‹ De la paralysie du moteur oculaire externe avec déviation conjuguée [electronic resource]Chapitre 7 sur 11 · PREUVES PHYSIOLOGIQUES · texte numérisé non relu

PREUVES PHYSIOLOGIQUES

1" Proposition : Le noyau de la 6° paire d'un côté innerve le droit externe du même côté et le droit interne de Vautre côté.

La colonne de fibres nerveuses Ipngitudinales dont nons venons de donner la description et qui s'étend, comme on l'a vu, entre le noyau de la 6° paire d'un côté et celui de la 3° paire de l'autre, est manifestement, par ses tenants et ses aboutissants, un faisceau anastomotique qui relie les nerfs moteurs oculaires entre eux. Mais quelle est sa composition? Quelles sortes d'éléments contient-elle? Sont-ce des fibres excito-motrices venues du cerveau, comme le pense Huguenin, des fibres sensitives, des fibres motrices, etc.? Contient-elle le filet moteur que le noyau de la 6' paire envoie au droit interne de l'œil du côté opposé?

Nous allons demander à la physiologie la solution de cette question.

On sait qu'en physiologie on emploie deux méthodes expérimentales pour démontrer le rôle d'un nerf. Tantôt on le détruit ou on l'excite pour observer son action sur les organes auxquels il se distribue; tantôt on le coupe au-dessous de son ganglion ou l'on détruit le noyaadans lequel il prend naissance, afin d'étudier, après avoir laissé vivre l'animal plus ou moins longtemps, les modifications de structure, les dégénérescences qu'il peut subir: c'est la méthode wallérienne.

Nous n'avons pu tirer, à notre grand regret, aucun résultat de la méthode de Waller, et cependant c'est elle qui aurait tranché le débat, sans laisser subsister de doute, c'est elle qui aurait pu seule apporter la démonstration complète, irréfutable de l'anastomose que nous décrivons. *

Nous savions parfaitement, en effet, que si nous pouvions apporter des protubérances, des nerfs moteurs oculaires communs, des rameaux nerveux des muscles droits internes, présentant à la suite de la destruction du noyau de la sixième paire, la dégénérescence décrite par "Waller, tout le monde admettrait l'existence, le trajet, la terminaison du filet nerveux destiné au droit interne.

Mais, dans nos expériences, les lésions que nous avons été obligé de produire pour irriter ou paralyser la sixième paire touchent à des régions si importantes et si essentielles à la vie que quelque limitées qu'elles aient été dans certains cas, nous n'avons pu obtenir la survie suffisante à la production de la dégénérescence. Et, dans les quelques cas où l'animal a survécu, nous n'avions produit qu'une lésion insuffisante pour déterminer une paralysie durable ; par conséquent, la dégénérescence ne pouvait en être la conséquence.

C'est donc avec la première méthode que nous avons obtenu les résultats positifs, et, à notre avis, suffisamment démonstratifs que nous allons exposer. Nos expériences ont été faites dans le laboratoire de M, Béclard, avec la collaboration de M. Laborde. L'un de nous a déjà, dans une communication faite à la Société de biologie dans sa séance du 18 novembre 1877, consigné les principaux résultats que les lésions nous avaient don-

nés ; nous allons nous occuper exclusivement ici des troubles oculaires auxquels nos lésions ont donné lieu.

Nous n'avions à notre disposition pour faire nos recherches que des chiens et des lapins, nous ne nous sommes pas servi du lapin parce que ce dernier n'a pas dans la vision binoculaire des mouvements associés comparables à ceux de l'homme.

Nos expériences ont été assez nombreuses pour que nous ayons obtenu tous les genres de déviations que pouvait fournir la région que nous explorions. Nous ne citerons pas les faits semblables, et ne relaterons que des exemples de chaque variété de lésion ou de déviation.

Quant au procédé opératoire, nous avons dû renoncer à la méthode qui consiste à mettre le bulbe à découvert après avoir sectionné les muscles de la nuque, parce que les conditions, dans lesquelles on se place en opérant ainsi, s'éloignent trop des conditions physiologiques, et qu'il est bien difficile, de faire des observations du genre de celles que nous avions à faire, sur un animal qui a déjà subi de telles mutilations. Dans toutes nos expériences, c'est à la méthode suivante que nous avons eu recours.

Après avoir fait une boutonnière à la peau, nons avons introduit un longue tige d'acier, à pointe triangulaire, à travers les muscles de la nuque, et nous sommes entités dans la cavité crânienne en perforant la membrane occipito-atloïdienne. Avec un peu d'habitude et après quelques tâtonnements, nous sommes arrivé à connaître la direction qu'il fallait donner à l'instrument pour ne pas léser les parties inférieures du plancher du quatrième ventricule; quant à la profondeur, elle nous était in-

diquée par un curseur fixé à l'avance sur la tige et qui nous servait de point de repère. Nous avons toujours eu comme but de produire une lésion idéale bien limitée au niveau du noyau de la sixième paire, de façon à déterminer le moinsde désordres possible, et d'avoir des animaux dont la vie ne fût pas compromise. Malheureusement nous n'avons pu obtenir ce dernier résultat, et, comme je l'ai déjà dit, nous n'avons pu observer la dégénérescence secondaire sur le trajet des fibres anastomotiques.

Nos expériences ont été classées en plusieurs groupes en rapport avec la variété qu'avait présentée le symptôme : déviation oculaire. Nous avons séparé d'abord les déviations des deux yeux non conjuguées, des déviations véritablement synergiques conjuguées. Celles-ci correspondent à une lésion duplancher, elles sesontproduites de deux façons : tantôt c'est par irritation à distance, tantôt par paralysie. Quant aux autres déviations, à celles où la conjugaison latérale n'a pas lieu, il serait nécessaire de faire de nouvelles recherches. Et, pour notre part, il y a certaines expériences où nous sommes tenté de voir une association des mouvements de rotation produits par les muscles obliques. Enfin il y a des cas où il ne semble exister aucune synergie, et oû les déviations oculaires pourraient s'appeler mouvements incoordonnés des yeux (lésionsdu cervelet). Mais, comme je l'ai dit, ce point devra être étudié à nouveau.

Page 1