‹ De la pathogénie des symptômes urémiquesChapitre 19 sur 27 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Injection de diverses substances dans le système

circulatoire.

L'idée de l'injection de substances diverses dans le torrent delà circulation se présentait assez naturellement à l'esprit de ceux qui recherchaient les causes des troubles urémiques. L'importance du rôle que le sang remplit dans l'éco-

nomie animale dans son parcours à travers les artères, les capillaires et les veines, est si grande, qu'on a voulu attribuer exclusivement à l'altération de M fluide la cause productrice de tous les troubles observés. L'analyse chimique a démontré que le sang veineux offre avec le sang artériel certaines différences, variables d'après la partie dans laquelle le sang artériel s'est distribué. En traversant les organes glandulaires, le sang y perd certains principes excrémenliliels; la suppression de la fonction sécrétoire a naturellement pour résultat de déterminer le séjour de ces substances dans le fluide sanguin, et par suite l'apparition de certains troubles, en rapport direct de causalité avec cette altération du fluide sanguin.

Dans le cas spécial qui nous occupe, il était naturel de rechercher si l'injection de l'urine dans le torrent de la circulation ne donnerait pas lieu à l'apparition des troubles caractérisant l'urémie. L'expérience a été faite plusieurs fois; nous l'avons répétée sur quelques animaux et les résultats de ces essais ne sont guère favorables aux vues théoriques de ceux qui ont voulu rattacher tous les symptômes urémiques à l'altération directe du sang par la rétention de l'urine elle-même.

8 I. — Procédé suivi.

Les expériences entreprises dans le but de déterminer par l'injection de diverses substances dans le sang, quels sont les principes dont la présence donne lieu à la production des troubles que nous éludions, ont une signification, qui nous paraît varier suivant le mode que l'on a suivi pour les pratiquer. Tantôt on s'est borné à injecter la substance dans la veine jugulaire d'un animal, que l'on avait soin de tenir ensuite en observation. Tantôt au contraire, on ne se bornait plus à faire l'injection; on faisait précéder celte opération de l'extirpation des reins. Or cette dernière opération est de nature a modifier complètement le sens qu'il faut accorder à l'injection; il est. évident, en effet, que la néphrotomie constitue une complication très-sérieuse pour toute autre expérience que l'on veut entreprendre sur le même animal. Nous ne comprenons pas qu'après avoir fait subir à un sujet une mutilation aussi grave que l'extirpation des deux reins, on puisse encore conclure à des résultats quelconques de l'injection d'une solution saline ou autre dans le système circulatoire. Comment faire la part de ces deux éléments? Ce que l'on considère comme un effet de l'injection ne doit-il pas bien plutôt être envisagé comme une suite de l'extirpation des reins?

On objectera peut-être que les effets consécutifs a la néphrotomie sont bien définis aujourd'hui; mais qui est-ce qui nous garantit que la néphrotomie ne peut entraîner à sa suite que les lésions décrites dans les ouvrages de physiologie pathologique? Tous ceux qui se sont livrés à l'étude des vivisections savent combien est compliqué l'ensemble des symptômes que l'on observe à la suite

des opérations faites sur l'animal vivant. 11 faut une observation soutenue et un travail laborieux avant de pouvoir en arriver avec un certain degré de probabilité à reconnaître les effets de la lésion qu'on produit et à les isoler des effets du traumatisme.

Si tel est le cas en général pour les vivisections, à plus forte raison en est-il ainsi quand il s'agit d'opérations aussi graves que la néphrotomie. Nous n'avons pas voulu imiter l'exemple de ceux qui pratiquent sur un môme animal la népbrotomie double et l'injection d'une solution dans le système veineux , parce qu'il ne nous est pas possible de reconnaître auquel de ces deux facteurs morbides il faut rapporter la cause des troubles observés.

§ 2. — Voie d'introduction.

Les physiologistes qui se sont occupés de la recherche des causes de l'urémie, et qui ont eu dans ce but recours à l'injection de diverses substances dans le courant sanguin, ont introduit ces substances par la veine jugulaire des animaux soumis à l'expérience. Ce procédé offre un. avantage en ce sens que la veine jugulaire externe est une des plus volumineuses de l'économie animale, qu'elle est facile à isoler, et que dans ces conditions l'opération présente très-peu de 1 difficultés.

Il nous paraît toutefois qu'il y a certains inconvénients à choisir la jugulaire comme voie d'introduction des substances dont on cherche à déterminer les effets sur l'économie animale. En effet, par suite de son voisinage du cœur, la solution à laquelle on a recours arrive presque directement en contact avec l'oreillette droite du cœur. Elle détermine à coup sûr une action locale sur cet organe si sensible, et cette action doit être prise ici en considération, quand on cherche à faire la part des divers éléments qui interviennent comme modificateurs des résultats de la vivisection. Dans la maladie, il est vrai que le sang, chargé de principes morbides, transporte ces principes à travers los cavités cardiaques, et soumet ainsi ces organes à leur action ; mais ici l'action n'est jamais aussi brusque. La sensibilité du cœur n'est pas brusquement soumise à l'action d'un corps étranger; elle s'y est lentement habituée, et d'autre part le sang ne contient jamais les principes anormaux dans une proportion aussi forte que la solution que l'on injecte par la veine jugulaire.

A ce double point de vue, il y a donc inégalité marquée entre les conditions dans lesquelles se trouve l'organisme malade et un organisme sain soumis à l'action d'une injection expérimentale.

Il y a plus : quand l'injection est faite, il faut avoir recours à la ligature de la veine ouverte. Or, bien que le sang puisse revenir de l'extrémité céphalique au cœur par quatre veines jugulaires et les deux vertébrales, nous pensons que la suppression d'une de ces voies de retour ne peut pas manquer d'entraîner momentanément à sa suite un certain trouble dans la circulation, qui vient

encore compliquer l'opération d'un élément dont il est parfois difficile de bien préciser l'action.

Pour remédier à ces défauts, nous avons cherché à éviter les causes qui leur donnent naissance. Nous avons cherché à faire en sorte que les substances médicamenteuses injectées dans le système sanguin, ne parviennent au cœur que dans un état de dilution qui leur enlève une partie de leur action violente, en quelque sorte traumatique; nous avons voulu d'autre part supprimer toute cause de complication qui aurait pu se produire par la ligature d'un vaisseau aussi important que la veine jugulaire externe. Dans ce but, nous avons préféré faire nos injections par une des veines de la périphérie ; et nous avons choisi de préférence dans nos essais la veine radiale sous-cutanée et la veine saphène. La solution expérimentée se mélange avec une certaine quantité de sang avant d'arriver à l'organe central de la circulation ; et d'un autre côté, il est inutile de chercher à établir que la ligature d'une veine péripbérique n'exerce pas sur la sauté des animaux les effets que pourrait entraîner à sa suite la ligature d'une jugulaire externe.

§ 3. — Injection d'eau.

Nous avons tenu à nous assurer avant tout des effets que produit sur l'organisme animal l'injection d'eau pure dans le torrent circulatoire; comme c'est le véhicule dont nous nous sommes servis pour dissoudre les substances dont nous recherchions l'effet, nous voulions pouvoir faire la part de l'un et de l'autre de ces deux éléments :

ire Expérience. — Chien mâle, roux, à poils longs, adulte, pesant 6 kilogr.

Le 50 janvier 1867, injecté dans la veine jugulaire droite 60 grammes d'eau pure à la température de 52° C. Aucun effet immédiat ne fut observé à la suite de cette expérience ; le chien, délivré de ses liens, se remet à courir et à jouer avec d'autres chiens.

Deux jours après, le 1er février 1867, n'ayant encore observé aucun phénomène, nou3 avons répété l'expérience en augmentant la dose du liquide injecté. Nous avons introduit dans la veine jugulaire superficielle gauche 120 c. c. d'eau chauffée à 52° C. Pas d'effet immédiat autre que de l'abattement. Le chien ne joue plus, il n'obéit plus à l'appel qu'on lui adresse. Il se couche roulé sur lui-même. Bientôt on constate un tremblement général, qui persiste pendant o ou A heures. 11 ne mange pas.

Le lendemain nous le retrouvons dans le même état : l'animal ne mange pas; les yeux sont hagards. Il reste couché toute la journée.

Cet état ne se modifia pas jusqu'à la guérison de deux plaies faites à la région cervicale antérieure. Cette guérison ne fut complète que vers le 23 février suivant. A partir de ce moment, le chien est redevenu gai.

Nous croyons que les symptômes que nous avons signalés comme s'étant produits à la suite de la seconde injection, dépendent en majeure partie de l'existence des deux plaies suppurantes à la région cervicale antérieure et aussi de la ligature des deux veines jugulaires externes. Tour nous en assurer complètement, nous avons répété l'expérience dans des conditions telles que nous n'avions pas à nous préoccuper d'éléments palhogéniques étrangers à l'injection

d'eau dans le système veineux. Nous avons choisi comme voies d'introduction les veines radiale et sapliène, et nous n'avons plus du tout constaté d'effets ni primitifs ni consécutifs de l'injection d'eau dans le système sanguin.

§ 4. — De la dose à employer dans les injections.

Dans la plupart des recherches que les pathologistes ont faites au moyen des injections de diverses substances dans les veines des animaux, il existe une lacune que nous devons signaler, parce qu'elle constitue une grande cause d'erreur : ils ont négligé d'indiquer le poids de l'animal qu'ils soumettaient à l'expérience et le rapport qui existait entre le poids de l'animal et la dose de la substance injectée.

Or c'est là un point du plus grand intérêt. Prenons pour exemple les expériences de Frerichs (1). II ne suffit pas que l'introduction dans l'organisme de 2 ou 4 grammes de carbonate d'ammoniaque détermine la manifestation de troubles convulsifs, interrompus pas des moments de coma, pour conclure de là à l'existence de cette même cause comme origine des troubles urémiques. Il faudrait avant tout rechercher si l'on parvient à déterminer ces mêmes troubles en injectant dans les veines la même quantité de carbonate d'ammoniaque que celle que l'analyse chimique a permis à quelques observateurs de constater dans le sang des animaux urémiques. C'est ce que l'on a négligé de faire, en perdant de vue que c'était là le point principal sur lequel doivent porter les recherches. L'action pharmacodynamique d'un agent toxique ou thérapeuthique varie avec la dose à laquelle on le prescrit.

Il fallait donc avant tout rechercher la quantité de sel ammoniacal qui existe dans le sang des sujets urémiques, et ce premier point fixé, rechercher si l'emploi du même agent à la même dose détermine les troubles qu'on attribue à son influence.

Les recherches de Zalesky lui ont fait admettre, comme nous l'avons dit plus haut, que le carbonate d'ammoniaque existe dans le sang dans les proportions suivantes :

„,„.., . c . . Après Après ligature

Carbonate d'ammoniaque. Santc. néphrotomie. des urcFères.

Dans 100 grammes de sang d'oiseaux. 0.0058 » 0.0069

— — de chiens. 0.0029 0.009G 0.0070

Quant aux travaux de Petroff, ils lui ont fourni une moyenne qui porte à 0.1010 pour mille la quantité d'ammoniaque qu'on trouve dans le sang vingtquatre heures après la néphrotomie, et à 0.4608 pour raille la quantité que l'on trouve quarante-huit heures après l'opération.

Nous prendrons pour point de départ les chiffres de Zalesky, en admettant pour les besoins de la démonstration qu'ils expriment la vérité. Ce premier point déterminé, il fallait rechercher quelle était approximativement la masse

(I) Die BrùjhCsche Nievcnkrunkhcit und dercn Behandlung. p. 278.

totale de carbonate d'ammoniaque que le sang contient. Pour cela, il fallait déterminer d'une manière aussi exacte que possible le poids total du sang d'un animal. C'est ce que les recherches de Herbst et de Valenlin nous permettent de faire. Dans un travail que Herbst a publié en 1822 à Gottingue (1), l'auteur arrive à cette conclusion que le poids de la masse totale du sang contenu dans l'économie est au poids total du corps dans le rapport de 1 : 12 chez le bœuf;

— de 1 : 1C chez le chien; — de 1 : 18 chez le cbeval ; — de 1 : 20 chez la chèvre, le veau, l'agneau et le lièvre; — de 1 : 22 chez le mouton et le chat;

— et de 1 : 2i chez le lapin.

Vanner est arrivé, à peu de chose près, aux mêmes résultats à la suite des recherches qu'il a entreprises dans les abattoirs de Paris; il croit que pour la race bovine, la proportion approximative entre ces deux termes de comparaison est de 1 : 20.

Valentin est arrivé à des chiffres plus élevés; car il trouve que ce rapport est de 1 : 4 1/2 chez le chien, et de 1 : S chez le mouton.

Le professeur Blake (de Saint-Louis, États-Unis), a conclu de ses expériences que chez le chien la proportion est de 1 : 8 ou de I : 9 (2).

Pour être certain de ne pas rester en-dessous de la vérité, nous avons choisi dans tous ces résultats les chiffres produits par Valentin, quia évalué le rapport de 1 : 4 1/2 chez le chien. Partant de ce point, nous trouvons qu'un chien qui pèse (5 kilogrammes, renfermerait environ 1533 grammes de sang. Or nous venons de voir que 100 grammes du sang d'un animal, qui a été soumis à la néphrotomie, renferme 0 0096 de carbonate d'ammoniaque. La masse totale du sang renfermera donc 0.128968, c'est-à-dire environ 13 centigrammes de carbonate d'ammoniaque. Or puisque les animaux, pesant 6 kilogrammes, dont le sang contient 13 centigrammes de carbonate d'ammoniaque, sont atteints des symptômes qui constituent l'urémie, il faudrait, si la théorie de Frerichs est fondée, que l'injection de 13 centigrammes de ce sel dans les veines d'un chien pesant- 6 kilogrammes, détermine aussi la production de tous les troubles urémiques. C'est ce qui n'est pas, comme on peut s'en assurer par les expériences suivantes.

§ 5 — Injections de carbonate d'ammoniaque.

2e Expérience. — Chien mâle, âgé de 1 1/2 à 2 ans, pesant 4 kilogr. 300 grammes.

Le 15 mars 1807, à 10 h. 4ii' du matin, injecté dans la veine saphène droite 10 centigrammes de carbonate d'ammoniaque, dissous dans 50 c. c. d'eau distillée, portée à 50° C. L'injection dure 2 minutes. L'animal ne présente rien de particulier.

A 10 h. 48' du matin, injecté dans la même veine 5 centigrammes de carbonate d'ammoniaque dissous dans 18 c. c. d'eau distillée à 1S° C. L'opération dure 2 minutes. L'animal ne présente aucun phénomène particulier et, remis en liberté, il continue à courir et à jouer.

(1) De mnrjuinh quanlitale, rpialis homini adullo cl sano convenit. (-2) Carpentcr's Physioloyy. Yy* édit , 18;>ti.

3° Expérience. — Chien mâle adulte, pesant 7 kilogrammes.

Le 14 mars 1867, à 10 h. 5' du matin, injecte dans la veine saphène 20 centigrammes de carbonate d'ammoniaque, dissous dans 20 c. c. d'eau portée à 50° C. Pas d'effet appréciable.

4e Expérience. — Même chien.

Le 20 mars 18C7, injecte à 11 h. 2' du malin dans la jugulaire externe droite 20 centigrammes de carbonate d'ammoniaque dissous dans 50 c. c. d'eau distillée, chauffée à 50° C. L'injection dure une minute. Au bout de 10", il y avait de la dyspnée ; au bout de 50" la respiration était profonde et accélérée. On constate des frémissements dans le muscle peaucier à la région du thorax. Je n'attache pas d'importance à cette manifestation, parce que je l'ai constatée chez presque tous les animaux, quelle que soit l'expérience à laquelle je les aie soumis.

L'animal, remis en liberté, reprend ses allures ordinaires.

5e Expérience. — Chienne adulte, pesant 4 kilogr. 200 grammes.

Le 20 mars 1867, à 11 h. 11' du matin, injecté dans la veine jugulaire droite 10 centigrammes de carbonate d'ammoniaque, dissous dans 22 c. c. d'eau à 50° C. L'injection dure une minute. Mêmes effets que dans l'expérience précédente. L'animal remis en liberté mange el boit sans paraître éprouver aucun trouble.

Entreprises dans ces conditions, les expériences nous ont donc toujours fourni des résultats négatifs. Il en est autrement quand on les entreprend dans les conditions où s'est placé Frerichs. Nous avons tenu à répéter ces expériences dans les mêmes conditions et nous sommes arrivé au même résultat que le professeur de Berlin, comme le démontre l'expérience suivante :

6e Expérience. — Chien mâle adulte, pesant 6 kilogr. 243 grammes.

La solution dont nous avons fait usage dans ce cas renfermait 4 grammes de carbonate d'ammoniaque pour 30 grammes d'eau.

Le 6 février 1867, à 10 h. 50' du matin, injecté par la veine jugulaire droite 15 c. c. de cette solution, chauffée à 50° C. Au bout de 2 minutes, on observe des convulsions générales d'abord toniques et devenant cloniques au bout d'une minute ; elles durent en tout 4 minutes.

A 10 h. 58', injection de 7 c. c. de la solution. Au bout d'une minute, contraction générale tétanique, qui dure pendant 1/2 minute et qui est suivie de contractions cloniques.

A 11 h. 5', injection de 8 ce. de la solution. Cette dernière injection se fait trèslentement à cause de la dyspnée de l'animal. Après 15 secondes, on constate des contractions cloniques aux membres postérieurs. 3 minutes après, elles se produisent également dans les membres antérieurs. A 11 h. 10', contraction tétanique durant 1/2 minute et se terminant par des convulsions générales. Le pouls varie de 28 à 40 ; la respiration est à 9 et saccadée.

Les convulsions cloniques cessent au bout de 10 minutes, pour reprendre de nouveau 10 minutes après, pendant quelques minutes. Insensibilité de la peau aux piqûres.

A partir de 11 h. 55', l'animal se lève; il veut marcher, mais il chancelle et tombe à plusieurs reprises. Il reste ensuite assis sur son train postérieur. Les contractions du peaucier, qui font trembler tout l'animal, persistent; il en est de même des convulsions cloniques irrégulières et assez énergiques pour faire mouvoir le corps de l'animal dans différents sens jusqu'à 1 heure. A partir de ce moment, elles ont diminué de fréquence et d'intensité. Elles cessent complètement vers 2 h. 50'. Le chien a la marche plus

assurée; il se couche et s'enroule sur lui-même. Il parait toujours trèsassoupi. Il reste ainsi jusqu'à -i h. 30'. A cette heure il mange de la viande.

Observe encore jusqu'au 1 5 lévrier 1 8(i7, il n'a plus rien offert de particulier à noter ; sa gaieté et son entrain sont revenus au bout de quelques jours.

Nous le répétons et nous insistons beaucoup sur ce point, parce qu'il est d'une importance capitale dans la matière que nous traitons ici : la manifestation de symptômes comateux et convulsifs, à la suite de l'injection dans le système veineux d'un animal d'une forte dose de carbonate d'ammoniaque n'apporte aucun élément pour la solution du problème patbogénique de l'urémie. En effet, à quelle conclusion peut nous conduire l'étude des phénomènes qui se produisent après l'introduction de 1 à 2 grammes de carbonate d'ammoniaque dans le sang, alors que jamais dans l'économie vivante, on ne trouve «ne quantité aussi forte de sel ammoniacal dans le sang des urémiques?

Il y a plus: nous avons entendu M. le professeur Crocq déclarer à une de ses leçons cliniques qu'il avait donné plusieurs fois jusqu'à 40 grammes de carbonate d'ammoniaque par jour à des malades, sans que ceux-ci aient éprouvé le moindre trouble nerveux à la suite de l'ingestion d'une dose aussi forte du sel alcalin. Et cependant l'agent thérapeutique auquel il avait recours à une dose aussi forte, avait pénétré dans le torrent circulatoire; car l'analyse chimique avait permis d'en retrouver une quantité très-notable dans l'urine excrétée.

Le résultat principal des expériences que nous avons faites avec le carbonate slcalin est donc opposé à la .théorie de Frerichs, puisqu'elles nous prouvent que, introduit dans le sang à la dose à laquelle on le trouve dans l'urémie, ce sel ne détermine pas le moindre symptôme uréraique. L'observation clinique ne lui est guère plus favorable, comme on vient de le voir par les résultats observés par M. Crocq.

Les expériences de Frerichs sont exacles; mais elles ne lui permettent pas d'en tirer la moindre conclusion, parce qu'il a négligé d'avoir égard à la quanlité de carbonate d'ammoniaque que l'on a trouvé dans le sang de quelques sujets urémiques.

A ce point de vue, la troisième conclusion sur laquelle repose sa théorie, n'a pas la moindre valeur pour la pathogénie de l'urémie, et en regard de celle-là nous placerons celle-ci, qui ressort de nos recherches : le carbonate d'ammoniaque, introduit dans le sang à la dose à laquelle on le trouve dans l'urémie, ne détermine pas le moindre symptôme urémique.

Nous avons cherché à nous assurer si les résultats constatés à la suile de l'injection du carbonate d'ammoniaque dans le système veineux étaient dus à une action toxique spéciale exercée par ce sel, ou bien si on n'observait pas les mêmes troubles à la suite de remploi d'autres préparations salines. On comprend qu'en admettant comme applicables à l'urémie les injections de carbonate

d'ammoniaque que Frcrichs a faites sur les animaux, leur importance serait singulièrement amoindrie, si on observait les mêmes phénomènes à la suite de l'injection d'autres substances. Dans ce but, nous avons eu recours à l'injection dans le système veineux des chiens des substances suivantes :

1° Chlorhydrate d'ammoniaque.

2° Urée.

5° Carbonate de soude.

4° Sulfate de soude.

§ 6. — Injection de chlorhydrate d'ammoniaque.

7e Expérience. — Chien mâle adulte, à poils roux, pesant 6 kilogrammes.

Le 8 mars 1867, à 9 h. 42' du matin, nous injectons par la veine saphène droite une solution de 2 grammes de chlorhydrate d'ammoniaque dans 15 c. c. d'eau, chauffée à la température de 50° C. L'injection faite très-lentement dure 5 minutes.

15 secondes après le début, l'animal pousse un profond soupir.

40 secondes après le début, il est brusquement atteint de convulsions cloniques générales.

1 minute 10" après le début, l'animal cherche à se soulever; l'écume lui vient à la bouche.

Les symptômes s'étant complètement calmés à 9 h. 46', nous injectons une seconde dose de 2 grammes de chlorhydrate d'ammoniaque dissous dans 15 c. c. d'eau portée à 30» C.

50 secondes après, agitation très-grande ; le chien pousse de petits cris convulsifs. — À 9 h. 47', convulsions cloniques générales : l'œil reste toujours sensible. — Les convulsions cloniques durent tout le temps de l'injection.

A 9 h. 48' 50", tout était fini.

Le chien remis en liberté se met à sauter en poussant de petits cris plaintifs. Pas de phénomènes consécutifs.

On voit par cette expérience que le chlorhydrate d'ammoniaque introduit dans le système veineux d'un animal à la même dose à laquelle Frerichs introduit le carbonate alcalin, produit les mêmes effets. Quoi qu'en dise M. Slokvis dans son intéressant travail (I), il n'est pas du tout indifférent de savoir si le carbonate d'ammoniaque est le seul sel qui, par sa pénétration dans le sang, détermine l'explosion de troubles convulsifs et comateux analogues à ceux de l'urémie. Quand on tire de ces faits une conséquence aussi importante que celle que Frerichs en déduit, on devrait être plus sévère dans l'appréciation de la valeur du point de départ. Cette valeur serait très-grande, si tous les observateurs avaient pu constater la présence de carbonate d'ammoniaque dans le sang. Mais comme on l'a déjà vu plus haut et comme on le verra plus loin, il n'en est pas toujours ainsi. Dès lors à quelle conclusion logique pourrait conduire cette expérience, si même on admettait que les conditions dans lesquelles on la pratique la rendent applicable au cas spécial dont il s'agit?

(1) Ncd. Tydschr. voor Geneesk.,i>, 316, note.

§ 7. — Injections d'urée.

8e Expérience. — Chien mâle adulte, noir, à poils ras, du poids de 6 kilogr. 250 grammes.

Le 4 février 1867, à 10 h. du matin, injecté dans la veine jugulaire de ce chien une solution de 2 grammes d'urée dans 42 c. c. d'eau chauffée à 52° C. A part une oppression peu prononcée au moment de l'injection, l'animal ne nous a offert aucun phénomène morbide à noter.

9» Expérience. — Chien mâle adulte, pesant 6 kilogr. 500 grammes.

Le 13 mars 1867, à 9 h. 45' du matin, injecté dans la veine saphène 4 grammes d'urée, dissous dans 40 c. c. d'eau, portée à 50° C. L'injection n'est suivie d'aucun effet immédiat ou consécutif.

Le résultat de nos recherches n'est donc guère favorable à la doctrine produite par Richerand ; aussi, comme nous l'avons dit plus haut, ne pouvons-nous pas attribuer à l'accumulation d'urée clans le sang la cause des troubles urémiques.

§ 8. — Injection de carbonate de soude.

10° Expérience. — Chien mâle adulte, pesant 6 kilogr.

Le 15 février 1867, à 10 h. 15' du matin, nous avons injecté dans la veine saphène gauche une solution de 4 grammes de carbonate de soude dans 50 c. c. d'eau à 50° C. L'injection est poussée très-lentement et dure en tout 5 minutes. A 10 h. 17' 50", on constate des soubresauts dans le muscle peaucicr; le chien fait de profondes inspirations. La respiration et la circulation sont ralenties. A 10 h. 20', on observe des secousses dans les membres antérieurs; elles durent environ 2 minutes, après quoi le chien remis en liberté se promène sans plus offrir de troubles. Les jours suivants il est triste, assoupi. Diarrhée. Il se remet complètement au bout de trois jours.

§ 9. — Injection de sulfate de soude.

11e Expérience. — Chien mâle adulte, noir, pesant 11 kilogr. 200 grammes.

Le 20 février 1867, à 10 h. 42' du matin, injecté dans la veine radiale interne souscutanée gauche une solution de 12 grammes de sulfate de soude dans 50 c. c. d'eau à 50° C. On observe des mouvements désordonnés dans tous les muscles, comme si le chien voulait s'échapper. Au bout de G minutes, inspirations profondes. Au bout de 8 minutes, soubresauts dans les muscles de la cuisse; pouls irrégulier, accéléré. Frémissements par tout le corps, qui durent pendant une dizaine de minutes.

A 10 h. 52', n'ayant pas observé 'de symptômes morbides, que nous puissions rapporter à l'action de la matière employée, nous injectons encore une solution de 4 grammes de sulfate de soude dans 50 c. c. d'eau à 52° C. On note un peu de dyspnée : la respiration redevient profonde et saccadée. Par moments, soubresauts des tendons. Au bout de 2 minutes, contraction tonique générale, durant environ une demi-minute. L'expérience est finie à 11 h. 55'. L'animal remis en liberté se met immédiatement à jouer avec les autres chiens.

Les jours suivants, il ne nous présente rien de particulier à noter.

§ 10. — Injections d'acide oxalique.

M. Hence Jones ayant prétendu ramener la cause des trouilles urémiques à la pr/senee d'acide oxalique dans le sang, nous avons cherché à nous assurer si la pénétration de cet agent dans le torrent circulatoire venait fournir des argu-

menls en faveur de cette théorie. Comme on en jugera par les expériences suivantes, il n'en est pas du tout ainsi, et l'expérimentation physiologique maintient entre l'urémie et l'oxalurie une différence aussi marquée que le fait la clinique.

12e Expérience. — Chienne adulte, pesant 4 kilogr.

Le 20 mars 1867, à 10 h. 35' 55", injecté par la veine numérale gauche 40 centigrammes d'acide oxalique dissous dans 50 c. c. d'eau portée à 55° C. L'injection dure 1' 50". Au bout de i', on observe quelques mouvements convulsifs dans le peaucier et dans les muscles du train postérieur. A part cela, l'animal n'offre rien de particulier à noter immédiatement après l'injection.

Dans le courant de la matinée, il commença à vomir des matières bilieuses ; il tomba dans l'affaissement et succomba à 2 1/2 h. du soir, sans offrir de symptômes convulsifs.

A l'autopsie on constate la présence de quelques bulles d'air dans les veines caves supérieure et inférieure. Toutefois nous ne pensons pas que la mort de l'animal puisse être attribuée à la présence de ces bulles d'air. Nous croyons même que ces bulles n'ont pénétré dans le système sanguin que pendant l'autopsie ; en effet, en ouvrant la cage thoracique on a blessé la veine axillaire droite. Or, cette veine est canalisée en quelque sorte dans un tissu assez résistant, qui la lient béante quand elle est blessée. II suit de là que l'air pénètre facilement par celte voie, quand on n'a pas soin de ménager la veine axillaire en ouvrant le thorax. Ce qui nous tait croire que ce n'est pas à la pénétration de l'air dans la veine qu'est due la mort de l'animal, c'est que celui-ci n'a présenté aucun des symptômes, ni aucune des lésions que l'on rencontre dans ces cas.

4 5e Expérience. — Chienne adulte, pesant 7 kilogr.

Le 26 mars 1867, à 10 h. 12' 45" du matin, injecté par la veine humérale gauche 50 centigrammes d'acide oxalique dissous dans 50 c. c. d'eau à 50° C. L'injection dure 45". L'animal n'éprouve aucun effet appréciable.

Nous devons faire observer ici que dans cette dernière expérience, à la solution concentrée d'acide oxalique nous avons ajouté de l'eau de puits pour la rendre moins concenlrée; nous avons ainsi provoqué la formation d'oxalale de chaux. Cette expérience n'est donc pas aussi rigoureuse que le sont les autres. Pour nous assurer si effectivement celte considération avait altéré le résultat de l'expérience, nous l'avons répétée le 29 mars suivant.

14e Expérience. — Même animal que dans la 15e expérience. Chienne adulte, pesant 7 kilogr.

Le 29 mars 1807, à 9 h. 49' du matin, injecté par la veine jugulaire superficielle droite 50 centigrammes d'acide oxalique dissous dans 50 c. c. d'eau à 20° C. L'injection dure 1'. On n'observe d'autre particularité qu'une inspiration plus profonde, ce que nous remarquons du reste sur les autres animaux.

L'animal reste souffrant ; il vomit des matières bilieuses et succombe le 2 avril 1867, quatre jours après l'injection. A l'autopsie, on constate de l'œdème du poumon droit : dë l'emphysème sur les bords. Le ventricule droit renferme des caillots fibrineux. Rien dans le ventricule gauche ; vésicule de fiel énormément distendue ; foie gras.— Rate et intestin à l'état normal. — Estomac rempli de bile.

1 5e Expérience. — Chien mâle adulte, pesant 6 kilogr. 500 grammes.

Le 22 mars 1867, à 10 h. 15' du matin, injecté par la veine radiale gauche 1 gramme d'acide oxalique dissous dans 50 c. c. d'eau distillée, chauffée à 50» C. L'injection dure 5 minutes. Au bout de 2 minutes, l'animal est pris de mouvements convulsifs généraux

qui persistent pendant une minute ; évacuation d'urine et de matières fécales. A la fin de l'injection, l'animal meurt dans les convulsions tétaniques.

A l'autopsie faite un quart d'heure après la mort, nous constatons la présence de quelques bulles d'air dans le sang de la veinc-cave inférieure ; le sang du cœur droit n'est pas spumeux. Nous n'oserions pas affirmer qu'il faut attacher une très-grande importance à la présence de ces quelques bulles d'air dans le sang veineux, alors que le sang du cœur droit n'est pas spumeux.

10° Expérience. — Chien adulte, noir, pesant 8 kilogr. 100 grammes.

Le 5 avril 18G7, à 10 h. 23' du matin, injecté par la veine saphène droite 2 grammes d'acide oxalique dissous dans 20 c. c. d'eau distillée, chauffée à 52° C. Au bout de 10", inspirations profondes. — Au bout de 40", convulsions toniques générales, aboiements répétés. — L'injection dure en tout 1'.

Les convulsions toniques durent 15" et sont suivies de convulsions cloniques, surtout marquées dans le train postérieur. Ces dernières persistent jusqu'à la mort de l'animal, qui arrive à 10 h. 47'; soit 25 minutes après le commencement de l'injection.

A l'autopsie faite immédiatement après, on ne constate aucune lésion caractéristique.

Nous devons faire au sujet de cette dernière expérience les mêmes réserves que celles que nous avons faites plus haut au sujet des injections de carbonate d'ammoniaque que Frericlis a faites dans les veines des animaux sur lesquels il opérait. A faible dose, l'acide oxalique n'a donné lieu à aucun symptôme qui offrit la moindre analogie avec les symptômes de l'urémie. Nous n'avons réussi à observer de phénomènes convulsifs éclamptiques que chez les animaux dans le sang desquels nous introduisions des doses d'acide oxalique beaucoup plus fortes que celles que l'on rencontre jamais chez les malades. La dernière expérience ne prouve donc rien en faveur de la théorie oxalurique des troubles urémiques.

§ II. — Injections d'acide hippurique.

Nous avons cherché à nous assurer par l'expérimentation si la pénétra lion dans le sang d'un excès d'acide hippurique ne fournissait aucune donnée sur la pathogénie de l'urémie. L'acide hippurique est un des degrés de la transformalion que les matières albuminoïdes subissent dans l'économie animale. Sa présence dans le sang normal exclut toute idée d'action toxique spéciale exercée parce corps. Nous avons songé un moment que la suppression de l'émoncloirc naturel par lequel s'élimine de l'organisme vivant l'acide hippurique en excès pourrait, en amenant la rétention de ce produit dans le sang, expliquer jusqu'à un certain point la palhogénie des troubles urémiques. Celte idée purement théorique n'a pas résisté à l'épreuve de l'expérimentation physiologique, comme on le verra dans les deux cas suivants :

17' Expérience. — Chien mâle, adulte, pesant 7 kilogr.

Le 19 mars 1867, à 9 h. 42' du matin, injecté dans la veine saphène gauche 20 centigrammes d'acide hippurique dissous dans 100 c. c. d'eau distillée chauffée à ô2° C.

l/mjeclion est poussée très-lentement et faite en trois temps, vu la grande niasse dc liquide à injecter. Commencée à 9 h. 42', elle est terminée à 9 h. . On ne constate d'autres effets que l'accélération de lu respiration et des frémissements du peaucier.

Cinq minutes après le début de l'injection, le chien fait des efforts pour s'échapper. — A la fin de l'opération, il pousse des cris convulsifs.

On n'a rien observé de particulier.

18° Expérience. — Chienne adulte, pesant 4 kilogr.

Le 19 mars 1867, à 10 h. 5' du matin, injecté dans la veine saphène gauche 10 centigrammes d'acide hippurique dissous dans 40 c. c. d'eau distillée, portée à 52" C. L'injection poussée très-lentement dure 5 minutes. On ne constate d'autres manifestations que les plaintes habituelles et le frémissement du peaucicr.

§ 12. — Injections de créatine.

Ayant pu nous procurer un échantillon de créatine cristallisée, sur la qualité de laquelle l'examen microscopique ne laissait pas le moindre doute, nous avons voulu rechercher les effets que cette substance détermine par sa pénétration dans le sang. Ici encore comme dans tous les autres cas, l'insuccès le plus complet est venu démentir les prévisions que la théorie de Scholtin nous avait fait entrevoir. La créatine, injectée dans le système sanguin, ne réussit pas plus que tous les autres dérivés des substances albuminoïdes à donner lieu aux troubles urémiques caractéristiques. Comme le prouve l'expérience suivante, la pénétration de la créatine à dose assez élevée dans le torrent circulatoire est restée sans effet.

19° Expérience. — Chien adulte, mâle, pesant 7 kilogr. 400 grammes.

Le 29 avril 1807, à 9 h. 28' du matin, injecté dans la veine jugulaire une solution de ÎJO centigrammes de créatine dans 75 c. c. d'eau distillée à 1K° C. L'injection dura en tout deux minutes. L'animal ne présenta aucun symptôme ni primitif ni consécutif, à part une inspiration plus profonde et des mouvements de déglutition.

§ 13. — Injections d'une grande niasse d'eau.

Nous avons cherché à déterminer par l'expérimentation quels sont les effets produits par l'introduction subite dans le torrent circulatoire d'une grande masse d'eau distillée. Comme nous l'avons dit plus haut (Voir p. 51), Traube attribue à deux éléments distincts la cause des troubles urémiques :

I ) Diminution de densité du sang.

2) Tension exagérée du liquide contenu dans l'appareil circulatoire.

II fallait essayer de reproduire artificiellement ces deux conditions; c'est ce que nous avons essayé de faire dans l'expérience suivante, dont l'idée nous a été suggérée par les travaux de Mùnke, de Berlin.

20e Expérience. — Chien de chasse adulte, à longs poils, pesant 15 kilogrammes 700 grammes.

Le 15 février 18G7, nous avons lié les quatre veines jugulaires et l'artère carotide gauche. Après quoi, à 10 h. 4' nous avons injecté dans l'artère carotide droite 40 c. c. d'eau distillée, chauffée à 27° C. Au moment de l'injection, le chien fit un mouvement pour retirer la tête; après 1 1/2 minute, on observe des contractions cloniques de tous les muscles de la face.

A 10 h. 6', nouvelle injection de 20 c. c. d'eau à 27° C. On n'observe rien.

A 10 h. 8', injection de liO c. c. d'eau. Au bout de deux minutes, mouvements fré-

qucnts de déglutition ; petites contractions cloniques des muscles de la face. Une minute après, profonde inspiration, suivie de frémissement à la gorge et de contractions cloniques très-marquées du muscle peaucier.

Après l'expérience, le chien est remis en liberté ; il se tient debout et tourne la tète du côté où on l'appelle. Il tient la tète baissée , la face inclinée à droite. Il se couche bientôt, la tète entre les deux pattes de devant, les yeux fermés.

Les jours suivants, même assoupissement; l'animal refuse de manger. Il boit beaucoup. Répond encore à l'appel en agitant la queue et en ouvrant les yeux. Tousse beaucoup.

Le 15 et les jours suivants, l'animal s'assoupit de plus en plus; il ne mange presque pas. Mort le 21 février, à midi, huit jours après l'opération.

A l'autopsie, nous avons constaté que le chien avait succombé à une pneumonie double. Du côté des centres nerveux, nous n'avons rien observé de particulier, sauf une injection très-peu notable de la substance cérébrale.

Dans tout le cours de cette observation, nous n'avons pas une seule fois observé de convulsions. Le seul symptôme qui nous ait frappé, c'est l'assoupissement du cbien, que nous comprenons parfaitement comme un effet de l'anémie cérébrale que nous avons déterminée par suite de la ligature des deux carotides.

Quant à l'injection de HO c. c. d'eau dans l'espace de quelques minutes, elle n'a pas déterminé de symptômes urémiques, alors que cependant la ligature des quatre veines jugulaires, en rendant beaucoup plus lent le retour du sang du cerveau, devait entraîner à sa suite une augmentation très-marquée de la pression de ce fluide, en même temps qu'elle diminuait notablement sa densité. On se trouvait donc dans les conditions indiquées par Traube comme les plus favorables pour la manifestation des troubles urémiques.

Le résultat de notre expérience est donc tout opposé à celui qu'a obtenu Jlûnke (Voir plus baut, p. 52); en recherchant la cause de cette différence de nos résultats, nous avons cru qu'elle résidait tout entière dans le procédé suivi par chacun de nous. Miïukc a commencé son expérience par la ligature des uretères, afin de s'opposer ainsi à l'élimination rapide de l'excès de liquide hors de l'économie. Nous avons voulu, en négligeant celte ligature, ne pas compliquer singulièrement l'étude des phénomènes que nous cherchions à élucider. On ne doit pas oublier, en effet, que la ligature des uretères donne lieu à une série de troubles, que l'on n'est pas autorisé à rattacher à l'hydrémie simple; il y a rétention complète d'urine, ce qui engendre un état morbide tout différent, au point de vue pathogénique, de celui que nous étudions. C'est pour ce motif que nous nous sommes borné dans ce cas à injecter de l'eau dans le torrent circulatoire, sans recourir à la lig.iture des uretères.

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