution.

Autopsie du corps.

Crâne. Les os du crâne, dont l'épaisseur et la dureté n'offrent rien de particulier, n'ont point contracté d'adhérences avec la dure-mère.

J'incise cette membrane afin de pénétrer dans la grande cavité de l'arachnoïde , et je renverse les lambeaux à droite et à gauche ; le feuillet arachnoïdicn qui tapisse sa face interne est recouvert dans toute son étendue par une production accidentelle membraniforme , organisée , intimement unie à la membrane séreuse et qui présente une couleur rouge-brun : en cherchant à détacher cette espèce de couenne, on la déchire par plaques qui sont larges comme la main et dans lesquelles on distingue un grand nombre de vaisseaux.

Du reste le feuillet arachnoïdien qui est en rapport immédiat avec la pie-mère n'est pas épaissi, il n'est revêtu d'aucun tissu analogue à celui qui vient d'être décrit.

Entre le feuillet cérébral de l'arachnoïde et la fausse membrane il existe une cavité de laquelle il s'écoule de la sérosité limpide dont la quantité est évaluée à quatre onces.

On cherche à enlever l'arachnoïde cérébrale et la pie-mère; à droite comme à gauche , à la partie moyenne de chaque hémisphère, auprès delà scissure interlobaire, la face interne de là pie-mère est intimement unie à la substance corticale qui abandonne le cerveau par plaques de huit lignes de diamètre. En examinant attentivement les points d'où la substance grise s'est enlevée on s'aperçoit que la pulpe est boursouflée , inégale , d'une couleur lie-de-vin très foncée; en poursuivant la séparation des membranes, on rencontre çà et là des altérations en tout semblables.

On gratte d'abord, avec le dos du scalpel, la substance grise à sa superficie ; la couleur violacée est partout très prononcée ; on entame cette substance avec le tranchant de l'instrument , la couleur indiquée pénètre dans toute sa profondeur.

Le corps calleux, le septum lucidum , la voûte à trois piliers, les commissures n'ont rien offert de remarquable ; on n'aperçoit pas de granulations sur la membrane qui tapisse les cavités ventriculaires ; la substance blanche est soigneusement coupée p3r tranches , sa consistance et sa coloration ne présentent rien de particulier.

Dans les corps striés et dans les cornes d'Ammon la substance grise est d'un violet très foncé et offre une teinte presque bleuâtre.

Le cervelet, dans l'intérieur de ses circonvolutions, présente une coloration analogue.

Le canal lachidien est ouvert avec précaution; on incise la dure-mère , il s'écoule beaucoup de sérosité limpide ; la moelle offre la consistance normale et n'a point contracté d'adhérences avec ses enveloppes ; la substance grise a le même aspect que celle du cerveau.

Thorax. Le poumon droit est uni à la plèvre costale dans une assez grande étendue ; en effectuant la séparation des plèvres , on remarque sur le côté de la colonne vertébrale une certaine quantité de liquide trouble; le tissu pulmonaire crépite.

Plusieurs portions du poumon gauche sont tuberculeuses et forment des espèces de gâteaux solides, qui se déchirent par la simple pression de la main, et laissent voir dévastes cavités purulentes; des tuyaux bronchiques partent de tous côtés de la surface de chaque cavité ; ces tuyaux sont remplis d'un liquide jaune et visqueux; cœur sain.

Abdomen. L'estomac est ouvert suivant la direction de sa grande courbure ; on enlève les mucosités qu'il contient et on le lave soigneusement ; sa membrane interne est colorée en rouge ; la rougeur est sensible jusque dans les vaisseaux les plus ténus=

La coloration a franchi le pylore ; et la membrane muqueuse du duodénum y prend part ; celle des intestins grêles n'a pas été épargnée; depuis le commencement jusqu'à la fin elle offre une rou.. geur vive qui est très apparente sur les valvules.

Le cœcum semble plus profondément affecté

encore, la coloration est moins vive, mais elle est uniforme et absolument continue.

L'inflammation se propage jusqu'au rectum ; rien de particulier du côté du foie ; le pancréas, la rate , les reins et la vessie sont à l'état physiologique.

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