IMPOSSIBILITÉ DE SOUFFLER, DE GONFLER LES JOUES, ETC
actes, que des fonctions déterminées ont besoin de son concours pour s'exécuter régulièrement.
L'observation clinique nous a permis d'éclaircir quelques points de physiologie encore douteux.
Nous avons démontré : quelle était la cause du nasonnement, quelles étaient les attributions du voile du palais dans l'action de souiller, de sucer, de gonfler les joues, de se gargariser, et enfin, que la contraction du voile était nécessaire pour empêcher pendant la déglutition le reflux des aliments par les fosses nasales .
Lorsque chez un individu sain, la bouche étant largement ouverte, on examine le voile du palais, si celui-ci est en repos, on le trouve obliquement dirigé d'avant en arrière et formant la voûte ; de plus sa mobilité est excessive, à peine reste-t-il quelques secondes sans se contracter.
Lorsque la salive est avalée, ou pendant les mouvements respiratoires, la luette se lève, s'abaisse, les piliers s'écartent et se rapprochent; enfin le voile, tantôt cachant complètement le pharynx, tantôt le découvrant entièrement, est dans un état d'oscillation perpétuel.
Dans le cas de paralysie, le voile au lieu d'être dirigé obliquement, tombe verticalement, et présente en outre dans ce sens une étendue considérable , aucun mouvement ne se produit; si on le presse avec la pulpe du doigt, on ne perçoit aucune résistance.
La luette allongée balaie la base de la langue et donne lieu à des nausées continuelles. ( Obs. IV)
Si on dit au malade de prononcer la voyelle A , ce qui donne lieu normalement à l'élévation du voile du palais, celui-ci reste tout-à-fait immobile.
En même temps que l'on constate les troubles de la motilité, on remarque une altération très-notable de la sensibilité.
82 PARALYSIE DlPHTHÉfilQUE.
A l'état physiologique, la moindre titillation, le contact seul excitent de suite des contractions énergiques du voile, et déterminent des nausées. Ici, sous les mêmes influences, le voilé reste immobile, le malade n'éprouve aucun malaise. L'analgésie est tout aussi complète que l'anesthésie ; on peut faire de nombreusesetprofondes piqûres, le sangcoule, ladouleurest nulle. La sensibilité spéciale est plus ou moins obtuse, et lorsqu'on touche les parties avec du nitrate d'argent ou qu'on applique une substance amère, la sensation est nulle.
Si la contractilité volontaire , ou sous l'influence de l'action réflexe, a complètement disparu, il n'en est point de même de la contractilité galvanique , sous l'influence de l'électricité ; on voit le voile devenir mobile, les oscillations se produire comme à l'état normal.
L'observation ci-dessous, recueillie par nous. dans le service de feu le professeur Requin, et extraite de notre thèse, est un exemple intéressant de paralysie du voile du palais, sans aucun autre trouble de l'inervation.
Observation XXXIII (1). — Dalignon (Victor-Louis), dix-neuf ans, marchand de vins, entre le 1^' octobre 1851 dans le service de M. Requin, à la Pitié. Il est atteint d'une angine couenneuse datant de quelques jours , pour laquelle on l'avait soigné en ville , et qui avait été accompagnée de fièvre violente. Lors de son entrée, il a à peine de fièvre, on trouve sur l'amygdale droite une fausse membrane assez épaisse, qui disparut sous Tinfluence d'attouchement avec l'acide chlorhydrique étendu d'eau : la douleur cessa peu à peu et la guérison paraissait complète, lorsque le 11 , à la visite du matin , il se plaignit de rendre les boissons par le nez.
A l'examen de la gorge, voici ce qu'on constate : le voile du palais, les piliers, les amygdales sont rouges, la luette est tuméfiée et légèrement recourbée en crochet vers le côté droit, aucune trace
(1) Thèse loc. cit. Observation I, pag. 20.