‹ De la paralysie générale et du traumatisme dans leurs rapports réciproquesChapitre 4 sur 13 · IT · texte numérisé non relu

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termine fatalement par fies accidents cérébraux, ressemble fort, trouvons-nous, à une paralysie g-énérale. Ajoutons que l'insolation que M. Skae donne comme une des causes de la folie traumatique peut parfaitement produire la paralysie générale ainsi que nous 'avons vu deux fois.

Pour nous résumer, nous dirons, qu'à notre avis, la méning-o-encéphalite diffuse reconnaît pour cause, dans un bien plus ^rand nombre de cas qu'on ne le croit généralement, un coup ou une chute sur la tête. On trouveraplus loin dix-huit observations, la plupart inédites, dans lesquelles l'orig-ine traumatique de la maladie ne nous paraît pas douteuse.

Beaucoup de nos observations pourront paraître incomplètes et ne pas renfermer des renseig-nements suffisamment précis sur le traumatisme qui a été l'origine de la maladie; nous sommes le premier à reconnaître les lacunes qui yjeuvent exister sur ce point, la faute n'en est point à nous, mais à la nature même des faits dont nous nous occupons. Car, s'il est vrai que toutes les maladies mentales sont difficiles à bien observer en raison même de la long-ueur de leur évolution, combien cette difficulté n'est-elle pas accrue quand il s'agit de rétablir une succession de phénomènes dont les premiers se sont déroulés loin de nos yeux, Pour reconstituer l'histoire de nos malades, nous avons dû prendre le seul moyen qui fût à notre disposition, c'est- à-dire nous adresser à leur famille, il est évident que dans ces conditions nous avons pu quelquefois nous tromper ou être trompés.

11 est une cause d'erreur que nous avons fait tous

nos efforts pour éviter dans nos recherches, c'est de prendre pour la cause de Ja maladie ce qui n'est que le résultat d'une de ses premières manifestations. 11 arrive souvent en effet que la chute à laquelle on fait remonier l'orig'ine de la maladie n'est elle-même que le fait d'un trouble passag-er quelconque du cerveau.

«■ Un officier de cavalerie — chez eux la vie de caserne tend parfois à produire une certaine débilité intellectuelle — tombe de cheval dans une manœuvre. Mais, dit avec raison M. Lasèg-ue, quelle part devonsnous attribuer à un élat vertigineux, quelle part à un accident ? Gela est bien difficile à dire et le malade seul peut s'en rendre compte, si toutefois même il le sait, car cela se passe entre lui et lui-même. Et l'on accuse le soleil et son cheval vicieux; le soleil, cause de tous nos maux sur la terre, le soleil qui joue enfin le rôle de la Providence. »

JNous avons laissé de côté tous les cas dans lesquels le traumatisme du crâne ne nous paraissait pas être vraiment le résultat d'un accident.

Époque et mode d'apparition de la paralysie générale. — FORME. — MARCHE.

Etant admisque les traumalismes du crâne peuvent produire la méning"0-encephalite diffuse, combien de temps s'écoule-t-il entre le moment où ag-it la cause et celui où se montrent les premiers symptômes de la

maladie qui en est la conséquence? C'est là ce qu'il s'ag-it de déterminer.

Pour certains auteurs, comme M. Duret (1), la paralysie g-énérale ne se montrerait que comme une conséquence éloignée des traumatismes cérébraux; ce serait un accident tardif, une complication ultime. Voici, du reste, comment s'exprime l'auteur au sujet des accidents nerveux que peuvent causer les traumatismes.

K Les accidents nerveux déterminés paries traumatismes peuvent être disting-ués en primitifs, secondaires et tertiaires.

« Pour nous, les accidents primitifs sont ceux dont le débuta lieu au moment de la blessure ou dans les heures qui suivent, et ce sont ces états pathologiques si complexes auxquels on a donné les noms de commotion, compression et contusion cérébrales.

« Les accidents secondaires ont leur point de départ dans la réaction inflammatoire excitée par les lésions produites, au sein des centres nerveux, par la violence extérieure; ils n'apparaissent guère avant le second ou le troisième jour : nous voulons parler de la méningite, de l'encéphalite, des abcès cérébraux, etc.

« Lorsque le calme s'est fait, que tous les troubles généraux ont disparu etque l'on peut croire le malade plus ou moins complètement guéri, souvent après des mois, des années, se manifestent ou s'accusent des troubles, dont l'origme est dans les résidus pathologiques du traumatisme et de sa réaction; ce sont alors

(l) Durct. Eludes expérimentales sur les I raumatismes cérébraux, th. do Paris, 1878, n» 67.

Vallon. 2

les accidents tertiaires des traumalismes cérébraux.

« Ces troubles consistent pour la sphère de l'intellect dans des affections mentales et des délires locaux ou g'énéralisés, tels que la paralysie générale, la perte de la mémoire, du lang-age, etc.

Gomme on le voit, M Duret classe la paralysie g*énérale parmi les accidents tertiaires que peuvent produire les traumalismes du crâne.

M. Lasèg-ue (1) aune opinion analog-ue. « Dans tous les cas, dit-il, un espace s'écoule entre le premier accident (le traumatisme) et la paralysie qu'on peut reg-arder comme consécutive. La maladie reste fidèle à sa loi, qui est de débuter par une évolution lente. »

Cependant M. Baillarg'er, dont l'opinion est d'un si g-rand poids quand il s'agit de questions se rattachant à la paralysie g-énérale, cite l'observation suivante :

« Lafemme M... , âgée de 45 ans, devient aliénée à la suite d'une chute faite sur la g'iace et ayant porté sur la tête.

« Dès le lendemain, on a observé une loquacité inaccoutumée qui a toujours été en aug*mentant jusqu'à aboutira un délire complet accompagné d'insomnie; la chute est la seule cause que le mari assig-ne à la maladie.

« La maladie a évolué en 28 jours; il n'est donc pas étonnant que l'autopsie n'ait pas révélé de lésions profondes et anciennes ; mais ce cas apparlient néan-

(1) Lasègue. Thèse d'agrogalion, p. 67.

(2) Baillargcr. Appendice au traite de Gricsinger, p. 714.

moins, de la façon la plus incontestable à notre avis, à la folie paralytique. » 'i

On trouvera plus loin une observation de M.Lafitte (observation I) dans laquelle chez un homnaede 50 ans, la paralysie g-énérale a débuté le lendemain d'un violent coup de poing" sur la tête. Les premiers symptô mes ont été un peu d'abattement pendant deux jours, puis des phénomènes d'excitation avec délire ambitieux. La maladie n'a point évolué aussi vite que dans le cas précédent et durait encore un an après, époque où le malade a été perdu de vue.

Dans l'observation II, il s'ag-itd'un homme de45 ans, qui à la suite d'une chute du haut d'une échelle a été pris deux jours après d'excitation et de délire ambitieux.

Les observations III et IV sont la relation de faits analog-ues.

Les premiers symptômes de la paralysie g-énérale peuvent donc se montrer plus ou moins brusquement très peu de temps après le moment ou a ag-i le traumatisme.

Mais, le plus souvent, les lésions cérébrales restent latentes pendant un certain temps, « analogues à des volcans momentanément éteints,] usqu'au jour oiî l'éruption apparaîlra de nouveau » (Lasèg-ue).

L'ictus a eu lieu ; il a été suivi de phénomènes variés : attaque épileptiforme, simple vertig*e, céphalalgie plus ou moins persistante, quelquefois paralysies localisées et passagères, puis tout rentre dans l'ordre: plusieurs mois, une année, plusieurs années se passent et les premiers symptômes de la paralysie g-éné-

raie font leur apparition. Un certain nombre de nos observations (de Xll à XVII) sont la relation de faits de ce g-enre.

D'autres fois les phénomènes qui suivent l'iotus se prolongent et se reproduisent pendant plus ou moins long-temps, d'autres viennent s'y joindre, accès d'ag-itation, ou au contraire mélancolie, troubles intellectuelsdivers (observations de V à XII), puis les symptômes de la paralysie g-énérale s'affirment.

Dans ces cas, comme le dit M. Lasèg-ue, « ce ne sont pas les phénomènes ambitieux qui prédominent tout d'abord, mais bien la torpeur qui commande la situation, et le délire ambitieux n'apparaît que plus tard. »

La forme de la paralysie g-énérale d'orig-ine traumatique n'a pas de caractères absolument distinctifs qui permettent, un cas étant donné, de dire si la maladie a été produite par un traumatisme ou si. elle reconnaît une autre cause. C'est tantôt une forme subaig-uë avec crises revenant à des intervalles plus ou moins éloig-nés, tantôt une forme continue caractérisée par un affaiblissement graduel etprog*pessif des forces et de l'intellig-ence.

Notons que dans deux de nos observations (XVIII et XIX) la paralysie g-énérale s'est accompag-née de troubles de la vue, probablement d'amaurose. Ces troubles étaient-ils liés à une altération moléculaire des éléments du nerf optique ou à un épancliement séreux ou sanguin dans la g-aine du nerf, ou encore à une lésion de la masse cérébrale? Nous ne saurions le dire. Mais ce qu'il y a de certain, c'est qu'ils s'étaient déve-

loppésen même tempsquelaparalysieg-énérale et que, comme elle, ils reconnaissaient pour cause le traumatisme de la tête,

MODE d'action DES TRAUMATISMES CRANIENS. — PATHOGÉNIE DE LA PARALYSIE GÉNÉRALE d'ORIGINE TRAUMATIQUE.

Comment les coups et les chutes sur la tête peuvent-ils produire la paralysie g'énérale? C'est là une question fort embarrassante que nous n'avons pas la prétention de résoudre, mais à laquelle nous allons cependant essayer de répondre.

Tout d'abord, avant de tenter une explication, il importe d'établir des distinctions entre les divers traumalisraes du crâne. Il est évident en etïet, a priori, que les traumatismes ne doivent pas avoir une action identique suivant qu'il y a ou qu'il n'y a pas fracture des os et blessure du cerveau, et partant la pathog-énie de la méning-o-encéphalite diffuse doit différer dans les deux catég-ories de faits.

1° Cas dans lesquels il y a fracture des os et blessure du cerveau. — Je n'ai pas observé de faits de ce g-enre, mais il en existe dans les auteurs. C'est ainsi que Calmeil (1), cité par M. Voisin, relate l'observation d'un homme qui, ayant reçu dans son enfance un coup violent sur le pariétal g-auche, avec perte de

(1) Calmeil. Traité de la paralysie chez les aliénés, p. 25, maladies inflammatoires de l'encéphale, 119« observation.

substance de l'os, eut dans son adolescence des attaques d'épilepsie et à l'âge de 52 ans tous les symptômes de la paralysie générale ; l'autopsie vint confirmer le diagnostic. Or, Galmeii, à ce propos, fait les réflexions suivantes :

f< Le professeur Lallemand, dont les travaux ont répandu un si grand éclat sur la pathologie du système nerveux, pense avec raison que la cicatrice qui existait depuis l'enfance, dans le cerveau du malade dont on vient de lire l'observation, ne dut pas rester étrangère à la manifestation des attaques d'épilepsie que ce charpentier éprouva à une époque plus avancée de sa vie ; mais on peut supposer avec non moins de fondement que cette même cicatrice ne resta pas étrangère non plus au développement de l'inflammation cérébrale diffuse dont il commença à présenter les premiers signes vers Tâge de 52 ans, car, si son influence irritative ne s'est d'abord fait sentir sur les régions circonvoisines de la substance grise qu'à de rares intervalles, elle a cependant pu, à la long^ue, s'exercer dans un rayon plus étendu, et contribuer finalement à fixer d'une manière définitive l'activité maladive à la périphérie du cerveau. »

M. Voisin rappelle que M. Lasègue a également cité un cas de ce genre.

Voici une observation personnelle à M. Voisin.

D... âgée de 46 ans, atteinte de paralysie g'énérale depuis un accident de voiluresurvenuily aSmois. Elle est tombée sur le front, est restée sans connaissance pendant ^iS heures et a été conduite à Saint-Louis oh

on a reconnu une fracture du crâne. Depuis l'accident il est survenu un strabisme convergent. La paralysie générale a la forme dite démence paralytique.

Il est probable que, dans les cas analogues à celui de Galmeil, la blessure ou plutôt la cicatrice du cerveau agit comme le ferait un corps étranger. C'est une épine plantée dans la masse nerveuse : elle peut rester là sans produire de trouble pendant un temps plus ou moins long, ainsi que cela se voit pour d'autres organes; mais à un moment donné sous une influence ou sous une autre elle devient le point de départ d'une méningo-encéphalite diffuse. Les cas de paralysie générale se produisant de cette façon doivent être rares et, quand on a affaire à des blessures du genre de celle dont nous venons de parler, il y a, croyons-nous, bien plus à redouter pour l'avenir l'épilepsie que la paralysie générale.

Voilà pour les cas où la paralysie générale se montre tardivement. Quant à ceux dans lesquels les premiers symptômes de la maladie apparaissent très peu de temps après que le traumatisme a eu lieu, comme dans le fait de M. Voisin, il est évident que l'on a affaire à des phénomènes inflammatoires résultant direciement du traumatisme. Seulement cette inflammation, au lieu de revêtir le caractère franchement aigu, affecte plutôt le caractère subaigu.

?° Cas dons lesq^tehil 71'7/apas fracturp. des os et blessure du cerveau. — Comment agissent les traumatismes crâniens qui ne produisent pas de fracture des os et qui par conséquent n'atteignent pas directement la

substance cérébrale? Il faut encore disting-iier ici les cas dans lesquels la paralysie g'énérale survient peu de temps après le choc, et ceux dans lesquels elle ne se montre au contraire qu'après un temps plus ou moins long-, quelquefois après un grand nombre d'années comme nous l'avons vu.

Dans les faits de paralysie générale tout à fait pré coces, c'est-à-dire dans lesquels les symptômes se sont montrés accusés dès le lendemain de l'accident, je crois que le traumatisme n'a pas été la cause de la maladie ou du moins s'il l'a produite il n'a pas été le seul facteur qui soit intervenu. Le sujet a-t-il fait une chute, c'est que probablement il a eu un vertig-e et par conséquent la chute est un effet et non une cause de la maladie. Le sujet au lieu de tomber a-t-il reçu un coup sur la tête, il a fallu pour que la maladie se déclare aussi rapidement qu'il y ait une prédisposition , ou même que le malade soit en imminence morbide. Le coup n'a été que l'étincelle qui a mis le feu aux poudres. Nous ne saurions admettre en effet qu'un choc même violent puisse créer d'emblée et de toutes pièces une maladie dont l'évolution est en somme lente à se faire. Peut-être les cas de ce g-enre rentrent-ils dans la catég-orie des faits auxquels M. Baillarger adonné le nom de folie congestivi^. Mais c'est là une question que nous ne voulons pas aborder.

Dans les cas où les symptômes, tout en état précoces, ne commencent cependant à faire leur apparition que quelques jours après le choc et où par conséquent la maladie met un certain temps à se dévelop-

per, il est probable que le traumatisme ag'it en produisant ou une contusion ou une commotion du cerveau.

On sait que la contusion etlacommoticp du cerveau peuvent avoir lieu en l'absence de toute solution de continuité des os du crâne et que souvent l'une et l'autre donnent lieu à l'eneéphalo-méning'ite. Or, il est bien permis de supposer que dans certains cas, le travail inflammatoire peut au lieu d'être franchement aig-u affecter une marche plus lente et un caractère moins bruyant. Il se passerait dans ces cas quelque chose d'analog-up à ce qu'on observe quelquefois pour le poumon. A la suite de violences extérieures qui atteig-nent seulement le thorax, sans léser directement les organes qu'il contient, les poumons peuvent s'enflammer, Dans certaines conditions, ces org-anes au lieu d'être pris d'une inflammation franche et brusque à évolution rapide ne répondent à l'irritation que par une inflammation lente, bâtarde. En un mot dans les cas de ce genre l'inflammation produite par la commotion ou la contusion g-ag-nerait en étendue et en profondeur ce qu'elle perd en intensité.

Restent maintenant à interpréter les cas dans lesquels la paralysie générale ne se montre que plus ou moins long-temps, quelquefois plusieurs an nées après que le traumatismeaeulieu. Ici encore les faits sont de deux ordres et par conséquent l'interprétation est également double.

Quand, entre le traumatisme et la paralysie générale confirmée, se montre une série plus ou moins continue de phénomènes cérébraux, nous croyons

que ces troubles, indices d'un travail sourd qui se passe dans l'intimité de la trame du cerveau, doivent être mis sur le compte de l'hyperémie chronique de cet org-ane laquelle, aboutit fînalcmentà laméning-oencéphalite diffuse.

Quant aux cas dans lesquels la paralysie g-énérale se dessine long-temps après l'époque oii a eu lieu le traumatisme et après un intervalle de calme plus ou moins long-, ils constituent une catég-orie à part et leur inlerprélation est assurément fort difficile.

Il est probable que du fait du traumatisme crânien' il se produit un ébranlement de toute la masse encéphalique. Le liquide céphalo-rachidien transmet partout une partie de la force vive développée par le choc sur le crâne, et comme ce liquide accompag'ne les petites artères dans i'épaisseurdelasubstance nerveuse il peut se produire des lésions interstitielles (Duret).

« Faute d'une meilleure explication du phénomène, dit M. Azam (1), nous disons que le choc détermine dans les cellules une altération moléculaire. Ainsi les œufs fécondés voyag-ent difficilement en chemin de fer; l'ébranlement détruit chez eux l'aptitude à la reproduction. L'ébranlement long'temps prolong'é d'une masse de ter transforme la forme de ses éléments, de fibreux ils deviennent cristallins; c'est pour cela, tout le monde le sait, que les essieux de voiture se cassent : il en est de même de la g^utta-percha. Une masse d'eau tranquille peut descendre sans chang-er d'état à 4 ou 5 deg-rés au-dessous de zéro. Imprimezlui un léguer mouvement, elle secong'èle, etc. »

(1) Azam. Loc. cit., p. 35.

— soft Un homme, ditM. Lasèg'ue(l), a été victime d'un traumatisme cérébral g'rave, et il g-uérit, mais s'ensuit-il qu'il soitmaître de l'avenir? Nousne le pensons pas.

« C'est comme un feu qui couve bous la cendre, j c'est comme un volcan qui pendant nombre d'années n'a montré ni feu ni fumée, il n'en est pas moins un volcan et nul médecin instruit, nul homme sensé ne s'étonnera si à long'ue échéance se manifestait le trouble intellectuel chez le blessé du cerveau, l'éruption dans lamontag-ne qui a déjà vomi la flamme et le feu. Si de la butte Montmartre on voyait jaillir flamme et fumée, l'étonnement serait justifié, maisil n'en serait pas de même du Vésuve, fût-il muet depuis mille ans.

« M. Azam se demande si le nom de cérébraux que M. Lasèg-ue donne à ceux qui sont atteints au cerveau et qui sont comme fatalement voués à une maladie cérébrale plus ou moins lointaine, ne peut ])as être l'approché des qualifications de tuberculeux, de rhumatisants ou de syphilitiques ))(2).

Nous croyons, quant à nous, ce rapprochement légitime, car si le traumatisme portant sur le crâne ne donne pas lieu à une maladie de tout l'organisme comme la tuberculose, le rhumatisme ou la syphilis, il produit certainement dans la masse cérébrale un quelque chose que nous appellerons volontiers, si on peut s'exprimer ainsi, une diattièse locale.

(1) In Azam. Loc. cit., p. 20.

(2) Azam. Loc. cit., p. 37.

Mais, nous dira-l-on, en quoi consiste cette diathèae locale? A ceux qui nous poseront celte objection nous leur répondrons simplement ceci. Toutle monde admet qu'ily a des affections nerveuses qui dépendent de l'hérédité. Or, comme l'a dit M. le professeur Bouchard dans une des savantes leçons qu'il a faites cette année à la Faculté, on n'hérite pas d'une maladie, mais de la disposition à la maladie. Eh bien, expliqueznous, nous vous en prions, en quoi consiste cette disposition ou cette prédisposition héréditaire à la maladie? Quelle différence anatomiqueou autre existe-t-il entre les cellules cérébrales de cet enfant, de ce jeune homme ou de cet homme qui a une prédisposition héréditaire, laquelle va se manifester dans quelques jours ou dans quelques années par l'apparition de telle ou telle maladie, et les cellules cérébrales de cet autre sujet chez lequel il n'existe absolument aucune prédisposition?

Dans les deux cas, traumatisme et hérédité, il y a un état particulier des cellules cérébralesjétat inconnu, mais réel et appréciable uniquement par ses manifestations.

Seulement, d'un rôté, la prédisposition vient des ascendants, le fils en a hérité de ses parents; de l'autre, la prédisposition a été créée par une circonstance extérieure et suivant l'expression de M. Lasèg'ue « l'individu hérite de lui-même. »

Faut-il, la disposition à la maladie étant créée par le traumatisme, une cause occasionnelle pour que la paralysie g-énérale éclate? Gela n'est pas nécessaire, croyons-nous, ou du moins il suffit d'une

cause bien minime à peine appréciable. Ne voit-on pas des maladies héréditaires qui existent à l'état virtuel pendant une partie de la vie et qui deviennent manifestes sans l'intervention d'aucune circonstance extérieure appréciable?

Les traumatismes de la région crânienne peuvent donc engendrer la paralysie générale à eux seuls, en dehors de toute prédisposition. Il semble, cependanl, qu'un certain consensus de l'org-anisme soit nécessaire. La paralysie générale d'origine trauinatique, en effet, comme la paralysie générale produite par d'autres causes, ne se développe qu'à une certaine période de la vie. Ainsi, l'âge de nos malades était compris entre 29 et 50 ans, et c'est là la règle comme on sait. Quand le traumatisme se produit chez des sujets de cet âge, « le mal est déjà préparé au sein de l'organisme par une sorte de complicité latente avec le travail d'évolution normale de la névroglie » (Luys) (i).

« C'est, en effet, dit le savant médecin de la Salpêtrière, vers l'âge de 25 à 45 ans que le travail interstitiel delà névroglie se complète dans l'intimité de la trame cérébrale ; — c'est à partir de cette époque que les méninges forment insensiblement une trame plus serrée, — qu'elles deviennent plus résistantes à la traction, et, naturellement, que les éléments histologifiues qui les constituent sont doués d'aptitudes vé-

(1) Luys. Conditions pathogôniquos du développement de la paralysie générale en particulier et des diverses dégénérescences scléleuses du système nerveux en général. Communication faite à la Société médicale des hôpitaux, 12 avril 1878.

g-étatives plus accentuées. — C'est aussi à cette époque de la vie que la paralysie g-énérale sévit avec plus d'intensité, et que l'on rencontre le plus de sujets atteints.

« En raison des lois d'évolution naturelle de l'individu, le terrain de 25 à 45 ans est donc tout préparé pour le développement de la paralysie g-énérale, et vienne une cause quelconque, des chagrins réels ou imaginaires, des excès de travaux, des tensions d'esprit de toute sorte, des veilles pi'olong'ées, immédiatement des surexcitations vasculaires répétées se développent parallèlement dans la trame nerveuse, et alors ces hyperémies interstitielles amènent dans le tissu cérébro-spinal les mêmes conséquences fatales qu'elles déterminent dans les autres tissus org^aniques. »

Peut-être le traumatisme du crâne et l'ébranlement de la masse cérébrale qui en est laconséquencen'ag-issent-ils qu'en troublant cette évolution delà névrog-iie, en faisant dévier ce processus de sa marche normale.

Quoi qu'il en soit de toutes ces interprétations, qui ne sont, en somme, que des hypothèses et auxquelles nous n^attachons pas d'autre valeur, il est certain que les traumalism«s du crâne peuvent produire la paralysie g-énérale. Et pour cela même, il n'est pas toujours besoin d'un choc violent. Ainsi, M. Lasèg-ue cite le fait « d'un maçon qui, travaillant dans une maison, reçoit sur la tête une toute petite pierre. Il tombe et perd connaissance, et la lésion étant minime, il gniérit en quelques jours.' Mais tout à coup, l'année d'après,

il est pris des premiers phénomènes du délire ambi" lieux, il chante dans les rues, croyant posséder une belle voix. La paralysie g-énérale aig"uë apparaît, il se croit général et commande à des troupes imag-inaires : on l'arrête, on le conduit à Sainte-Anne, où quelque temps après il succombe aux progrès de la maladie, »

Si le traumatisme est capable de créer la paralysie générale pour ainsi dire de toutes pièces, àpl us forte raison peut-il lui donner lieu quand il existe déjà une prédisposition quelconque héréditaire ou autre. Gela se conçoit facilement. Dans les faits de ce genre, les violences extérieures n'ont que la valeur de causes provocatrices.

Les traumatismes du crâne peuvent donc jouer, par rapport à la paralysie générale, le rôle de cause efQciente et, dans le cas de prédisposition, celui de cause déterminante. Gela étant, il est tout naturel de voir les coups et les chutes sur la tête survenant chez un sujet déjà atteint de paralysie générale, accentuer les symptômes de la maladie, accélérer sa marche et précipiter la fin du malade. Le traumatisme, capable de créer la maladie, peut à plus forte raison l'aggraver quand elle existe déjà (obs. XX et XXI).

Le traumatisme, qui semble donner comme un coup de fouet à la maladie, agit probablement dans ce cas en déterminant un afflux de sang vers l'extrémité céphalique; or, on sait combien les accidents congestifs sont funestes dans le cours de la paralysie générale. Les vertiges, les attaques épileptiformes amènent une déchéance qui fait qu'après chacun de ces accidents

le paralytique général est inférieur à ce qu'il ét;^it avant l'allaque.

II est bien entendu qu'ici encore, dans le cas de chute du malade, il faut voir si cette chute est le fait d un accident ou, au contraire, la conséquence d'un vertig'e ou d'une attaque.

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