‹ De la paralysie du moteur oculaire externe avec déviation conjuguée [electronic resource]Chapitre 6 sur 11 · PREUVES ANATOMIQUES · texte numérisé non relu

PREUVES ANATOMIQUES

Quel trajet le filet nerveux que la sixième paire d'un côté envoie au droit interne de Vautre œil, suit-il dans la protubérance? Quelle est son origine? Quelle est sa terminaison ?

Parmi les auteurs qui ont étudié, décrit et représenté les origines réelles des nerfs crâniens, il en est peu qui aient complètement vu ou figuré les fibres dont nous cherchons à démontrer l'existence.

MM. Vulpian et Philippeaux (1), qui ont les premiers suivi les nerfs de la troisième et de la sixième paire jusque dans leurs noyaux, n'ont pas décrit d'anastomose entre ces deux amas de cellules nerveuses. Cependant ils parlent de rameaux radiculaires postérieurs qu'ils ont vu partir de la partie postérieure du noyau de la troisième paire et se diriger en arrière vers le plancher du quatrième ventricule, mais ils n'ont pu suivre ces filets assez loin pour savoir où ils se rendaient.

Dans son Anatomie du système nerveux,P.Gratiolet (2),

(1) Vulpian. Essai sur l'origine de plusieurs ^paires de nerfs crâniens. Thèse Paris, 1853.

Id. Sur l'origine profonde des nerfs de la sixième et de la septième paire. Soc. de biol. 1853.

Id. Note sur quelques points de l'anatomie du bulbe rachidien et de la protubérance ; ibid, 1858, t. V.

Vulpian et Philipeaux. Note sur quelques expériences faites dans le but de déterminer l'origine profonde des nerfs de l'œil. Soc. biol., 1854.

(2) Gratiolet. Anat. comp. du système nerveux, t. II, 1857, p. 209.

à propos de l'origine de ces nerfs, reproduit la description de MM. Vulpian et Philippeaux et l'adopte. Il fait cependant remarquer qu'il n'a pas vu d'une façon bien distincte « le plan des fibres radiculaires superficielles qui s'entre-croisent d'un côté à l'autre sur la ligne médiane. »

Dans le magnifique atlas de Stilling (1), dont les planches à jamais célèbres ont été fidèlement dessinées d'après nature, on trouve plusieurs figures qui représentent des coupes longitudinales de la protubérance et du bulbe, et qui semblent faites pour éclaircir le point en question. « On distingue en effet, dit M. Féréol (2), un faisceau blanc qui saute de suite aux yeux et qui semble un pont jeté entre les deux principaux nerfs oculaires. Ce ruban, qui traverse la protubérance dans toute sa hauteur, à peu de distance du plancher du quatrième ventricule, semble partir du noyau de la sixième paire, pour aboutir directement au-devant du noyau de l'oculo-moteur commun, où quelques-unes paraissent se perdre en se recourbant en arrière. » Mais il semble que Stilling n'ait pas voulu voir les connexions qu'aujourd'hui nous nous chargerions de démontrer en n'ayant recours qu'à ses propres figures. Ni dans le texte, ni dans les légendes on ne trouve d'allusion au rôle ou aux connexions de cette colonne qu'il a si bien vue et fait dessiner.

Schroeder van der Kolk (3), qui a repris et critiqué les

(1) B. Stilling, Disquisitiones de structura protuberantiœ sive pontis Varolii. lenœ, 1846.

(2) FÉRÉOL. Bull. Soc. méd. des hôp., 1873,

(3) C. ScHRŒDER VAN DER KoLK,. Bau und FuDctionen der Medulla spinalis und oblongata, etc. (Ausdem Holland. Ubertragen von T. Teile. — Braunschweig, 1859).

travaux de Stilling,dans son ouvrage « sur la structure et les fonctions de la moelle à propos de l'épilepsie, » a quelquefois mieux vu que Stilling, mais il s'est laissé souvent entraîner à faire de l'anatomie de commande po ur satisfaire certaines idées physiologiques préconçues.

« Stilling, dit Schrœder van der Kolk, a bien décrit l'origine du moteur oculaire externe, et montré qu'il traverse l'épaisseur de la région supérieure du bulbe, d'avant en arrière, dans la même direction que le grand hypoglosse.

« D'après Stilling, l'abducens viendrait du même noyau qui fournit le facial. Mais des recherches attentives avec de forts grossissements m'ont convaincu qu'il n'en est pas ainsi. Les fibres "radiculaires de ce nerf (abducens) ne font que traverser le noyau facial, puis arrivent sur le plancher du quatrième ventricule. Sur un grand nombre de coupes il m'a été facile de constater en ce point un certain nombre de faisceaux longitudinaux qui, notamment chez l'âne, sont faciles à reconnaître comme fibres de l'abducens ayant traversé le noyau du facial.

« Sur des coupes ayant porté plus haut, notamment chez le veau, le cheval et l'âne, j'ai pu fort nettement retrouver ces fibres, de sorte que je puis tout au moins arriver à cette affirmation que l'abducens ne naît pas du noyau du facial (1)... » L'association fonctionnelle entre l'abducens et l'oculo-moteur commun nous montre bien évidemment qu'une connexion anatomique doit exister entre ces deux nerfs. En effet, nous ne pouvons pas

(1) C'est le contraire que l'on dirait aujourd'hui : le facial ne naît pas du noyaa de l'abducens ou lui emprunte fort peu. Voyez plus l'jin (page 98).

mouvoir le droit externe sans qu'en même temps le droit interne du côté opposé entre en action, et ce fait nous amène à faire l'hypothèse que les fibres de l'abducens (1) se recourbent de bas en haut pour aller dans les étages élevés, où siège le noyau du moteur oculaire commun, se mettre en connexion avec ce noyau. Sans doute ces connexions se trouvent dans le faisceau longitudinal que Stilling a si heureusement représenté dans ses planches XIII et XXII. »

M. Lockhart Clarke (2) ne manque pas, dans son important ouvrage, de signaler combien l'hypothèse de Schrœder van der Kolk sur les noyaux distincts du facial et de l'abducens est peu fondée, et il reproche à cet auteur de s'être beaucoup trop souvent laissé influencer par des vues physiologiques, plutôt que de s'en tenir à robsei*vation. « Ces objections, fondées sur ce motif que les deux nerfs ont des fonctions très-dilïérentes, n'ont pas de valeur en face de l'observation positive. Il est certainement difficile de comprendre pourquoi ces deux nerfs, qui ne sont en apparence jamais associés dans l'action (excepté cependant dans certains cas de l'expression de la face) (3), tireraient leur origine du même noyau ;

(1) Nous démontrerons tout à l'heure que c'est précisément en sens inverse que se fait la communication : Schrœder v.d. Kolk suppose que c'est le nerf abducens qui vient de la troisième paire tandisque nous établirons que c'est au contraire le nerf de la troisième paire qui emprunte au noyau de l'abducens.

(2) Lockhart-Clarke. Researches on the intimate structure of tbe Brain,2« série (Philosophical transactions, 1868),

(3) Cette remarque de Lockart-Clarke mérite d'être relevée. Elle répond parfaitement aujourd'hui aux descriptions et aux démonstrations de Huguenin et de Mathias-Duval. Ce dernier auteur a bien montré que les deux noyaux du facial, le noyau inférieur et le noyau supérieur (noyau facial abducteur) correspondent aux divisions de

mais, quand même on ne pourrait pas suivre l'abducens jusqu'au noyau du facial, il est également difficile de comprendre pourquoi ces fibres sont si étroitement entrelacées avec celles du facial, tandis qu'il est séparé par toute la longueur de la protubérance de la troisième paire, avec laquelle il est associé en action d'une façon si étroite. » Pour Lockhart Clarke, le nerf abducens et le nerf facial tireraient leur origine « de deux noyaux, séparés aussi bien que du même noyau. » En pratiquant des coupes longitudinales du pont de Varole, L. Clarke a essayé à plusieurs reprises de vérifier si quelquesunes « des fibres du nerf abducens changeaient de direction pour remonter en haut, » mais il n'a jamais pu réu ssir à trouver la plus légère indication sur un tel trajet.

Enfin, voici l'explication que le même auteur place comme légende à côté d'une figure schématique peu claire et difficile à comprendre :

« Sur une section parallèle au plancher du quatrième ventricule, et à quelque distance de ce plancher, on voit, dit-il, des fibres qui sortent du tubercule gris, montent et s'incurvent en dedans vers le noyau de la troisième paire. Des fibres blanches, qui ont passé à travers et au-dessous du noyau commun des nerfs facial et abducens, se joignent aux précédentes en se plaçant à leur côté interne et montent vers le même endroit. Par suite il devient évident que, et la base du tubercule gris dans lequel la racine sensitive du trijumeau pénètre et

distribution du facial. Le premier, l'inférieur, est intéressé dans la paralysie labio-glosso-laryngée, l'autre répond bien à ce qu'on appelle le facial supérieur ; les rapports de celte partie des muscles de la face, orbiculaire, sourciller, etc. avec les mouvements des yeux mérite d'être rapproché des connexions que ces nerfs présentent au niveau de leur origine.

les faisceaux de fibres qui passent au travers et au-dessous du noyau facial abducteur, sont en connexion avec le noyau de la troisième paire. »

Il est certain qu'on ne peut voir dans ces différents passages une description complète de l'anastomose de la 6° et de la 3° paire. Malgré la réclamation adressée par M. Lockhart Clarke à M. le D'"Féréol à propos de l'observation présentée par ce dernier auteur à la Société médicale des hôpitaux (1) (obs. IV de ce mémoire), il nous semble qu'il est permis de dire que M. L, Clarke n'a pas décrit d'une façon positive la communication de la 3° paire et de la 6» : il a indiqué un faisceau de fibres qui d'un côté touche au noyau de l'abducens, de l'autre au noyau de l'oculo-moteur, mais il n'a parlé ni de son rôle, ni de sa nature. Enfin nous noterons qu'en tous cas dans sa description il ne s'agissait que de fibres commissurables unissant les deux noyaux moteurs oculaires situés sur un même côté de la ligne médiane.

Il faut arriver à Meynert et à Huguenin (2) pour trouver une véritable description de cette colonne anastomotique. Après avoir indiqué la double direction en forme de fer-àcheval que suit le nerf facial pour se rendre à son véritable noyau, Huguenin dit : « Le noyau de la 6° paire est situé dans l'anse que forme le facial au niveau de son genou, et le nerf oculo-moteur externe chemine dans cette anse dont l'ouverture regarde en bas et en dehors.

« Ce noyau présente les mêmes cellules multipolaires que le noyau du facial. Il reçoit des filets venant du raphé,

(1) Loc cit., année 1873/p. 370.

(2) G. Huguenin, Allgemeine pathologie der Krankheiten des Nervensystems, Zurick 1873.) Traduit en français par MM. Mathias Duval et Keller. Paris 1879, J.-B. Baillière et fils, éditeurs.

mais il n'est pas complètement démontré que ces filets s'entre-croisent au niveau du raphé.

« On ne sait rien sur les communications de ce noyau avec les centres optiques situés plus haut ; pour ce qui est des anastomoses avec le noyau de la 3= et de la 4° paire, l'auteur a vu des filets qui semblaient unir la partie supérieure du noyau de la 6°paire avec le noyau de la 3°paire du côté opposé.

« Si ces dernières anastomoses existent, il est parfaitement inutile d'admettre avec Schrœdervan der Kolkque la 6" paire est un nerf sans entre-croisement. Ainsi reportons-nous à la figure 7; on y trouve, A A, les deux yeux, C le chiasma, B les tubercules quadrijumeaux su-

FiG. 7.

(Schéma de Huguenin) (1).

périeurs, III les noyaux des moteurs oculaires communs, VI les noyaux des oculo-moteurs externes. »

(1) Cette figure n'est pas exactement celle que l'on trouve dans Huguenin, page 171 ou dans la traduction de MM. Duval et

Supposons que les rayons partis d'un objet placé à droite de l'observateur viennent à frapper les deux moitiés gauches des rétines, de façon à y former, en raison de l'obliquité des rayons, une image peu nette, il est certain que les deux yeux vont être portés à droite, de façon à ce que les images se fassent sur un point plus voisin de la macula et que les impressions soient plus distinctes.

Voyons ce qui se passe pour l'exécution de ce mouvement :

« Pour la vision distincte, dit Huguenin, s'exécute alors une rotation réflexe de l'œil vers la droite, rotation qui nécessite l'intervention de l'oculo-moteur commun gauche (muscle droit interne), et celle de la 6^paire droite (muscle droit externe). Du point h doivent donc partir des filets réflexes se rendant au noyau de la 3° paire gauche (III) ; ces filets non entre-croisés ont été démontrés par Meynert. Le noyau de la 6° paire du côté opposé doit également être atteint en même temps. » Or l'auteur a mentionné plus haut des filets partant de ce noyau et se rendant, soit au i%ayooi, de la 6^ paire du côté opposé, soit au tubercule quadrijumeau du côté opposé, sans que l'on pût préciser. » Voici, en effet, ce qu'on lit à propos du noyau de la 6* paire :

« Le noyau de la Q° paire envoie des filets au nerf facial qui passe à côté de lui. D'autres filets se rendent au

Keller (p. 180). Nous l'avons un peu modifiée dans la partie qui a trait à l'impression d'une image sur les yeux et à la marche de cette impression lumineuse jusqu'au tubercule quadrijumeau antérieur gauche. Le reste est identique à celle de Huguenin. — Nous ferons remarquer que si l'influx nerveux suivait le trajet indiqué par Huguenin il serait impossible d'expliquer avec cette disposition la paralysie du droit interne que nous avons observée.

raphé, s'y entre-croisent et gagnent la partie interne du pédoncule (Meynert). Enfin d'autres filets communiquent avec le noyau de la 3^ paire du côté opposé (ou avec le tubercule quadrijumeau du côté opposé'?). »

On voit que la figure et sa légende détruisent en grande partie ce que l'on trouve dans le texte, car l'auteur ne se sert pas de la bandelette de fibres étendue de la 6^ à la 3^ paire pour indiquer que c'est dans cette direction que passent les excitations motrices destinées aux contractions du muscle droit interne. Huguenin établit, au contraire, une connexion entre la 6® paire et les tubercules quadrijumeaux supérieurs, et c'est des subquadrijumeaux supérieurs qu'il fait partir la synergie des mouvements conjugués de l'œil. Or c'est là une chose possible, mais dont il est difficile de parler, car on sait encore très-peu de chose des fibres qui, des noyaux gris du bulbe se rendent aux ganglions cérébraux, tandis qu'il nous est beaucoup plus facile d'étudier les fibres qui, des noyaux moteurs, se rendent aux muscles; de plus la physiologie nous permet de mieux contrôler leur action.

Il y a longtemps que pour expliquer la synergie des mouvements de latéralité des yeux, les auteurs ont admis qu'il devait exister un centre de coordination. Seulement ils ont placé ce centre soit à la périphérie, dans l'écorce cérébrale, c'est-à-dire dans le centre où les images et les rayons lumineux sont perçus, soit dans les tubercules quadrijumeaux, c'est-à-dire dans le centre de sensation. Aussi est-ce là le point nouveau que nous tâchons de bien mettre en relief, c'est que les excitations motrices synergiques des mouvements de latéralité de l'œil partent d'un même noyau gris. Il suffit

alors que ce noyau reçoive une seule excitation motrice du centre sensitif.

C'est ce que nous avons essayé de faire comprendre dans le schéma suivant.

3r ml.

FiG. 8.

Schéma proposé, pour expliquer d'après l'hypothèse que nous soutenons, la marche de l'excitation nerveuse destinée aux deux muscles latéraux de l'œil.

Comme dans celui de Huguenin, nous avons figuré en a la marche de l'impression lumineuse produite sur les deux moitiés gauches des rétines, par un même objet placé à droite et un peu en dehors de l'observateur; jusqu'au point h des tubercules quadrijumeaux antérieurs gauches notre figure ne diffère pas de celle de Huguenin. C'est de ce point que partirait, selon nous, l'excitation motrice destinée à produire le double mouvement des yeux vers la droite, cette excitation après avoir traversé la ligne médiane viendrait en VI dans le noyau de la 6^ paire du côté droit, et ce noyau commanderait le double mouvement au droit externe

droit (dr. ext.), par l'intermédiaire du nerf moteur oculoexterne et au droit interne gauche (dr. int.) au moyen du filet qui passe par le noyau de la 3* paire gauche.

Description du faisceau anastomotique qui unit les noyaux de la troisième et de la sixième paire. — Nouvelles recherches en collaboration avec M. Mathias Duval.

Nous avions d'abord eu l'intention de nous livrer à des recherches personnelles sur ce sujet. Mais, comme l'étude de ce petit point d'anatomie nécessitait, pour lui seul, des préparations longues et nombreuses (sans parler de leur difficulté), nous avons saisi avec empressement l'offre gracieuse que M. Mathias Duval nous a faite de poursuivre avec lui, sur ses nombreuses préparations, la solution du problème en suspens. Nous étions doublement heureux d'avoir à notre disposition des coupes dont nous ne pouvions espérer atteindre la perfection, et de nous couvrir dans ces recherches délicates de l'autorité de ce maître éminent.

Les pièces que M. Duval accumule depuis plusieurs années sont rangées méthodiquement par séries qui constituent une sorte de répertoire qu'on peut toujours revoir et consulter (1), et dans lequel on peut suivre de

(1) M. M. Duval a déjà publié une partie de ses recherches sur les origines réelles des nerfs crâniens, in Journal de l'anat. et de phys., de Ch. Robin, 1876, p. 496, et suiv. Il a décrit le nerf hypoglosse, le nerf facial, le nerf oculo-moteur externe et les noyaux de ces nerfs.

<t Nous insisterons, dit-il , sur la nécessité de pratiquer un nombre presque indéfini de coupes, se succédant sans interruption, c'est-a-dire de telle manière qu'un segment donné de l'axe cérébrospinal, du bulbe par exemple, se trouve débité en une série de coupes fines, sans aucune perte de substance. C'est ce que nous avons essayé de réaliser dans nos recherches, et c'est à cette méthode que nous devons le caractère essentiellement démonstratif de

coupe en coupe les trajets plus ou moins tortueux de certains nerfs. Cette riche collection nous était nécessaire pour suivre la colonne de fibres que nous allons

nos collections de préparations. Nous nous sommes donné pour règle d'arriver au résultat suivant : une longueur de 1 millimètre de bulbe humain sera débitée en trente-six coupes (dont chacune à 1/36 de millimètre). Ces coupes sont reçues à part dans des godets numérotés : on peut en recevoir de trois à quatre dans chaque godet, parce qu'il n'y a pas de différence bien sensible dans l'organisation de segments aussi peu distants les uns des autres ; mais toujours est-il qu'avec des préparations régulièrement échelonnées à une aussi minime distance, il est impossible de laisser échapper les moindres éléments de transition dans l'organisation des étages successifs de l'isthme de l'encéphale, région si importante et à métamorphoses si brusques, que peu d'auteurs nous paraissent jusqu'à ce jour en avoir saisi les phases rapides et compliquées.

Parmi les travaux d'une importance capitale sur l'anatomie microscopique de ces régions, nous aurons souvent à citer les belles planches et les descriptions de Stilling. Or, nous aurons maintes fois à faire remarquer que si ses planches sont souvent irréprochables, il n'en est pas de même de leur interprétation, l'auteur attribuant à tel nerf un noyau qui appartient à tel autre : c'est que les connexions ne peuvent être saisies que si elles sont siaivies sur un nombre de coupes se succédant régulièrement, sans interruption; de ce qu'un noyau ou amas de cellules nerveuses se trouve placé dans un certain étage du bulbe ou de la protubérance eu un point où il semble faire suite à un faisceau radiculaire observé dans un point analogue sur des coupes pratiquées à un étage différent et peu éloigné, on n'en saurait conclure que ce faisceau provient de ce noyau si on ne possède toutes les coupes intermédiaires propres à montrer les détails intimes et successifs de cette connexion supposée.

Les coupes longitudinales, ou pratiquées selon différents plans obliques, sont toujours utiles pour permettre d'embrasser en une seule vue des dispositions générales importantes ; mais elles deviennent beaucoup moins nécessaires, et ne sont jamais indispensables, du moment que l'on possède la série complète de coupes perpendiculaires à l'axe, lesquelles permettent de suivre d'une manière pour ainsi dire mathématique, et de reconstruire comme par les procédés de géométrie descriptive, le trajet de faisceaux qu'on ne perd jamais le vue. »

Graux. 7

décrire, car, loin d'être rectiligne, elle subit plusieurs incurvations ; de sorte que si heureuse que soit la direction d'une coupe elle ne peut jamais contenir qu'une portion de son trajet. Il est donc nécessaire de refaire, après l'examen, la synthèse du cordon nerveux qu'on n'a vu que par tronçons, afin d'en représenter ensuite le trajet dans l'espace.

Nos investigations ont porté d'abord sur le bulbe du chat. Les centres nerveux de cet animal présentent en effet des dispositions plus tranchées que ceux de l'homme, et la région bulbo-protubérantielle en particulier y est moins compliquée de fibres transversales. Il devient dès lors plus facile de n'aborder l'étude du bulbe de l'homme qu'après l'avoir étudié chez le chat.

Ne pouvant donner iti la description détaillée que M. Duval (1) a publiée dans le Journal d'anatomie de M. Robin sur les noyaux de la sixième et de la septième paire, ainsi que sur le trajet de ces nerfs, nous renvoyons à ces études fort complètes : toutefois, nousallonsrésumer rapidement les faits établis par cet auteur; les figures 9 et 10 permettront d'en suivre facilement la discription succincte (2).

M. Duval a démontré que le noyau de la sixième paire M, (fig. 9) fournit presque exclusivemant au moteur oculaire externe ; le facial ne lui emprunte que quelques filets. Le véritable noyau du facial se trouve en FI, et le nerf de la septième paire ne l'atteint qu'après avoir changé trois fois de direction. On peut comprendre ce trajet compliqué

(1) Journal anat. et phys. de Robin, 1876-77-78.

(2) Nous remercions nos éditeurs MM. J.-B. Baillière et fils qui nous ont obligeamment prêté les deux figures 9 et 10 ; elles sont extraites de l'art, de M. M. Duval paru dans le 23» vol. du Dict. de méd. et de chir, pratiques, 1877.

si l'on se reporte aux deux figures (9 et 10) qui sont faites dans deux plans différents : l'une (fig. 10) comprend le

ME MB

FiG. 10.

Fig, 9. Schéma d'une coupe au niveau de la ligne de jonction du bulbe et de la pi-olubérance.

Fig. lO.Schemad'une coupe delaprotubérauceCauniveau|de son bord inférieur).

P, P, pyramides. Pr, Pr, fibres transversales de la protubérance. ME, ME, racines du nerf moteur externe. M, noyau commun du moteur oculaire externe et du facial. FT, fasciculus tares (j-ortion verticale de l'nnsc du faciîil). FI, noyau inférieur du facial .dans lequel lirennent nnissance les fibrps radiculaires qui vont former le fusciculus tares). CP, substance gélatineuse de Rolando (tète de la corne jjoslérioure). T, racine ascentlante du trijumeau, yl" C, substance grisr; du plancher du 4" ventricule (noyau de l'acoustique). AG, tronc du nerf acoustique, e, sa racine externe, i, sa rafine interne. GR, corps restiforme. OS, olive supérieure.

trajet du facial FT, F. F', depuis le fasciculus teres jusqu'à son émergence, l'autre, (fig. 9), depuis le fasciculus teres FT jusqu'à son noyau FI. Ces deux trajets presque parallèles sont réunis par une troisième portion qui leur est perpendiculaire, le fasciculus teres, et qu'on voit représentée sur la figure 11 (7'). Le véritable noyau du facial FI correspond à la portion du facial qu'on a dénommée en clinique facial inférieur. C'est, en effet, ce noyau qui est intéressé dans la paralysie labio-glosso-laryngée. La partie que le facial emprunte au noyau de la sixième paire correspond au facial supérieur. Nous avons déjà parlé dans une note (page 89) de l'intérêt que présente cette origine commune du nerf moteur oculaire externe et de la partie du facial qui anime les parties voisines de l'orbite au point de vue fonctionnel. Il y aurait là matière à considérations sur l'expression de la physionomie, etc.; mais nous nous écarterions trop de notre sujet.

Chez le chat, sur des coupes horizontales parallèles au quatrième ventricule, on voit très-distinctement un faisceau de fibres longitudinales cheminer parallèlement au raphé et à quelque distance en dehors. Cette colonne se détache manifestement de la partie antérieure du noyau de la 6° paire, et se dirige d'arrière en avant. En examinant un nombre suffisant de coupes, on suit cette colonne jusqu'à une certaine distance du noyau de la 3' paire, et l'on constate cp'elle est plus profondément située dans sa partie antérieure. Mais on voit de plus chez cet anima! les faisceaux de droite et de gauche s'entre-croiser sur la ligne médiane, de façon que la colonne née du noyau de la 6° paire droite se rend au noyau de la 3" paire gauche et réciproquement. Cet entre-croisement se fait tout près du noyau de la 3° paire, comme l'indique la figure 11.

Eq continuant à examiner des coupes de plus en plus profondes, on suit toujours l'extrémité antérieure de ce faisceau et on le voit se placer au côté postéro-interne du noyau de la 3° paire ; toutefois, il ne paraît pas contracter de connexions intimes avec ce noyau, car sur des coupes plus profondes qui montrent non plus le noyau mais le nerf de la 3" paire, on continue à voir le faisceau que nous avons décrit, et il présente à ce niveau à peu près le même volume qu'il avait auparavant. En définitive il vient s'accoler au côté interne du nerf moteur oculaire commun.

Ainsi chez le chat, le trajet, la destination, l'origine et la terminaison du faisceau d'anastomose sont des plus précis, et la description en est facile.

FiG. 11 (.Schéma d'après une coupe faite dans le plan du plaucner du 4* ventricule).

a, a, Raphé. 7, 7', 7", ffenou flu facial (7' est la partie moyenne de ce genou c'est le fasciculus terex). VI, noyau du moteur oculaire externe. III, noyiui du moteur oculaire commun. 3, les racines de ce nerf, dont les plus internes viendraient du noyau de la 6« paire du côté opposé.

La figure 11 représente d'une façon tout à fait sché-

matique le trajet de la colonne que nous venons de décrire. A la partie supérieure du dessin, le nerf moteur oculaire commun 3 et l'extrémité antérieure du filet anastomotique venu de la 6" paire, ont été supposés redressés et ramenés dans le plan du dessin. Dans la fig. 12, au contraire, qui est aussi dessinée schématiquement, mais d'après une coupe faite dans le plan antéropostérieur, on voit la direction de ces fibres à travers l'épaisseur de la protubérance et leur incurvation pour s'accoler au côté interne du noyau de la 3° paire (1).

Coupe longitudinale antéro-postérieure passant par les noyaux de la 3' et de la 6« paire du côté droit. Trajet schématique du filet anastomotique qui réunit la 6« paire à la 3".

III, noyau de la paire. VI, noyau de la 6= paire. 3, nerf mot. oculaire commun. 6, nerf de la 6= paire, ad, partie droite de Tanastomose avant entrecroissement. aff, partie gauche de cette anastomose qui s'est entre croisée et vient s'accoler au nerf de la 3'^ paire.

Pour l'homme, nous n'avons pas eu de préparations aussi heureuses, et nous n'avons pu y suivre le trajet de cette anastomose avec tous les détails que nous venons de relater chez le chat. C'est surtout pour l'entre-croisement qu'il nous est impossible d'être aussi affirmatif que

(1) On peut voir dans l'Atlas de Stilling, planche XXI, combien cette figure ressemble aux dessins 2, 3, 4 et 5.

FiG. 12 (Schéma).

nous l'avons été pour la disposition de cette colonne chez le chat. Néanmoins, nous avons suivi le trajet du nerf jusqu'au noyau de la 3° paire, à son côté interne. Peut-être

FiG. 13. (Coupe au niveau du noyau du moteur oculaire commun et des

racines de ce nerf.) (1)

l'entre-croi sèment se fait-il là, et les fibres, que l'on voit, sur lafigure de Huguenin quenousreproduisons ici(fig.l3),

(1) On pourrait croire d'après cette figure qu'on trouve à la p. 147 de l'ouvrage de Huguenin traduit par M. Duval et Keller, (J. B. Bailliëre, éditeurs), que cet auteur[a représenté au côté interne du

s'entre-croiser au-dessous du noyau de la 3° paire, ne sont-elles autre chose que les fibres anastomotiques que nous décrivons.

Si nous résumons maintenant comment les divers auteurs ont compris ou interprété ce faisceau nerveux, on peut dire :

Que M. Vulpian a vu sa terminaison antérieure lorsqu'il a décrit les fibres radiculaires postérieures de la 3" paire ;

Que Stillincj en a vu l'origine, le trajet etla terminaison, qu'il l'a fort bien dessiné mais qu'il n'en a pas compris la destination;

Que Schrœder van der Kolk n'a vu que son trajet et sa terminaison dans la 3° paire, sans se douter de ses relations physiologiques, puisqu'il en a fait l'origine de la 6° paire (il rejetait toute origine de l'abducens dans le noyau de la 6* paire) ;

Que Lockhart Clarke l'a assez bien décrit, mais sans vraiment lui assigner son rôle ;

Que Huguenin et Meynert enfin l'ont bien vu et bien décrit, mais qu'ils ne semblent pas avoir compris son action sur le droit interne, puisqu'ils expliquent tout autrement la synergie des mouvements oculaires.

Nous croyons avoir établi nettement chez le chat ses

moteur oculaire commun, le faisceau dont nous parlons. Il n'en est rien, bien loin que Huguenin indique ces fibres comme efiférentes, radiculaires, périphériques, il en fait des fibres centrales, afférentes, qui relient la troisième paire aux ganglions cérébraux. Cependant il y aurait peut-être lieu de proposer une autre interprétation que celle que donne Huguenin à propos de la figure de sou ouvrage, et il est possible que ces fibres représentent celles que nous décrivons. Malgré plusieurs recherches, nous n'avons pu, jusqu'à ce jour, parvenir à voir ces filets nerveux entrecroisés sur la ligne médiane.

connexions et son entre-croisement. Chez l'homme, où il est plus difficile de le suivre, ses connexions sont également évidentes, mais nous ne pouvons affirmer si chez ce dernier l'entre-croisement se fait au-dessus du noyau de la 3^ paire ou au niveau de ce noyau (1).

(1) Voulant, autant que possible, n'avancer que des faits positifs et dont nous ayons pu constater la réalité, je tiens à faire remarquer encore une fois que nous n'avons bien vu cette disposition, M. Duval et moi. que chez le chat. Dans le but d'éclaircir ce point, M. Duval, dont je ne saurais assez reconnaître l'extrême obligeance, a bien voulu, sur ma demande, se livrer à de nouvelles recherches.

Sur de nombreux bulbes d'adulte et d'enfant, et même sur celui d'un singe, dont il a pu examiner les centres nerveux, M. M. Duval n'a pu retrouver l'entrecroisement que nous avions constaté si ma» nifestement chez le chat.

II faut évidemment sur ce point faire des réserves, un fait négatif ne saurait, jusqu'à nouvel ordre, infirmer un fait positif. On ne peut admettre, qu'après de nouvelles recherches, qu'il s'agisse ici d'une disposition spéciale au chat. Au contraire, il est plus rationnel d'expliquer par la difficulté même des préparations la différence des résultats obtenus. Il suffit, en effet, qu'une coupe soit très-légèrement oblique et ne passe pas exactement dans le plan où ces quelques filets s'entrecroisent pour qu'on ne puisse les retrouver au milieu de toutes les fibres du raphé. De plus, les préparations sur le bulbe d'^ l'homme en raison de leur étendue sont plus difficiles à réussir.

Enfin, il est possible que cet entre-croisement n'ait pas lieu au même niveau chez l'homme et qu'il ne se fasse qu'après que le faisceau anastomotique a atteint le noyau de la 3« paire; et dans cette hypothèse, on peut, comme nous venons de le dire, interpréter dans ce sens la figure 13 empruntée à Huguenin.

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