‹ De la paralysie considérée chez les aliénés. Recherches faites dans le service de feu M. Royer-Collard et de M. EsquirolChapitre 40 sur 122 · N° X XIV. PARALYSIE GÉNÉRALE AU TROISIÈME DEGRÉ · texte numérisé non relu

N° X XIV. PARALYSIE GÉNÉRALE AU TROISIÈME DEGRÉ

Manie aiguë, idées de grandeur; prononciation un peu obscure; démarche mal assurée : plus tard, démence compliquée d’agitation. et même de fureur; paralysie presque complète des jambes et des bras ; sensibilité obtuse ; mort. — Injection du tissu des os du crâne; deux onces de sérosité dans la cavité de l’arachnoïde; même quantité de liquide dans chaque ventricule ; épaississement dela pie-mère) et de l’arachnoïde cérébrale ; substance grise violacte, adhérente ; molle ; substance blanche sablée (1).

G..., militaire, âgé de trente-sept ans ; portant à la tête les marques de plusieurs blessures, et issu d'un père aliéné, s’est distingué de bonne heure par une rare bravoure; tout jeune encore il fut nommé lieutenant-colonel, et officier de la Légion. d'honneur; sa constitution physique est des plus fortes ; des muscles vigoureux dessinent les con- |

(1) Service de M. RoyerCollard,

FT 4 é CONSIDÉRÉE CHEZ LES ALIÉNÉS. du

tours de ses membres ; les cheveux et la barbe ont

une teinte rougeâtre, le tempérament sanguin pré-

. domine; le caractère est vif; le sujet a eu de l’esprit, une grande habitude du monde , et a aimé les plaisirs; on soupçonne qu'il a'eu des maladies vénériennes et qu'il'a pris du mercure. Ses opinions politiques étaient prononcées; il a beau-

coup souffert des changements de gouvernement, craignant de perdre sa place , et n'ayant plus l'espoir de réaliser ses vues d’ambition.

: Dans le cours de 1815, mis à la Hatusgld | l | afctia beaucoup de mécontentement. Il semblait excité, parlait continuellement de ses campagnes avec un défaut de modestie qui n’était pas naturel, et qui frappa ses meilleurs amis. Il rentra en activité desservice, mais ne put s'empêcher de blâmer

tout ce qui se passait sous ses yeux, et s’attira une foule de désagréments ; l'intelligence s'éloignait de l’état physiologique. |

En 1823, l’aliénation devint évitant él! ce colo

nel prétendit être empereur, et voulut qu'on l'ho:

norât comme tel; singulièrement exigeant, il en+

trait en fureur dès qu’on tardait à exécuter ses

. ordres. N'ayant, disait-il, rien à ménager du côté

de l'argent, il brisait ses meubles, et détruisait tout ce qui se trouvait à sa portée, comme étant

au-dessous de la dignité impériale : il soignait enï core sa personne, se promenait dans sa maison; et s’abstenait de violences, pourvu qu on satisfit

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tous ses caprices. Déjà la paralysie de la langue se

reconnaissait au bégaiement. Le malade escaladait

des murs, courait avec une extrême rapidité, dé-,

veloppait beaucoup de force musculaire ; mais

dans certains instants il chancelait comme un

- hommeivre, et trébuchait à la moindre inégalité du sol. | OR

Un an s’écoula sans changements notables ; l’usage des bains, les émissions sanguines répétées, n'avaient procuré aucun soulagement; la fureur éclata , et il fallut provoquer une étroite réclusion.

G... éntra à Charenton au milieu de l'été, la respiration s’exécutait librement ; la langue était convenablement humectée, et l'appétit vif: les digestions étaient faciles. L'embonpoint était bien conservé ; le malade, exempt de fièvre et de toute espèce de symptômes aigus, offrait les apparences de la santé. Il se croyait encore empereur; le délire était général (manie). Le désordre d'action n'avait point de bornes; le sujet déchirait en quelques minutes les camisoles les plus fortes ; il fallut l’attacher sur un fauteuil. Là, il vomissait d'horribles imprécations, poussait des cris qu'on pourrait comparer à des rugissements ÿ et finissait par verser des torrents de pleurs, ne pouvant vaincrc la résistance qu’on lui opposait. Quelquefois une lueur de calme permettait de restituer, au

malade la liberté du promenoir; en suivant de,

l'œil tous les mouvements, on remarquait les.

CONSIDÉRÉE CHET LES ALTÉNÉS. 113 symptômes de la paralysie générale incomplète que j'ai mentionnée plus,haut. Elle n'avait fait au-

cun progrès. On observait en même temps une particularité dont nous citerons plusieurs exemples dans le cours de cet écrit: G** éprouvait un besoin insurmontable de se déchirer la figure, tantôt avec les ongles, tantôt en frottant les manches de sa blouse sur les joues. (Bains, émissions sanguines à plusieurs reprises, tisanes RélAyAaes en abondance; plus tard un exutoire à la nuque.) “Û Cinq mois s’écoulent ; les emportements mania- . ques sont encore plus difficiles à réprimer que le

| premier jour ; la HAROLAIE générale à augmenté à ‘un tel point quon n'ose plus détacher l’aliéné ; à un pas ses jambes fléchissent , l'équilibre se perd et les chutes se multiplient. La prononciation est embarrassée au point que lé malade ne,se fait plus comprendre; la alpropreté est extrême; l'intelligence s’affaiblit de plus en plus ; la senstbis | lité n’est point éleinte ; l'œil voyait, l'oreille enten- dait, les odeurs restaient perçues , etc. | Dans le cours du sixième mois, des, jambes refusèrent ÉnHÉrRent de soutenir le, poids du . corps; M. G** resta à demeure sur son lit, ou ; sur son fauteuil. Les précautions qu'on, prit.pour à . prévenir les effets inévitables d'une longue. pression , n'empéchèrent pas là peau de. s’enflam- | mer; de vastes foyers de ‘suppuration s’établirent

sur différentes régions du tronc , et le corps entier + 8

4 | (DE LA PARALYSIE, commença à dépérir ; la mobilité des bras per-w sistait. | oi Lo 1 4 La vie se prolongea pendant une partic du sep- 1 tième mois. Au moment de la:mort, le corps, couvert d’eschares , éxhalait une odeur insuppor- . table. Depuis huit jours toutes les fonctions lan-. güissaient ; l'individu était comme abruti, etpoussait encore des cris violents. Les perceptions pa-. räissaient obtuses, les jambes n'avaient plus que. des mouvements restreints ; à peine si les bras jouissaient d'un reste de mobilité. Le langagé n'é- | tait plus intelligible. On percevait des sons ;, Mais les paroles n'étaient plus articulées.

Autopsie du corps.

Tres La table interne des os du crâne n’a con-" tracté aucune adhérence avec la dure-mère qui est fortement injectée. La boîte osseuse est rouge. comme si élle eût macéré dans un vaserempli dé. sang. En essuyant , on s'aperçoit que la coloration a pénétré dans l'épaisseur des os; si on enlève la. roséé sanguinolente qui suinte de toutes paris, | élle sé reproduit instantanément. | + ‘On pénètre dans la grande cavité de l’arach. noïde , on renverse la faux da cerveau et les. Himbeaux de la dure-mére. Il s'écoule deux onces | au plus de sérosité limpide. - LT À ! J'opère l'extraction du cervéau ; et j'examine | successivement la convexité , les régions anté-.

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2, on |

se hd à

rieure et postérieure des lobes. Le plan membra:,

neux résultant de l’union de la pie-mère et de l’a-

rachnoïde cérébrale, a acquis de Fépaisseur ; il

. n’est pas rouge, Je cherche à séparer le cerveau des

membranes qui l’enveloppent ; je trouve des adhérences vers une infinité d’endroits. À la partie

moyenne de chaque hémisphère , sur les côtés de

la scissure interlobaire, la substance corticale se

laisse arracher par plaques larges comme des piéces

de cinq francs. A la partie antérieure de l’une et: l’autre moitié de l’encéphale , ‘et dans toute la lon-

. gueur des scissures de Sylvius, les mêmes phéno-

mènes se reproduisent. Dans toutes les places désignées , la substance grise manque de consistance et a pris une couleur vtolacée. LAN

Je coupe avec un couteau à longue lame, et successivement, la substance corticale, que j'examine avec une grande attention. Partout elle est

boursouflée, très foncée en couleur, comparable

à de la lie de vin. La coloration est d' autant plus frappante qu'on s'éloigne moins de la superficie ducerveau. Les corps striés , les cornes d' Ammon,

et généralement les régions où la substance grise | se trouve accumulée font seules nt sous ce rapport |

La substance blanche et les différentes parties de l'organe qui se trouvent sur la ligne médiane,

‘sont examinées avec soin. La substance blanche est en général sablée, imprégnée. de sang, mais

116! JU DE LA PARALYSIE, elle n’est pas autrement affectée ét l’on ne rencontre aucune altérations locale.

: Il existe de la sérosité dans les ventricules la= téraux. Il y en a deux onces dans chacun. On

° : Ÿ ne voit sur la membrane , qui est en contact avec le liquide, aucune granulation sensible,

L'arachnoïde cérébelleuse ne présente rien de particulier ; le tissu du cervelet parait sain. —

Le pont de Varole est à l’état normal.— La moelle épinière n'offre pas de lésion appréciable.

Poitrine. Rien de remarquable. L’abdomen n'a pas été ouvert.

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