‹ De la paralysie du nerf radialChapitre 8 sur 12 · I. — Période de début · texte numérisé non relu

I. — Période de début

La paralysie a frigore survient ordinairement d'emblée, sans prodromes : la perte du mouvement est le premier et l'unique phénomène. Parfois cependant, surtout quand la cause agit pendant l'état de veille, on ressent d'abord des engourdissements, des fourmillements incommodes, que Webber explique par une irritation deo libres sensitives. La congestion provoque ces mêmes symptômes et de plus l'hyperesthésie. Mais ces perversions de la sensibilité se rencontrent surtout dans les cas de compression. MM. Vulpian et Bastien (1) les ont étudiées d'une manière spéciale. La compression durait environ une demi-heure. Ces auteurs ont divisé la marche des phénomènes en deux stades : l'un, d'augment ou d'aller, durant depuis le début de la compression à sa disparition; l'autre de retour ou de déclin, durant depuis la disparition de cette dernière au retour à l'état normal. Chacun de ces stades comprend quatre

(1) Mémoire sur la Compression des Nerfs, Arch. de Phys.,

ordres de symptômes, que nous allons passer rapidement en revue :

Premier Stade. — 1° Fourmillements , vibrations, fausses crampes, parfois chaleur, sensibilité tactile et motilité souvent intactes : Durée :-de deux à dix minutes. 2° Stade intermédiaire. Tout semble revenir à l'état normal. Durée : de quelques secondes à un quart d'heure ; 3° Hyperesthésie de toutes les sensibilités cutanées (tact, chatouillement, température), sensations diverses; 4°L'hyperesthésie gagne les parties profondes, puis les sensibilités se pervertissent et disparaissent graduellement les unes après les autres. Douleur, courbature, enfin palysie complète. Durée : de quelques minutes à un quart d'heure.

Deuxième Stade. — 1° Paralysie de la sensibilité et du mouvement. Les douleurs profondes disparaissent et les paralysies cutanées et musculaires persistent. Durée : de uneàdeux minutes, au plus. 2° Hyperesthésie de retour: quelques mouvements; les sensibilités reviennent perverties et exagérées. La motilité, les sensibilités redeviennent normales, sauf celle à la température. Durée : de quelques secondes à une minute. 3° Stade intermédiaire. Motilité, sensibilité normales, sensibilité thermométrique encore obtuse. Courte durée. 4° Stade complexe. Froid centrifuge, puis pesanteur du membre, malaise, lypothymie, agacements allant du muscle aux centres, contractions spontanées, crampes. La volonté agit : les mouvements sont indécis, mal réglés. Fourmillements : vibrations très fortes, puis l'état normal revient, la sensibilité à la température reparaît. Durée : de quelques minutes à un quart d'heure.

On voit que ces deux stades sont identiques , mais la marche des symptômes est inverse dans chacun d'eux. Si l'on s'arrête dans l'expérience à une période quelconque de l'augment, la période correspondante du dè-

clin la remplace. On peut souvent dans les états pathologiques reconnaître cette marche.

Nous ferons observer ici que la compression qui durait une demi-heure environ, n'a jamais amené une paralysie persistante, et cependant M. Panas croit pouvoir donner comme cause d'une paralysie ayant persisté vingt jours ou un mois, une compression qui n'a été exercée que pendant quinze ou trente minutes. Waller, ayant comprimé sur lui-même le nerf radial gauche pendant quarante-cinq minutes, attendit onze jours le rétablissement complet de sa fonction ; mais la compression était sans doute plus directe et plus énergique que celle que subit le bras serré entre un banc et la tête ou le tronc d'un individu endormi en plein air.

La commotion des nerfs amène d'une manière plus ou moins rapide la paralysie, mais sans douleur et avec conservation de la sensibilité, ou bien celle-ci réapparaît promptement avec le mouvement.

La contusion, au contraire, fait toujours souffrir au début. Si elle est grave, comme dans l'arrachement, l'écrasement, par exemple, la sensibilité disparaît avec la motilité ; si elle est légère , le malade ressent des picotements irradiés vers les extrémités nerveuses, comme cela arrive quand on se heurte le cubital (Tillaux). Les branches sensitives sont affectées d'abord, la motilité l'est ensuite.

La piqûre amène une douleur brusque , violente, irradiée, mais rarement la paralysie que M. Onimus a vue une fois cependant à la suite d'ilne piqûre du radial par une épée.

Nous en dirons autant d'un corps étranger qui, lui, occasionnera une souffrance caractéristique en un point fixe (Tillaux). Ce n'est que par des complications que survient alors la paralysie.

Lorsqu'un nerf est sectionné, il y a une douleur plus

ou moins vive, une paralysie plus ou moins complète, selon qu'il l'est entièrement ou non.

En général, s'il n'existe pas de complications, les symptômes généraux sont nuls. Mais un fait digne d'attention, qui se produit quelquefois, c'est le choc ou commotion. On l'observe surtout à la guerre. Le blessé, comme du reste tous ceux qu'atteint inopinément un projectile, croit avoir reçu un coup de pierre, un coup de bâton. Il tombe dans la stupeur et est saisi de sueurs froides, de défaillances , de vomissements et parfois de délire furieux. Sur trente-quatre cas de blessures des nerfs du bras, cubital, radial, médian, observés par M. Mitchell, il y eut six fois chute avec perte de connaissance, six fois chute simple, vingt-deux fois possibilité de continuer la marche. Peut-on supposer une violente irritation des vaso-moteurs, suivie rapidement de leur paralysie, et conclure à une congestion de l'encéphale? Ou bien, au contraire, doit-on croire, avec MM. Mitchell et Jaccoud, que l'encéphale a reçu directement la commotion dont les nerfs eux-mêmes ont été aâéctés? Il ne nous appartient pas de résoudre cette question.

Nous n'avons encore étudié que l'apparition brusque ou assez rapide de la paralysie radiale; nous l'avons vue succéder aux fourmillements après quelques heures, vingt-quatre heures au maximun. Quelquefois, cependant, elle peut venir plus tard. C'est ainsi qu'on a vu les premiers symptômes de la contusion disparaître progressivement, et, trois semaines au plus après la disparition de la douleur, la paralysie survenir.

D'autres fois, à l'engourdissement succède une douleur vive, exacerbante, profonde, pulsative ou lancinante, augmentant par la pression, s'accompagnant de fièvre et d'hypéresthèsie de la peau. Le bras présente un peu de chaleur, la névrite se déclare et à cette inflammation suc-

cède, après quelques jours, une paralysie souvent rebella, quand la douleur a disparu. On sent alors le nerf, surtout chez les personnes maigres, comme un cordon ferme et d'un volume variable en différents endroits. Enfin, il y a une variété d'invasion très lente qui se rencontre seulement dans le cas de compression légère, mais croissante et prolongée, alors qu'un anévrysme, une ostéite ou un cal de l'humérus, etc., viennent agir progressivement sur le nerf radial.

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