DES PLAIES CHEZ LES PARALYTIQUES GENERAUX
I Influence de la paralysie générale sur le traumatisme. — M. Decorce, comme M. Deg-uise, préLend que, chez les paralytiques g-énéraux, les plaies prennent rapidement un mauvais caractère. Une simple excoriation peut, dit-il, devenir le point de départ d'un phlegmon diffus très étendu. Pour le chirurgien de Charenton, il existe chez les paralytiques g-énéraux une véritahle dialhèse g'angTéneusc et purulente.
II y a plus de quarante ans que M. Baillarger a signalé celte tendance de la suppuration chez les paralytiques. C'est cette prédisposition, suivant i'éminent aliéniste, qui fait que des eschares se développent en dehors des points exposés aux compressions.
Nous avons observé nous même de ces cas de suppuration prolongée, et nous rapportons plus loin des observations de phlegmons développés sous l'influence de causes très minimes.
11 y aurait donc, dans la paralysie g'ônérale, dévia tion du travail curateur, formation de pus.
Cette tendance à la gangrène, qui existe incontestablement dans un g-rand nombre de cas, n'est cependantpas constante. Notre maître, M. Dagonet, croit qu'elle ne se montre qu'à une période avancée delà maladie. Pour lui, dons les premières périodes de la paralysie générale, les plaies g-uérisscnt rapidemen t.
Pour notre part, nous pensons que, même à la dernière période de la maladie, on peut parfailoiiient obtenir la cicatrisation des piaies. Que de fois ii'avonsnous pas vu des blessures' de toutes sortes g-uérir parfaitement chez les paralytiques g-énéraux, même tout à fait à la dernière période. L'observation de M. Pozzi, relatée plus loin, est une éclatante confirmation de ce que nous avançons.
M. Campbell fait remarquer que les paralysés g-énéraux voient leurs plaies guérir d'autant plus facilement qu'ils se trouvent dans cette phase de leur affection on ils mangent avec voracité, et prennent de l'embonpoint.
D'après le même auteur, le pouvoir de réparation serait très irrégulier chez les paralytiques, et cette irrégularité serait imputable à l'altération de la fonction trophique.
En résumé, chez les paralytiques g-énéraux, les plaies ont, dans certains cas, une tendance à la suppuration qu'elles ne présentent pas dans d'autres.
Peut-être les différences observées tiennent-elles indépendamiMent de la période à laquelle la maladie est arrivée, à la participation plus ou moins grande de la moelle aux lésions du cerveau.
11 y aurait cependant une exception à faire pour les plaies de tête, qui, suivant plusieurs auteurs, g-uérissent toujours très vite chez les paralytiques. On a cherché à expliquer ce fait par l'état congestif dans lequel les vaisseaux de cette région se trouvent dans le cours de cette maladie.
Tendance à la suppuration, tel est donc le caractère que la paralysie générale imprime aux blessures Voyons un peu maintenant Tinfluence du traumatisme sur la maladie du système nerveux.
2° In fluence du traumatisme sur la paralysie générale, — Les maladies chirurgicales jouent-elles, vis-à-vis de V aliénation mentale, le rôle de crise? « C'est là, dit M. Decorce, une question qui a été long^temps débattue, mais qui n'a pas encore reçu de solution. ^>
Nous ferons remarquer, encore une fois, que la question est mal posée, et qu'on ne pourra pas la résoudre à moins d'établir des distinctions bien nettes entre les différentes formes d'aliénation : vésanies, intoxications, maladies organiques du système nerveux, etc.
M. Doutrebenle (1) a cité un grand nombre de rémissions de paralysie générale survenues à la suite de suppurations prolongées.
« M. Dôcorce dit qu'il lui a été donné d'observer des exemples de rémission fort longue dans la marche de la paralysie générale se produisant sous l'influence d'érysipèles phlegmoneux très étendus, ou d'escharts qui, au premier abord, paraissaient plutôt devoir marquer le début d'une période de marasme, conduisant les malades qui en étaient atteints à une issue rapidement funeste. »
Il y a deux ans M. Christian (2) a cité encore deux faits de paralysie générale à la suite de suppurations
(1) DouLrebeiitc. Des 'liirérenLcs espèces de réuiissioiis qui survicii nent clans le cours de la paralysie générale, Paris 1878.
(2) Christian. Annales médico-psychologiques, mars 1880.
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prolong-ées. Dans un cas il s'ag-issait d'un panaris avec phleg-mon de la main et de l'avant-bras; dans l'autre de plaies graves sur différentes parties du corps.
M. Baillarg-er attribue les faits d'amélioration de paralysie g^énérale à la suite de plaies, à la suppuration, que celles ci provoquent. Sans doute la suppuration doit jouer un rôle important, mais comme on voit des cas d'amélioration se produire sans formation de pus, on est conduit à admettre que ce n'est pas là une condition indispensable.
Les plaies entraînant ou non une suppuration prolong-ée cig-issent probablement en produisant uue révulsion, une dérivation. Ce qu'il y a de certain, d'incontestable, c'est qu'elles ont une influence salutaire.
On peut voir des cas, nous ne dirons pas de g-uérison, mais d'amélioration très notable. La paralysie g-énérale est pour ainsi dire enrayée dans sa marche, il y a un temps d'arrêt plus ou moins long dans son évolution, quelquefois même la maladie rétrograde et le paralytique sort du marasme de la troisième période pour reprendre l'embonpoint el l'apparence de santé si fréquents dans la seconde.
L'amélioration paraît porter surtout sur l'état physique; l'état intellectuel, au contraire, est plus raremen l et moi ns heureusement influencé ; le délire quand il existe disparaît dans un certain nombre de cas, mais quand la démence est déjà produite elle persiste.
De cette influence heureuse, en somme, des plaies
sur la paralysie g-énérale, ressort une indication pratique de premier ordre. 11 faut créer aux paralytiques des plaies artificielles, leur mettre des moxas, des sétons, etc. Ces moyens ont donné et donnent tous les jours d'excellents résultats à la Clinique des maladies mentales, surtout à la première période delà maladie, et on ne saurait trop insister sur l'utilité de leur emploi. 11 faut agir et agir énerg-iquement, car le danger est immense.