‹ De la peine de mort d'apres les travaux de la science, les progres de la legislation et les resultats de l'experienceChapitre 14 sur 24 · INTRODUCTION. XXI · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. XXI

de la vie humaine? Elle cesse fatalement pour l'un ou l'autre ; il faut donc opter. Qui s'aviserait de contester à l'individu attaqué et menacé de périr par la main de son agresseur le droit de le tuer? C'est le droit de la légitime défense ; il existe pour les peuples aussi bien que pour les individus. On ne conteste pas aux peuples le droit de repousser la force par la force, et de porter la mort dans les rangs de leurs ennemis. L'inviolabilité de la vie humaine cède au droit de la légitime défense ; il faut savoir pourquoi elle résiste au droit de punir.

La peine de mort doit donc être considérée dans ses rapportsavec la théorie de la peine. D'après M. Mittermaier, la peine est un moyen de protéger le droit contre l'homme qui ne sait pas le respecter. Elle agit par la contrainte, et la contrainte est légitime dans la mesure où elle est nécessaire à la protection du droit. Mais la contrainte est un mal autant pour l'homme qui la subit que pour la société qui l'exerce, puisqu'elle porte atteinte à la plénitude de cette liberté, qui est la condition naturelle du développement des individus, et pour la garantie de laquelle la société existe ; aussi la société doit-elle en user à regret et s'efforcer d'en régler l'usage de manière à la rendre inutile C'est dire que la peine doit devenir un moyen d'enseigner le respect du droit à celui qui l'a violé, et de lui rendre, en le replaçant sous l'autorité de la loi morale, la dignité d'un être libre qui s'y conforme librement, et, s'il est vrai que l'idéal d'une société civilisée nous apparaît dans celle où l'harmonie des droits est maintenue par la volonté libre et éclairée des individus, la peine qui sert avec tous les éléments de l'organisation sociale,

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non à contrarier, mais à développer cet état de civilisation, n'est-elle pas la seule vraiment légitime?

La nature de la peine est, par là même, indiquée. Ce n'est plus le mal pour le mal , ce n'est plus la sensation brutale de la douleur infligée à l'homme qui a fait souffrir son semblable , ce n'est plus sa dégradation par la honte ou son anéantissement par la souffrance , ce n'est plus le sacrifice de l'individu à la société ou même à la Divinité On ne voit dans un système pénal qui s'étudie à reproduire dans la nature de la peine celle du mal infligé par le délinquant à son semblable qu'une lutte de férocité où l'on déplore de voir la société triompher.

Les voies de la société ne sont pas celles des criminels. Sa puissance ne doit pas se manifester par la destruction ; sa loi, c'est de faciliter à chacun sa destinée dans ce monde ; partant le salut de l'homme le plus profondément perverti ne lui est pas indifférent, et, loin d'eu désespérer, elle doit l'aider à se relever, à se régénérer. Y a-t-il d'ailleurs un exemple plus salutaire pour les hommes que celui de la société respectant un être humain dans le plus avili des hommes, luttant contre ses mauvaises passions, et faisant renaître dans ' sa conscience le sentiment du devoir qu'il avait perdu?

La peine doit donc être pour l'homme l'instrument de sa régénération : cette théorie ne fait pas disparaître le mal inhérent à la peine. Cherchant au contraire le • rapport exact entre la peine et le délit, elle repousse tout excès de faiblesse comme tout excès de rigueur ; elle ne veut ni la peine atténuée au point d'épargner aux coupables la souffrance nécessaire aux âmes dé-

pravées pour les arracher" à la séduction 3u mal et leur faire chercher le vrai bien-être dans les horizons de la vie morale, ni la peine violente au point d'user en eux tous les ressorts de la sensibilité et de les endurcir dans le crime ; elle ne sacrifie ni les honnêtes gens à une tendresse injuste pour les coupables, ni les coupables à je ne sais quelle nécessité de justice qui méconnaît en eux les droits de l'humanité. Ce qui la distingue de toute autre théorie, c'est que, voulant faire servir la peine à l'amélioration du coupable, elle répudie toute peine qui lui est contraire.

Tout l'ancien système pénal est condamné par là même. La marque , la mutilation , la torture, toutes les peines qui affligent le corps, et, absorbant l'homme dans le sentiment de la souffrance , ne laissent son Ame ouverte à aucune impression morale, doivent disparaître. Leur illégitimité ne fait aucun doute , si la théorie qui veut l'amélioration des condamnés est vraie.

La peine de mort n'appartient-elle pas au même ordre de pénalités? Elle n'est plus, il est vrai, accompagnée de tous les genres de supplices usités dans les temps anciens : le cruciGement, l'exposition aux bêtes, le feu, l'empalement, l'écartellement, sont rejetés par nos mœurs comme des raffinements d'une cruauté abominable ; on épargne au supplicié toute souffrance inutile; on va, dans certains pays, jusqu'à supprimer l'appareil du supplice, qu'on accomplit mystérieusement dans le coin obscur d'une prison. La peine de mort ainsi changée est-elle légitime, quand la marque, la

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