‹ De la paralysie considérée chez les aliénésChapitre 58 sur 63 · TRAITEMENT DE LA PARALYSIE GENERALE DES ALIENES · texte numérisé non relu

TRAITEMENT DE LA PARALYSIE GENERALE DES ALIENES

Des praticiens d'un grand mérite , découragés par la constante inutilité des tentatives de traitement faites jusqu'à ce jour , conseillent d'abandonner à eux-mêmes les aliénés atteints de paralysie générale. Ils motivent leur opinion en disant qu'on ne sera pas plus heureux qu'on l'a été, et qu'on doit éviter aux malades les inconvénients d'une médication longue et douloureuse. Quelque fondé que soit ce raisonnement, qui d'ailleurs ne repose que sur des vues d'humanité , il me semble tout-à -fait condamnable ; probablement il y aurait moins de maladies incurables si on ne raisonnait pas si souvent de la sorte. Qu'on s'abstienne de traitement lorsque la démence est profonde , et lorsque les individus sont privés de presque tous les mouvements et n'ont plus que quelques mois à vivre, rien n'est plus rationnel; il existe dans le crâne tm désordre auquel on ne renaédierait probablement pas : mais s'il est vrai que , dans les cas d'apoplexie, la nature ait assez de ressources pour résorber un vaste caillot de sang et pour cicatriser les déchirures qui alors existent dans la pulpe

cérébrale, ne pciit-oii pas espérer qu'en aidant sagement cette même nature elle pourrait , quand la paralysie générale n'est encore que peu avancée, opérer la résolution de la phlegmasie chronique qui la provoque, et dont les racines n'ont encore que peu d'étendue? Cette résolution n'a riea d'impossible, et il est certain qu'elle deviendra d'autant plus facile qu'on fera plus d'efforts pour l'obtenir. Ainsi nous pensons qu'il ne faut perdre courage qu'à la dernière extrémité , et qu'il convient d'user de tous les moyens qui paraissent indiqués, avec autant de persévérance et d'opiniâtreté que si l'on était assuré d'avance de rétablir l'intelligence et les mouvements. Partant de là , nous essaierons de tracer sommairement les règles de thérapeutique qui nous semblent appropriées à la circonstance.

Nous choisirons d'abord le cas où on nous présente un aliéné d'un âge moyen , dont la constitution n'est nullement affaiblie, et qui depuis quelques semaines ou quelques mois n'articule plus distinctement les mots et chancelle en marchant , sans que du reste on ait observé les signes propres à l'apoplexie. Beaucoup de médecins, ne prenant en considération que la faiblesse musculaire, et réfléchissant que certains moyens d'une application facile , tels que l'électricité , la noix vomique , la strychnine ,1e sumac traçant, etc. , agissent directement sur la pulpe nerveuse , en l'excitant, n'hé^

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siteraient pas à conseiller l'emploi de ces moyens ; mais il nous semble qu'en se rappelant ce qui a été dit à l'article anatomie pathologique on évitera de prescrire ces médicaments , précisément à cause de leurs qualités stimulantes. En effet , on a affaire à une phlegmasie : on ne peut que favoriser son développement en introduisant dans l'économie des agents qui irritent le cerveau et tendent à déterminer un afflux sanguin de son côté. Au contraire , le traitement atténuant nous semble devoir être généralement adopté , jusqu'à ce que l'expérience prouve qu'il est nuisible ou qu'il est décidément inutile.

D'abord , si on est dans l'été, on s'opposera à ce que le sujet ne reçoive sur la tête les rayons d'un soleil chaud, et on évitera tout ce qui pourrait augmenter l'excitation cérébrale : à cet effet l'isolement est d'un grand secours ; au sein de sa famille, l'aliéné, incapable de calculer ses déterminations , boit sans ménagement du vin , du café , des liqueurs , éprouve des contrariétés qui se renouvellent sans cesse, et le mal , au lieu de diminuer , fait des progrès rapides , attendu que le cerveau est dans un état d'érélhisme continuel. On doit accorder des aliments avec modération et les choisir d'une nature telle qu'ils n'augmentent que faiblement l'activité du système circulatoire; on prescrira l'usage abondant d'une boisson légèrement sucrée , telle que la décoction d'orge

édulcorée avec le sirop de gomme ; la décoction de chiendent et de réglisse , le sirop de vinaigre , le sirop de groseilles étendu d'eau, etc.; en même temps, on tiendra le ventre libre en admi-» nistrant , une à deux fois par jour, des lavements préparés avec la décoction de graine de lin, la décoction de racine de guimauve , etc.

L'usage du bain tempéré ne doit pas être négligé. En général le bain a l'avantage de rendre la peau souple et favorise la transpiration ; il provoque une espèce de détente générale, et rend la circulation plus uniforme. On peut augmenter son efficacité encore en appliquant sur la tête , et pendant tout le temps que le sujetest danslabaignoire, des compresses imbibées d'eau froide, ou mieux des vessies à moitié pleines, qu'on refroidit à mesure qu'elles s'échauffent.

Les émissions sanguines méritent plus d'importance que tout le reste; si le sujet est replet, que la figure soit colorée, l'œil brillant et animé, le délire très étendu , que les vaisseaux du cou soient gonflés , il ne faut pas hésiter à ouvrir une Tcine. La saignée de la jugulaire désemplit directement le système circulatoire du cerveau; mais quand l'agitation est grande, il n'est pas toujours facile de saigner au cou, et on doit préférer la saignée du bras ou celle du pied. Si on juge, au bout de quelques jours , qu'une seule émission sanguine n'ait pas suffisamment rempli i'indica-

tioii, oqi ne court aucun risque de revenir au même moyen, et cela jusqu'à ce qu'on ait obtenu l'effet qu'on se propose.

Dans quelques cas le malade n'est pas assez fort pour supporter les saignées générales ; s'il n'y a aucun inconvénient particulier à employer les saignées locales on y aura recours ; on applique dix sangsues à chaque tempe , derrière chaque oreille ou à la base de la mâchoire , et on a soin de favoriser l'écoulement du sang 'en lavant les piqûres avec une éponge fine trempée dans l'eau tiède. C'est principalement quand il survient quelques complications funestes que les émissions sanguines deviennent indispensables : il m'est arrive souvent de sauver momentanément de la mort des paralytiques qu'une violente congestion avait jetés dans la stupeur; d'autres fois une application de trente sangsues au cou a fait disparaître très promptement des mouvements convulsifs alarmants, et le malade revenait à son état ordinaire. Au reste , les saignées locales et générales n'ont d'effet qu'autant qu'on les renouvelle souvent et qu'on les renouvelle à propos.

Si le traitement que nous venons de conseiller ne produit aucun résultat avantageux , ou si l'on juge dès le principe qu'il n'y a pas lieu à rappliquer, il reste encore d'autres moyens : on s'assure que le canal digestif ^st sain, et alors on l'irrite légèrement, soit à l'aide de boissons iaxatives ,

soit à l'aide de lavements de séné, de casse, de tamarin, etc. On a l'œil fixé sur le malade, qu'on laisse reposer fréquemment , et aussitôt que le médicament provoque des selles trop abondantes ^ on le supprime.

C'est encore dans la vue d'opérer une révulsion utile qu'on applique des vésicatoires aux mollets et aux cuisses ; on doit les laisser suppurer longtemps, et leur donner de très grandes dimensions , autrement ils ne produisent qu'une suppuration peu abondante , et ne sont que d'un faible secours.

Les révulsifs placés dans le voisinage du cerveau^ lorsqu'ils n'augmentent pas l'irritation cérébrale y sont d'une utilité beaucoup plus directe ; le séton, traversant la peau de la nuque dans un^ large étendue, occupe un rang important parmi ces moyens ; en le pansant soigneusement et en l'irritant à propos il fournit du pus en abondance , et n'est pas difficile à entretenir. Après le séton viennent le bouton de feu et le moxa, que l'on applique sur l'occipital ou sur le derrière du cou ; lorsque l'eschare est tombée , ils remplissent les mêmes indications que le séton, mais dans le premier moment ils excitent davantage, soit à cause de la douleur qu'ils déterminent, soit à cause de la fayeur qu'ils inspirent. On peut encore faire usage d'un vésicatoire à la nuque, mais il faut avoir soin de l'appliquer large et de nepastjcop l'irriter, î^tteodu qu'il

po urrait s'enflammer, et produirait un effet opposé à celui qu'on en attend. Quand à l'emploi de tous ces moyens on a joint l'usage de pédiluves sinapisés , qu'on a tenu compte des indications particulières qu'il yavait à remplir, de celles par exemple qui auraient été fournies par la suppression des règles, la suppression d'hémorrhoïdes, d'une dartre, d'un ulcère, etc., si le sort du malade ne s'est pas amélioré, il n'y a plus rien à tenter, tout espoir de guérison est désormais inutile.

Nous arrivons maintenant au cas où l'on aurait à traiter un aliéné dont la paralysie générale se serait manifestée cinq ans, -vingt ans, par exemple, après le début de l'aliénation mentale. Les chances de guérison se trouvent encore moins favorables que cl\ez les sujets dont l'aliénation et la paralysie viennent de débuter. On peut avoir affaire à un idiot, à un imbécile, à un aliéné en démence, à un monomaniaque, à un maniaque dont l'intelligence commence à s'affaiblir; le cerveau est affecté de longue date; l'altération qui détermine la paralysie se trouve greffée pour ainsi dire sur une affection ancienne, ce qui rend le pronostic très grave, mais le traitement doit être le même.

P^rlerai-je de l'attention et des soins qu'on doit accorder aux eschares qui, dans les derniers temps de la maladie, se forment communément sur tous les points du corps où s'exerce la pression? Tantôt ce sont de vastes plaies dont l'aspect n'a

rien de fâcheux, et qui résultent de la destruction des téguments enflammés; de simples compresses enduites de cérat , appliquées convenablement, procureraient une guérisoa prompte, mais il fau- '(Irait que le sujet se couchât dans une position autre que celle dans laquelle il se couche habituellement , sans cela l'étendue des surfaces dénudées augmente chaque jour, et la suppuration accélère l'instant de la mort. Tantôt, au contraire, la peau et le tissu cellulaire se prennent en masse,<>, noircissent, se gangrènent, et quand l'inflammalion détache les escharcs on a des cavernes qui, dans certains cas, s'étendent jusqu'au sacrum, jusqu'aux hanches, jusqii'aux vertèbres lombaires , etc. Ce genre d'accident est beaucoup plus funeste encore que le précédent. Il faut, aussitôt qu'on soupçonne son apparition, employer toutes ses ressources pour faire cesser la pression. Malgré tout ce qu'on a pu faire, s'il se forme des eschares gangreneuses, on les couvre de larges morceaux de diachylon, ou mieux de plumasseaux de charpie enduits de styrax; on remplace le styrax par le cérat, qu'on étend sur des compresses ou sur de la charpie, aussitôt que la gangrène a borné ses ravages et que la plaie est réduite à la condition de plaie simple ; mais il est rare qu'on soit assez heureux pour obtenir la cicatrisation des eschares gangreneuses.

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