‹ De la pathogénie des symptômes urémiquesChapitre 17 sur 27 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

Conséquences des obstacles opposés à la sécrétion urinaire

Après avoir rappelé en peu de mots le rôle que la sécrétion urinaire joue clans l'ensemble des phénomènes qui constituent la nutrition, il nous sera plus facile de rechercher la palhogénie des troubles que la suppression de celte fonction entraîne à sa suite.

L'urémie, nous l'avons déjà dit plus haut, est un syndrome qui caractérise la période ultime des maladies qui niellent obstacle à la sécrétion urinaire. Son apparition succède à l'action longtemps continuée d'une affection, qui avant de se terminer par les troubles que nous étudions en ce moment, a déjà profondément modifié l'état de l'organisme animal. Pendant un temps variable, la sécrétion urinaire a rempli sa fonction d'une manière insuffisante ; les éléments azotés non assimilables des matières nutritives n'ont pas été enlevés à l'économie dans les proportions nécessaires à la conservation de l'état de santé ou l'ont été sous une forme aulre que celle qui permet leur élimination physiologique. En un mot, toute une phase de la nutrition a été profondément altérée pendant une certaine durée. Or, il est évident que cet élément palhogénique doit jouer un grand rôle dans la production de l'urémie. En effet au moment où les troubles se manifestent, ce n'est pas seulement le sang, qui est. modifié dans sa composition et ses propriétés; toute la substance organique l'est à des degrés divers.

Comme nous venons de le voir, la sécrétion urinaire a surtout pour fonction d'éliminer du corps les produits azotés provenant de la désassimilalion des substances organiques. Le trouble ou l'arrêt de la sécrétion rénale doit entraîner nécessairement à sa suite une altération profonde de celte partie si importante des phénomènes nutritifs. Les principes azotés ne sont plus éliminés du corps; ils s'accumulent dans le sang et ne passent plus par toutes les phases de leurs * transformations habituelles. Il arrive un moment où le sang lui-même, renfermant ces éléments en excès, n'est plus en étfrt de reprendre par voie d'absorp-

(1) Milnc Edwards, loc. cit., t. VII, p. «86.

(2) Lehrbuch (1er physiol. Chemie, t. III, p. 3(S£i.

tiou ceux qui continuent à se produire au sein des tissus organiques. La fonction de désassimilation se trouve dès lors arrêtée dans sa marche. Or, au point de vue de la nutrition, la désassimilation est aussi importante que l'assimilation; car si cette dernière est appelée à apporter sans cesse à l'organisme de nouveaux éléments pour servir à sa composition, la désassimilation a pour fonction d'enlever du sein des tissus les matériaux impropres désormais à entretenir la vie, et qui comme tels, agissent comme corps étrangers, quand ils ne trouvent pas de voie d'élimination.

C'est ce qui arrive dans les maladies qui viennent mettre un obstacle à l'accomplissement de la sécrétion urinaire. Les corps azotés, qui sont rejelés de la trame organique vivante à l'état de créatine, de créatinine, d'acide urique et d'urée, c'est-à-dire à des degrés d'oxydation plus ou moins élevée, restent dans les tissus, si l'exagération d'une autre voie d'excrétion ne vient pas détruire les funestes effets de l'arrêt ou de la diminution de la sécrétion urinaire.

C'est un fait admis aujourd'hui par tous les palhologistes, que l'un des moyens les plus efficaces pour enrayer les progrès de la maladie de Bright et en général de toutes les maladies, qui tendent à limiter le champ d'action de la sécrétion urinaire, consiste à agir sur la peau et à activer sa sécrétion. La sueur renferme une certaine quantité de sels ammoniacaux (chlorhydrate et lactate) et de l'urée; en exagérant sa production, on comprend que l'on puisse en quelque sorte suppléer dans une certaine mesure au défaut d'action des reins. On observe un fait de la même nature en été ; alors que la sécrétion de la sueur est augmentée d'une manière notable par l'action excitante de la température de l'air, la sécrétion urinaire diminue beaucoup d'importance sans qu'il en résulte des effets morbides.

C'est encore ce que l'on a observé dans les cas pathologiques, dont nous avons parlé dans la première partie de ce travail (Voir p. 6), et dans lesquels les effets de la suppression de la sécrétion urinaire étaient prévenus par l'établissement d'une fonction supplémentaire.

En se basant sur l'étude de la fonction rénale, on est donc porté à admettre à priori que la suppression de la sécrétion urinaire, si elle n'est pas contrebalancée par l'établissement d'une sécrétion supplémentaire soit à la peau, soit aux muqueuses, soit ailleurs, entraine à sa suite les modifications suivantes au sein de l'économie animale :

\n Une accumulation de sérosité.

2" La rétention dans les tissus solides et fluides de l'urée — dés sels formés par les acides urique et phosphorique avec diverses bases — des matières extractives de l'urine, et parmi elles nous citerons notamment la créatine et la créatinine.

Tels sont les éléments en quelque sorte rationnels, que l'étude de la physiologie fournit pour la solution du problème de pathogénie qui nous occupe.

Passons maintenant sur le terrain de la pathologie proprement dite et voyons si ces premières données sont confirmées par l'observation.

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