SOIXS HYGIÉNIQUES DUS AUX ALIENES ATTEINTS DE PARALYSIE GÉNÉRALE
Dans le chapitre précédent nous' nous sommes occupé des moyens pliarmaceutiques et chirurgicaux qui peuvent apporter une modification utile ' dans l'état du cerveau des aliénés atteints de paralysie générale; notre but était d'obtenir une guérison, ou au moins d'entraver la marche des accidents. Ici la tâche qu'on a à remplir n'est plus la même : on se propose de suppléer au défaut d'intelligence, et pour cela on est obligé de suivre les malades pas à pas et de les gouverner comme des enfants. Tant que la paralysie générale n'est qu'à sa première période, les sujets mangent seuls, se promènent encore; il n'y a qu'à les surveiller , et à les maintenir dans le cas où ils seraient agités. Mais, sur la fm de la deuxième période et pendant tout le cours de la troisième , les difficultés se multiplient; les individus ne peuvent plus se faire entendre, leur intelligence est abolie, à peine s'ils conservent assez d'instinct pour avaler leurs aliments; ils ne se soutiennent plus; ils ne sentent pas quand ils urinent et quand ils rendent leurs matières fécales; on ne peut plus les quitter une mi-
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nulc, ils ont besoin d'un homme assez courageux pour se dévouer à leur service, et pour s'y dévouer entièrement.
La première question qui se présente est la question de savoir dans quelle situation l'aliéné paralytique doit habituellement rester? Faut-il le tenir au lit à demeure, oubienl'asseoirpendantunepartie de la journée? Il importe , tant que les organes thorachiques et abdominaux ne sont pas affectés , de lever les paralytiques du matin au soir; ainsi on retarde l'apparition des eschares, et on se ménage des ressources faciles pour la propreté, qui est de la plus haute importance. Il est rare qu'on puisse laisser au malade ses vêtements ordinaires; presque toujours il est déraisonnable, et a besoin d'être attaché. En second lieu , sa malpropreté est excessive, d'un moment à l'autre il se souille d'ordures des pieds à la tête : on est donc obligé d'appliquer une blouse ; on met par-dessous un gilet de flanelle et une chemise ; on se sert de bas qui montent jusqu'aux cuisses, et on chausse l'aliéné avec des souliers aisés qu'on maintient par des cordons solides. Il ne reste plus qu'à trouver un fauteuil d'une confection particulière.
Le choix de cet objet est moins indifférent qu'on pourrait le croire. Le fauleuil doit être vaste , massif, et porter par-derrière une courroie qui sert à le iixcr à une boucle de fer attachée au mur; ainsi , il est impossible de le renverser. Son dos
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doit être élevé, parfois creusé en gouttière, et convenablement rembourré ; sur les côtés doivent exister des lanières en cuir, qu'on passe sous les aisselles, puis sur les épaules et qu'on vient arrêter à une boucle voisine : par ce moyen, on maintient le haut du corps, s'il a de la tendance à s'incliner. Ce qui reste à dire de la confection du fauteuil est ce qu'il y a de plus important. Le fauteuil est percé, afio que les matières fécales puissent tomber dans un baquet placé en regard du trou; tout le jour les fesses reposent à nu sur le coussinet qui dessine le pourtour delà lunette; si ce coussinet n'est pas confectionné en crins parfaitement élastiques, recouverts d'une peau parfaitement polie , il s'affaisse , se déforme, prend la dureté d'une planche et, à la longue, détermine l'inflammation des téguments du coccyx, du sacrum, des tubérosltés ischiatiques, etc. Il est à craindre que désormais ces escliares ne puissent guérir, parcequ'il sera difficile d'empêcher la compression d'une manière absolue. La position déclive des jambes les expose à l'œdème; il est donc utile de placer davant le fauteuil un petit banc, sur lequel le malade repose ses pieds. En -asseyant le paralytique , on relève sa blouse autour du tronc afin qu'il ne se salisse pas avec ses excréments; dans cette position il est presque nu; il faut le couvrir d'une vaste alèze qui l'entoure depuis la ceinture jusqu'aux orteils ; de plus , pendant la saison froide , on doit constammezit entre-
tenir dans les salles une douce température. On De saurait mettre trop d'assiduité dans les lavages, qu'on pratique aj-ec des éponges fines sur tout le corps, qu'on maintient aussi propre que possible ; de même il est indispensable d'entretenir des courants d'air, délaver le carreau, et de faire disparaître les baquets chargés des déjections alvines. Enfin , on fait manger les individus qui sont incapables démanger eux-mêmes, et le tout étant ainsi organisé , à l'aide d'une surveillance sévère , qui, ni nuit ni jour, ne souffre d'interruption, on parvient jusqu'à un certain point à parer à des inconvénients dont rien ne peut donner idée lorsqu'on n'a pas vu d'aliénés paralytiques. Je vais m'occuper maintenant de la manière de coucher les malades.
Ee bois de lit doit être en planches solides , et creusé en auge y à l'aide de cette disposition on couche le sujet à telle profondeur qu'on veut. Un bois de lit ordinaire aurait des inconvénients : le paralytique , incapable d'apprécier ce qu'il fait, et jouissant encore pour l'ordinaire d'une certaine mobilité des hanches , d'une certaine liberté des bras , se précipiterait infailliblement par terre, en entraînant ses matelas avec lui. La nuit l'on n'ôte point la blouse, mais on la relève sous les aisselles avec la chemise. On prépare le lit avec de la paille longue et fraîche , ou avec un épais paillasson en balle d'avoine, qu'on recouvre d'un drap ; on garnit
le drap d'une vaste alèze pliée en quatre. Lorsqu'on couche le sujet , on se sert de l'alèze pour l'envelopper, comme on enveloppe un enfant dans son maillot : alors on peut rester tranquille sur le sort du malade; mais il faut encore le couvrir convenablement, et l'attacher s'il est agité. Des entraves souples , desquelles part une lisière qu'on passe dans une mortaise pratiquée à dessein dans le milieu de la planche qui clôt le bout du lit, servent à fixer les pieds. Mais ces précautions sont loin de suffire pour parer à une foule de dangers ; il faut encore arrêter solidement dans une mortaise latérale les manches de la blouse , et traverser la partie anlérieure de la poitrine , immédiatement au-dessous des bras , avec une large sangle qui s'amarre , à droite et à gauche , sur les côtés du bois de lit. Quelques hommes peuv^it, quand tout est ainsi disposé, exercer une surveillance exacte , et ces pauvres aliénés reposent aussi commodément que possible, surtout si leurs liens sont serrés avec une juste modération.
On s'étonnera peut-être de voir mettre les hts en paille, mais surtout les paillassons en balle d'avoine, avant les lils de plume, de laine et de crin. Le paralytique étoufferait dans un lit mou et souple, qui viendrait l'engloutir pour ainsi dire, et l'envelopper dans ses excréments. La chaleur ne manque jamais de communiquer aux urines des qualités acres, et sous peu de temps on voit
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s'excorierdaus une grande étendue les téguments qui recouvrent les cuisses , le bassin , les fesses, etc." Ce n'est pas tout, comment appliquer des liens dans un lit dont la hauteur varie d'un moment à l'autre? Comment fournir aux soins de propreté, à moins de changer le lit tous les jours? Ce changement est facile lorsqu'on emploie la paille ou la balle d'avoine, qui ne coûtent presque rien. Mais le plus grand avantage des lits de paille est d'être toujours souples et élastiques, de ne se creuser jamais par places , et de ne point présenter aux parties qui reposent sur eux une résistance qui serait funeste. Enfin , les urines les traversent librement, et la peau n'est pas exposée à macérer dans un liquide irritant (i).
(i) Les règles que je viens de tracer conviennent aux grands établissements. Dans une maison particulière, lorsque les aliénés paralytiques ne sont pas violents , on doit se dispenser de recourir à la camisole et de les attacher. On place auprès d'eux des domestiques qui veillent à la propreté et préviennent les chutes. De même, on peut coucher les malades sur des lits qu'on renouvelle tous les matins. Nul doute que des matelas qu'on change avec un soin minutieux ne soient préférables à la paille , mais on doit renoncer aux matelas aussitôt qu'on est dans l'impossibilité de les tenir toujours secs.
Depuis quelques jours M. Esquirol fait faire l'essai d'une toile imperméable, d'un prix modique, quia été récetnment inventée. Oa place cette toile immédiatement au-dessous du drap, de manière que le matelas soit entièrement couvert; l'urine ne pénètre pas au-delà de la toile, et le matelas est préservé. Si l'enduit imperméable résiste réellement à l'urine , on pourra désormais coucher les aliénés paralytiques sur des matelas. La toile imperméable retient l'urine à sa surface ; cet iaconvéaient me semble grave et important à éviter.
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