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DIAGNOSTIC DE LA PAUALYSIE GÉNÉRALE DES ALIÉNÉS

Les symptômes de la paralysie générale des aliénés sont-ils tellement nets et isolés qu'on ne puisse la confondre avec aucune autre affection voisine? En répondant par l'affirmative, 1° je rappellerai ici que j'attache une acception particulière à l'expression de paralysie générale des aliénés; sous ce nom, je ne comprends point toutes les lésions générales des mouvements, mais seulementune affection spéciale, dont l'apparition paraît se rattacher au développement d'une phlegmasie cérébrale chronique. Si on perdait de vue ces conventions, on tomberait dans une confusion que j'ai toujours à cœurd'éviter, et toutes les fois que les membres, pris dans leur ensemble, seraient frappés d'immobilité , que cette immobilité fût due à l'existence d'un double épanchement, d'un épanchemcnt central, d'un ramollissement de la moelle, d'un ramollissement des deux hémisphères, etc., on dirait , C'est une paralysie générale , langage qu'on ne peut approuver, puisqu'il conduit à confondre des maladies totalement dissemblables.

2° J'éliminerai, comme étant d'un diagnostic

impossible, les cas où on est appelé auprès d'un malade que personne n'a suivi, dont les membres sont privés de mobilité , dont la langue n'articule plus aucun mot, et dont l'intelligence est tellement affaiblie qu'on ne peut obtenir une seule réponse propre à mettre sur la voie. L'bémorrhagie cérébrale ancienne, affectant les deux côtés de l'encéphale, une compression générale, de nature variable, produiraient ce résultat tout aussi bien que la paralysie générale des aliénés : il faut donc s'abstenir de prononcer sur la nature de l'altcratiou à laquelle on a affaire, et attendre l'ouverture du corps.

5° Enfin je ferai observer qu'il ne suffit pas d'avoir assisté au début des accidents, de les avoir suivis dans leur marche, et de s'être fait rendre un compte exact de tout ce qui s'est passé depuis l'invasion de la maladie ; il faut encore prendre en considération ce qui n'existe pas , et ne porter sou diagnostic qu'après avoir comparé les symptômes qu'on recueille avec les symptômes propres à toutes les espèces de paralysie.

A. DIAGNOSTIC DE LA MALADIE A l'ÉTAT SIMPLE.

On reconnaîtra la paralysie générale aux caractères suivants : marche graduée éminemmentchronique ; absence de fièvre , de chaleur à la peau ; apparences extérieures de la santé, coïncidant avec un embarras de la langue, d'abord léger, et un dé-

faut de solidité dans la progression , lequel n'empêche pas les malades de prendre de l'exercice > mais rend leurs mouvements mal assurés , tandis que les bras paraissent jouir encore d'une très grande mobilité; augmentation des accidents au point que le langage est inintelligible, que les membres pelviens ne supportent plus le poids du tronc , que les membres thorachiques s'appesantissent, et qu'après avoir résisté dix mois, un an, trois ans, les individus succombent dans un état de résolution générale plus ou moins complet, ayant la sensibilité obtuse ou annulée, et l'intelligence presque abolie , etc. Mais, pour lever toute espèce de doutes relativement au diagnostic de la paralysie générale des aliénés, je passerai en revue tous les cas qui pourraient embarrasser dans la pratique.

1° Les affections rhumatismales sont susceptibles de porter des atteintes graves aux mouvements des membres : on trouve dans les Recherches sur te ramollissement du cerveau ( Rostan, p. 4^-^) un exemple qui vient à l'appui de cette vérité. Moi-même j'ai eu plusieurs fois occasion de faire la même remarque; mais observons qu'il serait difficile que le rhumatisme simulât la paralysie générale des aliénés au point qu'on pût s'y méprendre long-temps. Il faudrait d'abord que le - rhumatisme exerçât son a'^tion sur les quatre membres , ou tout au moins sur deux , pàrrceque , dans le princij)e de la' paralysie générale surtout.

les bras peuvent encore être épargnés; mais il est rare que les affections rhumatismales se fixent au même degré sur plusieurs endroits à la fois ; et lorsque cela arrive, on remarque pour l'ordinaire, vers la partie malade , du gonflement, de la chaleur, et une douleur, que le moindre mouvement fait ressortir ; ia langue conserve sa mobilité , rintelligence ne va pas en s'affaiblissant, les accidents, au lieu d'augmenter lentement^ ont coutume de disparaître avec une certaine promptitude. En effet, on ne citerait guère de rhumatismes qui aient produit la paralysie pendant un an, deux ans, sans s être déplacés , ou sans avoir laissé de lonf^ues intermittences. Joignons à cela que pour l'ordinaire pendant le cours d'une phlegmasie du système musculaire, la santé physique est troublée , tandis que les individus atteints de paralysie générale paraissent très long-temps bien portants.

2° Une artère peut s'oblitérer et déterminer la paralysie d'un membre (Rostan, ouvrage cité, pag. 200 et 255) ; le même effet peut survenir à la suite de la compression qu'exercerait sur un nerf une tumeur quelconque , développée dans son voisinage ; des altérations ^)écia(es des plexus ou des cordons nerveux eux-mêmes produiraient des résultats analogues ; mais ces accidents sont presque . toujours limités à un bras ou à une jambe; jamais ils n'atteignent un certain degré d'importance sans s'accompagner de symptômes propres à éclairer

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sur leur nature; puis la langue ne s'embarrasse pas, et la terminaison seule suffirait pour faire cesser toute espèce de doutes.

5° La congestion cérébrale, ou coup de sang, dont plusieurs auteurs ont cité des exemples (Rochoux, Recherches sur l'apoplexie ; Rostan, ouvrage déjà cilé ) , ne ressemble en rien à la paralysie générale des aliénés : la lésion de mouvement qu'elle détermine est subite j elle affecte bien la langue et les quatre membres , mais elle jette les individus dans la stupeur, et les tue sur-le-champ (n" XXXIX) , ou se dissipe en peu de jours ; il n'en est pas ainsi de la paralysie générale, dont la durée semble devoir se prolonger à l'infini, et dont les apparences sont si bénignes, quoique les suites doivent être fâcheuses.

4° L'hémorrhagie locale du cerveau paralyse les membres du côté du corps opposé au côté du crâne où siège répanchement(Morgagni, Epist. II, n°' 1 1 et i5; Rochoux, observation i'"; Rostan, pag. 345 et 359, etc.) ; il en est de même de l'hémorrhagie qui occupe un seul côté de la protubérance annulaire , un seul côté du cervelet. Il n'y a pas à confondre ce genre de lésion des mouvements volontaires avec la paralysie générale des aliénés, puisqu'elle agit en détruisant les mouvements des deux bras et des deux jambes; mais il est une autre différence qui n'est pas moins frappante : l'hémorrhagie locale produit l'hémiplégie d'une manière

subite , et compromet l'existence dès son début ; au contraire , la paralysie générale , lorsqu'elle n'est encore que peu avancée , ne porte aucun trouble dans les fonctions éloignées.

5° L'hémorrhagie simultanée des deux hémisphères (hcmorrhogie double) produit la paralysie des quatre membres (Morgagni, Epistola III , n° 6; Wepferi, Hisioriœ apopleciicurum, pag. i) ; il en est de même de l'hémorrhagie de la moelle alongée, de la moelle cervicale ; de même de celle qui occupe le centre du cervelet (2^ partie de cet ouvrage), de celle qui occupe le centre de la protubérance annulaire , de celle qui détruit les parties médianes du cerveau ( trigone cérébral , cloison transparente , corps calleux) ; mais , dans tous ces cas , on a encore affaire à une maladie des plus aiguës, dont l'issue est prompte, et plus redoutable encore que celle de l'hémorrhagie locale : de tels symptômes ne seront jamais confondus avec ceux de la paralysie générale des aliénés.

6° L'idée de cette maladie pourrait se présenter à plus juste titre dans la circonstance suivante : Un aliéné a éprouvé dans le cours de sa vie une double hémorrhagie cérébrale; la résorption du caillot s'est en partie opérée, et les mouvements généraux se sont passablement rétablis ; mais la parole est restée embarrassée, et les bras ainsi que les jambes ont conservé de la faiblesse. On recon-

naîtra de suite le g^eiire de lésion auquel on a affaire en remontant aux commémoratifs ; on s'assurera que le malade a éprouvé, à une certaine époque ^ des accicients graves (ceux de l'apoplexie) ; que le danger n'a jamais été plus grand qu'au moment de son apparition ; qu'il a été toujours en diminuant , et que ce n'est qu'à la longue que les membres abdominaux et thoracbiques ont recouvré la mobilité imparfaite dont ils jouissent. Dans la paralysie générale des aliénés , la marche est inverse; les symptômes vont toujours en s'aggravant , et de très légers qu'ils sont en commençant, ils deviennent déplorables à la fin.

7° Nous arrivons au ramollissement aigu de l'encéphale, 11 produit une lésion des mouvements en tout semblable à celle qui correspond à l'hémorrhagie cérébrale; l'hémiplégie quand il est local, limité à un hémisphère (Morgagni, EpistolaF, n" 6. Dissertation de Dan de la Vauterie , n° 6 ; — Rochoux, pag. 175 et 178; — Rostan , pag. 23, 65, 76, etc. ) ; il en est de même du ramollissement partiel du cervelet (Lallemand, pàg. i54î n''6);de même di; ramollissement partiel de la protubérance annulaire ; mais outre que la paralysie est limitée aux membres d'un côté du corps ( ce qui suffit ordinairement pour exclure l'idée de la paralysie générole des aliénés), le ramollissement partiel ne dure que quelques jours , le plus souvent au moins, et s'accompagne, avant de pro-

duire la mort , de signes spéciaux , tels que les fourmillements et les engourdissements des membres, la contracture, les secousses involontaires, la fièvre, la chaleur k la peau, la prostration, la somnolence, etc. Nous ne trouvons rien d'analogue dans la marche de la paralysie générale des .'iliénés.

S° Le ramollissement aigu double détermine la parah'^sie des deux côtés du corps. (Bricheteau^ Joiitnal compl. du Dict des se. méd. , 4^ cahier, 1818, ^ag. 3o5 ; Lallemand, pag. i5,n°6; Rostan , pag. 7e.) Il en est de même du ramollisse^ ment central du cervelet ( Lallemand , pag. ij2 , n" 5); de même du ramollissement centraL ou coihplet de la protubérance ( Bricheteau , Jour-nal compL du Dict. des scienc. méd. , 4* cahier'^ 1818, pag. 5o4; — Lallemand , pag. i58, n" 10). Voilà de l'analogie avec les signes principaux de la paralysie générale des aliénés. Cependant, que de diû'érences sous tous les autres rapports! Dans tous' "ces cas de ramollissement , sj'^mptômes aigu^ , marche rapide, bouleversement de la santé physique, mort proo^pte. Qu'on se rappelle combien la paralysie générale des aliénés est plus insidieuse.

9° Nous retrouvons encore la paralysie des bras et des jambes d;ins ks observations de ramollissement aigu affectant les parties centrales d u. cerveau , telles que le corps calleux, le trigone cérébral, la cloison transparente (Lallemand,

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pag. 179, n" 18; — pag. 184, n" 19; — pag. 190, n° 20); mais les réflexions faites à l'occasion du ramollissement aigu double doivent être reproduites ici et suffisent pour éclairer le diagnostic.

10° Le ramollissement aigu de la moelle alongée , celui de la portion cervicale de la moelle épinière , suspendent Faction des quatre membres. (Rostan, pag. 188.) Qu'il nous suffise de dire que pour l'ordinaire , dès les premiers jours , l'individu ne marche plus, qu'il peut à peine porter ses bras à sa tête, et qu'il paraît si gravement pris , qu'on juge de suite que sa mort est peu éloignée. On doit se souvenir que j'ai calculé ailleurs qu'au début de la paralysie générale on pouvait compter encore, terme moyen, sur treize mois d'existence : il n'y a donc pas moyen de commettre une méprise.

1 1° La phlegmasie aiguë de toute la masse encéphalique ( encéphalite aiguë générale ) , à laquelle il faut rapporter beaucoup de cas d'hydrocéphale aiguë (hydrencéphale, Coindet), beaucoup de cas d'arachnitis aiguës des auteurs, aussi bien qu'un grand nombre d'exemples signalés comme appartenant aux fievies ataxique et adynaînique , etc. , après s'être annoncée par des signes qui lui sont propres , se termine souvent par le ramollissement ou par la suppuration de la pulpe cérébrale, et produit alors la paralysie de tous les membres. [Ahercromhït, the Edinburgh Journ. , etc., cité par

Lallemand , pag. 190, n° 20; — Abercrombie, tlie Edinburghjourn. , etc. , cité par le même, pag. 191; — Martinet et Parent-da-Châtclet (1), pag. 356, 366, 420, 44^' ) D'après cela, chaque fois qu'on verra naître chez un aliéné un délire vaste , accompagné de fièvre, de chaleur à la peau, de gonilement des veines du cou , signalé par des cris, de l'agitation dans les membres, la contraction des pupilles, les grincements de dents, les soubresauts dans les tendons , etc. , il faudra fixer toute son attention sur les bras et sur les jambes, et épier, pour ainsi dire, la manifestation de la paralysie, qui est toujours prête à les envahir : mais si la paralysie les frappe , les circonstances qui accompagnent son apparition suffisent pour mettre sur la voie, et nul praticien exercé ûe prendra cette lésion des mouvements pour la paralysie générale qui exerce ses ravages sur les aliénés.

12" Voici maintenant la question que je me fais moi-même : Une phlegmasie circonscrite à un point ou à quelques points du cerveau, affectant une marche tout-à-fait chronique , et se terminant lentement par un ramollissement , ne devrait-elle pas donner lieu à des symptômes qui seraient en tout semblables à ceux de la paralysie générale des aliénés? Quelles que soient les recherches que j'aie faites, soit dans les auteurs, soit au lit du malade, je n'ai jamais vu de ramollissement qui ait

(\) Reclwrclxes sur l'inflammation de l'arachnoïde.

ressemblé, par sa durée et par ses signes, à la maladie qui fait l'objet de mes recherches. Cependant supposons pour un moment qu'un ramollissement puisse mettre un an, quinze mois à se former, et voyons s'il pourrait être confondu avec la paralysie générale des aliénés.

A. Si le ramollissement supposé avait son siège dans un côté seulement du système cérébro-spinal, il produirait V hémiplégie^ et ne ressemblerait en rien à la paralysie générale des aliénés : il faiit donc supposer que le ramollissement est t/ouft/e, ou qu'il réside dans les parties de l'encéphale qui sont sur la ligne médiane.

B. S'il occupe une partie de la moelle épinièr^e" située au-dessous de la première vertèbre dorsale., les bras et la langue ne participeront pas à la lésion des mouvements, même dans le plus haut déféré de la maladie, et il n'y aura aucune raison pour que l'intelligence s'efface ; or, dans la paralysie générale des aliénés , il existe de l'embarras dans la prononciation , et dès la fin de la deuxième période le plus souvent, de la faiblesse dans les bras, etc,jt; c'est assez pour éviter une méprise.

C. Un ramollissement chronique qui se formerait dans l'épaisseur de la moelle épinière . vis-àvis de la troisième vertèbre dorsale, par exemple, commencerait bien , comme la paralysie générale des aliénés , par altérer les mouvements des membres abdominaux , en laissant une liberté d'action

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entière aux membres thorachiques ; si le désordre remontait ensuite peu à peu jusqu'à la cinquième vertèbre cervicale, il paralyserait les extréaiilés antérieures , et se comporterait encore comme la paralysie générale des aliénés; mais la langue serait hors de Tinfluence de la paralysie, à moins de supposer que le ramollissement s'avançât jusqu'au point d'origine des nerfs de cet organe , chose qui doit être rare ; encore resterait-il cette considération que la langue aurait été frappée la dernière , tandis que dans la paralysie générale elle l'est communément la première.

D. Je vais prendre le cas où le ramollissement chronique débuterait de suite par la portion cervicale de la moelle épinière. On sait que la moelle n'est qu'un conducteur des mouvements volontaires; on sait que, suivant toute probabilité, les faisceaux antérieurs, d'ailleurs peu volumineux, sont chargés seuls de transmettre aux bras et aux jaqabe.s l'impulsion qui les fait agir. On doit supposer que si ces faisceaux étaient assez ramollis pour qu'il y eût paralysie des membres abdominaux, il y aurait paralysie des membres thorachiques ; or, dans la paralysie générale des aliénés , avant la troisième période , on voit précisément le contraire ; les bras agissent encore lorsque les individus ont cessé de marcher depuis long-temps. Joignons à cela que, dans le ramollissement supposé, la langue pourrait articuler les mots avec toute

l'aisance possible, ses nerfs seraient épargnés.

E. Le ramollissement chronique de la moelle nlongee , avec désorganisation des pyramide; antérieures et des éminences olivaires , ne manquerait pas de paralyser les quatre membres et la langue ; mais la paralysie devrait marcher également vite du côté des bras et du côté des jambes ; ce qui n'a presque jamais lieu quand on a affaire à la paralysie générale des aliénés (i).

F. INous arrivons au cerveau proprement dit, et nous continuons l'examen que nous avons commencé. Supposons d'abord que le ramollissement chronique occupe les parties centrales (centre du cervelet, centre de la protubérance , voûte à trois piliers, septum médian, corps calleux) (et la chose devrait être rare, parceque le ramollissement aigu de ces parties l'est déjà ) , est-il croyable que ce ramollissement paralyserait d'abord la langue, puis les jambes, puis enfin les bras, comme le fait la paralysie générale? IN'est-il pas

(i) Quelques personnes ne manqueront pas d'opposer aux raisonnements que je viens de faire quelques exemples de ramollissements de la partie supérieure de la moelle vertébrale, coïncidant avec la liberté d'action des membres thorachiques. (Nouvelle Bibliollièque médicale, tome V, n"> 17 de la deuxième année, page 67.) Je ne prétends point expliquer ces faits; mais, de ce qu'on a vu l'hémorrhagie cérébral« paralyser le côté du corps correspondant à l'hémisphère cérébral où elle siège, en reste-t-il moins constant que pour l'ordinaire le contraire « lieu ? De même le ramollissement complet des parties supérieures de la moelle vertébrale doit produire la paralysie de tous les membres. ( Fiael fils , Notice sur l'inflammation de la moelle épinière. — Rostan, page 206.) La physiologie est d'accord avec la pathologie.

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plus probable qu'il ferait partout sentir son influence au même degré? Joignons à cela que , suivant toute probabilité , il détruirait assez proniptement des surfaces qui ont pour la plupart peu d'étendue , et que la marche devrait être plus rapide que ne l'est celle de la paralysie générale ; enfin , assez souvent le ramollissement borne à un point s'accompagnerait de bonne heure de convulsions , de contractures, symptômes qui sont étrangers à la paralysie générale des aliénés à l'état simple.

G. Il ne nous reste donc plus que le ramollissement chronique double des hémisphères ; ce pourraitêtre un double abcès enkysté par exemple ; il faut convenir qu'une méprise serait facile, mais la marchede ce ramollissement serait moins lenteque celle de la paralysie générale des aliénés ; la santé physique serait plus gravement altérée ; le sujet serait plus promptement forcé à s'aliter; on verrait survenir soit des rétractions, soit des mouvements cloniques, soit des accès épilepliformes. Ce serait un hasard si les symptômes existaient avec la même intensité à droite et à gauche (i). Enfin, dans \e plus grand nombre des cas, les bras cesseraient de se mouvoir en même temps que les jambes.

()) 11 est bien des cas de paralysie générale desuiienésoiilalésioa des mouvfiments est plus profonde à droite qr'à gauche. (Voyez page 28.) Mais ces cas font exception, ils deiveot fixer l'altention. La prédominance de la paralysie indique qu'il existe dans l'hémisphère opposé quelque chose de particulier n'existant pas dans l'autre hémisphère ; il , faut faire des efiGarts pour savoir en quoi consiste co /ftielque chose .

i3° Les affections cancéreuses du cerveau, dont le diagnostic est encore si obscur , attendu qu'il y â rarement identité et presque toujours complication dans les symptômes , pourraient-elles simuler la paralysie générale, dans le cas où elles se manifesteraient chez des aliénés ? Il faudrait , pour qu'une tumeur cancéreuse en imposât, qu'elle eût acquis un volume considérable , de manière à comprimer les deux hémisphères , ou qu'elle fût double. Elle en imposerait encore en se ramollissant peu à peu , et en faisant partager son état de mollesse aux parties médullaires adjacentes ; mais il est à remarquer qu'avant de produire la paralysie , le cancer décèlerait sa présence par un certain nombre de signes assez constants. Des douleurs de tête lancinantes se déclarent , elles redoublent par instant , elles s'accompagnent d'ètourdissements , de convulsions , lesquelles sont souvent épileptiformes ; la peau de la ligure prend une teinte jaune; les membres sont douloureux , et la douleur a le caractère lancinant , comme celle du crâne ; quand la mort arrive , il y a longtemps qu'on est frappé de tous ces phénomènes , qui sont étrangers à la paralysie générale des aliénés , et ce ne serait que par le plus extraordinaire des hasards que le cancer offrirait assez de traits de ressemblance avec elle pour qu'on ne l'en distinguât pas de bonne heure (i).

(i) Une jeune dame, très bien constituée, jouissant d'une bonne

CONSIDÉRÉE r.IIEZ LES ALIÉNÉS. 357

i4° Des tumeurs fibreuses, qui, chez un aliéné, se développeraient dans la cavité droite et dans la cavité gauche du crâne , et acquerraient un volume considérable, détermineraient-elles, en comprimant le cerveau, une lésion des mouvements volontaires comparable à celle que je désigne sous le titre de paralysie générale? Il semble, au premier abord , qu'il doit y avoir beaucoup d'analogie dans la marche de l'une et de l'autre affection ; mais les tumeurs de la dure-mère produisent rarement la paralysie des membres avant de se montrer hors du crâne. Le malade éprouve des maux de tête, la boite osseuse est perforée ;

santé physique, mais éprouvant de temps en temps des accès de manie, et tombant du haut mal, se plaignait de maux de icte violents , qui, étant devenus habituels, n'attiraient plus l'attention, et étaient négligés. Un soir, elle est prise de convulsions épileptiques ; la veille , elle se promenait dans le jardin, jouissait de toute sa raison, et n'avait pas eu d'attaques depuis six mois. En arrivant auprès d'elle, je la trouvai sans connaissance ; les convulsions se succédaient avec une rapidité effrayante. Le tronc était comme tordu sur lui-même ; la torsion allait très loin au cou; les muscles de cette région étaient tendus et comme tuméfiés ; les yeux étaient fixes et les traits de la face déviés ; la bouche était contournée ; toute la figure était sous l'influence de mouvements spasmodiques et désordonnés; les bras et les jambes prenaient part aux accidents, ils so contractaient et se relâchaient incessamment. Respiration bruyante, écume à la bouche, tous les sens abolis. A peine un accès était fini qu'un autre commençait, saus qui; la malade eût le temps de reprendre connaissance. (Une saignée abondante , des sinapismes aux pieds.) Les convulsions persistent, et on compte dix accès épilepti'iues par heure. ) ÎNouvelle saignée , lavements purgatifs, cataplasmes sinapisés aux mollets, potion avec l'opium.) Mêmes syiiiptômfs jusqu'à la mort, qui arrive au bout de suixanlc

on èéfat au-dessous du cuir chevelu une tumeur rénitcnte, et qui suit les mouvements d'élévation et d'abaissement du cerveau; quand on la comprime on la fait rentrer en tout ou en partie , en provoquant de la douleur, et quelquefois des accidents comateux. Il n'en faut pas davantage pour éclairer le diag;n()Stic.

15° Le propre d'une exoslose interne qui occuperait toute la voûte du crâne, par exemple, serait de paralyser graduellement les quatre membres ; la marche de la maladie serait lente, et on n'observerait aucun symptôme aigu; il serait difficile de diagnostiquer un pareil désordre s'il n'y

heures. — Le crâue a de belles dimensions; il se brise sans difBculté. On incisela dure-naère , on cherche à la détacher de l'apophyse cristagalll ; on s'aperçoit que la partie antérieure du cerveau est malade. On découvre l'altération, et on voit qu'il s'agit d'un cancer. II s'étend depuis l'apophyse crista-galti jusqu'à deux pouces plus haut , sur les côtés des deux lobes, en suivant le trajet de la faux du cerveau; à droite, il s'arrête un peu plus tôt : transversalement , il occupe plus d'espace encore ; il va d'un fosse temporale à celle du côté opposé , en passant devant la scissure interlobaire , et en recouvrant la partie antérieure de chaque hémisphère. L'une de ses faces est incrustée dans la substance grise, l'autre fait saillie au-dessus des circonvolutions et adhère aux méninges qui sont épaissies : le tissu cancéreux est dur, lardacé, homogène, criant sous le scalpel; il n'a pas commencé à se ramollir. Au pourtour du noyau , il me semble que la substance grise a perdu un peu de sa consistance , et qu'elle se racle plus facilement qu'ailleurs. Il me semble encore que sa couleur tire sur le violet, et qu'elle contraste avec celle du reste de l'organe. M. Royer-Collard , qui était présent à l'ouverture , n'adopta pas cette manière de voir, et pensa que la coloration et la consistance de la pulpe étaient femblabh.'i à peu près partout, — Le reste du cerveau est sain.

avait au dehors aucuue saillie des surfaces osseuses, et l'idée d'une paralysie générale se présenterait probablement; heureusement les exostoses 5ont rares, surtout les exostoses placées de manière à agir en même temps et avec le même degré de force sur l'un et sur l'autre hémisphère du ceiv veau. J'ai supposé que la tumeur ét.dt entièrement cachée , ce qui n'est guère probable. En effet , c'est un hasard si la table externe de l'os ne se déforme pas tôt ou tard ; il s'établit un travail dans l'exostose, uu il se forme dans le voisinage des tumeurs de même nature ; elles sont le siège de douleurs d'un caractère particulier, et on ne tarde pas à apercevoir d'autres traces d'infection syphilitique. Beaucoup d'autres particularités , difficiles à prévoir , suffiraient pour mettre sur la voie ; quoi qu'il en soit, il pourrait se faire qu'on ne soupçonnât pas l'existence des tumeurs osseuses , mais elles ne peuvent donner lieu qu'à des erreurs de peu d'importance.

16° On trouve dans l'ouvrage de M. Ollivier sur la moelle épinière , un exemph; de rétrécissement du trou occipital. Si la moelle était interceptée , la paralysie serait générale, et on ne pourrait guère , avant l'ouverture , soupçonner la cause des accidents ; la compression pourrait s'exercer sur un point moins élevée. Il n'est pas une vertèbre qui ne soit susceptible de fournir des végélation? osseuses, et il n'est pas besoin pour que

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la paralysie se manifeste qu'elles acquièrent un grand développement ; le canal vertébral est étroit, la moelle est placée au milieu d'un cercle osseux, elle se trouve de suite entre deux surfaces résistantes. Bien peu de médecins d'aliénés auront occasion de rencontrer des cas semblables ; joignons à cela que la paralysie ne s'étendra à la langue et aux bras qu'autant que le désordre siégera dans le voisinage de la moelle alongée.

Je passe sous silence les paralysies qui dépendent de la déformation de la colonne vertébrale , telles que celles qui se manifestent quand les vertèbres se carient, par exemple; la direction des apophyses épineuses : l'étude, même superficielle, des symptômes qui accompagnent la lésion des mouvements, est plus que suffisante pour éclairer le diagnostic.

17. Lacliorée, ou danse de Saint-Guy, qui n'est qu'un symptôme d'une affection cérébrale inconnue , et que M. Pinel avait placée primitivement dans la classe des asthénies musculaires , n'est pas toujours aussi facile à distinguer qu'on pourrait le croire de la paralysie générale des aliénés. Comme son aspect est rarement le même chez deux individus différents, comme on a souvent décrit sous le même titre des objets qui selon moi manquent entièrement d'analogie , je n'entreprendrai point de mellre ses caractères tn présence de ceux de la paralysie générale des aliénés ; mais je dois appeler

ratteutioii sur le diagûostic différentiel de ces deux maladies, parceque, dans quelques cas, il m'a embarrassé , et que les lumières des personnes qui m'entouraient n'ont pu éclaircir mes doutes. Je reviendrai par la suite sur ce sujet.

18. Les tremblements {tremor des nosologistes ) m'ont parfois jeté dans la même incertitude ; j'ai eu sous les yeux des vieillards aliénés dont la voix était tremblante, dont la tête et les mains étaient continuellementen mouvement , dont la démarche était comme cadencée , et qui du reste jouissaient d'une bonne santé : une maladie accidentelle mettait fin à leurs jours avant que la lésion des mouvements se fût accrue, et je me demandais s'ils avaient présenté les symptômes propres à la paralysie générale qui débute. J'espère que de nouvelles études m'aideront à résoudre ces difficultés. Combien voit-on naître de difficultés semblables lorsqu'il est question de rapporter à leur type une foule de désordres de la locomotion !

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