CHAPITRE IX
ALTÉRATIONS TROUVÉES DANS LE CRANE DES INDIVIDUS MORTS SOUS l'influence DE LA PARALYSIE GÉNÉRALE.
A. Injection des os du crâne. Quelquefois , au moment où l'on sépare la dure-mère de la table interne des os du crâne , le sang suinte de toutes parts, sous forme de gouttelettes. Le même phénomène s'observe au dehors, lorsqu'on enlève le cuir chevelu. A l'intérieur, le tissu spongieux se trouve pénétré de sang, et offre une teinte rosée. (]\-XXIV,XyiI, etc.)
B. Usure des os du crâne. L'usure des os se rencontre principalement à la voûte du crâne , et coïncide avec l'existence des végétations dont il est parlé plus loin (E. ) Les perforations pénètrent quelquefois jusqu'au diploé, mais elles ont coutume de pénétrer moins profondément. Il n'est pas rare de trouver plusieurs enfoncements sur le même os. Le pourtour de l'ouverture est assez souvent lisse et poli; j'ai vu un temporal presque perforé en grillage ; des rayons étoiles traversaient d'un bord à l'autre de la cavité.
C. Injection de la dure-mere. Le tissu fibreux, séparé des surfaces osseuses, se trouve couvert de sang. Vous épongez doucement, le sang reparaît
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aussitôt. Les vaisseaux capillaires présentent une couleur des plus vives, et les sinus sont distendus par un sang noir. (IN" XXIV, XVII, XXXI , etc.)
D. Perforations de la dure-mere. Ces perforations, ainsi que l'usure du crâne, sont dues à la présence de végétations existant sur la pie-mère. Le tissu fibreux n'est pas perforé d'une manière nette, comme si le trou eût été fait avec un emporte-pièce; ses fibres s'écartent, sans se rompre, et laissent dans leur interstice une espèce de clairevoie, au travers de laquelle le fongus se fraie un passage. (X" XIX , XX , XXI , etc.)
E. Végétations de la pie-mère. Les granulations de la pie-mère attirent en général peu l'attention; elles prennent dans certains cas un développement dont il faut tenir compte ; on en trouve de grosses comme le bout du pouce: pour l'ordinaiie elles siègent sur les côtés de la scissure interlobaire , depuis la partie antérieure des hémisphères jusqu'à leur partie postérieure ; elles sont plus fréquentes à la partie moyenne des hémisphères que partout ailleurs; elles forment des masses mamelonnées, résultant d'une agglomération de petits Lourgeons, et sont recouvertes par le feuillet cérébral de l'arachnoïde ; elles se dirigent vers la duremère , la traversent, et font une saillie qui nous frappe aussitôt que la voûte du crâne est enlevée. Si l'on n'y prend garde, en détachant la dure-mère, on les déchire, elles restent engagées dans lesouver-
CONSID^èiË CHEZ LES AtlÉNES. 5^^
tures du tissu fibreux, et on pourrait se méprendre sur leur point d'origine. Les végétations de la piemère sont plus ou moins nomijreuses, existent, tantôt su ries deux , tantôt sur un seul hémisphère. (N'XIX, XXI, XX, etc.)
F. Epancliement de sérosité dans la grande cavité de l'arachnoïde. Chez presque tous les individus atteints de paralysie générale, il s'opère un epancliement de sérosité au pourtour du cerveau. A peine le bistouri a pénétré entre les deux feuillets de l'arachnoïde , que le liquide s'échappe en jets. (N° XVI, XIX, XXIII, LVII, XXVI, etc.) Sa quantité peut s'élever à six , sept , huit onces , etc. (]N°XXVI,XXXIV,XXXVIII,etc.)Pourl'ordinaire, la sérosité est également répartie à droite et à gauche , excepté lorsqu'il existe de fausses membranes d'un seul côté. ( iN° XXXIV. ) L'épanchement occupe principalement la base du crâne , qui est plus déclive ; le liquide baigne quelquefois la partie supérieure des hémisphères ; il est rare qu'il produise un affaissement notable des circonvolutions. Sa couleur peut être trouble, sanguinolente; sa consistance peut varier; presque toujours il est limpide comme de l'eau.
G. Concrétions albumineuses nonors^anisées. Cette sorte de produit accidentel se rencontre dans la grande cavité de l'arachnoïde, tantôt d'un seul côté, tantôt des deux côtés ù la fois. Les concrétions albumineuses ressemblent à une gelée con-
iistanteetdanslaquelle on ne découvre aucune trace de vaisseaux; elles peuvent former un coagulum assez épais pour écarter de sept à huit lignes les deux feuillets arachnoïdiens; elles sont aplaties, disposées par plaques, dont la largeur absolue n'a rien de constant; elles sont superposées sur un hémisphère ou sur les hémisphères ; j'en ai rencontré de très minces, légèrement accolées à l'arachnoïde qui revêt la dure-mère ; elles s'enlevaient facilement et s'écrasaient entre les doigts; leur couleur est grisâtre ou blanchâtre ; leur épaisseur varie à l'infini. (?s» XXXIII, XXXIV, XXXV, etc.) H. Fausses membranes organisées. Les concrétions albumineuses qui se forment dans l'intervalle des feuillets arachnoïdiens sont organisables. Après avoir resté plus ou moins de temps en contact avec la membrane séreuse, elles prennent une structure vasculaire et commencent à vivre. Celles que j'ai disséquées étaient adhérentes à la lame arachnoïdienne qui tapisse la dure-mère; j'apercevais , en les enlevant, des points rugueux qui servaient de moyen d'union entre le tissu pseudo - membraneux et l'arachnoïde. La couleur des fausses membranes organisées est parfois rouge et animée , parfois elle est pâle et blafarde. Leur épaisseur et leur consistance dépendent d'une foule de circonstances qu'il est difficile d'apprécier; il est rare qu'elles occupent toute la surface de l'arachnoïde ; le plus ordinairement elles ne s'étendent pas vers la base
du cerveau , et correspondent aux parties latérales des hémisphères ; elles existent des deux côtés ou d'un côté seulement. (]\'°LX. )
I. Concrétions enkystées avec liémorrhagie. J'ai trouvéplusieursfoiscegenred'altération. (]N°XLVI, XLVII.) Vous pénétrez dans la grande cavité de l'a-^ rachnoïde, vous apercevez sur un hémisphère, ou sur les hémisphères , une sorte de coagulum , remarquable par son volume, de couleur grisâtre, que vous enlevez sans difficulté, quoiqu'il adhère au feuillet cérébral de l'arachnoïde; au premier aperçu il semble homogène, entièrement albumineux; vous l'incisez, il contient du sang tantôt liquide, tantôt coagulé ; une foule de filets vasculaires se dessinent dans l'épaisseur de ses parois , qui ressemblent à un kyste : ce kyste s'est-il moulé au pourtour d'un épanchement effectué dans la cavité de l'arachnoïde , ou bien a-t-il existé avant l'épanchement? Je suppose qu'une couche d'albumine se dépose et s'organise sur le feuillet séreux de la dure-mère, une autre sur le feuillet séreux qui recouvre la pie - mère ; les deux fausses membranes sont en contact par l'une de leurs surfaces; elles contractent des adhérences ; tout-à-coup une exhalation sanguinolente s'opère au milieu d'elles, et les éloigne plus ou moins sans les désouder dans toute leur étendue. Le produit de l'hémorrhagie se trouve enveloppé, et l'ensemble représente un kyste fermé de toutes parts; mais une couenne
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qui se formerait et s'organiserait au pourtour d'un épanchement fournirait des résultats analogues. 11 nous semble donc difficile de décider si le kyste a précédé ou suivi la formation de l'épanchement. Cependant, l'hémorrhagie ne pouvant s'effectuer que sur des tissus organisés , si on trouvait du sang enveloppé dans une poche entièrement albumineuse , nullement ou à peine vasculaire, il faudrait conclure, dans ce cas, que la formation du kyste est secondaire.
J. Epanchement sanguin simple entre les lames de l'arachnoïde. J'ai rapporté un seul exemple de ce genre d'épanchement [\\° LXV). Le liquide épanché comprime un seul hémisphère ou les deux hémisphères. L'épanchement, n'existant que d'un côté , peut glisser jusqu'à la base du cerveau , exercer une compression centrale, et déterminer les mêmes accidents qu'une hémorrhagie double.
R. Infiltration séreuse de la pie~mere et de l'arachnoïde cérébrale. L'œdème de la méningine et de la méningette est à peu près constant. Aussitôt que la dure-mère est détachée, on aperçoit, dans l'intervalle des circonvolutions , *un liquide transparent, qui a séparé l'arachnoïde de la pie-mère, et s'est accumulé entre leurs surfaces ; il semble coagulé, et tremble lorsqu'on imprime des mouvements aux hémisphères cérébraux ; il s'écoule au moment où l'on cherche à enlever les méninges, dont le tissu lamelieux est également infiltré ; on exprime
facilement la sérosité qui les pénètre. (IN" XXXVII, XXXVI, XXIX, XXXil, etc.]
L. Epaississement de la pie-mère et de l'arachnoïde. Habituellement l'arachnoïde cérébrale, réunie à la pie-mère, forme une lame qui est excessivement mince ; lorsque cette lame n'a subi aucune altération, et qu'on cherche à la saisir avec des pinces, elle se déchire comme la gaze la plus fine. Chez les aliénés atteints de paralysie générale , elle acquiert souvent une épaisseur et une consistance considérables, qui lui donnent une certaine analogie avec la dure-mère. La nutrition de la méningine et de la méningettc a-t-elle été augmentée, ou l'épaississement est-il dû à l'infiltration du tissu lamelleux? dans le plus grand nombre des cas , l'épaississement disparaît avec l'œdème.
M. Injection de l' araciinoïde cérébrale et de la piemère. Cette injection est fréquente; le cerveau est encore en place ; l'arachnoïde le recouvre ; les capillaires sont faciles à suivre et présentent une couleur vive; ks gros troncs paraissent augmentés de largeur, sojit comme variqueux et gorgés de sang. Les portions de membrane qu'on enlève, et qu'on examine par>ransparencc, offrent une teinte rouge que la dessiccation ne modifie pas.
i\. Adhérence de la substance grise avec la face interne de la pie-mère. Ce genre de désordre est infiniment commun (n" XXV, XXIX, XXVI, XXX, XXXVIII,XXXII, XXXV, etc.), et il constitue l'ai-
tération la plus répandue dans le cas de paralysie générale ; on le rencontre presque constamment lorsqu'on a soin de disséquer la pie-mère et l'arachnoïde sur toute l'étendue de l'encéphale. Tantôt l'adhérence est limitée à certains points, tels que: la partie antérieure et inférieure des hémisphères, la base du cerveau, les scissures de Sylvius, les parties moyennes et latérales de la scissure interlobaire ( n" XXXV, XXXVIII , XLIV , etc.) ; tantôt elle est générale et existe sur toutes les circonvolutions. La pie-mère refuse de se séparerde la substance corticale, et en emporte des plaques d'une largeur variable. Le cerveau , à l'extérieur, paraît éraillé , saignant, comme écorché. Lorsque les adhérences sont moins prononcées , et que la pie-mère n'a pas contracté d'union intime avec les circonvolutions , la superficie du cerveau , au lieu d'être lisse et polie, est raboteuse et chagrinée. Les altérations que je décris sont quelquefois peu apparentes et échappent à une investigation peu attentive.
0. Consistance de la substance grise. La substance grise, qui reste attachée par plaques à la face interne de la pie-mère , manque presque toujours de consistance; lorsqu'on la racle avec le dos d'un scalpel , ses molécules glissent les unes sur les autres, comme les molécules d'une pomme pourrie. La substance grise des circonvolutions est souvent ramollie dans une profondeur d'un quart de ligne ou d'une demi^ligne. (JN"" XVII, XX , XXI, XXII,
XXIV, etc.) Quelquefois le ramollissement est superficiel , et offre à peine l'épaisseur d'une couche de vernis. J'ai rencontré rarement l'endurcissement de la substance corticale ( n" XVIII , XXXVI , XLIX.)
P. Couleur de la substance grise. Au dehors , cette couleur varie à l'infini ; elle peut être érysipëlateuse, rose, lilas, violette, lie-de-vin (n" XXIV, XXXII, XLIV, XXVIII, XXII, etc.); rarement elle est pâle (n" XI, XXI, etc.); rarement elle est à l'état normal. (N" XXXVIII, XXXVI, etc.) A l'intérieur, on observe une infinité de nuances, telles que celles de rose, violet, violet foncé, liede-vin , rouge , rouge jaune , ardoise , etc. L'injection est fondue avec le tissu , intimement mêlée avec ses parties ; parfois , il existe une simple injection, et qui ne devient sensible qu'au moment où l'on intéresse les filets vasculaires. L'injection des petits vaisseaux, au lieu d'être distribuée uniformément, l'est -elle par plaques? la substance grise semble ecchymosée. (N° X.) Pour bien juger de la coloration de cette substance , il importe de l'étudier dans les endroits où elle abonde et forme des couches épaisses.
Q. Consistance de la substance blanche. Cette consistance m'a le plus souvent semblé à l'état normal. J'ai noté chez quelques sujets seulement, et principalement dans le corps calleux, et dans le voisinage des parois ventriculaires , une densité
bien sensible. (]N° XVIII , XXXIV, XLÏX.)M. le
docteur Délaye , dans sa Dissertation inaugurale , cite un grand nombre d'exemples d'indaration de la' substance blanche (pag. 17, lig. i5;pag. 17, lig. 29;pag. 18, ligne 8, 17, 29, etc. ). Presque tous les individus qu'il a ouverts ont présenté ce genre d'altération.
R. Coloration de la substance blanche. La plupart du temps la couleur de la substanceblanche n'estpas altérée ; il existe quelquefois de l'injection dans les capillaires, et le sang suinte lorsqu'on les intéresse avec le bistouri. Les gouttelettes sanguinolentes donnent au tissu un aspect sablé. L'injection est dans quelques cas plus intense sur un point que sur un autre , et offre l'aspect d'une ecchymose. Chez certains sujets , l'injection pénètre les rameaux vasculaires les plus fins, le sang se fond avec la pulpe, et l'injection dégénère en coloration plus ou moins foncée. Je renvoie aux autopsies pour donner idée de ces détails plus faciles à saisir qu'à exprimer.
S. Lésions locales et spéciales du tissu de l'encéphale. Les lésions locales s'observent rarement. L'individu qui fait le sujet de l'observation XLIV a présenté dans le corps strié droit, la cicatrice d'un ancien épanchement : un autre paralytique (n° L) a offert à la superficie du cerveau une espèce d'érosion , assez semblable à un ulcère. Un troisième sujet (n" XLVIII) laissa voir dans l'épaisseur de la
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pulpe un noyau de nature inconnue, gros comme une aveline , et accompagné d'un léger ramollissement. Je ne possède aucun^autre exemple d'altération spéciale limitée à un seul point.
T. Sérosité dans les cavités du cerveau. Les cavités ventriculaires sont fréquemment dilatées, et contiennent depuis une jusqu'à plusieurs onces de sérosité. (^° XXXVII, XXVI, XXI, etc.) L'exhalation qui s'opère sur leur surface est habituellement en rapport avec l'exhalation qui s'est opérée au pourtour du cerveau.
U. Aspect de la membrane propre des ventricules. Souvent on est frappé de la teinte rouge que présente la membrane du quatrième ventricule et la membrane des ventricules latéraux , et l'on remarque avec surprise la saillie des villosités qui couvrent comme autant de petits bourgeons toute la surface ventriculaire. Les villosités prennent un développement extraordinaire dans le quatrième ventricule. Leur couleur est quelquefois rouge ( n° XIX, XVI , XXI , XXIII , etc. ).
V. Epanchement de sérosité dans le rachis. Il s'effectue fréquemment une exhalation abondante de sérosité sur les membranes rachidiennes. Aussitôt que le cerveau est enlevé, si l'on incline fortement l'occipital, le liquide s'écoule par jets, plus ou moins trouble ou même sanguinolent. Il est rare qu'il ne reste pas au fond du canal quelques cuillerées de sérosité lactescente, que Ton trouve
âu moment où l'on incise les apophyses trans- Terses des vertèbres pour examiner la moelle.
X. Etat de la moelle alongée et de la moelle épi-' nière. La moelle alongée et la moelle cpinière sont habituellement saines. Quelquefois , lorsque là substance grise du cerveau est violacée, la substance grise du rachis présente une teinte violette. Ches le paralytique cité n** XLIX, il existait un ramûllUsement local.
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