‹ De la paralysie considérée chez les aliénés. Recherches faites dans le service de feu M. Royer-Collard et de M. EsquirolChapitre 99 sur 122 · PRONOSTIC ET TERMINAISON · texte numérisé non relu

PRONOSTIC ET TERMINAISON

Le pronostic de la paralysie générale est infiniment grave. M. Royer-Collard, dont les opinions étaient pleines de réserve, avait fini, dans les derniers temps de sa vie, par condamner sans retour tous les individus qui en présentaient les signes d’une manière franche. Pendant le cours d’une pratique de vingt annéés, dans un vaste

établissement d’aliénés, il n'avait pas vu guérir

solidement un seul malade atteint dé paralysie générale, quelque longs et quelque variés qu'eussent été les efforts de traitement. M. Esquirol, dont

l'autorité n’est pas moins respectable, regarde la paralysie générale comme au-dessus des ressources … de la médecine, et n’hésite pas à la déclarer incu-

rable; jusqu'ici son pronostic a presque toujours

été confirmé par les résultats qui l'ont suivi (1):

À Charenton, on est tellement habitué à voir séjourner dans les salles et à voir périr au bout de quelque temps les individus qui présentent les

. signes de la lésion des mouvements qui nous oc- * cupe, qu'on aurait de la peine à persuader, même EOUP

(1) M. Esquirol cite trois exemples de guérison, mais il les cite comme autant d'exceptions.

566 À Am LA PARALYSIES (14e #o: | à ceux qui sont étrangers à l’art de guérir, qu'il existe des chances de guérison. Ce que j'ai wbservé confirme les différentes wmanieres de voir qui précèdent. La mort a généralement suivi, À | des distances variables, l’apparition. des premiers. a) symptômes. Il est des sujets dont les conditions paraissent momentanément s'améliorer, dont la , progression devient facile, la prononciation beaucoup plus libre : un médecin peu exercé se. flatterait d’avoir obtenu une guérison presque complète; lorsqu’ on ne perd pas les malades de vue, on voit récidiver les accidents, et bientôt on demeure convaincu, que l’aliéné n’éprouvait qu’une rémission momentanée. Cependant, comme on doit tenir compte de tout, .et principalement lorsqu'il s agit. de. résultats qui peuvent donner quelque espoir. de. succès et encourager le traitement, Je consignerai. % ici les deux. falis suivants, auxquels je n’atlache du reste qu'une médiocre importance. RÉ

N° EXI, — PARALYSIE GÉNÉRALE AU PREMIER DEGRÉ. Accès dé manie; après tfois ans, guérison. Ivresse habituelle; étour-: dissements; embarras dans la langue, symptômes de, paralysie du côté des jambes ; démence apparente ; au DR de dix mois, dispart-

tion des accidents. LL EU

AR | ou pt M. M, Hs âgéde Ru a ans, d'une.

bonne constitution, d'un tempérament. sanguin, ayant les capillaires de la face très injectés et l'in-

telligence peu développée, a une sœur ‘aliénée.

LE 4 a + L A “ À N.

JS E FC dj # f à Fu =

: 207 0e - . Sa nièce s'est tuée à la suite d’une légère con- .

| trariété. 18 » -En 1021, ayant été sur le point de perdre une | partie de sa fortune, il a éprouvé un accès de manie dont la durée a été de dix mois. Il parlait beaucoup, dormait peu, menaçait les personnes qui l’entouraient, et offrait un extrème désordre dans les actes. L’aliénation disparut d'elle-même ; sans qu'on provoquât l'isolement.

M. M**, aussitôt aprés sa convalescence, s'adonne à la boisson. Souvent, vers le soir, il est excité, se plaint de maux de tête et digère diffici-

lement. En 1823, il marche plus vite qu'à l'ordi- |

maire, la vue se trouble, il se sent étourdi et sur le point de tomber. Après quelques minutes de repos il rentre chez lui dans un véritable état de démence, le lendemain il est conduit à Cha- . renton.

La prononciation est obscure, on à de la peine à comprendre les réponses du malade, dont la démarche est excessivement lente. Souvent ‘il chancelle, et un léger effort le renverserait.. Les bras sont libres ; ; la sensibilité est conservée ; la santé générale est bonne. L'intelligence paraît affaiblie. Physionomie stupide , compréliension obtuse, idées rares ; le sujet cherche long-témps ce qu'il veut dire; il est calme, ne parle presque … jamais, mange lorsqu'on lui présénte des aliments, semble n’avoir aucune espècé de sensations , uriné

ss

568 (IANDE LA PARALYSIE; 1 quelquefois dans son lit. Son état semble déses-

péré. (Bains, tisane d° orge, sangsues à la base de la mâchoire.

Au bout de quatre mois de traitement les signes, | de paralysie générale disparaissent en partie , € et ‘4 Vétat moral devient beaucoup plus satisfaisant. | L'individu se promène, marche avec une certaine. assurance, parle sans bégayer, rend compte de ce qu'il éprouve , et s'occupe de sa famille. Au bout de dix mois il est rendu à la sociétés il n'existe aucune trace sensible de paralysie générale, et l'intelligence, quoique peu étendue , est pour ainsi dire à l’état naturel.

Page 1