‹ De la pathogénie des hémorrhagiesChapitre 9 sur 20 · EXPÉRIENCE II · texte numérisé non relu

EXPÉRIENCE II

Ligature des jugulaires des deux côtés ; injection considérable d eau tiède dans le système veineux ; 'production d'ecchijmoses à la tête et dans la cavité thoracique. Mort.

Le 16 février 1869, à 11 heures, on fait chez un chien adulte, très-fort, la ligature des jugulaires internes et externes des deux côtés ; on place dans la saphène interne une canule à robinet, et l’on pratique successivement neuf injections d’eau tiède, chacune de 195 grammes. On laisse une à deux minutes d’intervalle entre chaque injection, et on pousse avec lenteur. Après la neuvième injection, l’animal s’agite, la respiration devient bruyante, puis il tombe dans le coma; la respiration est stertoreuse, et l’animal meurt après avoir présenté quelques convulsions et des évacuations de matières fécales, d'urine et de sperme. Vingt minutes environ se sont écoulées depuis le début de l’expérience.

Autopsie. Ecchymoses sous-conjonctivales formant un pointillé irrégulièrement disséminé. Petites ecchymoses dans le tissu conjonctif lâche qui recouvre le péricrâne. A l’ouverture du crâne il s’écoulé une quantité considérable de sang veineux, mais les méninges ne paraissent pas notablement injectées, et le cerveau ne présente à la coupe aucune injection appréciable. Les vaisseaux des corps striés notamment ont été examinés au microscope avec le plus grand soin ; les canaux péri-vasculaires sont à l’état normal. A la surface des deux poumons on remarque sous la plèvre viscérale de trèsnombreux points ecchymotiques ; quelques points existent aussi dans le tissu conjonctif lâche qui entoure les vaisseaux du médiastin. Pas d’ecchymoses sous-péricardiques. Les reins

sont très-augmentés de volume, très-résistants, gorgés de sang; pas d’ecchymoses de la muqueuse des voies urinaires ; urines non sanguinolentes. A l’examen microscopique on constate de petites extravasations dans la plupart des glomérules deMalpighi. Le peloton vasculaire ne remplit pas entièrement sa capsule. Dans la substance médullaire on remarque aussi de nombreuses extravasations linéaires, parallèles aux tubes et paraissant situées dans leur intervalle. Les autres organes, spécialement la muqueuse digestive ne présentent rien de particulier. La rate n’est pas volumineuse.

Assurément, je n’ai pas la prétention de comparer à la pléthore cet état exagéré d’hydrémie provoquée. Mais on voit qu’une augmentation graduelle et nullement saccadée de la tension du sang dans tout le système vasculaire, telle qu’aucun état pathologique n’en produira jamais, et qui a suffi à tuer l’animal en 20 minutes, n’a pas produit d’hémorrhagies, à proprement parler. Nous avons bien eu des extravasations sous les conjonctives et dans le péricrâne ; mais elles étaient peu considérables et les quatre jugulaires étaient liées. Nous avons eu aussi quelques taches ecchymotiques sous la plèvre et autour des vaisseaux du médiastm ; mais dans le thorax une autre cause d’hémorrhagie intervenait, cause que nous étudierons dans le chapitre suivant; je veux parler de la tension négative de cette cavité à chaque inspiration, ce qui transforme alors le thorax en une ventouse faible qui diminue la pression par laquelle les vaisseaux sont soutenus extérieurement. Enfin, nous avons eu quelques très-légères extravasations dans les glomérules du rein ; mais il faut tenir compte de l’extrême activité avec laquelle le rein tendait sans doute à éliminer cette masse de 1750 gr. d’eau qui, en moins de 10 minutes, venait inonder tout son système sanguin, de

l’extrême délicatesse de la houppe vasculaire du glomérule et de l’augmentation intermittente de la tension veineuse dans le département de la veine cave inférieure, résultant de l’injection par une saphène.

Partout où n’existaient pas des causes particulières, normales ou accidentelles, capables de favoriser la rupture vasculaire, les hémorrhagies ont fait défaut.

Si la pléthore, considérée comme maladie, ne peut pas produire d’hémorrhagie par le trop plein du système vasculaire ( 1 ) si même l’accroissement subit et exagéré de la masse sanguine dans tout l’organisme ne peut amener la rupture vasculaire qu’avec l’aide et le concours de causes différentes, l’hémorrhagie peut résulter des pléthores locales, de ces apports brusques ou graduels de sang dans certains vaisseaux qui succèdent à l’obstruction subite ou progressive d’autres troncs importants ou même des dernières ramifications dans une étendue considérable. Quand le chirurgien pratique une amputation, au moment où l’aide lâche la compression, un jet unique s’échappe par l’artère principale; à peine celleci est-elle saisie entre les mors d’une pince, que les artères moins volumineuses, dont l’écoulement était presque insignifiant, donnent un jet abondant et saccadé.

Les ligatures, dans la continuité des membres, produisent un résultat analogue; les voies collatérales subissent une

(1) Nous ne croyons pas non plus à l’influence hémorrhagipare de celle pléthore hydrémique qui succéderait à la suppression de la secrétion urinaire.

Cette influence de la pléthore est encore acceptée par M. Virchow. « La pléthore ou la trop grande masse du sang peut être admise. Déjà Hoffmann a pu faire cette réserve que c’est seulement la pléthore séreuse; et c’est seulement parce qu’il admettait une polyémie séreuse, que Cullen pouvait expliquer comment les hémorrhagies spontanées ou les saignées favorisent la persistance des accidents pléthoriques et peuvent même ramener des hémorrhagies. » (Handb. der SPEC. Path.)

tension plus énergique; souvent la température du membre s’élève, quelquefois même le sang revient en plus grande abondance par la veine principale. C’est qu’alors, a-t-on dit, les nerfs vaso-moteurs qui accompagnent l’artère liée, ont été eux-mêmes détruits localement; rien n’empêche dès lors les capillaires de se dilater; et l’attraction que les tissus exercent sur le sang n’est plus gênée par la tonicité vasculaire. C’est là une explication dont je ne me porterai pas garant. De telles obstructions n’amènent pas généralement d’hémorrhagies à la périphérie de la partie dont l’artère est oblitérée; mais, dans certains organes, l’hémorrhagie se produit cependant.

Dans ses expériences sur la production de l’albuminurie, Robinson (1) pratique l’ablation d’un des reins et lie l’aorte au-dessous de l’artère rénale du rein opposé. Il oblige ainsi une quantité de sang anormale à se porter sur cet organe et il obtient des ecchymoses dans la substance des reins et à sa surlace, ainsi que des urines sanguinolentes dans l’uretère. 11 ajoute que M. Frerichs, ayant répété ces expériences, est arrivé aux mêmes résultats.

Une de nos expériences a fourni des lésions analogues, mais moins accentuées, l’un des reins n’ayant pas été préalablement enlevé.

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