‹ De la paralysie générale et du traumatisme dans leurs rapports réciproquesChapitre 10 sur 13 · OBSERVATIONS · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS

PREMiÈME PARTIE

Observation l (Lafitte) (1).

Paralysie générale produite par un coup sar la tète.

Sommaire : A 50 ans, violent coup de poing sur la tête. Le lendemain début d'une paralysie générale.

Le nommé C... (Pierre) a été admis à l'asile de Pau, où je remplissais par intérim les fonctions de directeur-médecin, le 2 septembre 1859.

Des renseignements très précis et très exacts nous sont fournis par la femme du malade sur les antécédents et sur la cause de la maladie.

C... est âgé de 50 ans; il est marié, sans enfants, et exerce à Tarbes la profession d'aubergiste; il était intelligent, rangé, économe. laborieux, sobre; pas de chagrins, pas de préoccupation d'affaires, pas de maladies antérieures, pas d'hérédité.

Le 7 août 1859, voulant séparer deux personnes qui se battaient dans son auberge, il reçoit un violent coup de poing qui l'étendit pendant quelques instants, mais qui ne l'empêcha pas de vaquer à ses occupations dans la journée.

Mais le lendemain 8, il se plaint de souffrir de la tête; il se montre triste, abattu et n'a pas recouvré sa gaieté habituelle.

Pas d'appétit.

Le 9. Le malade a peu dormi, rêvasseries pendant la nuit.

Le 10. Il y a un peu d'excitation, le malade parle plus que d'habitude; il se montre satisfait de tout, et il sort plusieurs fois delà maison pour aller en ville faire des achats dont il n'a nul besoin; il veut faire l'acquisition de deux chevaux, d'une voiture; le soir, il court la ville en riant et en entretenant tout

(1) Annales médico-psychologiques, série, t. VI, année 1881, p. 233.

le monde de ses projets grandioses et en énumérant ses richesses.

La séquestration devenue urgente, il est admis à l'hôpital de Tarbes, où il est soigné trois mois ; son état ne s'étant pas amélioré, il est conduit à l'asile de Pau, où il est admis le 2 septembre 1859.

C'est un homme grand, robuste, d'un tempérament sanguin; la physionomie du malade exprime la satisfaction, il sourit agréablement lorsqu'on lui parle et paraît très heureux.

Le malade est assez calme et nous raconte, avec une prolixité remarquable et avec les plus minutieux détails, les diverses circonstances qui ont précédé l'agression dont il a été l'objet et les divers événements de sa vie, avec les dates précises de son mariage, de sa naissance, le nun.éro qu'il a tiré à la conscription, etc.; mais il a perdu le souvenir de tout ce qui s'est passé depuis le 8 août .

La parole est légèrement hésitante, sans embarras proprement dit; les pupilles sont égales, mais rélrécies; la sensibilité générale et la sensibilité spéciale sont conservées; la langue ne présente pas de tremblements fibrillaires ; peut-être en existe-t-il à l'orbiculaire des lèvres, mais ils sont si légers, si peu accusés, qu'on hésiterait à l'affirmer.

La démarche est assurée et paraît libre.

Le 11. Les nuits sont agitées, peu de sommeil; G... a vu l'impératrice qai lui a remis son portrait. Bains prolongés.

Le 12. Il se cve pendant la nuit, chante, prétendant qu'il a une voix admirable, etc. Sulfate de soude.

Le 13. Il nous raconte qu'il est très mécontent de l'administration; il doit faire un rapport à l'empereur pour changer le préfet ; il va utiliser les landes du Pont-Long et les transformer en magnifiques prairies où il élèvera des milliers de chevaux.

Le 15. Par moment, lorsqu'on parle avec le malade pendant quelque temps, on peut saisir une certaine hésitation dans la prononciation de quelques mots. Mêmes idées de grandeur. Projets fantastiques, pupilles égales; sensibilité générale e spéciale en parfaite intégrité.

Le 20. La villa que l'empereur a fait bâtir à Biarritz lui appartient; le malade, qui avait dormi les nuits précédentes, s'est levé pendant la nuit dernière et a parlé beaucoup.

1°' octobre. Pupille droite un peu plus dilatée que la gauche. Mêmes idées.

Le 7. Agitation extrême pendant la nuit. A la visite du matin, la figure rouge, animée; mêmes idées de grandeur; mais G... s'émeut facilement et pleure devant nous ; mais un instant après il est heureux, il est empereur, etc. Pupille droite beaucoup plus dilatée que la gauche. Le malade ne peut rester en place. Le tremblement des mains est très accusé ; sensibilité obtuse, on peut pincer le malade aux bras, au cou, sans qu'il s'en aperçoive, l'embarras de la parole, qui était peu marqué jusqu'à ce moment, est beaucoup plus facile à constater.

Le 10. Sangsues au siège. Aloès.

Le 14. Le malade est plus calme, mais il ne se rappelle pas avoir reçu la visite de sa femme, qui est venue le voir il y a à peine huit jours. La mémoire des faits antérieurs à son accident est toujours conservée. Mêmes idées de grandeur, le bon Dieu est son père, etc.

Ayant quitté l'asile au commencement de l'année 1860, nous n'avons pu suivre le malade, dont l'intelligence s'est progressivement affaiblie et qui a fini par succomber par suite du marasme paralytique.

Observation II (inédite).

Paralysie générale d'origine traumatique.

Sommaire : A 45 ans, chute du haut d'une échelle. Paralysie générale consécutive.

P... (Jean), 43 ans, tapissier, entre à Saint-Anne, service de M. Dagonet, le6 juillet 1868.

Dans les antécédents de P..., on ne trouve que quelques excès alcooliques anciens. Il y a un mois, cet homme, qui était en pleine santé, est tombé du haut d'une échelle par suite de la maladresse d'un do ses camarade;!. Dans sa chute, il est allé heurter de la tête contre le mur; un instant étourdi, il a pu cependant se relever seul, mais n'a pu continuer son travail.

Deux jours après il a commencé à donner des signes manifestes dedérangcmentjritellcctuel: il était excité, ne tenait pas en place, allant, venant, parlant continuellement; il ne dormait plus et se

levait plusieurs fois la nuit sans motif. Puis il s'est mis à manifester des idées ambitieuses ; il cherchait continuellement à s'échapper de chez lui, disant qu'il voulait aller travailler aux Tuileries où l'empereur l'attendait. C'est alors que sa femme l'a conduit à Sainte-Anne.

L'état du malade à son entrée est constaté par le certificat suivant :

« Paralysie générale. Affaiblissement des facultés mentales, excitation maniaque, loquacité incohérente, idées ambitieuses et de richesses, tremblement de la langue et des mains. Hésitation de la parole. Excès alcooliques anciens. »

Le 25 août, le malade a une attaque congestive et succombe le lendemain.

Observation III (inédite).

Paralysie générale d'origine traumatique.

Sommaire : A 28 ans, traumatisme crânien. Paralysie générale consécutive. Amélioration. Sortie. Rechute. Mort.

Le nommé P... (Michel), 30 ans, veuf, employé de chemin de fer, entre à Sainte-Anne, service de M. Dagonet, le 19 mars

Rien dans les antécédents héréditaires et personnels de P... Il y a deux ans, il a été blessé à la tête, au bras et à la jambe en manœuvrant des wagons. Transporté à l'hôpital Lariboisière dans un état alarmant, il n'a pas tardé à donner des signes de dérangement intellectuel, qui ont nécessité son transfert à Sainte-Anne, et delà à Bicêtre. Après un séjour de quelques mois à Bicêtre, son état s'est amélioré et il a pu être rendu à sa famille. Mais cette amélioration ne s'est pas maintenue, et la famille l'a alors conduit à l'infirmerie de la Préfecture de police, où M. Legrand du Saulle l'envoi à Sainte-Anne avec le certificat suivant :

Démence paralytique déjà avancée. Intelligence tout à fait affaiblie. Abolition de la mémoire. Embairas de la jambe. Stupeur. Traumatisme crânien datant de deux ans. Incapacité de se diriger. Ce malade, déjà traité à Bicêtre, est dans un état mental qui exige son placement dans un asile d'aliénés.

A Sainte-Anne, M. Bouchereau délivre le certificat immédiat suivant :

«Est atteint de paralysie générale; affaiblissement des facultés intellectuelles et de la mémoire; apathie; nulle conscience de sa situation; hésitation de la parole; tremblement des mains. Déjà traité.»

Le malade s'affaiblit graduellement, intellectuellement et physiquement. Il ne tarde pas à devenir gâteux. Le 4 mars 1875, P..., qui mange avec une gloutonnerie extrême, succpmba brusquement par arrêt du bol alimentaire à l'entrée des voies respiratoires.

Observation IV (personnelle).

Paralysie générale d'origine traumatique.

Sommaire : A 42 ans, chute d'un premier étage. Paralysie générale consécutive {forme expansive).

B... (Michel), 42 ans, marié, menuisier, entre à Sainte- Anne, le 23 février 1879, dans le service de M . Dagonet. Pas d'antécédents ni personnels, ni héréditaires.

Jlyatrois semaines, B..., qui était en parfaite santé est tombé du premier étage d'une maiison où il travaillait. Il est difficile avec les renseignements qu'on nous fournit de connaître au juste les conditions dans lesquelles s'est faite cette chute. Toujours est-il que B... conduit chez lui en voiture fut mis au lit ; à ce moment, il était étourdi par sa chute, mais ne présentait que des contusions en apparence sans gravité, une notamment à la région temporale droite. La nuit fut un peu agitée, mais le lendemain le malade se leva comme d'habitude. Dès ce jour là, la femme de B... s'aperçut que son mari déraisonnait. Par moment il prononçait des phrases sans suite et avait la physionomie égarée. Les jours suivants les troubles deTinlelligence s'accentuèrent encore, et le malade manifesta des idées de richesse et dos idées ambitieuses. Le 18 février il se rendit à l'Elysée et demanda au factionnaire à voirie Président de la République pour lui adresser un discours. Arrêté, il fut conduit à l'infirmerie delà Préfecture de police et de là à Sainte-Anne.

A son entrée le malade est dans l'état suivant. Il est excité,

loquace et en proie à un délire ambitieux ; il a dit-il, des carrières de diamant, il fait sortir des millions en frappant du pied la terre. La mémoire est très diminuée. Avec ces troubles intellectuels on constate les signes physiques habituels de la paralysie générale; il y a du tremblement de la langue, la parole est hésitante, la pupille droite plus large.

Les jours suivants aucun changement dans l'état du malade. Le 9 il est pris de congestion pulmonaire et succombe le lendemain.

Observation V (inédite).

Due à l'obligeance de mon ami le D"' Doutrebente, ancien chef de clinique à la Faculté, médecin-directeur de l'asile de Blois.

Traumatisme crânien. 15 ans plus tard paralysie générale.

Sommaire ; Antécédents vésaniques héréditaires. Traumatisme violent du crâne en 1865. Aphasie. Retour à l'état normal. Modifications du caractère. Accès de folie en 4879 dont la nature n'a pu être déterminée. Paralysie générale en 1880, double forme, attaque congestive, délire aigu. Rémission, marche chronique.

B..., Jean-Baptiste, entre à l'asile des aliénés de X... le 10 octobre 1880. C'est un homme bien constitué, instruit, intelligent, ancien officier de cavalerie. 11 a eu huit frères et sœurs dontsix sont morts en bas âge ; il est le dernier né. Son père est mort d'un délire aigu qui l'a emporté en quatre jours à l'âge de 42 ans. Son grand'père paternel, ancien militaire, est mort dans un état de mélancolie profonde, il était accablé d'ennui, croyait que tout le monde lui en voulait, il avait peur de tout.

En 1865, B... a fait une chute de cheval sur la tête, indiquée encore aujourd'hui par une cicatrice qui m'a paru être en rapport avec la scissure qui sépare la deuxième circonvolution de Broca. (J'ai fait le relevé en m'entourant de toutes les précautions qu'on apporte aujourd'hui en topographie crânio-cérébrale.) A la suite de cet accident le malade fut atteint d'aphasie pendant trois mois, puis revint progressivement à la santé et recouvra, en apparence du moins, l'intégrité de ses fonctions intellectuelles ; n'ayant pas été réformé il fut replacé dans son régiment avec son grade. De 1866 à 1879 il

ne présenta rien de particulier, si ce n'est que son caractère était devenu acariâtre, pour me servir de l'expression de la personne qui m'a fourni des renseignements sur sa vie antérieure.

En 1879 étant en garnison à X... dans le centre de la France, B... fut placé dans un asile d'aliénés pour y être traité d'un accès de folie dont la nature n'a pu être déterminée ; 11 fut mis en disponibilité et rendu à sa famille après cinq mois de traitement. Il n'était pas guéri, mais il sortit prématurément sur la demande d'un de ses parents qui attribuait alors sa maladie à son séjour dans un asile d'aliénés. Rendu à la liberté vers la fin de l'année 1879, B... mena au dehors une vie errante et tomba dans la misère la plus profonde.

En août 1880, B... fut arrêté en état de vagabondage, mais reconnu malade, il fut placé dans un hôpital militaire et enfin à l'asile d'aliénés, on constata tout de suite l'existence d'une paralysie générale caractérisée par tous les signes classiques de l'ordre physique et par le délire des grandeurs.

En 1880, 1881 et 1882, la maladie a suivi une marche rémittente surtout au point de vue du délire qui a subi des alternatives assez fréquentes : nons l'avons vu successivement turbulent, agité, général de division, riche à plusieurs milliards ou bien au contraire, triste, déprimé, hypochondriaque et malheureux.

En janvier 1882, il s'alita et eut à la suite d'une attaque congestive grave, une période d'agitation violente qui nous fit redouter un dénouement fatal et rapide. Nous nous sommes crus en droit de craindre un délire 'aigu inteimitlent ; mais aujourd'hui, quatre mois après cette poussée congestive, le malade est certainement mieux qu'il y a six mois ; l'embarras de la parole persiste toujours, mais le délire a en partie disparu et la mémoire semble avoir retrouvé une existence nouvelle; la santé physique qui était déplorable en janvier dernier est aujourd'hui (30 avril) très satisfaisante.

Nous nous trouvons certainement en présence d'une paralysie générale à forme chronique et rémittente avec délire à double forme. La cause occasionnelle évidente c'est le traumatisme du crâne, mais comme le malade a des antécédents vésaniqucs héréditaires, il oppose à l'évolution du mal une résistance que l'on ne rencontre pas chez la plupart des ma-

lades atteints de paralysie générale. C'est un cas de plus à ajouter à ceux que j'ai signalés dans ma thèse et dans un mémoire sur les rémissions qui surviennent dans le cours de la paralysie générale.

Observation VI (inédite).

Due à l'obligeance de mon ami Sauton, interne à Sainte-Anne.

Paralysie générale d'origine traumatique.

Sommaire : Pas d'antécédents. Traumatisme à la région frontale droite à 42 ans. A la suite, changement de caractère, céphalalgies, vertiges, puis troubles intellectuels de plus en plus accusés. Quatre ans après l'accident, entrée à Sainte-Anne avec tous les symptômes de paralysie générale.

G... 46 ans., ancien militaire, gardien de la paix, entre à Sainte- Anne au commencement d'avril 1882 dans le service de M. Dagonet.

Pas d'antécédents héréditaires : père et mère morts dans un âge avancé ; deux frères et trois sœurs bien portants. Dans les antécédents personnels pas d'autre maladie qu'une blennorrhagie. Pas d'excès ni alcooliques ni autres.

II y a 4 ans, G... faisant son service rue Quincampoix reçut sur la tête une pioche échappée des mains d'un ouvrier occupé à la démolition d'une maison. Il tomba privé de connaissance mais ne resta que peu de temps dans cet état. Quand on le releva il avait à la région frontale droite une large blessure qui le força à garder le lit pendant trente-deux jours.

A partir de cette époque G... changea complètement de caractère, il n'était plus du tout le même suivant l'expression de sa femme; en outre, il se plaignait fréquemment de vertiges, de lourdeurs de tête. Bientôt on constata chez lui un certain dérangement dans les idées. En décembre 1881 se produisit une attaque épileptiforme et à la suite se déclarèrent des troubles intellectuels caractérisés par des idées de persécution mais surtout par des idées de grandeur. L'état de G... empirant chaque jour, sa famille le fit placer à Sainte-Anne au commencement d'avril 1882.

A son entrée, le malade présente un affaibhssement marqué

des facultés intellectuelles et de la mémoire. Il n'a aucune conscience de sa situation et ne connaît même plus son âge. De plus G... est en proie à un délire ambitieux, incohérent. Il jouit, dit-il, d'une santé et d'une force merveilleuses ; personne ne pourrait lutter avec lui ; d'un coup de poing il renverserait tous les obstacles; il est le premier cavalier du monde, personne n'a su remplir aussi bien que lui les fonctions de gardien delà paix, etc., etc. Avec ces idées de satisfaction C... manifeste quelques idées mélancoliques. C'est ainsi qu'il nous raconte qu'il a eu beaucoup de chagrins dans sa vie : l'entrepreneur qui avait été condamné à lui payer des dommages et intérêts a cherché à le tuer, il a fait un complot avec sa femme et ses frères pour le faire passer pour fou, etc., etc.

Avec ces troubles intellectuels on constate chez le malade : de l'embarras de la parole, du tremblement de la langue et des muscles orbiculaires des lèvres, de l'inégalité pupillaire (la droite plus large que la gauche), et enfin un affaiblissement musculaire généralisé.

A la partie supérieure de la région frontale droite on remarque la présence d'une cicatrice irrégulière de quatre ou cinq centimètres de longueur.

Observation VII (inédite).

Paralysie générale d'origine traumatique.

Sommaire : A 31 ans, plaie contuse du crâne. Deux mois après, apparition de troubles cérébraux; attaques épilepliformes, accès d'agitation, affaiblissement de la mémoire. A 35 ans, paralysie générale conflrmée (forme dépressive).

Le nommé G... (Amédée), 35 ans, marié, fruitier, entre à Sainte-Anne, service de M. Dagonet au mois d'avril 1872.

Il y a quatre ans. G... étant en parfaite santé, a reçu sur la région moyenne du crâne un coup donné à l'aide d'un caillou. Il en est résulté une plaie longue de plusieurs centimètres qui a guéri sans complication aucune dans l'espace d'une huitaine de jours en laissant une cicatrice très apparente. Environ deux mois après. G... qui ne paraissait nullement se ressentir de son traumatisme fut pris tout à coup d'une attaque épileptiforme qui dura quelques minutes.

liotons que le malade n'avait point fait d'excès alcooliques comme cela lui arrivait quelquefois plusieurs années auparavant.

Depuis G... a eu trois attaques séparées par de longs intervalles et suivies chacune pendant quelques jours d'un certain embarras de la parole. Entre les attaques il y a eu des périodes d'excitation pendant lesquelles le malade devenait maussade, méchant même et ne supportait plus la moindre contradiction. Aussitôt après la première attaque, la femme de G... s'est aperçue que la mémoire de son mari diminuait; et cet affaiblissement s'est accentué de plus en plus après chaque attaque. En dernier lieu G... s'est mis à divaguer complètement.

Le certificat immédiat délivré par M. Magnan à l'entrée du malade fait craindre une paralysie générale.

Il est ainsi conçu :

« Affaiblissement des facultés mentales avec excitation, idées de persécution et idées hypochondriaques. Parole légèrement embarrassée. Inégalité pupillaire. »

Quelques jours après, M. Dagonet ajoute :

Paralysie générale confirmée. Idées hypochondriaques.

Refus de manger. Constitution affaiblie.

Le 7 mai, un mois après l'entrée, le malade succombe.

Observation VIII (inédite).

Paralysie générale d'origine traumatique.

Sommaire : A 46 ans, chute de cheval. Quelques mois après troubles intellectuels ; à 47 ans, paralysie générale conlirmée.

M... (Louis), 47 ans, marié, sous-officier de la garde républicaine, en retraite. Entre à Sainte- Anne, service de M. Dagonet, le 13 février 1877.

M.,., dont les antécédents héréditaires et personnels sont nuls, a fait il y un an une chute de cheval qui l'a forcé à garder le lit pendant plusieurs jours. Il n'était pas bien san.s cependant être véritablement malade. Quatre ou cinq mois après il a commencé à donner des signes évidents de dérangement intellectuel et on l'a envoyé à Gharenton. Après un séjour de quelques mois dans cet établissement il a été transféré

à Sainle-Aiine où le certificat d'entrée suivant lui est délivré : « Paralysie générale avec excitation passagère et idées annbilieuses incohérentes. Hésitation de la parole, pupille droite plus large. »

Près de deux mois se passent sans qu'il se produise de changement bien marqué dans l'état du malade. Le 12 mars il est pris d'une attaque épilepliforme de courte durée. Le lendemain série d'attaques de même nature, le malade reste dans un coma profond et succombe le lendemain.

Observation IX (inédile).

Paralysie générale d'origine traumatique.

Sommaire : A 39 ans et demi, coups sur la tête. Troubles intellectuels; à 41 ans, paralysie générale confirmée.

Le nommé L... (Jean-Baptiste), 41 ans, marié, cordonnier, entre à Sainte-Anne, service de M. Dagonet, le 29 janvier 1875.

L... est un homme sobre, habiluellemenl bien portant et qui n'a rien dans ses antécédents soit héréditaires, soit personnels. Il y a dix-huit mois dans une dispute avec des voisins il a reçu sur la lêtc des coups de bâton. A quelque temps de là la femme deL... s'est aperçue que son mari perdait la mémoire. Cet affaiblissement de la mémoire s'est accentué progressivement et en même temps L... se plaignait de céphalalgies, d'étourdissements, de fourmillements dans les membres. Par moments sa parole s'embarrassait, il devenait d'une sensiblerie extrême, et enfin en dernier lieu ne savait plus du tout ce qu'il faisait et ne pouvait plus travailler. En môme temps il commettait des acUis déraisonnables; un jour il mettait le feu à un rideau sans savoir ce qu'il faisait, un autre jour il volait un couvercle de soupière à un étalage. Enfin sa famille se décida à le placer à Sainte- Anne.

Le certificat d'entrée délivré par M. Magnan, porte : a Paralysie générale, affaiblissement des facultés mentales avec idées hypochondriaques. Légère hésitation de la parole, pupille droite plus large ».

La maladie après être restée plusieurs mois stationnairc Vallon. 5

reprend sa marche progressive sans aucun incident dig-ne d'être noté et le malade après un séjour de deux ans succombe dans le marasme au mois de mai 1877,

Observation X (personnelle).

Paralysie générale d'origine traumatique.

Sommaire : A 32 ans, coup sur la tête, accidents cérébraux pendant quelques jours. A 34 ans, accès de mélancolie d'une durée de deux mois ; à partir de 40 ans, accidents cérébraux ; à 42 ans, paralysie générale confirmée (forme, démence simple). Mort à 46 ans.

P... ne présente ni antécédents héréditaires, ni antécédents personnels. A l'âge de 32 ans, il travaillait comme charpentier dans l'escalier d'une maison en construction quand il reçut sur la région occipitale une pièce de fer qui lui fit une profonde blessure dont il a toujours gardé la marque. A la suite il eut des accidents cérébraux assez peu prononcés eu égard à la gravité de la blessure, mais qui cependant le forcèrent à garder le lit pendant plusieurs jours.

Pendant deux ans P... ne présente aucun trouble de TintelUgence, mais à l'âge de 34 ans, sans motif aucun, il devient sombre et taciturne et tombe bientôt dans une dépression profonde. Conduit à Sain te- Anne il y reste un mois seulenjent el sort parfaitement guéri.

Jusqu'à 40 ans, rien de particulier dans l'état de P... A celle époque, pour la première fois de sa vie, attaque épileptifornie. Entre 40 et 42 ans sept ou huit attaques semblables à la preoiière. Notons que le malade était tout à fait sobre et que par conséquent on ne pouvait mettre ces attaques sur le compte des excès alcooliques. Pendant la môme période de temps quelques vertiges et des céphalalgies fréquentes; déplus affaiblissement graduel des facultés intellectuelles et de la mémoire.

Vers la fin de la quarante-deuxième année, dépression intellectuelle de plus en plus marquée qui force la famille à placer le malade pour la seconde fois. M. Legrand du SauUe délivre le certificat suivant :

« Démence paralytique. Dépression mélancolique profonde. Traumatisme crânien ancien. Quelques attaques épileptiformes. Hypochondrie.»

Quand nous voyons le malade nous remarquons chez lui un affaiblissement marqué des facultés intellectuelles de la mémoire; il est hébété, répond lentement aux questions qu'on lui pose. Il a quelques idées mélancoliques et hypochondriaques. On constate de plus de l'embarras de la parole et de l'inégalité pupilUaire.

Au niveau de la bosse occipitale externe, il existe une dépression osseuse résultat du traumatisme subi autrefois par le malade. Le doigt pénètre à plusieurs centimètres dans l'épaisseur de l'os dont la table interne est cependant intacte.

Deux mois après son entrée le malade a une attaque épilcpliforme qui le laisse encore diminué au point de vue intellectuel.

Dès lors le malade s'enfonce de plus en plus dans la démence et bientôt les facultés intellectuelles et la mémoire sont complètement abolies chez lui. En même temps l'embarras de l.i parole s'accuse de plus en pins et devient bientôt tel que le malade ne peut plus prononcer une seule parole.

L'état physique reste cependant assez bon, l'appétit est excellent, les diverses fonctions s'exécutent bien et P..., passé pour ainsi dire à l'état de végétal, devient complètement indifférent à tout ce qui passe autour de lui. Cet état se prolonge pendant près de quatre ans au bout desquels le malade finit par succomber.

L'autopsie prouve ce que du reste il avait été permis de constater pendant la vie, que la table interne de l'occipital est intacte. Bien plus les lésions de la méningo-encéphalite (adhérences des membranes, ramollissement de la substance grise) sont beaucoup plus accentuées à la région frontale qu'à la région occipitale où comme d'habitude elles sont à peine accusées.

Obskrvation XI ^personnelle).

Paralysie générale d'origine traumatique.

Sommaire : A 26 ans, coup sur la région temporale, à 27 ans paralysie générale.

C,.. Emile, 27 ans, marié, mécanicien, entre à Sainte-Anne, le 8 mai 1878, dans le service de M. Dngonot. C'est un jeune hommcd'une taille moyenne, mais bien consti-

tué, d'une physionomie intelligente, qui n'a pas d'antécédents héréditaires et n'a jamais fait aucune maladiegrave.il y a environ un an, travaillant à l'arsenal de T..., il a reçu sur la tempe gauche un violent coup que lui a donné un autre ouvrier à Toide d'un instrument contondant. Il ne paraît pas tout d'abord s'être beaucoup ressenti de ce traumatisme, mais il y a quelques jours il a été pris d'agitation. Depuis ce moment il dort très peu, il chante à hiute voix toute la journée, il n'a aucune suite dans ses idées, il est incapable de tout travail, et il paraît absolument inconscient. Enfin, il s'est fait arrêter sur la voie publique pour outrage à la pudeur (il s'était déshabillé dans un urinoir).

A son entrée, le malade est en proie à une assez vive agitation maniaque. Il a sur la physionomie un air de grande satisfaction et fait toute sorte de projets ambitieux : il va faire fabriquer beaucoup de machines à vapeur, des canons, des mitrailleuses, il va installer un atelier où il dirigera 1,500 ouvriers. En même temps on constate un affaiblissement intellectuel très marqué, le malade ne se rend pas compte du moment où il est arrivé, il ne connaît ni le mois ni l'année. Il existe du tremblement de la langue et de l'inégalité pupillaire. Le malade parle en bégayant.

Au bout d'une quinzaine de jours, l'agitation commence à se calmer, mais les idées ambiteuses et le contentement exagéré persistent. Eu même temps on constate une notable diminution des forces.

Bientôt C... devient gâteux et est si faible qu'on est obligé de le laisser au lit. Il reste ainsi alité pendant près de trois ans et fait remarquable pendant toute cette longue période de temps il a gardé la tête tendue en avant et ne reposant nullement sur l'oreiller. Dans les derniers mois de la vie on a constaté une raideur très marquée dans les deux membres inférieurs et des phénomènes de contracture dans le membre supérieur droit. La vie s'est éteinte dans le marasme paralytique.

Observation XII (personnelle).

Paralysie générale d'origine traumatique.

Sommaire : Chute de cheval à 30 ans. Accidents cérébraux consécutifs. Pas de troubles pendant plusieurs années; à 44 ans, paralysie générale.

' C... (Joseph), 44 ans, marié, garçon de bureau, entreà Sainte- Anne (service de M. Dagonet), le 3 mai 1879, avec le certificat suivant de M. le professeur Lasègue : « Paralysie générale. Chute de cheval étant militaire, avec accidents cérébraux. Pas de troubles pendant plusieurs années. Crises vertigineuses il y six mois. Depuis lors embarras de la parole, tremblement, insomnie, contentement, idées sans suite. »

C... n'a pas d'antécédents héréditaires, il n'est pas syphilitique, et s'il a pu faire des excès étant militaire, depuis longtemps il est sobre et rangé. En 1865, il a fait une chute de cheval et à la suite il a présenté des troubles cérébraux sur lesquels nous n'avons pas de renseignements précis mais qui ont été assez sérieux pour motiver sa mise en réforme. Il est alors entré au ministère de la guerre comme garçon de bureau et y est resté douze ans. Là, il élail considéré par tous ses camarades comme ayant la tête peu solide. Ordinairement très satisfait et très conlent de lui il a commencé à se plaindre de maux de tête, d'élourdissements, il y a environ sept mois, puis il a eu plusieurs vertiges avec perte de connaissance pendant quelques secondes, mais sans chute. A ce moment il a été obligé de cesser tout travail et a commencé à manifester des idées de richesse; en môme temps, sa femme a remarqué que par momenls il éprouvait une certaine difflcullc pour parler. Depuis quelques semaines il dormait mal et ne savait plus du tout ce qu'il faisait.

Quand nous voyons le malade nous constatons qu'il n'a pas de délire à proprement parler, mais des idées de satisfaction puérile : sa femme est très gentille, sa pttilo fille lui fera quatre pages d'écriture pour sa féle, etc. Les lacullés mentales sont Ir/'s nulablenioni alTuihlios l.u pnroli; o^t très cmbarrasée. La pupille gauche est plus large (pie la :lruiU'. 11 y a du tremblement fibrillairc de In langue.

La maladie suit une marche progressive, l'affaiblissement intellectuel et physique fait tous les jours des progrès, le malade devient gâteux et succombe dans le marasme, le 4 juin

Observation XTII (personnelle).

Paralysie générale d'origine traumatique.

Sommaire : A 40 ans, chute sur la tête. Accidents cérébraux consécutifs. Pas de troubles pendant six ans; à 47 ans, paralysie générale (forme intermittente).

Le nommé P..., Victor, 48 ans, marié, journalier, entre à Sainte-Anne, service de M. Dagonet, au mois de novembre

Nous ne possédons aucun renseignement sur le malade jusqu'à l'âge de 40 ans. A ce moment il fit en travaillant une chute sur la tête. A la suite, il resta pendant onze jours privé de connaissance et présenta pendant quelques semaines un peu de faiblesse musculaire du côté gauche du corps. Sept ans plus tard il eut une nouvelle attaque qui lui laissa une paralysie incomplète du côté droit. A la suite, il devint agité et sa famille fut obligé de le placer à Sainte-Anne. A cette époque (août 1877), M. Bouchereau délivra le certificat suivant : Paralysie générale; affaiblissement des facultés intellectuelles et de la mémoire, idées incohérentes, turbulence, nulle conscience de sa situation, hésitation de la parole, tremblement des mains, faiblesse musculaire.

Au bout d'un mois, le malade étant devenu calme, sa famille le reprit avec elle. Mais un an plus tard survinrent des accès de fureur qui nécessitèrent un nouveau placement du malade. Celte fois, M. Dagonet formule le certificat : Démence paralytique, agité, déchire ses vêtements, malpropre, faible.

l'eu de jours après l'entrée, l'agitation cesse et à partir de ce moment la maladie suit une marche lentement progressive. Le malade tombe peu à peu dans le marasme et finit par succomber(janvier 1879).

Observation XIV (personnelle).

Paralysie générale d'origine traumatique.

Sommaire : A 27 ans, coup à la région sus-orbitaire. Pas d'accidents pendant trois ans; à 30 ans, paralysie générale' à forme expansive. Rémission de courte durée, sortie. Nouvelle entrée. Paralysie générale à forme dépressive. Autopsie. Lésions ordinaires de la méningo-encéphalite.

Le nommé H..., âgé de 30 ans, célibataire, employé de commerce, entre à Sainte-Anne, au mois de juillet 1879 (service de M. Dagonet).

H... est un garçon bien développé, à la physionomie fort inttlligente, son front est large et bombé; il existe chez lui un certain degré de calvitie. Les antécédents héréditaires du malade ne nous apprennent rien, si ce n'est que sa grand'mère paternelle était d'un caractère taciturne. Lui-même était d'un caractère assez égal, plutôt triste que gai; il était très sobre, ne se grisait jamais, mais a fait des excès vénériens. Son enfance et son adolescence se sont écoulées sans présenter rien de particulier. En 1876 (il avait alors 27 ans), en voulant séparer des individus qui se battaient chez un marchand de vin, il a été frappé à la région sus-orbitaire gauche avec un broc en porcelaine. Il en est résulté une plaie qui a donné lieu à une hémorrhagie abondante. H... est entré à l'Hôtel-Dieu, où il est resté trois semaines sans présenter, paraît-il, de troubles de l'intelligence. A sa sortie, il ne paraissait pas se ressentir de l'accident qui lui était arrivé; cependant il disait souvent à sa mère: « Depuis mon coup, ma tête est faible. » A ce moment, ses cheveux sont tombé avec une assez grande rapidité pour ne plus repousser.

A cette époque, H... est parti pour la province, et sa famille ne l'a pas revu jusqu'au commencement de 1879. A cette époque, il est revenu à Paris pour ainsi dire sans motif, et sa famille lui a trouvé un air étrange. Dans l'hôtel où il était desdendu, il a été pris d'un accès d'agitation, et on l'a fait conduire à l'infirmerie de la Préfecture de police.

Quand nous voyons le malade, il est en proie à une vive agi-

tation avec délire ambitieux incohérent. Il va et vient, ne peut tenir en place, parle avec une volubilité extrême de son talent de chanteur, de ses grades dans l'armée, de ses millions; il est, dit-il, général des cent gardes, etc, etc.

En même temps, on constate par moment une certaine hésitation dans la parole; il y a du tremblement fibrillaire de la langue, mais pas d'inégalité pupillaire.

Trois mois se passent sans amener de changement dans l'état du malade. C'est toujours le même besoin de mouvement, la même loquacité, le même délire ambitieux. Au mois d'octobre, cependant, l'agitation commence à se calmer, moins es idées ambitieuses.

A la fin de février, H... est toujours calme, il n'a plus d'idées ambitieuses et s'occupe à faire des chansons. L'hésitation est à peine appréciable, il faut pour la constater faire lire au malade un certain nombre de lignes. La famille demande alors la sortie, qui est accordée.

H... est alors placé aux environs de Paris comme employé dans une maison dirigée par des amis de son père. Bientôt, on remarque que H... devient triste, il se tient à l'écart, il faut lui arracher les paroles pour le faire parler. Cet état empire de plus en plus, et le malade tombe dans une prostration profonde. C'est alors qu'on le ramène à Sainte-Anne.

Quand nous voyons le malade (6 octobre 1880), il est dans un état tout à fait opposé à celui dans lequel il se trouvait lors de sa première entrée. Au lieu d'une vive agitation, c'est un état de dépression profonde, allant presque jusqu'à la stupeur, au lieu d'un délire des grandeurs, ce sont des conceptions délirantes de nature hypochondriaque. H... se tient immobile, les yeux fermés, la tête enfoncée entre les épaules, les bras ramenés sur la poitrine. Quand on lui parle, il ne répond pas, ou alors se contente de dire qu'il est épileptique. Il est impossible de savoir s'il existe de l'embarras de la parole, mais on constate que la commissure labiale droite est légèrement abaissée e que les pupilles sont inégales.

Par moments, surtout la nuit, le malade sort de son état de dépression pour crier et gesticuler pendant quelques instants.

Le 23 octobre, le malade meurt subitement.

Autopsie (24 heures après la mort).

Poids. — Hémisphère droit, 533 grammes.

Hémisphère gauche, 518 grammes.

Protubérance, bulbe et cervelet, 170 grammes. Encéphale entier, 1227 grammes.

Le cuir chevelu est très épais, très adhérent aux os du crâne.

Il existe à la région sus-orbitaire gauche une cicatrice osseuse longue de 5 à 6 centimètres, large d'un centimètre et demi environ, dirigée obliquement de ^haut en bas, de dehors en dedans de la bosse frontale latérale vers l'angle externe de l'œil. Sur la table interne de l'os rien d'anormal, ni dans le point correspondant à la cicatrice de la table externe, ni ailleurs.

La dure-mère est normale.

Les vaisseaux ne présentent pas trace d'athérome, mais sont gorgés de sang.

Hémisphère gauche. — H existe de nombreuses suffusions sanguines dans les points suivants : au niveau du pied de la deuxième circonvolution frontale, à la partie la plus postérieure des circonvolutions sphénoïdales et sur les circonvolutions occipitales. Les méninges ne sont pas épaissies, mais adhèrent aux circonvolutions, dont on les sépare difficilement. En enlevant les membranes, on entraîne une portion de la substance grise des circonvolutions. Les ulcérations de la couche corticale ainsi produites sont beaucoup plus marquées dans la région frontale, surtout sur la 3^ frontale, les frontales internes, les lobes olfactifs et orbitaires et dans la partie antérieure des circonvolutions sphénoïdales. Le ramollissement delà substance grise ne s'accompagne d'aucun changement de coloralion ; la substance blanche paraît avoir sa consistance normale, et l'on obtient très facilement le phénomène des crêtes.

Le ventricule latéral n'est pas dilaté, ses parois ont leur consistance normale et l'on n'y voit pas de granulations de Joire.

Sur des coupes verticales et transversales de l'hémisphère, on . constate une dilatation des vaisseaux de la capsule externe et du segment externe du noyau lenticulaire (putamen), c'est-àdire une congestion générale du centre ovale, mais pas ds foyer, ni d'hémorrhagie, ni de ramollissement.

Hémisphère droit. — Il présente en somme les mêmes alté-

rations que le gauche, mais les suffusions sanguines sont répandues sur un plus grand nombre de points. Elles prédominent comme à gauche sur la face externe de l'hémisphère et notamment sur les circonvolutions occipitales, sur la frontale inférieure et sur la ^partie postérieure des sphénoïdales. L'adhérence des méninges aux circonvolutions est plus marquée qu'à gauche. L'insula de Reil est complètement ramolli, ainsi que les circonvolutions orbilaire, olfactive, frontale supérieure. On obtient aussi de ce côté le phénomène des crêtes.

JJes coupes verticales et transversales permettent de constater une congestion du corps strié encore plus marquée qu'à gauche.

L'examen histologique montre une dégénérescence graisseuse des parois des artérioles et des capillaires. Les cellules de la substance grise présentent une dégénérescence granuleuse.

Protube'rance. Bulbe. Cervelet. — Ces différentes parties de l'encéphale sont normales ; on remarque seulement sur le plancher du quatrième ventricule quelques petites granulations épendymaires.

Moelle. — De nombreuses coupes pratiquées à différentes h.'iiiteurs ne montrent aucune altération.

! es diverses organes contenus dans la cavité thoracique et la cavité abdominale ne pré.sente rien qui mérite d'être noté.

Observation XV(inédite).

Paralysie générale d'origine traumatique.

Sommaire : A 38 ans, chute sur le front. Troubles cérébraux consécutifs; à 43 ans, paralysie générale.

Le nommé M... (Eugène), 43 ans, marié, sans profession, entre à Sainte- Anne, service de M. Dagonet, le 9 mai 1872.

M., ne présente rien de particulier dans ses antécédents personnels.il y a cinq ans, étant en wagon, par suite d'une secousse imprimée par un arrêt trop brusque du train, il est allé heurter de la tête la banquette en bois pincée en face de lui. M..., quoique souffrant beaucoup du coup qu'il s'était donné, put ce-

pendant continuer sa route et ne rentra chez lui qu'après une absence d'environ deux mois. Madame M .. remarque alors que son mari élait très fatigué, surtout intellectuellement; lui qui autrefois calculait très bien, avait maintenant de la peine à faire une addition. Il ne pouvait pas même lire le journal sansêtre bientôt obligé de se reposer. MadameM... mitd'abord cet état sur le compte de la fatigue produite par le voyage. Mais, à quelque temps de là, sans qu'il lût survenu rien de particulier dans l'existence et dans les habitudes de M..., celui-ci commença à se plaindre de maux de tête, d'étourdissemenls. En même temps, la mémoire diminua progressivement. Trois ans environ se passèrent dans cet état; puis survinrent, de temps à autre, des accès d'agitation de courte durée, pendant lesquels M... élait irascible, emporté. Enfin, au mois d'avril 1873, M.,., dont l'intelligence était très affaiblie, élait devenu incapable de la vie commune, et sa femme se décida à le conduire à l'infirmerie de la préfecture, d'où M. le professeur Lasègue l'envoya à Sainte-Anne, avec le certificat suivant :

i< Paralysie générale, malade depuis près de cinq ans, tremblement, hésitai ion de la parole, idées peu suivies, perte de la mémoire, accès maniaques ; est dans un état mental qui exige son placement dans un asile d'aliénés. »

L'état physique n'était pas aussi mauvais que l'état intellectuel; aussi, le malade vécut-il près de deux ans à l'asile; il mourut dans le marasme, au mois de janvier 1874.

Observation XVI (inédite.

Paralysie générale d'origine traumatique.

Sommaire : A 43 ans, chute d'une hauteur de 14 mètres. Troubles cérébraux consécutifs; à 45 ans, paralysie générale.

B... (Amédée), 45 ans, marié, entrepreneur de travaux. Entré à Sainte-Anne, service de M. Dagonet, le 29 septembre 1868.

Tout ce que nous trouvons dans les antécédents de B..., c'est qu'un de ses frères s'est suicidé. Il y a deux ans, notre homme est tombé par accident, d'une hauteur de 14 mètres, dans une maison en constructiion, où il dirigeait les travaux. Relevé sans connaissance, B..^ fut porté chez lui, où il ne tarda

pas à reprendre ses sens. 11 n'avail que quelques contusions sans gravité, et, au bout de quelques jours, il paraissait tout à fait remis. A la suite, sa femme a remarqué chez lui un alîaiblissement graduel de la mémoire, et une iniiabileté dans son travail telle, qu'il en est venu à faire de mauvaises affaires. 11 y a trois jours, sans aucun motif, il est parti de chez lui; ses allures étranges l'ont fait arrêter et conduire à l'infirmerie de la Préfecture, et de là à Sainte-Anne, où est délivré le certificat suivant :

« Paralysie générale, affaiblissement des facultés intellectuelles, de la mémoire, incohérence.

« Idées ambitieuses : il est très fort, très habile ; il a des vaisseaux; il est général, prince.

« Préoccupations hypochondriaques. Tremblement de la langue et des mains. Embarras de la parole. »

Un mois après son arrivée, le malade est emporté brusquement par une série d'attaques épileptiformes.

Observation XVII (personnelle).

Paralysie générale d'origine traumatique.

Sommaire: A 27 ans, traumatisme crânien; 5 ans après acci-lents cérébraux : céphalalgies, vertiges, affaiblissement des facultés intellectuelles et de la vue; à 33 ans, amaurose, paralysie générale.

Le nommé V... (Eugène), âgé de 33 ans, marié, domestique, entre à Sainic-Anne, service de M. Dagonel, le 29 mars 1879.

V... est un homme d'une grande taille et d'une forte constitution. Il n'a pas d'antécédents héréditaires ni personnels. Les personnes chez lesquelles il était domestiquedisent qu'il est très sobre, mais faisait quelques excès de femme.

A 27 ans, V... a reçu sur la tête une forte blessure faite à l'aide d'un instrument contondant. Il est resté malade pendant quinze jours. Mais cet accident ne paraît pas avoir eu de suites fâcheuses, du moins immédiatement. Il y a environ un an, par conséquent cinq ans après cet accident, il a commencé à se plaindre de violents maux de tête, il avait des vertiges fréquents, quelquefois avec perte de connaissance

de courte durée. En même temps se produisait un affaiblissement graduel de la vue. Le D"" Galczowski, consulté à cette époque, diagnostiqua une amaurose double, et émit des craintes sérieuses pour la vue du malade.

Depuis quelques mois, les symptômes précédents s'étaient accusés davantage; le malade présentait un affaiblissement graduel de la mémoire, et il était devenu incapable de travailler.

Quand nous voyons le malade, nous constatons chez lui tous les signes d'une paralysie générale (forme effacée ou démence paralytique d'emblée ) ; il ne connaît ni le mois ni l'année ; il ne se rappelle pas son adresse; il est incapable de donner aucun renseignement; il y a chez lui une sensiblerie exagérée. Gomme symptômes physiques, on constate une diminution marquée des forces; la marche est pénible. Il y a du tremblement de la langue et des muscles orbiculaires des lèvres. La parole est hésitante. Il existe une amaurose double. La vue paraît complètement abolie.

L'affaiblissement intellectuel et physique font de rapides progrès, et, déjà, au mois de juin, le malade, incapable de se tenir debout, doit être maintenu au lit.

Au mois de décembre (i879),y... a une attaque épileptiforme qui dure envirùn une demi-heure.

Le 29 févriei\ 1880, nouvelle attaque pendant laquelle le malade succombé.

Remarque. — M. Foville (1) a cité une observation dans laquelle une chute de cheval a été suivie immédiatement d'amauroseet six ans plus tard de démence paralytique. M. Foville fait suivre cette observation des réflexions suiv^antes : « Les troubles de la vision ont succédé presque immédiatement à la chute de cheval, en sorte qu'il paraît rationnel de reg-ardercet

(1) A. Foville. De la paralysie générale par propagation. Annales médico. psychologiques, année 1873, S" série, t. IX, p. 35.

accident comme la cause de i'amaurose. La dén.encc au contraire n'a commencé que six ans après la chute ; il paraît donc beaucoup plus naturel de reg*arden la maladie cérébrale comme consécutive à I'amaurose que de la rapporter directement à, un traumatisme aussi ancien. Tout en reconnaissant que l'on pourrait à la rig'ueur différer dans la manière d'interpréter celait, je crois pouvoir le considérer comme un exemple de propag'ation d'une dégénérescence d'un org-ane nerveux périphérique jusqu'aux hémisphères cérébraux, »

Dans notre observation les trouble cérébraux et les troubles visuels ayant subi une marche parallèle nous ne croyons pis que l'interprétation puisse être douteuse : les deux ordres des phénomènes doivent être rattachés à la même cause, à savoir le traumatisme. Les amauroses produites par des traumatismes crâniens ne sont pas rares d'ailleurs et M. le professeur Panas a attiré l'attention de l'Académie de médecine sur ce sujet il y a quelques années.

Observation XVIII (inédile).

Paralysie générale d'origine trauraatique.

Sommaire : A 28 ans, coup sur la lète, accidents cérébraux conriécutifs, amaurose. Un an après, paralysie générale.

B... (Frédéric), 28 ans, mané, graveur, entre y Sainte-Anno, service de M. Dagonel, le 0 juin 18G9, B... autrefois buvail beaucoup,

11 y a un an, dans une discussion, il a reçu un coup violent sur lu tête on ne sait {.as au juste avec quoi. A la suite il a ôlé pris do cépliaialyies revenant très rréquenimonl et aussi do

troubles de la vue. Au couiniencemenL il voyait sans cesse des lueurs passer devant ses yeux, puis sa vue s'est graduellement affaiblie au point qu'il est devenu presque coniplèlement aveugle. En même temps sa mémoire s'affaiblissait. Il y a une quinzaine de jour il a commencé à manifester des idées délirantes, c'est ce qui a décidé de le conduire à l'asile.

Le certificat immédiat porte :

Paralysie générale. Affaiblissement des facultés mentales; perte incomplète de la miimoire. Incohérence. Idées délirantes de grandeur et de satisfaction : se croit roi de France, mari de l'impératrice prétend posséder des millions. — Hésitation de la parole, tremblement de la langue et des mains. Affaiblissement de la motilité. Conscience incomplète de ses actes; ne jouit pas de la plénitude de sa liberté morale. »

La maladie suit une marche graduelle, l'intelligence et les forces diminuent peu à peu et le malade succombe dans le marasme paralytique le 13 mai 1870, un an après son entrée, deux ans après le début des accidents.

Observation XIX (personnelle).

Paralysie générale dont la marche a été accélérée par une chute

sur la tête.

Sommaire : Prnmiers symptômes delà paralj'sie générale, insomnie, changement de caractères, céphalalgies, activité exagérée. Chute sur la région frontale. A la suite, accès d'agitation, délire ambitieux. Progrès rapides de la paralysie générale. Congestion cérébrale. Mort.

Au mois de juin 1880 je fus appelé à donner mon avis sur l'état mental d'un jeune homme de ma connaissance âgé de 32 ans. En arrivant auprès de lui, je constatai tous les signes d'une paralysie générale parfaitement caractérisée, il n'y avait aucun doute possible au sujet du diagnostic. Inégalité pupillaire, embarras très marqué de la parole, mouvements continuels de mâchonnement, faciès amaigri, très légère incertitude de la marche: tels étaient les symptômes physiques présentés par le malade. .\voc cela, actes extravagants, accès d'agitation, gloulonncrie, mol|)roprelo, projets ambitieux.

M. X... n'a pas eu la syphilis ni aucune autre maladie sérieuse et il n'a pas,commis plus d'excès qu'on n'en commet en

général à son âge. Il n'y a du reste absolument .aucun antécédent héréditaire dans la famille.

Les parents du malade faisaient remonter le début des accidents à une quinzaine de jours seulement, et les attribuaient à une chute que le malade avait faite à celle époque. En passant sur le boulevard il avait glissé sur une peau d'orange et était allé se heurter le front contre un arbre. Mais poussant plus avant mon interrogatoire, j'acquis bienlôt la certitude que le début de la maladie ainsi que je le pensais remontait à une époque plus éloignée et que la chute n'était point la cause de la maladie, mais lui avait seulement donné un coup de fouet. La chute elle-même, d"après les renseignements donnés par le père qui y avait assisté, paraissait être réellement le résultat d'un accident et non le fait d'un vertige tenant à la maladie elle-même.

Quoi qu'il en soit, M. X... depuis près d'un an était devenu d'un caractère tout à fait inégal. Il avait des moments de tristesse pendant lesquels il voyait tout en noir et d'autres ou au contraire il se montrait d'une gaieté éxagérée: de plus il souffrait assez souvent de maux de tête. Depuis quelques mois il s'était mis sans trop savoir pourquoi à étudier l'anglais et l'allemand; il y passait la moitié de ses nuits. Il voulait aussi apprendre la danse, les armes, la musique; et ses ressources n'étaient pas en rapport avec ces projets.

C'est sur ces entrefaites que X... fit la chute dont nous avons parlé. La nuit qui suivit l'accident, il fut très agité, il se leva plusieurs fois se plaignant de céphalalgies et le matin vers cinq heures il se rendit chez un de ses amis qu'il surprit fort en l'invitant à aller faire une promenade en bateau. Peu à peu se montrèren': tous les symptômes dont j'ai parlé plus haut.

En présence d'une paralysie générale aussi nettement accusée et ayant pris depuis la chute une allure aussi rapide, je formulai des craintes sérieuses sur l'état de M. X... et je conseillai à la famille le placement dans une maison de santé. Comme toujours la famille recula devant cette mesure et préféra attendre. Trois jours après, je fus appelé de nouveau; cette fois la famille était décidée à rinternement de son malade : le matin, en effet, celui-ci avait voulu passer par la fenêtre disant qu'il n'y avait aucun danger pour lui tellement

il était agile. Ce jour-là le malade était en plein délire ambitieux; je le trouvai plus affaibli et plus défait que trois jours auparavant.

Le jour même il fut conduit dans une maison de santé où trois jours après il fut emporté par des accidents congestifs du côté du cerveau.

Observation XX (personnelle).

Paralysie générale dont la marche a été accélérée par une chute.

Sommaire : Accidents cérébi'aux pendant un an, chute de l'impériale d'un omnibus. A la suite, état maniaque. Paralysie générale.

Le nommé G... Eugène, 45 ans, marié, employé des contributions, entre à Sainte-Anne (service de M. Dagonet) au mois de juin 1879.

C'est une homme d'une forte constitution, ayant une bonne sanlé habituelle et n'ayant fait que très peu d'excès alcooliques. On ne constate chez lui aucun antécédent hérédilaire- Depuis un an il se plaignait souvent de maux de tête violents, il avait des étourdissements fréquents et en même temps sa famille et surtout ses camarades de bureau remarquaient chez lui un léger affaiblissement des facultés intellectuelles et de la mémoire il ne faisait plus son service aussi facilement et aussi bien qu'auparavant. Il y a huit jours il est tombé on ne sait pas trop comment de l'impériale d'un omnibus. lia pu se relever et rentrer chez lui accompagné par des personnes témoins de l'accident. Chez lui il est devenu agité, loquace, il tenait des propos incohérents et bientôt l'agitation est devenue telle que la famille a dû le conduire à l'asile.

Quand nous voyons le malade il se trouve dans l'état suivant:

Il est un peu agité, tient des propos sans suite, dans lesquels prédominent des idées de satisfaction et des idées hypochondriaqucs. On constate chez le malade un certain degré d'affaiblissement des facultés intellectuelles et de la mémoire. Les pupilles sont rcsseri'és. La parole légèrement embarrassée. Il y a du tremblement fibrillaire de la langue.

Les jours suivants l'agitation se calme peu à peu mais les Vallon. 6

idées de satisfaction et les idées hypochondriaques persistent.

Le mois suivant les facultés intellectuelles vont en s'affaiblissant, surtout la mémoire. En même temps on constate une diminution graduelle des forces.

Au mois de novembre le malade commence àgâter.

Le 18 janvier 1882 il est pris d'une congestion cérébrale et succombe le lendemain.

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