‹ De la peine de mortChapitre 104 sur 163 · CHAPITRE VU · texte numérisé non relu

CHAPITRE VU

Tt Sans doute , plus la civilisation fait des progrès , plus le feravail offre de ressources à la classe qui n'a que ce moyen rexistence ; mais nous n'en sommes pas arrivés au point où b travail sera pour toute cette classe une ressource assurée : pt par une complication déplorable , cette ressource devient i'ordinaire d'autant plus insuffisante que les malheiureux mont plus besoin. Plus il y a d'indigens auxquels le ti^avail Hrait nécessaire , plus ils rencontrent d'obstacles pour Tobt^-» Éff, et plus le salaire qu'ils en retirent est modique. Si maintaABt nous nous les représentons poursuivis des angoisses et 4ft Fannie dé leurs familles , pouvant ainsi , se reprocher «Mnme un crime de laisser périr de misère et de faim des étires auxquels , en leur donnant la naissance , ils ont implicite- Bent promis secours et protection ; si nous les suivqns pai' la posée dans les réduits misérables oii toutes les soufirances les «Miégent ; si nous réfléchissons que cent fois peut-être , aVant de se déterminer à braver les lois , ils se sont traînés aux genoux du riche pour lui demander, non pas un don , mais une «ccapation quelconque ; peut-être jugerons-nous avec moins de rigueur des délits qui , loin de supposer , comme l'homicide, l'absence ou l'oubli des sentimens naturels, peuvent , dans cette situation extrême et terrible , être le résultat de la puissance de ces sentimens eux-mêmes. Il faut les punir ces délits sans doute ; nous y sommes condamnés par notre état locial. Mais faire monter sur le même échafaud l'homme devenu coupable parce qu'il a vu sa femme expii*ante faute d'alimens , et celui qui aurait égorgé la sienne , est une atrocité tellement stupide , qu'on s'étonne de la trouver encore aujourd'hui dans le code de plus d'une nation policée » .

Ajoutons , qu'envisagées uniquement sous le rappoii; poUti- <iue,]es sanctions pénales qui ne sont pas basées sur la propor- ^'on nécessaire à conserver entre le délit et le châtiment , sont

iÇfO DE LÀ PEINE DE MORT,

inséparables en outre du danger le plus imminent pour la m

ciété tout entière. £n effet , condamner le voleur , le hm

monnoyeur, Tincendiaire à la peine extrême, à la mort

n'est-ce pas se priver volontairement des seuk moyens esp

blés de les empêcher de commettre d'autres crimes beaiieoii{

plus nuisibles, beaucoup plus atroces? Montrer Féciia&ii

au coupable d'une infraction aux conventions sociales , n eil

ce pas le pousser au désespoir , n'est-ce pas lui imposer e

quelque sorte la nécessité de se délivrer par l'assassinat d

celui qui pourrait le dénoncer ou déposer contre lui? Qu'a-tH

de plus à craindre pour ce nouveau forfait ? Ne lui o£fre-t-i

pas au contraire la seule chance d'échapper au supplice <p

le menace ( i )? — Un dernier sentiment d'humanité l'arrêter

dites-vous ; il craindra la vengeance céleste.— -Et vous ne toq

rappelez donc plus que vous le réputez immoral, irréligieui

que vous le corrompez vous-même en bouleversant à ses yea

toutes les notions de criminalité et de justice, et qu'après ton

l'instinct de la défense personnelle doit parler plus haut che

lui, que la compassion pour celui que vous lui désignez comm

son plus mortel ennemi. — D'ailleurs l'excès du châtiment

ajoutez-voiis , doit faire reculer Thomme le plus déterminé

une peine moindre il saurait la braver. — Et si sa situatioi

est insupportable, s'il ne peut soutenir son existence qu'à i'aid

du crime , s'il ne voit de ressource que dans le vol , que dan

la falsification de quelques pièces de monnaie , s'il derien

coupable , que vous reste-t-il à faire ?

(i) Si l'onpanit de la même manière deux cnixies qai noitent di^ féremment à la socie'té , cette punition e'gale qu'on inflige dans cet dem cas produit une contradiction singulière à laquelle on a fait jusqu'il peu d'attention, quoiqu'elle ait souvent lieu; savoir, que les loisp» nissent des crimes qu'elles occasionnent elles-mêmes.

{Fnstruc, pour le code de Russie, $. ai6.)

Page 1