N° III
Un homme, qui aux yeux de sa famille a paru assez bien pour sortir de l'établissement , a l'intelligence légèrement affaiblie ; il peut marcher du matin au soir ; il peut imprimer à ses bras les mouvements les plus variés ; il a beaucoup de peine à prononcer les finales des mots, il bégate ; cette difficulté à parler n'existait pas il y à un an. La situation de ce malade est fâcheuse; tout porte à croire qu'il existe dans le crâne un commencement de phlegmasie latente, dont la paralysie générale et par suite la mort seront le résultat.
Nous pourrions citer encore quelques exemples analogues , et on en trouvera dans les chservations ‘qui suivent; mais, le plus communément, quand Ja paralysie a envahi la langue , en y regardant de
prés, on trouve que le mal étend beaucoup plus loin son influence; en effet, \ | Les mouvements des jambes sont presque aussi tôt intéressés. La progression n’est pas impossible, mais, à partir du bassin , les membres inférieurs, dans toute leur étendue, sont faibles ; chaque fois que le malade veut se transporter un peu vite d’un lieu dans un autre, il est obligé de recourir à une succession d'élans, ce qui donne à la progression un air chancelant et cadencé; veut-il exécuter un saut, un pas de danse, il n’y a pas de rapport entre les résultats qu'il obtient et les efforts qu'il fait ; ses mouvements sont mal assurés, confus, incerlains. Il arrive cependant, dans beaucoup de cas, qu'il peut faire une course rapide; quelques sujets même frappent avec force la terre de leurs pieds, mais, par une bizarrerie inexplicable, une minute après, dans un moment où ils sont tranquilles, ils tombent sur leurs talons. Un malade pouvait parcourir un espace de cent toises avec une extrême rapidité; arrivé au terme, on le priait de revenir pas à pas, aussitôt il chancelait et quelquefois tombait à la renverse. Un autre, emporté par la fougue de son délire, ne craignait pas de lutter seul contre un grand nombre d’hommes ; il arc-boutait ses jambes contre terre et développait des forces prodigieuses. Il ne trébuchait point pendant ce combat; ses jambes le servaient parfaitement ; quelques secondes après nous
14 © DE LA PARALYŸSIE, l'observions à son insu dans un moment où il rôdait auprès d’une porte dans l'intention de trouver une issue ; il avait l’air d’un homme ivre; sés cuisses fléchies tremblotaient sous le poids de son Corps. 1 Le plus habituellement la faiblesse est également répartie dans l’une et l’autre jambes; quelquefois seulement la jambe d’un côté semble moins forte que l’autre, et le malade biaise en marchant. | Une chose qui doit surprendre, c’est que les membres supérieurs conservent leur force et leur mobilité ; depuis long-temps la démarche est vacillante et les mains servent encore à toute sorte d'usages, absolument comme si la paralysie les respectait ; sont-elles réellement épargnées? l’on ne peut admettre que ce que l’on voit; cependant il est à croire que si les bras étaient obligés de soutenir, comme le font les jambes, tout le poids du corps, on apercevrait de meilleure heure les premiers indices de la faiblesse qui finit par les atteindre : en effet, qu’on examine le paralytique au lit, quand il est couché sur le dos ; quand \ ses membres pelviens n’ont plus à supporter le tronc , il leur imprime tous les mouvements qu’on exige de lui, et ces mouvements diffèrent peu, pour: l'étendue, de ceux des membres thorachiques. AN Les muscles du cou, du dos, de la poitrine, ne
gi . CONSIDÉRÉE GHEZ LES ALIÉNÉS. 15 y à w . paraissent pas être encore sous l'influence du mal. Il arrive au contraire que, même au premier deve gré de la paralysie générale, quelques sujets 1à- chent, sans y prendre garde , l'urine et les ma- | tières fécales: mais cela ne tient-il pas plutôt à l’état de faiblesse ou de désordre de l'intelligence, qu’à l’action de la paralysie? Il est probable que souvent l’aliénation est l'unique cause de la malpropreté que nous venons de signaler.
Il est rare que la sensibilité ne se conserve pas dans toute l'étendue du corps; chez un malade seulement, elle avait disparu dans les cuisses et
- dans les jambes. L’aptitude à entendre n’est pas diminuée ; l'œil jouit de toute son énergie; l’odorat et le goût se conservent sensiblement in-
tacts; si on interroge les malades et qu'on leur demande s'ils éprouvent des maux de tête, des fourmillements dans les parties faibles, ils ont | coutume de répondre avec empressement, « qu'ils
»se portent bien, et qu'ils ne souffrent pas. »
On sait de quelle importance sont, dans les maladies aiguës , les signes qu'on appelle gé-
: néraux, C'est-à-dire ceux qui $ont fournis par
l'aspect de la langüe, par l’état du pouls, par la .. température de. la peau, etc.s ici tous ces signes manquent; la langue est netie et humectée; la chaleur est à l’état normal; le pouls n’est point accéléré; les pulsations se succèdent dans un
ordre régulier ; toutes les fonctions, en un mot,
16} DE LA PARAUYSIE, À Le
autres que les fonctions cérébrales paraissent s'exé-
cuter librement. On remarque même que | appétit | augmente, et que. les paralytiques mangent avec
une voracité qui à NRA chose de la brute. .
ENS IV. — PARALYSIE GÉNÉRALE SIMPLE. PREMIER PEfen je r
Embarras dans la prononciation; faiblesse dans les membres ' abdominaux. Agitation ; démence (1).
Le .
x \ à à À F Le sieur Jean-Baptiste P**, né dans le département d'Eure et Loire, gendarme à cheval, âgé
de quarante-six ans, d’une taille élevée, d’une force
. moyenne, ayant la tête chauve, la barbe rousse,
et un tempérament difficile à caractériser , entra dans un hôpital militaire, se plaignant de céphalalgie, de bourdonnements dans les oreilles ; laissant déjà voir les premiers signes d’une para-
lysie incomplète de la langue, et un commencement
de difficulté dans la progression. En l’examinant de prés, on s'aperçut qu'il avait des idées fixes , qu'il dormait rarement la nuit, «et qu'il parlait seul pendant le jours on se hâta d'appliquer des sangsues, On plaça un vésicatoire à Ja nuque; neuf mois de traitement ne … procurérent aucun soulagement. L'été commençait ; le. désordre cd, actions, la faiblesse musculaire même, fais:
des progrès: on fit passer le malade dans un 4 Diséement RAA | , 4
(1) Service de M. Esquiroi. k::* : &
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fe bte: de lui tds détails sur sa vie pas=
n sée; il ne parut pas comprendre les questions à. qu "on lui fit, et ne répondit à aucune : sa figure
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avait l'expression propre aux gens en démence ; si mangeait beaucoup ; et semblait réduit à une vie végétative.
Le second jour , on parvint à fixer son attention; il essaya d'associer quelques idées, et n’en vint pas à bout. La mémoire et le jugement étaient abolis ; il n'y avait plus de déterminations calculées. Le
soir, il eut un accès de délire, remarquable en … cela que, la figure étant animée ; il poussait des cris très bruyants, non articulés, en'se frottant
les côtés de la tête entre ses deux mains. La nuit, il ne dormit pas, chercha à se lever, fit un paquêt de sa couverture, et resta nu dans sa chambre, ayant l'air de chercher quelque Un qu il aurait ‘égaré.
+ Depuis lors, cet état, ai constitue une démence exempte de fureur, mais accompagnée d’une agitation vive et d’un désordre extrème dans les actes, n’a pas offert le plus léger change-
ment. En y regardant de près, on trouve qu'indépendamment de la folie, il existe une lésion des mou-
vements. Nous proposons ces légers symptômes ‘comme devant donner une idée de la paralysie gé- nérale des aliénés quand elle est peu'avancée:
es prononciation s'entend mal; les mouvements
8. a SRE La PARALYSIE de la lingue sont embarrassés ; dans certains moments, les jambes, qui soutiennent encore le poids
du COrps ; semblent plier ; l'individu manque d’ as- \
‘’surance en marchant, et vacille en mettant un pied “devant l’autre; les bras ne sont cependant pas moins mobiles qu'ils l étaient autrefois : le malade: se
tient droit, et les muscles du tronc ne donnent aucun signe de faiblesse.
: La peau conservé sa sensibilité ; les organes de la vue; de l’ouie, de l’odorat, exercent leurs fonctions, mais il serait possible qu’ils eussent perdu
quelque chose de leur énergie première sans qu'on
s'en aperçût. Le pouls est à l’état normal ; la chaleur générale: n’est pas augmentée; la langue est humide, sans rougeur appréciable ; il n'y a point
de nausées, point de défaut d’appétit; tous les vis-
cères abdominaux ‘paraissent sains ; la poitrine : QE } 4 À ni 7
résonne dans toute son étendue ; les poumons res-
pirent amplement : la santé serait parfaite sans le
trouble des idées et l’altération comménçante des :
mouvements. WT"