DE LA PARALYSIEr
bonne, le pouls n'était point fébrile, les diges- 4 tions ne manquaient pas d'activité, la paralysie | générale n’empêchait pas les bras de s'agiter,les jambes de se porter en tout sens; seulement la | progression était mal assurée, et la langue s'em-
barrassait en parlant. |
Au commencement du dix-septième mois une circonstance particulière apporta tout-à-coup les plus grands changements dans l'état du malade :
Fe ;
le canal digestif s’enflamma, les forces diminuë-
rent ; le sujet , abattu par la diète, le dévoiement, les applications de sangsues, devint moins agité, et cette rémittence incomplète permit d'apprécier jusqu'où allait l’affaiblissement de l'intelligence ;
l'aliéné n'avait plus d'idées pour s'exprimer ; la dé-
mence était avancée. Dans un court délai, la phleg-
masie intestinale parut se résoudre ; et le malade :
putrecommencer à Manger : étant assez tranquille,
il resta libre dans son corridor. L’embonpoint k était sensiblement diminué, souvent les jambes .
s’embarrassaient , et le moindre choc occasionait
des chutes; il était facile de voir que le dernier
terme approchait.
Trente-cinq jours avant la mort, l’aliéné fut con- . duità l’infirmerie des paralytiques. Excessive mai-.
-greur, diarrhée continuelle, accompagnée d'un. mouvement fébrile, d'un peu de rougeur de la Jangue, avec augmentation de l'appétit; cOrps cou vert d’eschares occupant les régions du coccyx et,
"des lombes, les parties latérales des cuisses; es2
pêce de roideur dans toute l’étendue du dos et qui s'oppose entièrement à la flexion ; bras encore mobiles, mais d’une mobilité restreinte; les extrémités pelviennes ne supportent plus le poids du corps, à peine si le malade peut leur faire exécuter quelques légers déplacements lorsqu'il repose sur son. lit, et qu'on pince fortement la peau du mollet. La sensibilité est obtuse , mais non éteinte ; le su-
jet se détourne à l'approche d'une lumière vive;
Q e La 3 il donne des signes de mécontentement lorsqu'on
Jui fait sentir de l’'ammoniaque ; il entend ; il rend
| ses excréments sans paraître s’en apercevoir ; il prononce quelques mots isolés, mais il n’a plus
d'idées suivies. Il n’est point exempt de délire; ce
délire ressemble à de la rêvasserie. Enfin ce mal- “heureux expire, dans un état de dégradation physique qui le rend méconnaissable.
Autopsie du corps.
Sérosité abondante dans la grande cavité de
J'arachnoïde; infiltration considérable de la mé- ‘ningine et de la méningette; injection de leurs vaisseaux ; adhérence de la pie-mère à la superficie dés circonvolutions : coloration rosée de la
. substance grises; granulations dans les ventricules
Matéraux. Substance blanche à l’état normal. Rien de particulier dans le cervelet, dans la
De
132. +11) DE LA PARALYSIE;, protubérance annulaire , la moelle alongée et la moelle épinière.
Les plèvres sont rouges, granulées dans certains endroits, couvertes de fausses membranes dans
certains autres. Léger épanchement de sérosité
sanguinolente dans la poitrine.
Dans certaines places la membrane interne de Vestomac est d'un rouge, vif : la membrane villeuse intestinale est injectée jusque dans ses plus petits vaisseaux , et l'injection s ‘étend à toute la longueur du cañal alimentaire. |
Le péritoine est généralement rouge, et couvert de granulations. |
No XXVIIL. — PARALYSIE GÉNÉRALE AU DERNIER DEGRÉ.
Démence profonde; prononciation obscure; progréssion impossible ; mort.—Huit onces de sérosité dans la grande cavité de l’arachnoïde; - sérosité dans l étui rachidien ; œdème de la pie-mère ; injection de son tissu; adhérence de sa face interne avec les circonvolutions cérébrales; enlèvement de la substance grise; couleur violacée de eltte même substance; dilatation des ventricuies ; substance grise
y la moelle épinière foncée en couleur.
B**,âgé de trente-six ans, aliéné depuis troisans,
a été apporté il y à cinq mois dans la salle des paralytiques. Jl ne pouvait plus se soutenir, et lombail à chaque pas. Sa prononciation était obscure, et l'intelligence entièrement abolie ; il s'est formé aux
deux talons , aux deux tubérosités sciatiques, sur
le sacrum et sur les apophyses épineuses de plu-
sieurs vertèbres, des foyers gangréneux qui ont.
1100 CONSIDÉRÉE CHEZ LES ALIÉNÉS. 134% mis à nu les surfaces osseuses ; il à séjourné au … lit vingt-cinq jours et a succombé (1). |
Autopsie du cadavre.
État général. Indépendamment des eschares gangréneuses ,on remarque çà et là suf les pieds!, sur les jambes , des espèces de taches scorbutiques, de couleur livide: en incisant, on donne issue à un sang noir et en partie concret logé entre les mailles du tissu lamelleux. |
Tête. Les os du crâne se brisent sans difficulté. La dure-mère est saine.
! : La quantité de sérosité contenue dans la grande cavité de l’arachnoïde s'élève à près de huit onces; l’œdéme de la méningine et de la méningette est poussé aussi loin que possible. Dans une infinité de points le liquide infiltré a séparé la pie-mère de l’arachnoïde cérébrale , ce qui donne aux membranes un aspect gélatineux , comme si la sérosité était coagulée ; la coloration des méninges est très vive , leurs vaisseaux se dessinent partout en grand nombre; l'injection est plus marquée du côté gauche que du côté droit. eur La pie-mère est soudée aux circonvolutions cé- … rébrales; la substance grise superficielle s’enlève . avec la membrane, les plaques adhérentes ont une
(1) Je n'ai pas eu les matériaux suffisants pour compléter cette observation ; mais la maladie avait eu la marche: de la paralgr'e générale.
7 :\ (DE LA PARALYSIE», latgeur. et une-épaisseur remarquable sûr la partie . Ja plus saillante des hémisphères cérébraux, en suivant la direction de la scissure interlobaire. La
pulpe qui adhère aux méninges est violacée. :
La substance grise des circonvolutions est fon- | cée en couleur, la coloration est très intense là où existaient les adhérences. : 1
* Les cavités ventriculaires sont très dilatées ; et. contiennent de la sérosité ; la glande pinéale con tient de nombreux graviers, et les plexus choroïs des présentent dans leur épaisseur trois Où quatre hydatides de volume d’un gros pois.
La voûte à trois piliers semble mollasse et peu
résistante ; il n’y a pas AN ITU proprement dit de son tissu. + 4 : L'arachnoïde et la pie-mére bé sont .
injectées , infiltrées de sérosité; lé parenchyme du cervelet ne donne lieu à aucune remarque.
La moelle alongée et la protubérance annulaire paraissent saines.
Il s'écoule de la partie profonde du canal ra+ chidien une once ou deux de sérosité trouble; las rachnoïde est injectée.
Au niveau des deux premières vertèbres cervica- \ les , les faisceaux antérieurs de la moelle font hernie. à travers sa membrane propre : On son PE ONA l'existence de quelque désordre ; il ne s’en trouve + aucun. En général la coloration de la substance grise est augmentée. |
£ re Lie
- GoNSIDÉRÉE CHEZ LES ALIÉNÉS. 135
Poitrine. Les deux ERA sont crépitants, exempts d’altération ; cœur à l’état normal.
Abdomen. Les viscères abdominaux sont 1486 sains.
Ne XXIX, — PARALYSIE GÉNÉRALE AU TROISIÈME DEGRÉ:
Manie aiguë; guérison. Rechute ; beaucoup d’agitation; commence ment dé paralysie de la langue : un peu plus tard, paralysie incomplète des jambes; démence ; paralysie.très intense des quaire membres ; sensibilité émoussée; mort. — Cinq onces de sérosité dans la cavité de l’arachnoïde : œdème de la pie-mère; adkérences partielles de cette membrane avec la substance grise ; couleur Jiede-vin de cette substance; injection des capillaires de la substance
blanche; densité de la voûte ventriculaire ; couleur violette du cervelet (1). |
M. B*, habitant de l'Auvergne, âgé de quaranteseptans, marié, corroyeur de profession, a le tem-. pérament sanguin, un caractere vif et emportés. il est d’une taille moyenne, d’une constitution assez forte; son visage est foncé en couleur, sa chevelure brune, son œil brillant et animé; sa mère et deux cousines du côté maternel sont mortes aliénées ; il a long-temps fait la guerre; à eu à souffrir dans des climats humides, a abusé du vin et des alcooliques en général. Il travaillait beaucoup, etse mettait souvent en colère; depuis quelques années, il était sujet aux rhumes et aux phlegmasies intestinales ; mais habituellement les accidents n'avaient rien de grave. Dans le prin-
(1) Service de M. Royer-Collard,
136 ANANIDE A PARALYSIE» (#09
temps de 1825, il fut forcé de s'aliter, ét éprouva des symptômes alarmants : tous les signes propres aux inflammations de l'estomac et du duodénum se trouvaient réunis ; on observait une teinte ictérique de la conjonctive et de la peau; les urines coloraient en jaune le papier, à la manière du curcuma. Le traitement fut mal dirigé, cependant Ja résolution parut s’opérer et l'individu reprit son travail. Il était incomplétement guéri et avait le -dévoiement lorsqu'il fit une perte de fortune dont il s’affecta beaucoup. La raison ne tarda pas à s'é-
parer; le mois de juin commençait; l'agitation de- : vint graude; l'individu fut conduit à Paris, et.
placé dans un établissement d’aliénes.
Au mois d'octobre de la même année ,-M. p*
étant beaucoup plus calme, voulut retourner au
sein de sa RQ À peine arrivé, il boit avec ex-
cès , se livre à la joie et à la gaieté la plus tumul:
tueuse : l’état moral devint moins satisfaisant. Le
sujet ne délirait pas, mais il était bizerre, facilé
à mécontenter; il compromettait ses intérêts : on craignait chaque jour une rechute. Elle eut lieu “en 1824, et il fallut recourir de nouveau à Îa réclusion.
Le malade entra à iareñtôn au commence=
ment du mois de mai. À la rigueur, l’aliénation avait un an de date. Loquacité intarissable, voix haute, dont les éclats sont prolongés : delire va-
gue et étendu à un grand nombre d'objets; som-
- meil presque nul; menaces bruyantes ; actions
pléines de désordre, et qui nécessitent l’applica-
tion de la camisole ; oubli de toute espèce de soin
de propreté; langue un peu rouge, appétit conseivé; point de fréquence dans le pouls, état général assez satisfaisant. Il existe un embarras sensible dans a prononciation 1 mobilité des bras; l'assurance avec laquelle se fait la progression €ontraste avec l'embarras de la langue. ( Sangsues à plusieurs. reprises ; bains tous les jours, tisanes rafraîchissantes , régime peu nourrissant.) L'agitation persiste. Au bout d'un mois, on s'aperçoit qu'il existe un commencement de paralysie du côté
des membres abdominaux; le malade chancelie,
et parfois même tombe, dans les instants où V'a-
‘ gitation est moins vive.
Pendant sept mois, le délire maniaque se sou= tint presque toujours au même degré d'intensité; la paralysie générale fit peu de progres sensibles, mais à différentes fois la face se colora , comme si le sang s’y fût accumulé en grande quantité ; le malade paraissait comme élourdi, chancelait
d’une maniere effrayante et ne pouvait prononcer aucune parole. Les saignées, les pédiluves, ja
diète, le repos, rétablissaient promptement l'équilibre. l'AS |
Dans le-cours du huitième mois, il s opéra des ‘changements qui éveillèrent l'attention ; M. BY maigrissait chaque jour; sa figure était singulière-
ment altérée et avait perdu la vivacité qu'elle avait dans le principe; l'agitation maniaque se calmaits le pourtour des yeux était rouge, le regard dé+ pourva d'expression; le sujet marchait à grands
pas vers la démence; il rendait ses déjections
dans ses vêtements, n'avait presque plus de dé< que p
terminations calculées ; la langue et les lèvrés ne
se prêtaient plus aux mouvements que nécessite la
prononciation ; les membres-inférieurs pliaient dès
ue l’aliéné essayait de prendre quelque exercices P
s’il rencontrait un escalier il faisait des efforts pouf
le franchir , se cramponnait au mur pour ne pas
perdre l'équilibre , et finissait par tomber à la renverse. L'appétit languissait, tous les organes semblaient souffrants.
B** succomba vers le milieu de 1825. Il pré-.
sentait depuis quelque temps les signes d’une phlegmuasie intestinale intense. Il y avait près dé deux années qu'il était aliéné ; dix mois qu'il était à Charenton, et que les premiers signes de la pa ralysie générale avaient été notés dans les mouvez ments de la langue. Les derniers jours, l’individa
délirait encore, la démence avait jeté de profondes
racines ; les idées étaient rares, les passions affectives n’existaient plus. On continuait à lever le ma-
Jade sur un fauteuil, pour diminuer l'inconvénient
d’une pression toujours exercée sur le même point; cependant il s'était formé des eschares au siége,
et les téguments étaient dénudés dans une grande
Re. ” & # 3 . f Q ?
… étendue. Une fois que le sujet était couché, les
bras se portaient encore en différents sens; mais » les jambes se déplaçaient avec une extrême difficulté. Tous lés sens paraissaient obtus, et leur . énergie était diminuée. |
Autopsie du corps.
Tête. La voûte du crâne enlevée, je détache la faux du cerveau, j'incise la dure-mère sur toute la longueur de l'hémisphère , et je pénètre dans la grande cavité de l’arachnoïde. Tout le cerveau se trouve baigné dans un amas de sérosité limpide, dont la quantité est évaluée à cinq onces. La sérosité écoulée, nous examinons l’arachnoïde cérébrale : elle est épaisse ; entre son tissu et celui de la pie-mère il existe de l’infiltration; j’enlève les deux membranes réunies: le liquide qui les pénètre s'échappe goutte à goutte. En général, la pie-mère se sépare facilement de la substance grise superficielle ; on apercoit cependant çà et là
des places où la substance corticale s’enlève etreste
intimement attachée à la membrane. La pulpe ad- “hérente est de couleur lie-de-vin. | À la base du cerveau, sur la partie antérieure dés hémisphères, à la superficie des circonvolutions comme dans leur profondeur, la substance
‘grise est violacée, etc. Sa consistance ne donne Qet à aucune remarque.
* La substance blanche ne présente rièn de par-
40! HAMDr Ta rpanALYSfE; : 1170)
ticulier ; seulement les bouches des petits vaisseaux? : sont béantes, et fournissent des goutteleites très
ténues de sang.
Les ventricules latéraux ont une capacité qui n'est pas naturelle, on évalue à trois onces la sés rosité qui s'écoule de leur intérieur. On ne voit aucune villosité sur la membrane qui les tapisse.
La substance blanche qui concourt à former les
parois ventriculaires et le corps calleux, hous pa-
raît tres consistante ; la substance blanche résiste à la pression, sans se ramollir et se déformer, et s’alonge sans se rompre. |
La substance grise des cornes d’Ammon, et des corps striés, offrent au plus haut degré Ia coloration violacée , ou lie-de-vin. : ;
Je parviens sans difficulté à dépouiller le cervelet de ses enveloppes, qui ne sont nullement adhérehtes. Je coupe l'organe par tranches; la sub=
stance grise est bleuâtre (violet intense ), l'alté-
ration ressort davantage à mesure qu'on intéresse de nouvelles circonvolutions, f
Protubérance annulaire saine; pédoncules du cerveau, pédoncules du cervelet sains ; moclle alon-
gée, prolongement rachidien sans altération évi- ©
dente. | Thorax. La plèvre du côté gauche refuse de se séparer du poumon correspondant; le, poumon est crépitant, mais la plèrre est rouge dans toute l'étendue de sa surface, Il n'existe rien de sembla-
CONSIDÉRÉE CHEZ LES ALIÉNÉS. 141 - ble dans la plèvre droite ; le poumon droit est per= méable ; le cœur n’est pas jugé malade.
Abdomen. L'estomac est ouvert, débarrassé des liquides qu'il contient , et soumis à des lavages; sa membrane muqueuse n’est pas foncée en couleur. Rien de particulier dans le duodénum. À des in- * tervalles variables , nous notons dans les intestins - grèles des rougeurs très vives, de cinq à six pouces d'étendue, et qui occupent toute l'épaisseur de la membrane villeuse. | ‘Le cæcum est couleur de pourpre. Dans PS iliaque du colon, la coloration est intense , mais son reflet est moins vif. Nulle part les cryptes pont pris part à l’état inflammatoire , il n'existe pas d’ulcérations.
La rate, le pancréas, le foie, les reins , la vessie, etc., n’ont rien présenté de remarquable.