‹ De la paralysie générale et du traumatisme dans leurs rapports réciproquesChapitre 9 sur 13 · PÉRA.TI0NS CHIRURGICALES · texte numérisé non relu

PÉRA.TI0NS CHIRURGICALES

M. Decorce faisant la statistique des malades qui ont succombé, dans le service chirurgical de Gharenton, du 31 décembre 1854 au 31 décembre 1870, s'exprime ainsi dans ses conclusions :

« Les paralytiques meurent comme les vieillards, par suite de troubles graves de la nutrition des tissus, en un mot, d'une sénilité aiguë. Cent trente-cinq malades ont succombé dans le marasme, avec des eschares, à la suite d'anthrax multiples, d'abcès, de foyers de suppui'ation, conséquences de phlegmons ou d'érysipèles phlegmoneux. Ces cent trente-cin(| malades étaient presque sans exception des paralytiques généraux ou des déments parvenus à un âge avancé; i'aplitude des paralytiques à faire du pus est si grande que l'opération la plus bénigne peut déterminer chez eux l'infection purulente. C'est ainsi que sont morts

quatre malades chez lesquels on avait pratiqué des amputations de doig-ts ou d'orteils; chez ces malades on voit souvent une simple excoriation devenir le point de départ d'un érysipèle phleg-moneux, d'un abcès ou d'un phleg'mon à marche rapide, d'une gangrène partielle. »

Comme on le voit, le tableau tracé par M. Deg-orce est bien sombre et peu fait pour encourag'er le chirurg-ien à pratiquer des opérations chez les paralytiques g-énéraux.

M. Deg-uise n'est pas plus encourag-eant, et, suivant lui, on ne doit entreprendre chez les paralytiques g-énéraux aucune opération chirurgicale à moins de nécessité absolue.

M. Biaute prétend qu'on ne doit pas toucher à un paralysé général, qu'il ne faut pas donner le coup de fouet à la maladie.

Dans une communication faite à la Société médicopsychologique, au mois de février 1876, M. Billod avait signalé l'existence de la paralysie générale comme une contre-indication aux opérations chirurgicales. Dans la séance suivante, M. Baillarger fît des réserves formelles à ce sujet et rappela, à cette occasion, deux observations dans lesquelles les malades, avaient subi l'amputation, l'un de la cuisse, l'autre de la jambe. Or, ajoutait M. Baillarger, ces malades chez lesquels la paralysie générale était parfaitement caraclérisée, ont guéri tous les deux.

Nous ne pouvons que nous associer aux réserves exprimées par l'éminent aliéniste et nous sommes persuadés pour notre part que l'on a exagéré les dan-

gers des opérations chirurg-icales chez les paralytiques. Nous avons vu pendant notre internat nombre de petites 'opérations (ouverture d'abcès, de furoncles, etc.), ne présenter aucune complication et il existe dans la science des faits assez nombreux qui prouvent que les opérations, même les plus graves, peuvent réussir chez les malades de cette catégorie.

Nous rapportons plus loin quelques observations qui sont autant d'arguments en faveur de notre manière de voir. Une de ces observations, celle de M. Pozzi, est fort remarquable en ce sens qu'elle a été faite chez un paralytique arrivé à la dernière période et que la réunion des lèvres de la plaie s'est faite par première intention.

Dans cette observation, comme dans celle de M. Luys, le malade a parfaitement supporté l'administration du chloroforme.

Notons à ce propos que les paralytiques généraux présentent souvent une insensibilité très marquée à la douleur : tel le malade auquel nous ouvrions largement et profondément un phlegmon et qui nous disait en riant : « N'appuyez pas si fort. «Tel encore le malade de M. Régis qui, de son bras atteint de phlegmon, frappait les murs sans paraître éprouver la moindre douleur.

Cette insensibilité à la, douleur n'est du reste pas rare chez les paralytiques, et bien des faits de ce genre ont été signalée parles auteurs.

En résumé, nous pensons que le fait seul de l'exis-

(1) Campbell. Loc. cit.

tencedela paralysie g-énérale n'est pas une contreindication formelle aux opérations chirurgicales. Nous n'avons pas observé un assez g-rand nombre de cas pour pouvoir nous prononcer d'une façon définitive ; cependant, cette réserve fai'e, nous croyons devoir poser les conclusions qu'on trouvera à la fin de ce travail. Si elles peuvent paraître empreintes d'un trop grand caractère d'optimisme, notre excuse sera d'avoir voulu réag'ir contre la tendance trop g'énérale que l'on a de ne rien faire pour les malheureux paralytiques généraux, sous prétexte qu'ils sont atteints d'une affectoin incurable.

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